 {"id":5172,"date":"2023-05-31T16:51:02","date_gmt":"2023-05-31T15:51:02","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=5172"},"modified":"2023-10-13T10:54:24","modified_gmt":"2023-10-13T09:54:24","slug":"lindetermination-du-temps-dans-le-nouveau-roman-du-temps-chronologique-a-linstantaneite-de-lecriture-dans-portrait-dun-inconnu-1948-de-nathalie-sarraute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/05\/31\/lindetermination-du-temps-dans-le-nouveau-roman-du-temps-chronologique-a-linstantaneite-de-lecriture-dans-portrait-dun-inconnu-1948-de-nathalie-sarraute\/","title":{"rendered":"L\u2019ind\u00e9termination du temps dans le Nouveau Roman\u00a0: du temps chronologique \u00e0 l\u2019instantan\u00e9it\u00e9 de l\u2019\u00e9criture dans Portrait d\u2019un inconnu (1948) de Nathalie Sarraute"},"content":{"rendered":"<p><strong>C\u00e9lestine Dibor Sarr<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SARR C\u00e9lestine Dibor est docteur en litt\u00e9rature fran\u00e7aise, plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur l\u2019esth\u00e9tique de Nathalie Sarraute. Elle est l\u2019auteur de plusieurs publications scientifiques dont les plus r\u00e9centes sont\u00a0: \u00ab\u00a0 Le r\u00e9cit d\u2019enfance\u00a0: un dialogisme entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction dans <em>Enfance<\/em> (1983) de Nathalie Sarraute\u00a0\u00bb, Revue de la Facult\u00e9 des Sciences et Technologie de l\u2019\u00e9ducation et de la formation, <em>Liens<\/em>, Nouvelle s\u00e9rie, n\u00b029- volume 2, juillet 2020, pp. 302-316 et \u00ab\u00a0La pr\u00e9gnance de l\u2019objet dans <em>Le Plan\u00e9tarium<\/em> (1959) de Nathalie Sarraute, entre r\u00e9flexion et projection existentielle\u00a0\u00bb, <em>Po\u00e9tiques de l\u2019objet<\/em>, Travaux de litt\u00e9rature XXXIII, publi\u00e9s par l\u2019ADIREL, Gen\u00e8ve, 2020, pp. 253-265.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : SARR C\u00e9lestine Dibor, \u00ab L\u2019ind\u00e9termination du temps dans le Nouveau Roman : du temps chronologique \u00e0 l\u2019instantan\u00e9it\u00e9 de l\u2019\u00e9criture dans <i>Portrait d\u2019un inconnu<\/i> (1948) de Nathalie Sarraute \u00bb, <i>Litter@ Incognita<\/i> [En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse-Jean Jaur\u00e8s, n\u00b013, \u00ab Temps \u00e0 l&rsquo;oeuvre, temps des oeuvres \u00bb, saison automne 2023, mis en ligne le 13 octobre 2023, disponible sur <a class=\"components-external-link editor-post-url__link\" href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/05\/31\/lindetermination-du-temps-dans-le-nouveau-roman-du-temps-chronologique-a-linstantaneite-de-lecriture-dans-portrait-dun-inconnu-1948-de-nathalie-sarraute\/\" target=\"_blank\" rel=\"external noreferrer noopener\"><span class=\"editor-post-url__link-prefix\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/05\/31\/lindetermination-du-temps-dans-le-nouveau-roman-du-temps-chronologique-a-linstantaneite-de-lecriture-dans-portrait-dun-inconnu-1948-de-nathalie-sarraute\/<\/span><span class=\"editor-post-url__link-suffix\">\/<\/span><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2023\/10\/SARR-Celestine-Lindetermination-du-temps-dans-le-Nouveau-Roman.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger en pdf<\/a><\/p>\n<h2>R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s les deux guerres, l\u2019homme moderne s\u2019est vu assailli par un doute existentiel. Le pass\u00e9 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sastreux, le pr\u00e9sent est angoissant et l\u2019avenir incertain. Dans ces conditions, comment s\u2019orienter ou s\u2019identifier par rapport \u00e0 une quelconque temporalit\u00e9\u00a0? Dans le Nouveau Roman, nul ne s\u2019int\u00e9resse alors \u00e0 une quelconque \u00e9volution du personnage et de la narration, seuls importent l\u2019Ici et le Maintenant. Ces derniers, chez Nathalie Sarraute en particulier dans son roman <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, voient na\u00eetre, se d\u00e9velopper ou disparaitre le tropisme et la sensation sous-jacente. La repr\u00e9sentation de cet instant pr\u00e9sent, \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture de la sensation, participe, d\u00e8s lors, \u00e0 une transcription de la simultan\u00e9it\u00e9. Et c\u2019est par le pr\u00e9sent que Sarraute tente et cherche \u00e0 rendre compte de ce qui ne se per\u00e7oit qu\u2019au pr\u00e9sent. Ce pr\u00e9sent se joue \u00e0 trois niveaux\u00a0: pr\u00e9sent de la parole pour le personnage, pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9criture pour le romancier et pr\u00e9sent de la lecture pour le lecteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Mots cl\u00e9s :<\/strong> temps \u2013 repr\u00e9sentation \u2013 dur\u00e9e \u2013 ind\u00e9termination \u2013 pr\u00e9sent \u2013 tropisme\u2013 instantan\u00e9it\u00e9 \u2013 \u00e9criture.<\/p>\n<h3>Abstract<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">After the two wars, modern man was facing an existential doubt. The past is disastrous, the present is distressing and the future is uncertain. In these conditions, how to guide or identify oneself towards any temporality? In the New Novel, no one is interested in any evolution of both character and the narration, only the Here and the Now matter. Nathalie Sarraute\u2019s novel, <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, the latter see the tropism and the underlying sensation coming to life, growing and disappearing. Since then, the representation of this current moment contributes to the transcription of simultaneity. And it is with the present that Sarraute tries to make people realize what is only perceived in the present. The present is perceived on three levels: the present of word for the character, the present of writing for the novelist and the present of reading for the reader.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Key-words : <\/strong>time\u2013 representation \u2013 duration \u2013 interdetermination \u2013 present \u2013 tropism \u2013 instantaneity \u2013 writing.<\/p>\n<hr \/>\n<h3>Sommaire<\/h3>\n<p><a name=\"intro\"><\/a><a href=\"#sect1\">Introduction<\/a><br \/>\n<a name=\"1\"><\/a><a href=\"#sect2\">1. Une dilatation du temps chronologique<\/a><br \/>\n<a name=\"2\"><\/a><a href=\"#sect3\">2. L\u2019Ici et le Maintenant<\/a><br \/>\n<a name=\"3\"><\/a><a href=\"#sect4\">3. L\u2019instantan\u00e9it\u00e9 de l\u2019\u00e9criture<\/a><br \/>\n<a name=\"notes\"><\/a><a href=\"#sect5\">Notes<\/a><br \/>\n<a name=\"biblio\"><\/a><a href=\"#sect6\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect1\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#intro\">Introduction<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les bouleversements socio-historiques du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ont favoris\u00e9 l\u2019av\u00e8nement d\u2019une nouvelle esth\u00e9tique qui se fonde essentiellement sur la n\u00e9gation des structures du roman traditionnel. Toutefois, ce proc\u00e9d\u00e9 de d\u00e9construction va de pair avec une reconstruction de tout ce qui pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme les fondements du roman. Ainsi, \u00e0 la d\u00e9sarticulation des structures du roman dont font montre les n\u00e9o-romanciers, sera oppos\u00e9e une nouvelle esth\u00e9tique qui accorde une place de choix aux mutations chronologiques et stylistiques. Cette r\u00e9vision remet en question tout le syst\u00e8me \u00e9nonciatif du roman et avec lui tout ce qui faisait sa stabilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec Sarraute, ces mutations apparaissent dans la d\u00e9construction de la chronologie du r\u00e9cit. D\u00e8s lors, cr\u00e9ant une simultan\u00e9it\u00e9 plus qu\u2019un \u00e9coulement du temps, la juxtaposition, la contigu\u00eft\u00e9 et le parall\u00e9lisme participent de l\u2019errance du personnage dans un espace mal d\u00e9fini qui correspond \u00e0 un temps mal reconnu. Une m\u00e9connaissance qui inscrit <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em><a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> dans une temporalit\u00e9 qui brille par son ind\u00e9termination. Aussi, le lecteur est-il mis en pr\u00e9sence d\u2019un r\u00e9cit qui passe du temps chronologique \u00e0 l\u2019instantan\u00e9it\u00e9 de l\u2019\u00e9criture. Cette pr\u00e9sente \u00e9tude permettra d\u2019analyser, d\u2019une part, les facteurs qui favorisent une dilatation du temps chronologique chez Nathalie Sarraute. D\u2019autre part, consid\u00e9rant son premier roman, nous montrerons comment elle cherche \u00e0 repr\u00e9senter l\u2019Ici et le Maintenant. Par ailleurs, il s\u2019agira de montrer comment l\u2019instantan\u00e9it\u00e9 de l\u2019\u00e9criture participe de la saisie du tropisme, caract\u00e9ristique de l\u2019\u00e9criture sarrautienne.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect2\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#1\">1. Une dilatation du temps chronologique<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, l\u2019homme moderne a perdu tous ses rep\u00e8res quant \u00e0 la perception du temps. En effet, la d\u00e9sagr\u00e9gation du monde au lendemain des deux guerres transpara\u00eet dans l\u2019univers n\u00e9o-romanesque par une remise en question des piliers du roman. \u00c0 l\u2019instar du personnage et de l\u2019intrigue, le temps s\u2019est d\u00e9sarticul\u00e9 pour sugg\u00e9rer les m\u00e9andres de la r\u00e9alit\u00e9. Aussi, dans ces conditions, comment s\u2019orienter ou s\u2019identifier par rapport \u00e0 une quelconque temporalit\u00e9\u00a0? Ou comme s\u2019interroge Robbe-Grillet, \u00ab\u00a0pourquoi chercher \u00e0 reconstituer le temps des horloges dans un r\u00e9cit qui ne s\u2019inqui\u00e8te que de temps humain\u00a0? N\u2019est-il pas plus sage de penser \u00e0 notre m\u00e9moire qui n\u2019est \u00ab\u00a0jamais\u00a0\u00bb chronologique\u00a0?<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019absence de chronologie est telle que le lecteur lui-m\u00eame se perd. Il n\u2019y a plus de pass\u00e9 mais un pr\u00e9sent actualis\u00e9 par la lecture ou encore par l\u2019\u00e9criture. Michel Butor, dans <em>La Modification<\/em>, met en sc\u00e8ne un personnage qui \u00e9voque, dans le train qui le ram\u00e8ne de Paris, ses autres parcours du m\u00eame itin\u00e9raire. Il explore ainsi le pass\u00e9 et y trouve des raisons de d\u00e9cider de son avenir. Sous une g\u00e9om\u00e9trie m\u00e9ticuleuse, Butor veut reconqu\u00e9rir, dans l\u2019enchev\u00eatrement des souvenirs, les cheminements lin\u00e9aires de la pens\u00e9e et dominer ainsi le temps. Comme pour rappeler le \u00ab\u00a0temps humain\u00a0\u00bb dont parle Robbe-Grillet, cette lin\u00e9arit\u00e9 des souvenirs du personnage de Butor participe, \u00e0 plus d\u2019un \u00e9gard, \u00e0 l\u2019ind\u00e9termination du temps qui se dilate.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Heureusement, le lendemain, hier jeudi, cela s\u2019\u00e9tait apais\u00e9, et les repas se sont pass\u00e9s calmement, par ce temps froid d\u00e9sesp\u00e9rant qui continue et qui s\u2019aggrave, en cette journ\u00e9e de h\u00e2te et d\u2019\u00e9nervement o\u00f9 il vous fallait avoir r\u00e9gl\u00e9, pour ces courtes vacances que vous avez eu l\u2019audace de vous octroyer jusqu\u2019\u00e0 Mercredi<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le lecteur non averti se voit, dans cet extrait, confondu par les d\u00e9ictiques temporels qui se caract\u00e9risent par leur incoh\u00e9rence. La succession des jours de la semaine n\u2019entre pas en ad\u00e9quation avec le r\u00e9cit qu\u2019en donne le narrateur. Ce bouleversement t\u00e9moigne de l\u2019ind\u00e9termination du temps dans le Nouveau Roman.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Car pour les \u00e9crivains d\u2019alors, \u00ab\u00a0l\u2019effort consistait \u00e0 remplacer le temps conceptuel du r\u00e9cit par la suggestion d\u2019une dur\u00e9e v\u00e9cue<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>\u00bb. Cette ambition oriente les personnages vers un avenir incertain qu\u2019ils d\u00e9couvriront peu \u00e0 peu et en m\u00eame temps que le lecteur. Aussi, Jean-Paul Sartre a-t-il raison lorsqu\u2019il constate qu\u2019avec le Nouveau Roman, \u00ab\u00a0le roman se d\u00e9roule au pr\u00e9sent comme la vie<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. La temporalit\u00e9 ne souffre plus de la coh\u00e9sion et de la coh\u00e9rence d\u2019un processus narratif qui \u00e9volue. Au contraire, il annihile toute progression vers un objectif donn\u00e9. C\u2019est dans cette logique que des critiques, analysant l\u2019\u00e9volution de la litt\u00e9rature au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, d\u00e9fendront l\u2019id\u00e9e selon laquelle, \u00ab\u00a0cr\u00e9\u00e9 par le r\u00e9cit lui-m\u00eame, le temps n\u2019est plus lin\u00e9aire, [\u2026] il n\u2019accomplit plus rien<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. Ce temps, chez Sarraute, est devenu subjectif car ne se souciant plus du r\u00e9f\u00e9rentiel. Le r\u00e9cit n\u2019est plus ax\u00e9 sur une r\u00e9alit\u00e9 historique situable et datable, mais sur une r\u00e9alit\u00e9 subjective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le temps n\u2019est plus le temps universel mesurable sur le m\u00e9ridien e Greenwich, mais il a \u00e9t\u00e9 personnalis\u00e9. C\u2019est de cette personnalisation que d\u00e9coule toute l\u2019ind\u00e9termination du temps chronologique dans le Nouveau Roman. C\u2019est ainsi que Claude Simon, dans <em>Le Vent<\/em>, fait dire \u00e0 son narrateur qu\u2019il recherchait son personnage dans \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9paisseur du temps\u00a0\u00bb, ce temps \u00ab\u00a0semblable \u00e0 une sorte d\u2019\u00e9pais magma o\u00f9 l\u2019instant serait comme le coup de b\u00eache dans la sombre terre, mettant \u00e0 nu l\u2019ind\u00e9nombrable grouillement des vers<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. Chez Sarraute, la subjectivit\u00e9 du temps semble passer par la personnification de ce temps qui jouit d\u2019une pluralit\u00e9 de conception selon le personnage-narrateur en prise avec lui. Dans <em>Le Plan\u00e9tarium,<\/em> on est mis en pr\u00e9sence d\u2019un \u00ab\u00a0temps oubli\u00e9, d\u00e9livr\u00e9, [qui] a fait un bond\u2026<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, ou encore dans <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, o\u00f9 l\u2019on est en pr\u00e9sence d\u2019\u00ab\u00a0un temps qui se replie sur lui-m\u00eame et guette<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces \u00e9tats du temps sont tributaires de la naissance ou de la disparition d\u2019un tropisme<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>. D\u00e8s lors, sous la pression ou encore la tension du tropisme, \u00ab\u00a0le temps plein de d\u00e9f\u00e9rence s\u2019\u00e9carte<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. L\u2019ind\u00e9termination du temps chronologique d\u00e9pend, \u00e0 plus d\u2019un \u00e9gard, de la personnalisation du temps selon le personnage en puissance. En effet, le temps est per\u00e7u selon les rapports que le personnage entretient avec lui mais aussi avec les autres. D\u2019o\u00f9 la conception que le personnage-narrateur de <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em> en donne\u00a0: \u00ab\u00a0le temps, comme l\u2019eau qui se fend sous la proue d\u2019un navire, s\u2019ouvrait docilement, s\u2019\u00e9largissait sans fin sous la pouss\u00e9e de mes espoirs, de mes d\u00e9sirs<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. Alors, le temps n\u2019est plus un temps universel, il s\u2019est m\u00e9tamorphos\u00e9 pour devenir illimit\u00e9 puisque n\u2019ayant pas de quantifiant. Il est devenu un temps capricieux, tributaire des sentiments et des sensations de ceux qui en font l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les caprices du temps transparaissent dans l\u2019esth\u00e9tique sarrautienne dans les anachronies assez fr\u00e9quentes dans les romans de Sarraute. En effet, la fr\u00e9quence des anticipations et des retours en arri\u00e8re transgresse la dur\u00e9e de la narration. Le temps du r\u00e9cit est ponctu\u00e9 de souvenirs et n\u2019est qu\u2019un tissu de moments et d\u2019instants relatifs \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement ayant concouru \u00e0 la naissance d\u2019un tropisme. Une personnalisation du temps qui varie d\u2019un personnage \u00e0 un autre. Dans <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, le personnage-narrateur partage au lecteur sa perception du temps et surtout la crainte voire l\u2019angoisse qui l\u2019accompagne :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a au d\u00e9but des apr\u00e8s-midis, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, des moments dangereux. [\u2026] C\u2019est l\u2019heure de la sieste, du repos\u00a0; le moment, apr\u00e8s l\u2019excitation du d\u00e9jeuner, o\u00f9 ceux qui restent seuls dans les appartements silencieux \u00e9prouvent tout \u00e0 coup comme une sensation de froid, une crampe au c\u0153ur, un vertige, l\u2019impression que le sol se d\u00e9robe soudain sous eux et qu\u2019ils glissent, sans pouvoir se retenir, dans le vide<a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La comparaison dans la perception de ce temps permet au lecteur de saisir la sensation \u00e9prouv\u00e9e par le personnage et de comprendre son impact sur son imaginaire. Ainsi, \u00e0 cause de son incidence sur le personnage, le temps, chez Sarraute, est un temps \u00e9clat\u00e9 qui semble se r\u00e9p\u00e9ter dans la pens\u00e9e. Cette r\u00e9p\u00e9tition est accentu\u00e9e par l\u2019absence de rep\u00e8res temporels, la d\u00e9composition de la dur\u00e9e qui donne une impression de dilatation du temps chronologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La dilatation du temps chronologique transparait \u00e9galement dans les \u00ab\u00a0anachronies narratives<a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb qui brouillent l\u2019\u00e9volution du r\u00e9cit pour le lecteur traditionnel. \u00c0 cet effet, on peut d\u00e9celer, dans <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, deux types majeurs\u00a0: les\u00a0<em>anachronies<\/em> par anticipation et les<em>\u00a0anachronies\u00a0<\/em>par r\u00e9trospection. Celles par anticipation, encore appel\u00e9es prolepses, consistant \u00ab\u00a0\u00e0 raconter ou \u00e0 \u00e9voquer un \u00e9v\u00e9nement avant le moment o\u00f9 il se situe normalement dans la fiction<a href=\"#_edn15\" name=\"_ednref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme une constituante majeure de l\u2019esth\u00e9tique sarrautienne. Dans cette optique, nous nous appesantirons sur deux exemples tir\u00e9s du roman et qui semblent \u00eatre illustratifs \u00e0 cet \u00e9gard sans pour autant \u00eatre les seuls. Ainsi, les tourments du \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb, la nuit o\u00f9 il a d\u00e9couvert \u00ab\u00a0la barre de savon fra\u00eechement coup\u00e9e<a href=\"#_edn16\" name=\"_ednref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, sont annonc\u00e9s par les ragots des vieilles femmes tout au d\u00e9but de l\u2019\u0153uvre\u00a0: \u00ab\u00a0On m\u2019a dit que le vieux se l\u00e8ve la nuit\u2026 il ne dort jamais la nuit\u2026 il l\u2019a fait venir\u2026 il la soup\u00e7onne toujours<a href=\"#_edn17\" name=\"_ednref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb<em>. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce m\u00eame proc\u00e9d\u00e9 est notable dans la sc\u00e8ne de la dispute entre le \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb et sa fille. Ce passage peut \u00eatre mis en corr\u00e9lation avec la prolepse suivante : \u00ab\u00a0Elle se tient dans la porte\u2026 et cela commence presque tout de suite entre eux (\u2026) Cela porte s\u00fbrement sur des questions d\u2019argent\u2026<a href=\"#_edn18\" name=\"_ednref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb<em>. <\/em>Cette dispute, qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00e9bauch\u00e9e avec l\u2019<em>anachronie<\/em> par anticipation, se d\u00e9veloppera pour donner plus d\u2019une trentaine de pages. Tout compte fait, il est indispensable de souligner que ces <em>\u00ab\u00a0anachronies narratives\u00a0\u00bb <\/em>t\u00e9moignent de l\u2019\u00e9volution du personnage-narrateur entre deux \u00e9tats\u00a0: la phase de novice dans cette exploration du monde int\u00e9rieur (avant la visite au mus\u00e9e) et la phase d\u2019expert en la mati\u00e8re car mis en \u00e9tat de gr\u00e2ce par le<em>\u00a0Portrait d\u2019un Inconnu<\/em><a href=\"#_edn19\" name=\"_ednref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019instar de ces cataphores qui pars\u00e8ment le r\u00e9cit sarrautien, les <em>anachronies\u00a0<\/em>par r\u00e9trospection sont fr\u00e9quentes bien que Nathalie Sarraute ait en aversion les souvenirs sous toutes leurs formes. En effet, son personnage, \u00e0 l\u2019image de l\u2019homme moderne, est un corps sans \u00e2me, ballott\u00e9 par des forces hostiles et n\u2019est rien d\u2019autre que ce qu\u2019il para\u00eet au dehors. Ce n\u2019est ainsi qu\u2019un personnage de surface car il n\u2019y a plus de r\u00e9miniscence\u00a0: \u00ab On sent partout des enfances mortes. Aucun souvenir d\u2019enfance ici. Personne n\u2019en a. Ils se fl\u00e9trissent \u00e0 peine form\u00e9s et meurent<a href=\"#_edn20\" name=\"_ednref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>\u00bb. Toutefois, ces souvenirs peuvent subsister et ceux-ci n\u2019existent que pour perdre davantage le lecteur d\u00e9j\u00e0 brouill\u00e9 par l\u2019absence de rep\u00e8res chronologiques. Ainsi, cette <em>anachronie<\/em>\u00a0narrative, encore appel\u00e9e analepse, peut, dans une certaine mesure, trouver sa validit\u00e9 dans les souvenirs du personnage-narrateur\u00a0:\u00a0\u00ab comme autrefois dans mon enfance, quand j\u2019avais peur (c\u2019\u00e9tait un sentiment d\u2019angoisse, de d\u00e9sarroi), lorsque des \u00e9trangers prenaient mon parti contre mes parents, cherchaient \u00e0 me consoler d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 injustement grond\u00e9,\u00a0[\u2026]<a href=\"#_edn21\" name=\"_ednref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces anachronies, \u00e9tant des perturbations dans l\u2019ordre pr\u00e9\u00e9tabli, peuvent aussi mimer les tribulations d\u2019un parcours psychique au gr\u00e9 des r\u00e9miniscences ou contester l\u2019objectivit\u00e9 du r\u00e9el et la chronologie du roman. Pour Nathalie Sarraute, l\u2019ind\u00e9termination du temps constitue une d\u00e9marche logique. Etant donn\u00e9 qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9tourn\u00e9e de l\u2019intrigue et du personnage conventionnels, le temps ne lui est d\u2019aucune utilit\u00e9 pratique. Puisqu\u2019elle travaille dans le tr\u00e9fonds de l\u2019\u00eatre humain, dans cette zone ombreuse, anonyme, sans nom ni contours o\u00f9 notre vie psychologique prend sa source, le temps chronologique m\u00eame dans son ind\u00e9termination n\u2019entame en rien la vis\u00e9e de l\u2019\u00e9criture sarrautienne\u00a0: saisir le tropisme et le faire ressentir au lecteur \u00e0 l\u2019instant pr\u00e9sent.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect3\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#2\">2. L\u2019Ici et le Maintenant<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019\u00e9criture n\u00e9o-romanesque, le temps des horloges est remis en question. Aucune chronologie ne semble r\u00e9gir les r\u00e9cits. Et \u00e0 l\u2019instar de la r\u00e9alit\u00e9 historique qui brille par son incoh\u00e9rence suite au traumatisme de la guerre, le narrateur ne s\u2019int\u00e9resse qu\u2019au pr\u00e9sent, un <em>hic et nunc<\/em> qui ralentit la narration afin de rendre compte au mieux de la sensation qui sous-tend l\u2019av\u00e8nement ou la disparition d\u2019un tropisme. Une qu\u00eate dans l\u2019\u00e9criture sarrautienne qui rappelle, \u00e0 plus d\u2019un \u00e9gard, le point de vue de Minkowski qui soutient qu\u2019avec le roman moderne, \u00ab\u00a0il n\u2019y a que le maintenant qui existe<a href=\"#_edn22\" name=\"_ednref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>\u00bb. Dans <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, Sarraute s\u2019attache \u00e0 rendre compte de l\u2019imm\u00e9diat dans une narration qui ralentit au gr\u00e9 des comparaisons. Le ralentissement de la narration n\u2019est pertinent qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 le lecteur arrive \u00e0 s\u2019approprier la sensation que le personnage-narrateur cherche \u00e0 lui communiquer. C\u2019est, d\u00e8s lors, \u00ab une sorte de sens sp\u00e9cial, pareil au sien, qui lui permettait de percevoir imm\u00e9diatement, dissimul\u00e9e partout, cette menace connue d\u2019eux seuls, ce danger nich\u00e9 dans chaque objet en apparence inoffensif, comme une gu\u00eape au c\u0153ur d\u2019un fruit<a href=\"#_edn23\" name=\"_ednref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, le personnage-narrateur ne s\u2019inscrit plus dans une logique de progression mais bien de pertinence. Il cherche \u00e0 rendre perceptibles au lecteur les sensations qu\u2019il a v\u00e9cues. Aussi n\u2019h\u00e9site-t-il pas \u00e0 se r\u00e9p\u00e9ter, \u00e0 revenir sur des moments propices au tropisme. \u00c0 sa suite, le lecteur doit se d\u00e9faire de sa qui\u00e9tude traditionnelle devant un roman pour faire sienne l\u2019\u00e9criture qui en appelle \u00e0 sa participation active. Pour arriver \u00e0 ses fins, le narrateur ralentit le r\u00e9cit \u00e0 sa guise, h\u00e9site, avance par \u00e0 coup comme pour s\u2019assurer que le lecteur arrive \u00e0 le suivre. Et tant que la sensation ne sera pas rendue communicable, tout sera \u00e0 refaire. \u00ab\u00a0Du coup, perdant son universalit\u00e9, il [le temps] se laisse apprivoiser par chacun des personnages qui, en fonction de sa compr\u00e9hension des choses, le manipule\u00a0: il se suspend dans un \u00e9ternel pr\u00e9sent qui nie toute progression<a href=\"#_edn24\" name=\"_ednref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>\u00bb. Le narrateur suspend lui-m\u00eame le r\u00e9cit pour s\u2019int\u00e9resser au ressenti du personnage ou m\u00eame au sien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La suspension de la narration est le lieu pour Nathalie Sarraute d\u2019\u0153uvrer \u00e0 rendre communicable la sensation dans l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 de l\u2019\u00e9criture et de la lecture. Et \u00e0 chaque fois, elle cherche un r\u00e9f\u00e9rent dans l\u2019imaginaire du lecteur qui lui permettrait de faire un rapprochement entre la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9crite et une r\u00e9alit\u00e9 famili\u00e8re. Par le recours aux analogies, la sensation est rendue communicable, au risque de ralentir le r\u00e9cit. La narration apparait dans un ralenti qui est, par ailleurs, sugg\u00e9r\u00e9 par la r\u00e9p\u00e9tition de sc\u00e8nes dans l\u2019attente du tropisme. Les anachronies, au-del\u00e0 de la dilatation du temps chronologique, participent \u00e0 l\u2019enlisement de la narration. Loin de favoriser une quelconque progression de l\u2019action, le r\u00e9cit se r\u00e9p\u00e8te afin de mieux saisir l\u2019instant pr\u00e9sent. Ce qui importe c\u2019est alors le <em>hic et nunc<\/em> o\u00f9 se d\u00e9ploie le tropisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aussi, le personnage-narrateur, dans son ambition de saisir la naissance du tropisme entre le \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb et sa fille, met en garde le lecteur et sugg\u00e8re toute la patience requise pour atteindre son objectif\u00a0: \u00ab Prudence. Ils sont prudents. Ils ne se risquent jamais bien loin. Il faut les \u00e9pier longtemps avant de percevoir en eux ces faibles tressaillements, ces mouvements toujours sur place comme le flux et le reflux d\u2019une mer sans mar\u00e9es qui avance et recule \u00e0 peine par petites vagues l\u00e9cheuses<a href=\"#_edn25\" name=\"_ednref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. L\u2019image de la mer stagnante favorise une analogie dans l\u2019imaginaire du lecteur. Il est mis en pr\u00e9sence d\u2019un r\u00e9f\u00e9rent actualisable. \u00c0 travers elle, il peut d\u00e9couvrir l\u2019importance de l\u2019instant pr\u00e9sent qui ne se soucie plus de chronologie ou encore d\u2019\u00e9volution. L\u2019emploi de la comparaison est d\u2019une grande importance dans la mesure o\u00f9 il permet le rapprochement avec une r\u00e9alit\u00e9 connue du lecteur. Ce dernier est donc en mesure de saisir le lien entre ce qui est dit par le narrateur et ce qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 vu ou v\u00e9cu. L\u2019analogie devient un canal privil\u00e9gi\u00e9 afin de faire saisir au lecteur une sensation dans le pr\u00e9sent de la lecture. Il cherche ainsi \u00e0 rendre communicable une sensation en le rapprochant d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 connue du lecteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 chaque lecture, la r\u00e9alit\u00e9 est actualis\u00e9e\u00a0: pass\u00e9, pr\u00e9sent ou futur importent peu. Seul compte l\u2019instant pr\u00e9sent que tente de repr\u00e9senter l\u2019\u00e9criture. Aussi, l\u2019interruption de l\u2019action est suivie de s\u00e9quences descriptives qui tendent \u00e0 se rapprocher de la r\u00e9alit\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9e. Dans ces s\u00e9quences, le pr\u00e9sent est utilis\u00e9 pour rendre compte au mieux de la suggestion. La description est actualis\u00e9e \u00e0 chaque fois que le lecteur se pr\u00eate au r\u00e9cit et fait sienne la suggestion du personnage-narrateur. Car si \u00ab\u00a0en \u00e9crivant au pr\u00e9sent de l\u2019indicatif, les auteurs du Nouveau Roman ont choisi sans se tromper le temps qui, dans la conjugaison, n\u2019est charg\u00e9 naturellement que de pr\u00e9sence, mais qui est vide de signification<a href=\"#_edn26\" name=\"_ednref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, c\u2019est pour que le lecteur ajoute du sens au r\u00e9cit et participe ainsi \u00e0 la construction de l\u2019\u0153uvre. Une construction qui passe par une pluralit\u00e9 d\u2019analogie appel\u00e9e \u00e0 \u00eatre actualis\u00e9e en dehors de toute r\u00e9f\u00e9rence chronologique. Tout est \u00e0 d\u00e9couvrir Ici et Maintenant\u00a0: le sens, le tropisme comme la sensation qui l\u2019a vu na\u00eetre. La chronologie perd de son importance dans le r\u00e9cit et le temps est ind\u00e9termin\u00e9. On ne se soucie plus de d\u00e9but ou de fin, encore moins de jour ou de mois, seul importe l\u2019instant pr\u00e9sent appel\u00e9 \u00e0 \u00eatre actualis\u00e9 par le lecteur afin de saisir le sens et de faire l\u2019exp\u00e9rience de la sensation \u00e0 l\u2019origine de l\u2019av\u00e8nement ou de la disparition d\u2019un tropisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019usage des comparaisons dans <em>Portrait d\u2019un inconnu <\/em>participe de cette construction du sens et surtout de la saisie de la sensation. Tout doit concourir \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience du tropisme qui ne peut se dire et se faire ressentir que dans l\u2019instant pr\u00e9sent. Le pass\u00e9 et le futur sont consid\u00e9r\u00e9s comme futiles car seuls l\u2019Ici et le Maintenant sont dignes d\u2019\u00eatre pris en charge. Face \u00e0 cette gageure du roman moderne, Pozzo, un personnage de Beckett, clame l\u2019importance du pr\u00e9sent de la parole qui seul importe\u00a0: \u00ab\u00a0Vous n\u2019avez pas fini de m\u2019empoisonner avec vos histoires de temps\u00a0? [\u2026] un jour nous sommes n\u00e9s, un jour nous mourrons, le m\u00eame jour, le m\u00eame instant<a href=\"#_edn27\" name=\"_ednref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>\u00bb. Ce pr\u00e9sent se joue \u00e0 trois niveaux\u00a0: pr\u00e9sent de la parole pour le personnage, pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9criture pour le romancier et pr\u00e9sent de la lecture pour le lecteur. Dans ces trois niveaux du temps se retrouve une temporalit\u00e9 ind\u00e9termin\u00e9e \u00e0 volont\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette exp\u00e9rience du temps, le lecteur peut \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 un probl\u00e8me de concordance des indices, des t\u00e9moignages et des souvenirs qui ne lui permettent plus de se mouvoir ais\u00e9ment dans l\u2019\u0153uvre sarrautienne. En une fraction de seconde, tout peut arriver. Comme on peut aussi attendre longtemps sans qu\u2019il ne se passe rien. En effet, l\u2019important ce n\u2019est plus le temps o\u00f9 se d\u00e9ploie le tropisme mais bien sa force. C\u2019est cette ampleur que cherche \u00e0 annihiler l\u2019\u00eatre sarrautien \u00e0 tout prix, m\u00eame s\u2019il faut s\u2019affubler d\u2019un masque. Aussi, les relations entre les personnages sont-elles biais\u00e9es par un jeu de simulation et de dissimulation afin d\u2019\u00e9viter le d\u00e9ferlement du tropisme. Les vieux amis du p\u00e8re, dans <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, \u00ab\u00a0ne savaient jamais pr\u00e9voir ses r\u00e9actions, inattendues pour eux, inexplicables<a href=\"#_edn28\" name=\"_ednref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>\u00bb. Le personnage-narrateur doit donc chercher \u00e0 suivre ses personnages sans se soucier du temps de l\u2019horloge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce sens, il s\u2019\u00e9vertue \u00e0 rendre compte du mieux possible de la sensation qui pr\u00e9vaut dans l\u2019imm\u00e9diat. Les comparaisons dont il use sont essentielles dans la saisie du tropisme comme dans la communicabilit\u00e9 de la sensation au lecteur. Elles t\u00e9moignent de la chute des masques et surtout de la saisie du monde int\u00e9rieur du personnage. Les dissensions entre le \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb et sa fille laissent transpara\u00eetre leur vrai caract\u00e8re au-del\u00e0 de toutes r\u00e9f\u00e9rences chronologiques et chaque analogie dans la description rapproche un peu plus le lecteur de la r\u00e9alit\u00e9 de ces personnages\u00a0: de l\u00e0 toute l\u2019urgence et la pertinence de saisir leur monde dans le pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect4\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#3\">3. L\u2019instantan\u00e9it\u00e9 de l\u2019\u00e9criture<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec le roman moderne, nul ne s\u2019int\u00e9resse \u00e0 une quelconque \u00e9volution du personnage et de la narration. Chez Nathalie Sarraute, seuls importent l\u2019Ici et le Maintenant qui voient na\u00eetre, se d\u00e9velopper ou dispara\u00eetre le tropisme et la sensation sous-jacente. La repr\u00e9sentation de cet instant pr\u00e9sent ne se soucie plus du temps chronologique ni de la coh\u00e9rence du r\u00e9cit. Seul importe l\u2019instant pr\u00e9sent. C\u2019est en ce sens que Zeltner Neukomm affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Nathalie Sarraute ne peut plus raconter ce qui s\u2019est pass\u00e9, mais seulement ce qui est en train de survenir<a href=\"#_edn29\" name=\"_ednref29\"><sup>[29]<\/sup><\/a>\u00bb. Ce qui explique l\u2019emploi du pr\u00e9sent de l\u2019indicatif dans la narration de pr\u00e9f\u00e9rence au pass\u00e9 simple et \u00e0 l\u2019imparfait. L\u2019usage de ce temps se justifie dans l\u2019esth\u00e9tique sarrautienne par le fait que la sensation est pr\u00e9sente aussi bien pour le personnage que pour le narrateur et le lecteur. Et c\u2019est par le pr\u00e9sent que Sarraute cherche \u00e0 rendre compte de ce qui ne se per\u00e7oit qu\u2019au pr\u00e9sent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, analysant son emploi par Sarraute, Wang Xiaoxia estime, avec justesse, qu\u2019avec elle, \u00ab\u00a0dans l\u2019enchainement du r\u00e9cit, le pass\u00e9 n\u2019existe pas. C\u2019est le pr\u00e9sent qui se d\u00e9ploie<a href=\"#_edn30\" name=\"_ednref30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>\u00bb. Cette \u00e9criture de la sensation, du tropisme au pr\u00e9sent, se per\u00e7oit dans un enlisement descriptif tr\u00e8s significatif de l\u2019esth\u00e9tique sarrautienne. En effet, dans le souci de rendre compte le mieux possible de la sensation, Sarraute n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 reprendre une m\u00eame sc\u00e8ne tant que l\u2019objectif n\u2019est pas atteint. Aussi, sugg\u00e8re-t-elle une d\u00e9composition de la dur\u00e9e et une ind\u00e9termination du temps par une foule de d\u00e9tails qui peuvent se r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 foison. On assiste, de ce fait, \u00e0 une dilatation du temps r\u00e9f\u00e9rentiel qui entra\u00eene avec lui l\u2019espace. Il se cr\u00e9e une impression d\u2019\u00e9tirement du temps par le r\u00e9cit tant que la sensation n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 rendue communicable. Et si l\u2019Ici et le Maintenant restent importants dans cette logique, c\u2019est que tout se joue dans l\u2019instant pr\u00e9sent. L\u2019\u00e9criture ne se pr\u00e9occupe que du temps qui permet l\u2019exp\u00e9rience du tropisme. Le personnage-narrateur ne cherche, alors, qu\u2019\u00e0 dire et \u00e0 faire ressentir ce qui ne se laisse saisir que dans l\u2019instant pr\u00e9sent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le temps ind\u00e9termin\u00e9 dans le Nouveau Roman peut \u00eatre mis en relation avec les doutes de l\u2019homme moderne face \u00e0 son destin. Aussi, \u00e0 la suite de G\u00e9rard Genette, pouvons-nous soutenir que \u00ab\u00a0l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui \u00e9prouve sa dur\u00e9e comme \u00ab\u00a0une angoisse\u00a0\u00bb, son int\u00e9riorit\u00e9 comme une hantise, une naus\u00e9e ; livr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0absurde\u00a0\u00bb et au d\u00e9chirement, il se rassure en projetant sa pens\u00e9e sur les choses\u00a0[\u2026]<a href=\"#_edn31\" name=\"_ednref31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>\u00bb. Une telle projection est sugg\u00e9r\u00e9e, dans <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, dans la relation que le p\u00e8re entretient avec sa fille en lien \u00e9troit avec le mat\u00e9riel. La barre de savon qui s\u2019\u00e9puise sans raison, les probl\u00e8mes de sant\u00e9 n\u00e9cessitant un traitement de la fille, la fuite d\u2019eau qui coule sur le mur sont autant d\u2019exemples pour montrer le \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb et sa fille sans les masques de l\u2019apparence. Le pr\u00e9sent dans la narration permet alors au lecteur d\u2019actualiser la qu\u00eate du narrateur dans la saisie du tropisme et d\u2019\u00e9prouver la m\u00eame sensation. La fugacit\u00e9 de l\u2019instant est pertinente dans la qu\u00eate du personnage-narrateur, d\u2019autant plus que selon Rachel Bou\u00e9 \u00ab\u00a0saisir la sensation au vol d\u00e9termine donc deux orientations non contradictoires de l\u2019\u00e9criture sarrautienne\u00a0: le brouillage des distinctions temporelles entre le pass\u00e9 et le futur &#8211; visant un effet d\u2019\u00e9ternelle atemporalit\u00e9 &#8211; et l\u2019affirmation d\u2019un pr\u00e9sent sensoriel fugitif<a href=\"#_edn32\" name=\"_ednref32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce pr\u00e9sent dans la narration justifie, \u00e0 plus d\u2019un \u00e9gard, une narration au pr\u00e9sent. En effet, l\u2019\u00e9criture, en niant toute chronologie, s\u2019inscrit dans une certaine actualit\u00e9 voire une actualisation du tropisme afin de le garder vivant et de communiquer la sensation sous-jacente. Les d\u00e9ictiques temporels perdent de leur importance et participent \u00e0 l\u2019ind\u00e9termination du temps chronologique. Car, si avec Nathalie Sarraute, nous faisons l\u2019exp\u00e9rience du \u00ab\u00a0temps de l\u2019\u00e9ternel possible, le temps du non d\u00e9finitif<a href=\"#_edn33\" name=\"_ednref33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, c\u2019est que la chronologie traditionnelle a perdu de son ampleur pour c\u00e9der la place \u00e0 la subjectivit\u00e9, \u00e0 la sensation. Ce temps, pour ind\u00e9termin\u00e9 qu\u2019il soit, pr\u00e9sente parfois un d\u00e9calage assez sensible entre les souvenirs des personnages sarrautiens et ce qu\u2019ils voudraient avoir v\u00e9cu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Certains d\u2019entre eux sont, de ce fait, incit\u00e9s \u00e0 refuser toute rem\u00e9moration. Seul le narrateur peut se permettre de naviguer dans le courant de ses pens\u00e9es si cela peut lui permettre d\u2019appr\u00e9hender un tropisme ou la sensation qui l\u2019a fait naitre. Ainsi, en narrant une situation donn\u00e9e, il ne se pr\u00e9occupe pas de la logique humaine. C\u2019est sans doute pourquoi il se permet de revenir sur une sc\u00e8ne plusieurs fois, l\u2019important r\u00e9sidant dans la saisie de la sensation prise \u00e0 sa source. Ayant fait l\u2019exp\u00e9rience de la naissance ou de la disparition d\u2019un tropisme avec tel ou tel autre personnage, le narrateur cherche \u00e0 partager cette trouvaille avec le lecteur. C\u2019est dans cette perspective qu\u2019il ne se lasse pas de r\u00e9p\u00e9ter une m\u00eame sc\u00e8ne tant qu\u2019il n\u2019aura pas fait ressentir la m\u00eame sensation. Aussi, chez Sarraute se retrouve-t-il une nouvelle temporalit\u00e9\u00a0: celle du tropisme qui semble \u00eatre personnel car \u00e9tant une temporalit\u00e9 de situation o\u00f9 \u00ab\u00a0l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique se fait ainsi trouver hors du temps utile, productif, pour une d\u00e9couverte d\u2019une temporalit\u00e9 plus proche d\u2019une dur\u00e9e subjective<a href=\"#_edn34\" name=\"_ednref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La subjectivit\u00e9 de cette dur\u00e9e transpara\u00eet, dans une large mesure, sur l\u2019\u00e9volution du r\u00e9cit et sur la repr\u00e9sentation du temps. Elle est aussi li\u00e9e \u00e0 l\u2019av\u00e8nement du tropisme qui influe sur le temps et de l\u2019\u00e9criture et de la lecture. Car la dur\u00e9e et le temps sont dispers\u00e9s par une secr\u00e8te catastrophe int\u00e9rieure en relation \u00e9troite avec les craintes et les angoisses de ces personnages qui \u00e9vitent \u00e0 tout prix le surgissement du tropisme. Marie Auclair soutient en ce sens qu\u2019avec Sarraute,\u00ab\u00a0un temps est ainsi rendu visible, audible qui pr\u00e9sentifie le temps de la naissance du tropisme et en fait une dur\u00e9e sensible, un rep\u00e8re dramatique\u00a0: il r\u00e9pond donc \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 r\u00e9elle et logique en ce qu\u2019il d\u00e9crit l\u2019ordre du surgissement, int\u00e9gr\u00e9 au temps de l\u2019\u00e9criture<a href=\"#_edn35\" name=\"_ednref35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. C\u2019est ce caract\u00e8re sensible de la dur\u00e9e sarrautienne qui favorise l\u2019ind\u00e9termination du temps. Cette derni\u00e8re va participer sensiblement aux mutations chronologiques et stylistiques que l\u2019on retrouve dans l\u2019\u00e9criture sarrautienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il n\u2019existe plus une quelconque \u00e9volution dans l\u2019action pouvant permettre de saisir le parcours d\u2019un personnage. Seule importe la pertinence de la saisie de l\u2019instant propice \u00e0 l\u2019av\u00e8nement du tropisme. Aussi, le personnage-narrateur se complait-il dans des retours et des r\u00e9p\u00e9titions qui en disent long sur sa qu\u00eate du tropisme. Sa recherche est, d\u00e8s lors, motiv\u00e9e par son d\u00e9sir de d\u00e9couvrir ce qui se cache derri\u00e8re les silences, les paroles et m\u00eame les gestes des protagonistes du r\u00e9cit. Loin de se limiter aux \u00ab\u00a0racontars<a href=\"#_edn36\" name=\"_ednref36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, il se construit lui-m\u00eame sa pens\u00e9e et tente de d\u00e9couvrir les personnages sans les masques de l\u2019apparence. Chaque rencontre peut-\u00eatre le lieu d\u2019une d\u00e9couverte majeure malgr\u00e9 les jeux de simulation et de dissimulation. L\u2019avarice du p\u00e8re dans <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em> est ainsi mise en exergue par les conflits qui l\u2019opposent \u00e0 sa fille. Plusieurs \u00e9pisodes dans le roman peuvent permettre de d\u00e9couvrir ce personnage sans masque. Au-del\u00e0 du vol du savon, du traitement m\u00e9dical de la fille, de son voyage \u00e0 venir et m\u00eame de son projet de mariage, la sc\u00e8ne au restaurant o\u00f9 Dumontet pr\u00e9sente au \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb leur projet de r\u00e9habilitation d\u2019une maison laisse transparaitre toute l\u2019avarice de ce personnage\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dumontet parle\u00a0: H\u00e9 oui\u2026 Et vous savez, quand on y r\u00e9fl\u00e9chit, 150000 francs \u00e0 3%, \u00e7a ne fait gu\u00e8re qu\u2019un loyer annuel de 4500 francs.\u00a0\u00bb Il a un petit rire malicieux\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est encore mieux, vous ne pensez pas, que de manger son argent dans certaines affaires\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le vieux plisse \u00e0 son tour les paupi\u00e8res, il a l\u2019air de calculer\u00a0: \u00ab\u00a04500 francs de loyer\u2026 Il faudrait dire 4500 francs de suppl\u00e9ment de loyer. C\u2019est un peu diff\u00e9rent. Ce n\u2019est tout de m\u00eame pas n\u00e9gligeable\u2026 On peut toujours se tromper, c\u2019est \u00e9vident, mais ne dites pas \u00e7a, m\u00eame par le temps qui court il y a encore moyen de faire des placements qui rapportent mieux que du 3%\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn37\" name=\"_ednref37\"><sup>[37]<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, il arrive \u00e0 ce m\u00eame personnage, qui brille par son avarice, de se livrer \u00e0 des sc\u00e8nes d\u2019altruisme quand il se trouve entour\u00e9 de ses amis ou quand il se retrouve au restaurant. Et pourtant, le personnage-narrateur arrive \u00e0 d\u00e9celer en lui d\u2019infimes r\u00e9actions \u00e0 des instants pr\u00e9cis, apr\u00e8s un mot, un ton, un geste ou un silence, r\u00e9v\u00e9lateurs de son monde int\u00e9rieur. L\u2019important n\u2019est plus alors l\u2019action elle-m\u00eame mais bien l\u2019instant pr\u00e9cis qui a favoris\u00e9 cette r\u00e9action. L\u2019ind\u00e9termination du temps est donc li\u00e9e \u00e0 la nature de la qu\u00eate du personnage-narrateur. Il ne se soucie plus de temps chronologique, seul importe l\u2019instant pr\u00e9sent en mesure de d\u00e9couvrir et de faire d\u00e9couvrir l\u2019autre sans masques. On peut, d\u00e8s lors, assister \u00e0 une perturbation de la lecture par l\u2019absence de d\u00e9ictiques temporels. Ainsi, dans l\u2019esprit du lecteur, le r\u00e9cit pi\u00e9tine et s\u2019embourbe, l\u2019accent \u00e9tant mis essentiellement sur la tension du tropisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ind\u00e9termination du temps d\u00e9passe alors les mutations chronologiques pour bouleverser la syntaxe. En effet, la recherche de l\u2019expression ad\u00e9quate contraint le personnage-narrateur \u00e0 donner une suite de mots, d\u2019expressions et\/ou de propositions dans une seule phrase afin de rendre compte au mieux d\u2019une sensation, de la rendre communicable. Cela explique, un tant soit peu, la particularit\u00e9 voire la singularit\u00e9 de la ponctuation dans l\u2019esth\u00e9tique sarrautienne et la longueur des phrases. Comme le temps, qui est caract\u00e9ris\u00e9 par son ind\u00e9termination, la syntaxe singuli\u00e8re chez Sarraute met en \u00e9vidence une inaptitude des mots \u00e0 dire le tropisme, \u00e0 dire la sensation. Aussi, le r\u00e9cit est-il parsem\u00e9 de s\u00e9quences o\u00f9 le sens h\u00e9site \u00e0 se faire jour. Une impuissance du langage \u00e0 dire le monde mise en exergue par une particularit\u00e9 de la ponctuation. Car \u00ab\u00a0ponctuer c\u2019est insister. C\u2019est marquer, tenir un instant le vif prisonnier. [\u2026] Ponctuer c\u2019est faire une pause, temporiser<a href=\"#_edn38\" name=\"_ednref38\"><sup>[38]<\/sup><\/a>\u00bb. Une temporisation qui, chez Sarraute, passe par une actualisation du tropisme qui n\u2019est possible que dans l\u2019instantan\u00e9it\u00e9 de l\u2019\u00e9criture et de la lecture en dehors de rep\u00e8res temporels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce que le langage\u00a0n\u2019arrive pas ou plus \u00e0 nommer est pris en charge par la ponctuation. Cette ponctuation se m\u00e9tamorphose au gr\u00e9 de la sensation\u00a0qu\u2019elle cherche \u00e0 traduire. Et c\u2019est ainsi qu\u2019elle se multiplie, se prolonge, marquant l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019un horizon pour l\u2019\u00e9crivain et pour le lecteur. C\u2019est en ce sens que l\u2019esth\u00e9tique sarrautienne s\u2019est vue accompagn\u00e9e d\u2019une ponctuation connot\u00e9e. Ainsi, le point habituel se m\u00e9tamorphose en points de suspension, devenant l\u2019expression d\u2019une sensation ou la suggestion d\u2019un tropisme. Ce symbolisme peut \u00eatre per\u00e7u comme un d\u00e9placement s\u00e9mantique qui donne un autre sens voire un sens nouveau \u00e0 une expression usuelle. Une chose exprim\u00e9e dans une certaine neutralit\u00e9 avec le point se transforme et se charge d\u2019une autre signification avec les points de suspension. On en veut pour preuve l\u2019affrontement entre le \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb et la bonne sur la fuite d\u2019eau du robinet\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Bien s\u00fbr\u2026 Mais ce n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui\u2026 il se met \u00e0 tr\u00e9pigner\u2026 ce n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui que cela a commenc\u00e9. Ce n\u2019est pas en une demi-heure que cela a pu prendre de pareilles proportions\u2026 on ne lui avait pas dit, on lui avait cach\u00e9\u2026 la fissure, le trou dans le mur\u2026 le plombier l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9 la derni\u00e8re fois\u2026 on est oblig\u00e9, ici, de le faire venir tous les deux jours&#8230; le trou ne s\u2019est pas fait tout seul\u2026 ce n\u2019est pas dans la conduite d\u2019eau\u2026ce n\u2019est pas vrai\u2026 il crie, la bonne effray\u00e9e, recule\u2026 ce n\u2019est pas vrai, vous le savez, c\u2019est le robinet qui n\u2019est jamais bien ferm\u00e9\u2026 toute la nuit, j\u2019entends le tuyau de la douche qui coule\u2026 je suis oblig\u00e9 de me lever au milieu de la nuit pour le fermer derri\u00e8re eux\u2026 leurs bains, leurs ablutions\u2026 le genre anglais, les douches froides\u2026 leurs th\u00e9ories absurdes sur l\u2019hygi\u00e8ne\u2026 leur manie de la propret\u00e9\u2026 cette habitude &#8211; mais je la leur ferai passer &#8211; de tremper dans l\u2019eau pendant des heures, \u00e9tendus l\u00e0 comme des souches\u2026<a href=\"#_edn39\" name=\"_ednref39\"><sup>[39]<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce passage o\u00f9, sur la moiti\u00e9 d\u2019une page, le \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb de <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em> se livre \u00e0 une effusion de sentiments, Nathalie Sarraute\u00a0par l\u2019usage abusif des points de suspension<a href=\"#_edn40\" name=\"_ednref40\"><sup>[40]<\/sup><\/a> sugg\u00e8re une sous-conservation<a href=\"#_edn41\" name=\"_ednref41\"><sup>[41]<\/sup><\/a> o\u00f9 transparaissent les craintes et les appr\u00e9hensions\u00a0du personnage. Face \u00e0 la fuite du robinet, il ressasse un bon nombre d\u2019\u00e9v\u00e8nements qui participent \u00e0 la saisie du tropisme\u00a0sans se soucier de la chronologie des \u00e9v\u00e9nements. On y retrouve ses propres paroles, ses pens\u00e9es, les paroles des autres et m\u00eame la pr\u00e9sence du lecteur. Les points de suspension permettent ainsi \u00e0 Sarraute\u00a0de marquer des silences, de signaler des d\u00e9saccords, de sugg\u00e9rer des angoisses et de laisser affleurer des sensations dans le pr\u00e9sent de la narration. Le m\u00eame passage repris sans la plupart des points de suspension ne serait pas charg\u00e9 d\u2019une certaine connotation et pourrait \u00eatre lu de mani\u00e8re plus ou moins neutre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u00e9finitive, l\u2019ind\u00e9termination du temps dans le Nouveau Roman sape toute coh\u00e9sion dans l\u2019univers romanesque pour se poser comme une remise en cause des piliers du roman traditionnel. Chez Sarraute, cette remise en question valorise une \u00e9criture qui tente de saisir l\u2019instant consid\u00e9r\u00e9 comme seul r\u00e9f\u00e9rent dans la volont\u00e9 de rendre communicable la sensation \u00e0 l\u2019origine du tropisme. <em>Portrait d\u2019un inconnu <\/em>se d\u00e9tourne donc du temps chronologique pour mettre l\u2019accent sur la pertinence du pr\u00e9sent\u00a0dans la saisie du tropisme. Ce pr\u00e9sent est perceptible dans l\u2019\u00e9criture quand la romanci\u00e8re s\u2019attache \u00e0 rendre compte de la sensation et de la transmettre \u00e0 travers des r\u00e9p\u00e9titions, des analogies et de la ponctuation. Le personnage fait l\u2019exp\u00e9rience de ce pr\u00e9sent dans la parole avec ces silences et ces gestes qui permettent de dire l\u2019\u00eatre sans les masques de l\u2019apparence. La perception du pr\u00e9sent se vit aussi chez le lecteur dans l\u2019actualisation m\u00eame la sensation puisque ce qui importe c\u2019est l\u2019Ici et le Maintenant afin de s\u2019approprier la qu\u00eate de Nathalie Sarraute\u00a0: saisir le tropisme en dehors toute r\u00e9f\u00e9rence temporelle voire chronologique.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect5\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#notes\">Notes<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>Sarraute Nathalie, <em>Portrait d\u2019un inconnu, <\/em>Paris, Minuit, 1948.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Alain Robbe-Grillet, <em>Pour un nouveau roman<\/em>, Paris, Minuit, 1963, p. 119.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Butor Michel, <em>La Modification<\/em>, Paris, Minuit, 1957, p. 40.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Raimond Michel, <em>Le roman depuis la R\u00e9volution<\/em>, Paris, Armand Colin, 1981, p. 232.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Sartre Jean-Paul, <em>Situations I<\/em>, Paris, Gallimard, 1947, p. 16.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Toursel Nadine et Vassevi\u00e8re Jacques, <em>Litt\u00e9rature\u00a0: Textes th\u00e9oriques et critiques<\/em>, Paris, Nathan, 2001, p. 166.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Simon Claude, <em>Le Vent, tentative de restitution d\u2019un retable baroque<\/em>, Paris, Minuit, p. 163.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> Sarraute Nathalie, <em>Le Plan\u00e9tarium<\/em>, Paris, Minuit, 1959, p. 77.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> Sarraute Nathalie, <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, <em>op. cit<\/em>., p. 138.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> Essentiels dans l\u2019\u00e9criture sarrautienne, les tropismes sont d\u00e9finis comme \u00ab ces mouvements subtils, \u00e0 peine perceptibles, fugitifs, contradictoires, \u00e9vanescents de faibles tremblements, des \u00e9bauches d\u2019appels timides et de reculs des ombres l\u00e9g\u00e8res qui glissent, et dont le jeu incessant constitue la trame invisible de tous les rapports humains et la substance m\u00eame de notre vie \u00bb (Sarraute Nathalie, <em>L\u2019Ere du soup\u00e7on,<\/em> Paris, Gallimard, 1956, p. 29).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> Sarraute Nathalie, <em>Entre la vie et la mort<\/em>, Paris, Minuit, 1968, p. 87.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> Sarraute Nathalie, <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 85.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a><em>Idem<\/em>, p. 141-142.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a> Reuter Yves, <em>L\u2019analyse du r\u00e9cit<\/em>, Paris, Nathan, 2000, pp. 63-64.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref15\" name=\"_edn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a><em> Ibidem<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref16\" name=\"_edn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a> Sarraute Nathalie, <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, <em>op. cit<\/em>., pp. 120-123.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref17\" name=\"_edn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a><em> Idem<\/em>, p. 24.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref18\" name=\"_edn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a><em> Idem,<\/em> p. 35.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref19\" name=\"_edn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a><em> Idem<\/em>, p. 81.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref20\" name=\"_edn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a><em> Idem,<\/em> p. 27.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref21\" name=\"_edn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a><em> Ibidem<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref22\" name=\"_edn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> Minkowski Eug\u00e8ne, <em>Le temps v\u00e9cu<\/em>, Paris, PUF, 1965, p. 31.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref23\" name=\"_edn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a> Sarraute Nathalie, <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 170.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref24\" name=\"_edn24\"><sup>[24]<\/sup><\/a> Coly Augustin, <em>Po\u00e9tique du Nouveau Roman\u00a0: Les Gommes et La jalousie d\u2019Alain Robbe-Grillet<\/em>, Berlin, Editions universitaires europ\u00e9ennes, 2011, p. 143.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref25\" name=\"_edn25\"><sup>[25]<\/sup><\/a> Sarraute Nathalie, <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 136.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref26\" name=\"_edn26\"><sup>[26]<\/sup><\/a> Bloch-Michel Jean, <em>Le pr\u00e9sent de l\u2019indicatif. Essai sur le Nouveau Roman<\/em>, Paris, Gallimard, 1963, p. 56.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref27\" name=\"_edn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a> Beckett Samuel, <em>En attendant Godot<\/em>, Paris, Minuit, 1952, p. 126.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref28\" name=\"_edn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a> Sarraute Nathalie, <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 91.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref29\" name=\"_edn29\"><sup>[29]<\/sup><\/a> Neukomm Zeltner , \u00ab Nathalie Sarraute, une nouvelle exp\u00e9rience de l\u2019intime \u00bb, <em>in M\u00e9diations<\/em> n\u00b03, 1961, p. 52.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref30\" name=\"_edn30\"><sup>[30]<\/sup><\/a> Xiaoxia Wang, \u00a0\u00ab Instant pr\u00e9sent dans <em>Vous les entendez ? <\/em>&#8211; La nouvelle r\u00e9alit\u00e9\u00a0de Nathalie Sarraute\u00a0\u00bb, <em>Synergies Chine <\/em>N\u00b04, 2009, p. 105.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref31\" name=\"_edn31\"><sup>[31]<\/sup><\/a> Genette G\u00e9rard, <em>Figures I<\/em>, Paris, Seuil, 1966, p. 101.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref32\" name=\"_edn32\"><sup>[32]<\/sup><\/a> Bou\u00e9 Rachel, <em>Nathalie Sarraute, la sensation en qu\u00eate de parole<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 1997, p. 24.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref33\" name=\"_edn33\"><sup>[33]<\/sup><\/a><em> Idem<\/em>, p. 40<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref34\" name=\"_edn34\"><sup>[34]<\/sup><\/a> Auclerc Benoit, \u00ab\u00a0Arracher toute la toile peinte\u00a0\u00bb\u00a0: peinture et \u00e9criture du tropisme chez Nathalie Sarraute \u00bb, in Gaubert, Serge, et Toma, Radu (dir.), <em>Litt\u00e9rature et peinture<\/em>, Bucarest, Editura Babel, 2003, p. 110.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref35\" name=\"_edn35\"><sup>[35]<\/sup><\/a> Auclair Marie, \u00ab\u00a0Ultima Verba ou les silences du tropisme\u00a0\u00bb, <em>Prot\u00e9e<\/em>, vol 28, n<sup>0 <\/sup>2, 2000, p. 82.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref36\" name=\"_edn36\"><sup>[36]<\/sup><\/a> Sarraute Nathalie, <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, <em>op. cit<\/em>., p. 24.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref37\" name=\"_edn37\"><sup>[37]<\/sup><\/a><em> Idem<\/em>, p. 204.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref38\" name=\"_edn38\"><sup>[38]<\/sup><\/a> Servi\u00e8re Michel, \u00ab\u00a0Ponctuation de Nietzsche\u00a0\u00bb, <em>Motifs et figures<\/em>, Centre d\u2019Art, Esth\u00e9tique et Litt\u00e9rature, Paris, PUF, 1974, p. 275.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref39\" name=\"_edn39\"><sup>[39]<\/sup><\/a> Sarraute Nathalie, <em>Portrait d\u2019un inconnu<\/em>, <em>op. cit<\/em>. p. 150.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref40\" name=\"_edn40\"><sup>[40]<\/sup><\/a> 22 points de suspension pour un seul point sur plus de 15 lignes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref41\" name=\"_edn41\"><sup>[41]<\/sup><\/a> Nous faisons ici r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019essai de Nathalie Sarraute paru \u00e0 la NRF en Janvier-f\u00e9vrier 1950 et repris dans <em>L\u2019Ere du Soup\u00e7on<\/em>, <em>op. cit.<\/em><\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect6\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#biblio\">Bibliographie<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">AUCLAIR Marie, \u00ab Ultima Verba ou les silences du tropisme \u00bb, <em>Prot\u00e9e<\/em>, vol 28, n\u00b02, 2000.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">AUCLERC Benoit, \u00ab Arracher toute la toile peinte \u00bb : peinture et \u00e9criture du tropisme chez Nathalie Sarraute \u00bb, in Gaubert, Serge, et Toma, Radu (dir.), <em>Litt\u00e9rature et peinture<\/em>, Bucarest, Editura Babel, 2003.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BECKETT Samuel, <em>En attendant Godot<\/em>, Paris, Minuit, 1952.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BLOCH-MICHEL Jean, <em>Le pr\u00e9sent de l\u2019indicatif. Essai sur le Nouveau Roman<\/em>, Paris, Gallimard, 1963.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BOU\u00c9 Rachel, <em>Nathalie Sarraute, la sensation en qu\u00eate de parole<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 1997.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BUTOR Michel, <em>La Modification<\/em>, Paris, Minuit, 1957.<\/p>\n<p>COLY Augustin, <em>Po\u00e9tique du Nouveau Roman\u00a0: Les Gommes et La jalousie d\u2019Alain Robbe-Grillet<\/em>, Berlin, Editions universitaires europ\u00e9ennes, 2011.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">GENETTE G\u00e9rard, <em>Figures I<\/em>, Paris, Seuil, 1966.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">MINKOWSKI Eug\u00e8ne, <em>Le temps v\u00e9cu<\/em>, Paris, PUF, 1965.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">NEUKOMM Zeltner, \u00ab Nathalie Sarraute, une nouvelle exp\u00e9rience de l\u2019intime \u00bb, <em>in M\u00e9diations<\/em> n\u00b03, 1961.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">RAIMOND Michel, <em>Le roman depuis la R\u00e9volution<\/em>, Paris, Armand Colin, 1981.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">REUTER Yves, <em>L\u2019analyse du r\u00e9cit<\/em>, Paris, Nathan, 2000.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ROBBE-GRILLET Alain, <em>Pour un nouveau roman<\/em>, Paris, Minuit, 1963.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SARRAUTE Nathalie, <em>Entre la vie et la mort<\/em>, Paris, Minuit, 1968.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SARRAUTE Nathalie, <em>L\u2019Ere du soup\u00e7on,<\/em> Paris, Gallimard, 1956.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SARRAUTE Nathalie, <em>Le Plan\u00e9tarium<\/em>, Paris, Minuit, 1959.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SARRAUTE Nathalie, <em>Portrait d\u2019un inconnu, <\/em>Paris, Minuit, 1948.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SARTRE Jean-Paul, <em>Situations I<\/em>, Paris, Gallimard, 1947.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SERVI\u00c8RE Michel, \u00ab Ponctuation de Nietzsche \u00bb, <em>Motifs et figures<\/em>, Centre d\u2019Art, Esth\u00e9tique et Litt\u00e9rature, Paris, PUF, 1974.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SIMON Claude, <em>Le Vent, tentative de restitution d\u2019un retable baroque<\/em>, Paris, Minuit, 1957.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">TOURSEL Nadine et VASSEVI\u00c8RE Jacques, <em>Litt\u00e9rature\u00a0: Textes th\u00e9oriques et critiques<\/em>, Paris, Nathan, 2001.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">XIAOXIA Wang, \u00ab Instant pr\u00e9sent dans <em>Vous les entendez ? <\/em>&#8211; La nouvelle r\u00e9alit\u00e9\u00a0de Nathalie Sarraute\u00a0\u00bb, <em>Synergies Chine <\/em>N\u00b04, 2009.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u00e9lestine Dibor Sarr SARR C\u00e9lestine Dibor est docteur en litt\u00e9rature fran\u00e7aise, plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur l\u2019esth\u00e9tique de Nathalie Sarraute. Elle est l\u2019auteur de plusieurs publications scientifiques dont les plus r\u00e9centes sont\u00a0: \u00ab\u00a0 Le r\u00e9cit d\u2019enfance\u00a0: un dialogisme entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction dans Enfance (1983) de Nathalie Sarraute\u00a0\u00bb, Revue de la Facult\u00e9 des Sciences et Technologie de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46549],"tags":[218829,215548],"class_list":["post-5172","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","tag-lucie","tag-n13","post-preview"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5172","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5172"}],"version-history":[{"count":34,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5172\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6197,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5172\/revisions\/6197"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5172"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5172"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5172"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}