 {"id":5230,"date":"2023-06-06T10:09:46","date_gmt":"2023-06-06T09:09:46","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=5230"},"modified":"2023-10-13T10:54:53","modified_gmt":"2023-10-13T09:54:53","slug":"le-temps-quil-fait-le-temps-qui-passe-dire-le-temps-le-subir-lapprivoiser-une-correspondance-entre-deux-poetes-romands","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/06\/06\/le-temps-quil-fait-le-temps-qui-passe-dire-le-temps-le-subir-lapprivoiser-une-correspondance-entre-deux-poetes-romands\/","title":{"rendered":"Le temps qu\u2019il fait, le temps qui passe\u00a0: dire le temps, le subir, l\u2019apprivoiser. Une correspondance entre deux po\u00e8tes romands."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><strong>Fran\u00e7ois CHANTELOUP<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Fran\u00e7ois Chanteloup pr\u00e9pare actuellement une th\u00e8se sur l\u2019\u0153uvre de Gustave Roud, qu\u2019il soumettra aux prochains concours doctoraux du laboratoire ICD (Interactions Culturelles et Discursives) de l\u2019Universit\u00e9 de Tours. Apr\u00e8s avoir r\u00e9alis\u00e9 deux m\u00e9moires de recherche portant sur l\u2019\u0153uvre de Jean Giono, il travaille \u00e0 pr\u00e9sent sur celle du po\u00e8te suisse romand Gustave Roud, \u00e0 travers une approche \u00e9copo\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : CHANTELOUP Fran\u00e7ois, \u00ab Le temps qu\u2019il fait, le temps qui passe : dire le temps, le subir, l\u2019apprivoiser. Une correspondance entre deux po\u00e8tes romands \u00bb, <em>Litter@ Incognita<\/em> [En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b013 \u00ab Temps \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, temps des \u0153uvres \u00bb, saison automne 2023, mis en ligne le 13 octobre 2023, disponible sur <a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/06\/06\/le-temps-quil-fait-le-temps-qui-passe-dire-le-temps-le-subir-lapprivoiser-une-correspondance-entre-deux-poetes-romands\/\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/06\/06\/le-temps-quil-fait-le-temps-qui-passe-dire-le-temps-le-subir-lapprivoiser-une-correspondance-entre-deux-poetes-romands\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2023\/06\/CHANTELOUP_le_temps_quil_fait_le_temps_qui_passe.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article sous format PDF<\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9sum\u00e9s <\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La correspondance entre Georges Nicole (1898-1959) et Gustave Roud (1897-1976), en plus d\u2019offrir un document historique pr\u00e9cieux rendant compte des nombreuses activit\u00e9s culturelles de la Suisse romande au milieu du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, est \u00e9galement le lieu d\u2019un \u00e9change durable entre deux amis aux sensibilit\u00e9s proches et singuli\u00e8res. Pour Roud et Nicole, ce dialogue est notamment l\u2019occasion d\u2019un \u00e9change enthousiaste autour des fleurs, \u00e0 travers lesquelles se lit l\u2019avanc\u00e9e du temps \u2013 entre floraisons domestiques, gr\u00eales destructrices et observations montagnardes. N\u00e9anmoins, l\u2019\u00e9criture \u00e9pistolaire contribue parfois \u00e0 une suspension du temps, de sorte que la correspondance entre les deux po\u00e8tes devient \u00e0 l\u2019occasion un lieu de refuge contre le si\u00e8cle et son <em>actualit\u00e9<\/em> d\u00e9vorante. D\u00e8s lors, l\u2019\u00e9criture \u00e9pistolaire se fait lutte contre le temporel, et lieu de recherche ou d\u2019expression po\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019autre part, et plus simplement, la forme m\u00eame de la <em>correspondance<\/em> inclut un rapport au temps tout \u00e0 fait particulier\u00a0: r\u00e9guli\u00e8res, les lettres \u00e9chang\u00e9es par Nicole et Roud scandent leurs recherches po\u00e9tiques comme elles scandent, plus prosa\u00efquement, leurs rythmes de vie. Enfin, le <em>temps \u00e0 l\u2019\u0153uvre <\/em>impose \u00e9galement sa griffe sur le corps des deux hommes. Et tandis que la mort, pr\u00e9sente en sourdine tout au long de leur vaste \u00e9change, obs\u00e8de les deux locuteurs, la lettre se pr\u00e9sente comme un espace permettant d\u2019exprimer le deuil. Ainsi, entre observations ph\u00e9nologiques et conscience du vieillissement, la correspondance entre Gustave Roud et Georges Nicole est un poste d\u2019observation privil\u00e9gi\u00e9 permettant de saisir les flux temporels qui agissent au c\u0153ur m\u00eame de la vie des deux \u00e9crivains, mortels avant tout, mais mortels ayant cherch\u00e9 \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer cet <em>autre <\/em>espace, o\u00f9 le temps s\u2019abolirait, pour laisser place \u00e0 quelques profondes v\u00e9rit\u00e9s, si humbles soient-elles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>\u00a0<\/strong>The correspondence between Georges Nicole (1898-1959) and Gustave Roud (1897-1976) is a precious historical document about the different manifestations of culture in the French-speaking Switzerland in the middle of the 20<sup>th<\/sup> century, but it\u2019s also a lasting exchange between two friends with common sensibilities. For Roud and Nicole, this dialogue is an occasion to talk with enthusiasm about flowers, in which fleeting time is visible \u2013 in the domestic blossoming, the ravaging hail, the mountain\u2019s observations. Nevertheless, the epistolary writing enables, occasionally, a suspension of time. In this way, the correspondence between the two poets becomes sometimes a refuge against the social world and its consuming current affairs. Therefore, epistolary writing struggles against the temporal, and represents a space of research and poetic expression.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Furthermore, the form of the correspondence includes a specific relation with time: the letters exchanged by Roud and Nicole chant their poetical researches, but also, more prosaically, their pace of life. Finally, time\u2019s work also imposes its signature on the bodies. Death obsesses the two speakers, and the epistolary writing becomes a way to express the mourning. Thus, the correspondence between Roud and Nicole is an interesting observation post, which enables us to grasp the flow of time. Indeed, the two writers, despite their mortal condition, were continually trying to reach the <em>other<\/em> space, where time can be abolished, to move on to some humble but deep truths.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Mots-cl\u00e9s\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">litt\u00e9rature \u2013 correspondance \u2013 Suisse romande \u2013 Gustave Roud \u2013 Georges Nicole\u00a0\u2013 temps ph\u00e9nologique \u2013 mort \u2013 nature<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">literature \u2013 correspondence \u2013 French-speaking Switzerland \u2013 Gustave Roud \u2013 Georges Nicole \u2013 phenology \u2013 nature<\/p>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Sommaire<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"intro\"><\/a><a href=\"#sect1\">Introduction \u2013 La correspondance, un miroir que l\u2019on prom\u00e8ne le long du temps<\/a><br \/>\n<a name=\"1\"><\/a><a href=\"#sect2\">1. Les travaux et les jours, ou le temps ph\u00e9nologique : voir les saisons<\/a><br \/>\n<a name=\"2\"><\/a><a href=\"#sect3\">2. \u00ab Le rythme de ma pens\u00e9e est celui des saisons \u00bb : sentir l\u2019influence des saisons<\/a><br \/>\n<a name=\"3\"><\/a><a href=\"#sect4\">3. Les \u00ab instants de gr\u00e2ce \u00bb, ou les portes de l\u2019intemporel<\/a><br \/>\n<a name=\"4\"><\/a><a href=\"#sect5\">4. Le temps, facteur d\u2019alt\u00e9ration et d\u2019absolu<\/a><br \/>\n<a name=\"conclu\"><\/a><a href=\"#sect6\">Conclusion \u2013 L\u2019\u00e9ternel et l\u2019instant<\/a><br \/>\n<a name=\"notes\"><\/a><a href=\"#sect7\">Notes<\/a><br \/>\n<a name=\"biblio\"><\/a><a href=\"#sect8\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect1\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a href=\"#intro\">Introduction \u2013 La correspondance, un miroir que l\u2019on prom\u00e8ne le long du temps<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">B\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019un rapport au temps n\u00e9cessairement \u00e9troit, l\u2019\u00e9criture \u00e9pistolaire se pr\u00e9sente comme un poste d\u2019observation f\u00e9cond permettant d\u2019\u00e9tudier le temps \u00e0 l\u2019\u0153uvre \u2013 ce \u00ab\u00a0temps qui passe\u00a0\u00bb que les correspondants essayent d\u2019apprivoiser, avec plus ou moins de r\u00e9ussite, ou auquel ils choisissent de s\u2019abandonner, consentants ou contraints. Plus encore, une des grandes vertus de la correspondance est qu\u2019elle permet de repr\u00e9senter le \u00ab\u00a0temps long\u00a0\u00bb\u00a0: les locuteurs s\u2019y meuvent directement, tandis que les lecteurs, r\u00e9trospectivement, accompagnent le d\u00e9roulement du quotidien des deux subjectivit\u00e9s qui se donnent \u00e0 lire. Ainsi, le vaste \u00e9change \u00e9pistolaire entre Georges Nicole (1898-1959) et Gustave Roud (1897-1976), publi\u00e9 en 2009 chez Infolio par les soins de St\u00e9phane P\u00e9termann, offre un large parcours temporel, entra\u00eenant le lecteur au sein d\u2019une relation amicale durable et profonde, d\u00e9butant en 1920 et s\u2019achevant pr\u00e8s de 40 ans plus tard \u00e0 la mort de Nicole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les lettres \u00e9chang\u00e9es par Roud et Nicole t\u00e9moignent donc \u00e0 leur mani\u00e8re du passage du temps. C\u2019est pourquoi, \u00e0 travers elles, quelques r\u00e9sonnances historiques ne peuvent manquer d\u2019\u00e9merger. Cependant, c\u2019est bien davantage d\u2019un temps <em>intime<\/em> qu\u2019il est question. En effet, la nature de la relation entre les deux po\u00e8tes et critiques romands que sont Roud et Nicole est bien plus qu\u2019une simple fr\u00e9quentation intellectuelle\u00a0: les deux hommes, se sentant de profondes affinit\u00e9s po\u00e9tiques et sensibles, \u00e9crivent souvent sur le ton de la confidence, et donnent toujours le sentiment de se livrer \u00e0 une \u00e2me s\u0153ur, qui seule pourrait recevoir de telles paroles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette situation entra\u00eene par cons\u00e9quent un \u00e9change o\u00f9 le <em>personnel<\/em> acquiert une place fondamentale\u00a0: le quotidien le plus prosa\u00efque et le plus imm\u00e9diat c\u00f4toie ainsi les vues les plus vastes. Et la nature \u00e9pistolaire de ces \u00e9crits nous rappelle leur vocation d\u2019<em>adresse<\/em>, la lettre \u00e9tant d\u00e9finie depuis l\u2019antiquit\u00e9 comme une \u00ab\u00a0conversation entre amis absents<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\"><sup>1<\/sup><\/a> \u00bb. Ce contexte d\u2019\u00e9nonciation, qui implique le croisement de deux subjectivit\u00e9s, permet alors de confronter deux perceptions diff\u00e9rentes du temps, qui parfois se rejoignent, et parfois s\u2019\u00e9loignent, dans la mesure o\u00f9, comme on le sait depuis Bergson, le temps de la conscience diverge selon les individus et selon les moments de leur existence<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\"><sup>2<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, nous entendons aborder la correspondance comme <em>un miroir que l\u2019on prom\u00e8ne le long du temps<\/em>, reprenant \u00e0 notre compte la fameuse formule s\u2019attachant \u00e0 d\u00e9crire le roman, que Stendhal attribue, dans <em>Le Rouge et le Noir<\/em>, \u00e0 Saint-R\u00e9al. Pour le dire autrement, la correspondance serait une forme privil\u00e9gi\u00e9e de t\u00e9moignage temporel, en ce qu\u2019elle marcherait \u00e0 la m\u00eame vitesse que le temps, ne pouvant pas plus le ralentir que l\u2019acc\u00e9l\u00e9rer, \u00e0 l\u2019inverse des pouvoirs que permet la fiction. N\u00e9anmoins ce temps <em>v\u00e9cu<\/em>, autobiographique, non-fictionnel, b\u00e9n\u00e9ficie en lui-m\u00eame de ses propres d\u00e9limitations, de ses propres lois \u2013 et de sa propre horloge. Fr\u00e9quemment, l\u2019un des deux destinateurs s\u2019excuse de son silence prolong\u00e9, et de ses manquements \u00e9pistolaires. Ainsi de Roud, commen\u00e7ant de la mani\u00e8re suivante sa lettre du 20 d\u00e9cembre 1943\u00a0: \u00ab\u00a0Me voici affreusement en retard avec toi\u00a0\u00bb (R., 20\/12\/43, p. 790<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\"><sup>3<\/sup><\/a>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Plus encore, le commerce \u00e9pistolaire, que Roud nomme son \u00ab\u00a0\u00e9pistolat\u00a0\u00bb, demande une gestion du temps \u00e9minemment subtile et rigoureuse, au risque de crouler sous le courrier en attente. Les lettres re\u00e7ues et envoy\u00e9es par Roud sont l\u00e9gion, ses correspondants pl\u00e9thoriques. Aussi, le fait d\u2019accorder plus ou moins de temps \u00e0 son destinataire est un enjeu majeur des diverses correspondances de Roud. Celle qu\u2019il entretient avec Nicole n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e8gle\u00a0: sans cesse le po\u00e8te romand, qui acquiert au fur et \u00e0 mesure des ann\u00e9es une gloire et une importance toujours plus grandes dans le milieu litt\u00e9raire suisse, se montre press\u00e9 par le temps. Souvent il \u00e9crit sous le couperet que symbolise le passage du tram-courrier\u00a0: la lettre qu\u2019il r\u00e9dige, affirme-t-il alors, ne saurait souffrir de plus amples d\u00e9veloppements si elle veut partir sans retard vers sa destination. L\u2019<em>ethos<\/em> de Roud se construit alors comme celui d\u2019un prisonnier encha\u00een\u00e9 \u00e0 son travail\u00a0; et \u00ab\u00a0[c]e grignotement quotidien est parfois insupportable.\u00a0\u00bb (R., 23\/07\/49, p. 1025)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, Nicole n\u2019est pas en reste. En vertu de son intense activit\u00e9 de critique, lui aussi vit sous le joug des dates butoirs concernant les textes \u00e0 livrer. Et r\u00e9guli\u00e8rement, le professorat lui appara\u00eet comme une activit\u00e9 n\u00e9cessaire (financi\u00e8rement et psychologiquement) mais exceptionnellement chronophage. C\u2019est ainsi que, retenu \u00e0 Nyon par les cours \u00e0 donner, il identifie Carrouge, le lieu o\u00f9 vit Roud, comme un espace soustrait \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0actualit\u00e9\u00a0\u00bb et au superflu de la vie s\u00e9culaire, citadine\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Et ne trouves-tu pas souvent bien difficile de prot\u00e9ger les zones de silence contre le bruit de \u00ab\u00a0l\u2019actualit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0? Il faut souvent de la peine pour opposer un \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas l\u2019essentiel\u00a0\u00bb \u00e0 tant de faits qui trouvent un \u00e9cho en vous. Que je t\u2019envie \u00ab\u00a0Carrouge\u00a0\u00bb\u00a0! Non comme un refuge, qu\u2019il n\u2019est du reste pas pour toi, mais comme un lieu d\u2019o\u00f9 apparaissent plus clairement que d\u2019ailleurs les limites du temporel et du spirituel. N\u2019est-ce pas un peu cela\u00a0? (N., 17\/02\/34, p. 136)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, la correspondance entre Roud et Nicole pr\u00e9sente de nombreuses accroches temporelles. Nous entendons, pour notre part, l\u2019aborder \u00e0 l\u2019aune du \u00ab\u00a0temps qu\u2019il fait\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019aune des cycles naturels rythmant la vie biologique des \u00eatres vivants\u00a0: le temps <em>ph\u00e9nologique<\/em>, pour le dire plus bri\u00e8vement \u2013 la ph\u00e9nologie \u00e9tant la \u00ab\u00a0science qui \u00e9tudie l\u2019influence des variations climatiques sur certains ph\u00e9nom\u00e8nes p\u00e9riodiques de la vie des plantes (germination, floraison) et des animaux (migration, hibernation)<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\"><sup>4<\/sup><\/a> \u00bb. Comme nous le verrons, les deux hommes se montrent particuli\u00e8rement attentifs \u00e0 leur environnement naturel, et \u00e0 la progression des saisons, tant\u00f4t presque imperceptible, tant\u00f4t \u00e9vidente. Cette sensibilit\u00e9 de po\u00e8te, dont d\u00e9coulent de belles pages sur l\u2019arriv\u00e9e du printemps ou sur la persistance de l\u2019hiver, est loin cependant de se cantonner aux seules floraisons et aux seules moissons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, le temps qui passe est \u00e9galement celui qui m\u00e8ne \u00e0 la d\u00e9gradation, \u00e0 la fanaison, \u00e0 la mort. En d\u2019autres termes, non seulement le temps comme force alt\u00e9rante n\u2019est pas occult\u00e9, mais il acquiert m\u00eame une place toute particuli\u00e8re quand, au p\u00e9rissement des fleurs ou \u00e0 celui de l\u2019\u00e9t\u00e9, se noue la mort humaine. D\u00e8s lors, celle-ci rejoint ces instants de gr\u00e2ce r\u00e9colt\u00e9s au milieu des saisons, pour mener l\u2019\u00eatre endeuill\u00e9 vers un absolu per\u00e7u comme d\u00e9passement du temps ph\u00e9nom\u00e9nal. La po\u00e9sie, qui infuse chacune des pages de leur correspondance, est bien, pour Roud comme pour Nicole, ce qui permet d\u2019aborder un <em>autre <\/em>espace, fait d\u2019abandon paisible et intemporel.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect2\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#1\">1. Les travaux et les jours, ou le temps ph\u00e9nologique\u00a0: <em>voir<\/em> les saisons<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">N\u00e9anmoins, si le deuil ou l\u2019observation des saisons m\u00e8nent \u00e0 une intuition de l\u2019absolu et d\u2019un autre monde, c\u2019est bien dans celui-ci que vivent les gestes contempl\u00e9s, et que sont \u00e9prouv\u00e9es les joies et les tristesses. La po\u00e9sie de Roud, tout enti\u00e8re tourn\u00e9e vers un lieu, vers un pays \u2013 le Jorat \u2013 n\u2019est pas pour autant une po\u00e9sie o\u00f9 l\u2019humain se perd dans une nature qui ne le signifie pas, et d\u2019o\u00f9 il est parfaitement exclu. De m\u00eame, si cette po\u00e9sie accorde une place ind\u00e9niablement cons\u00e9quente aux \u00e9l\u00e9ments naturels et ruraux, il faut tout de suite pr\u00e9ciser que la conception roudienne de la campagne et du monde agricole n\u2019a rien de r\u00e9actionnaire, comme l\u2019affirme Peter Schnyder\u00a0: \u00ab\u00a0Dans un monde qui a d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9 le sens de l\u2019idylle (et donc une conception du paradis dans ce qu\u2019il a d\u2019archa\u00efque et de na\u00eff), Roud \u00e9vite constamment de glisser vers une idylle pass\u00e9iste, tout comme il \u00e9vite de se faire le chantre de la nostalgie d\u2019un monde rural \u00e0 jamais perdu.<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\"><sup>5<\/sup><\/a> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, les notations ph\u00e9nologiques contenues dans sa correspondance avec Nicole vivent toujours sur fond de <em>pr\u00e9sent imm\u00e9diat<\/em>. Ce qu\u2019observe Roud, ce sont bien les travaux et les jours, mais sans qu\u2019aucune nuance nostalgique ne vienne accompagner ces relev\u00e9s factuels du temps qui passe. Malgr\u00e9 tout, saisons apr\u00e8s saisons, c\u2019est bien la fin du monde paysan qu\u2019il lui est donn\u00e9 d\u2019observer \u2013 ou tout au moins sa transformation, sa m\u00e9canisation. Mais cet aspect historique demeure constamment secondaire, quand bien m\u00eame il arrive fr\u00e9quemment au marcheur carrougeois de s\u2019indigner de la disparition des haies ou de la b\u00e9tonisation excessive. Ce qui importe bien plus \u00e0 Roud, comme \u00e0 Nicole, ce sont les signes fugaces d\u2019une nature toujours \u00e0 l\u2019\u0153uvre, que cette nature soit domestiqu\u00e9e et travaill\u00e9e par l\u2019homme, ou qu\u2019elle soit laiss\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour les deux po\u00e8tes romands, l\u2019enjeu est avant tout de <em>voir<\/em> les saisons. Autrement dit, il s\u2019agit de d\u00e9canter son regard pour l\u2019\u00e9lever au-dessus des diverses pressions quotidiennes et ainsi le rendre r\u00e9ceptif aux floraisons comme aux signes des premi\u00e8res neiges. Pris par nos occupations, il arrive que l\u2019on ne voie pas m\u00eame l\u2019automne passer, parce que le temps nous manque pour le regarder. Sous le joug de ses travaux de traduction, Nicole confie par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Cela m\u2019a \u00e9loign\u00e9 de toute autre occupation, et comme toi, j\u2019ai laiss\u00e9 passer cet automne magnifique presque sans le voir, cueillant pourtant dans la ville des lumi\u00e8res, et des feuillages d\u00e9bordants des murs, qui faisaient allusion \u00e0 ce monde de l\u2019automne que j\u2019aime tant.\u00a0\u00bb (N., 02\/11\/43, p. 788) Roud, de m\u00eame, regrette de ne pas <em>voir les moissons<\/em>. Occup\u00e9 lui par des imp\u00e9ratifs horticulaires qui ne peuvent \u00eatre remis, il n\u2019a acc\u00e8s qu\u2019\u00e0 de brefs tableaux lointains et partiels\u00a0: \u00ab\u00a0De plus en plus je suis d\u00e9vor\u00e9 par ce domaine\u00a0: jardins, vergers, \u2018\u2018plantage\u2019\u2019. Vers le 20 ao\u00fbt, je cueillais encore les cerises et je n\u2019ai gu\u00e8re vu des moissons que ces pans de collines soudain mis \u00e0 nu par une branche que j\u2019abaissais au flanc des cerisiers.\u00a0\u00bb (R., 09\/10\/44, p. 829)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces lignes, issues des ann\u00e9es 1943 et 1944, semblent ainsi en tout point consacr\u00e9es \u00e0 des observations naturalistes tranchant nettement avec le contexte historique pr\u00e9gnant. Ce n\u2019est plus seulement le lieu (Carrouge, et plus largement la Suisse neutre), qui constitue l\u2019\u00e9quivalent d\u2019une de ces \u00ab\u00a0zones de silence\u00a0\u00bb appel\u00e9es de ses v\u0153ux par Nicole, mais la correspondance m\u00eame entre les deux po\u00e8tes. De sorte que l\u2019\u00e9change \u00e9pistolaire devient un espace de respiration, permettant la construction d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 autre que guerri\u00e8re ou militaire. Car si les lettres que nous lisons paraissent parfaitement d\u00e9tach\u00e9es du conflit mondial, il n\u2019en va pas de m\u00eame dans le journal de Roud\u00a0: \u00ab\u00a0souvent br\u00e8ves, les notations sont nombreuses qui \u00e9voquent le conflit, ses d\u00e9veloppements internationaux, la participation des amis paysans \u00e0 la mobilisation, la garde locale dont il est charg\u00e9.<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\"><sup>6<\/sup><\/a> \u00bb Plus encore, dans le domaine po\u00e9tique, le recueil <em>Air de la solitude<\/em> qui para\u00eetra en 1945, et dont la majeure partie des textes est \u00e9crite dans les ann\u00e9es de guerre, est intens\u00e9ment inform\u00e9 par l\u2019Histoire, \u00e0 tel point que Claire Jaquier peut affirmer\u00a0: \u00ab\u00a0La guerre constitue un th\u00e8me organisateur aussi important que le d\u00e9roulement des saisons.<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\"><sup>7<\/sup><\/a>\u00bb Ainsi, m\u00eame au c\u0153ur des plus grands troubles historiques, les <em>saisons<\/em> offrent une r\u00e9alit\u00e9 connue et souhaitable, \u00e0 quoi se rattacher, et par laquelle il est possible de supporter l\u2019insupportable. S\u2019attacher \u00e0 voir les saisons peut ainsi devenir une forme de consolation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, et bien qu\u2019ils subissent fr\u00e9quemment un m\u00eame aveuglement involontaire, Roud et Nicole vivent deux exp\u00e9riences nettement divergentes. En effet, retenu la plupart du temps en ville, \u00e0 Nyon, o\u00f9 il vit avec sa famille et o\u00f9 il donne ses cours, Nicole est un peu plus en retrait de la vie naturelle, et ses observations sont bien plus fugaces que celles de Roud. Souvent, ses notations ph\u00e9nologiques concernent son jardin, ou bien les marches montagnardes qu\u2019il ne manque pas de faire d\u00e8s que son corps le lui permet. Ainsi, le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1949, il \u00e9crit \u00e0 Roud, apr\u00e8s une excursion au Marchairuz, un col jurassien\u00a0: \u00ab\u00a0Trouv\u00e9, encore fleuries, quelques potentilles (j\u2019esp\u00e9rais des gentianes), et des feuilles de g\u00e9ranium rouge sang, dans une herbe qui appelait d\u00e9j\u00e0 les crocus.\u00a0\u00bb (N., 01\/12\/58, p. 1220)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, les chroniques saisonni\u00e8res sont principalement du ressort de Roud, dont le lieu d\u2019habitation, sur les hauteurs de Lausanne, lui permet une fr\u00e9quentation journali\u00e8re d\u2019espaces o\u00f9 s\u2019expriment pleinement les diverses mani\u00e8res d\u2019\u00eatre vivant. D\u00e8s lors, se cr\u00e9e spontan\u00e9ment une opposition entre la ville, lieu de Nicole, et la campagne, lieu de Roud. Carrouge devient ainsi pour Nicole le lieu lui permettant de s\u2019\u00e9lever au-dessus de la m\u00eal\u00e9e, en rejoignant l\u2019amiti\u00e9 et les saisons. Fr\u00e9quemment, Roud l\u2019encourage, en lui donnant la force n\u00e9cessaire pour surmonter ses lourdes obligations professionnelles\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Je sais, il va y avoir ces vacances, et nous nous en r\u00e9jouissons autant que toi, puisqu\u2019elles te permettront de monter enfin \u00e0 Carrouge\u00a0! Quand tu viendras les rebuses auront pris fin, j\u2019esp\u00e8re. Elles attristent un peu ce d\u00e9but de mai, g\u00eanent les floraisons et les abeilles \u2013 mais c\u2019est parfois assez beau, ce ciel bas et gris qui joue avec les cerisiers presque d\u00e9fleuris et les pommiers presque \u00e9panouis. (R., 05\/05\/47, p. 926)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On le voit, Roud offre \u00e0 Nicole de v\u00e9ritables chroniques du monde naturel ; et Nicole ne manque pas de lui confier combien de tels propos lui offrent une respiration opportune : \u00ab Comme je te remercie de tes deux derniers messages, si amicaux, si bienvenus dans un \u2018\u2018quotidien\u2019\u2019 que j\u2019avais tant de peine \u00e0 surmonter, ces jours derniers. \u00bb (N., 07\/02\/43, p. 745) Ainsi, \u00e0 leur fa\u00e7on et selon les spectacles qui s\u2019offrent \u00e0 leurs yeux, les deux \u00e9pistoliers font chacun preuve d\u2019une grande habilet\u00e9 \u00e0 <em>voir<\/em> les saisons. Et, comme nous allons le montrer, une telle capacit\u00e9 est loin de se limiter \u00e0 une seule vis\u00e9e esth\u00e9tique. Bien que cette derni\u00e8re soit souvent pr\u00e9sente, l\u2019observation naturelle est \u00e9galement une source de respiration, ainsi qu\u2019une force secr\u00e8te agissant directement sur ceux qui ne se contentent pas de <em>regarder<\/em>, mais <em>vivent<\/em> v\u00e9ritablement la saison.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect3\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#2\">2. \u00ab\u00a0Le rythme de ma pens\u00e9e est celui des saisons\u00a0\u00bb\u00a0: sentir l\u2019<em>influence <\/em>des saisons<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0Garde le rythme, observe les heures de l\u2019univers, et non celle des trains.<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\"><sup>8<\/sup><\/a> \u00bb Voici ce qu\u2019\u00e9crit Henry David Thoreau en mani\u00e8re d\u2019exhortation, dans son <em>Journal<\/em>, le 28 d\u00e9cembre 1852. Et, d\u2019un journal l\u2019autre, voici ce que Roud lui-m\u00eame consigne dans le sien, \u00e0 la date du mardi 27 mai 1924\u00a0: \u00ab\u00a0Le rythme de ma pens\u00e9e est celui des saisons\u00a0; inutile de chercher en elle-m\u00eame sa ligne conductrice, elle est ailleurs, hors d\u2019elle. Monstre sans pr\u00e9c\u00e9dent je suis soumis aux astres, au monde, moi qui cet hiver encore croyais \u00e0 ma d\u00e9livrance.<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\"><sup>9<\/sup><\/a> \u00bb Avec un ton pouvant rappeler celui qui ouvre les <em>Confessions <\/em>de Rousseau, Roud affirme un lien entre sa \u00ab\u00a0pens\u00e9e\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0saisons\u00a0\u00bb, toutes se mouvant sur un m\u00eame rythme. Ce qui est certain, c\u2019est que l\u2019existence de Roud est enti\u00e8rement scand\u00e9e par l\u2019alternance des saisons, entre hiver difficilement supportable, automne aim\u00e9, et printemps enivrant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour commencer par ce qui est peut-\u00eatre le plus \u00e9vident, nous pouvons d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 nous arr\u00eater un instant sur la saison hivernale, con\u00e7ue comme un point bas, une p\u00e9riode moralement dure \u00e0 supporter et qu\u2019il convient de traverser avec le plus de vaillance possible. Le 2 f\u00e9vrier 1938, Roud \u00e9crit ainsi \u00e0 Nicole\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 si souvent moi-m\u00eame cette vertigineuse angoisse (au r\u00e9veil surtout) de ne savoir \u00e0 qui, \u00e0 quoi me \u2018\u2018raccrocher\u2019\u2019 durant cette travers\u00e9e de l\u2019hiver, le sentiment qu\u2019aucun contact r\u00e9el n\u2019\u00e9tait possible avec qui ou quoi que ce f\u00fbt, que je partage amicalement ton souci. Mais je m\u2019assure \u2013 avec d\u2019autant plus de certitude \u2013 que ce malaise <em>n\u00e9 de la saison<\/em> va se dissiper avec elle. Et d\u00e9j\u00e0 ce matin, une autre lumi\u00e8re \u2013 tellement d\u2019avant-printemps\u00a0! \u2013 t\u2019apportera peut-\u00eatre, \u00e0 toi aussi, quelque all\u00e9geance. (R., 05\/02\/38, p. 380)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On le voit, la \u00ab\u00a0travers\u00e9e de l\u2019hiver\u00a0\u00bb est pour Roud une v\u00e9ritable \u00e9preuve, dans la mesure o\u00f9 elle entra\u00eene comme une atrophie dans son \u00e9change avec le monde. Saison morte, ou tout au moins dou\u00e9e de peu de vie, l\u2019hiver devient une puissance <em>emp\u00eachante<\/em>, qui renvoie douloureusement le sujet \u00e0 lui-m\u00eame, l\u2019enfermant dans un int\u00e9rieur peu am\u00e8ne, et lui faisant subir une paralysie presque maladive. Rendant les rencontres avec ses amis paysans comme celles avec la faune et la flore plus rares, plus intermittentes et moins consistantes, l\u2019hiver condamne Roud \u00e0 un d\u00e9faut de contact avec le monde sensible. C\u2019est en ce sens que l\u2019arriv\u00e9e du printemps, <em>via<\/em> le chant du merle ou le bourdonnement des abeilles, lui offre quelque espoir de sortie d\u2019une p\u00e9riode aride voire apathique\u00a0: \u00ab\u00a0Hier, le merle pour la premi\u00e8re fois \u2013 et des abeilles. Je <em>sais<\/em> que comme moi tu accueilles avidement ces signes plus pr\u00e9cieux que tout, comme un viatique au long du p\u00e9nible chemin de f\u00e9vrier et de mars.\u00a0\u00bb (R., 29\/01\/43, p. 739)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un mois plus tard, Roud se montre toujours aussi enthousiaste et toujours aussi reconnaissant envers les merles, qui peuplent ses r\u00e9veils d\u2019une promesse printani\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">As-tu des r\u00e9veils comme les n\u00f4tres, tous ces merles depuis quelques jours, et cette lumi\u00e8re un peu amortie si fraternelle\u00a0? Il y a aussi mille alouettes sur chaque colline et l\u2019autre jour d\u00e9j\u00e0, le fils d\u2019Olivier me montrait des \u00e9tourneaux sur chaque vieux poirier de son verger. Que cette approche d\u2019avril doit t\u2019\u00eatre, \u00e0 toi aussi, quelque chose d\u2019enivrant\u00a0! (R., 26\/02\/43, p. 751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, quelques jours apr\u00e8s ces mots, Roud \u00e9crit encore \u00e0 Nicole\u00a0: \u00ab\u00a0Ma tante a rapport\u00e9 de Vucherens, hier, les premi\u00e8res violettes avec des pulmonaires et des p\u00e2querettes. Et samedi, sous la neige, j\u2019ai cueilli dans notre verger les premi\u00e8res niv\u00e9oles. Ne trouves-tu pas que cette ann\u00e9e la moindre fleur devient d\u2019un prix infini\u00a0?\u00a0\u00bb (R., 09\/03\/43, p. 759-760)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, Roud qu\u00eate inlassablement les signes d\u2019une sortie de l\u2019hiver, transper\u00e7ant la neige pour percevoir et <em>toucher<\/em> de vivants t\u00e9moignages du printemps. Et quand celui-ci arrive pour de bon, c\u2019est avec une franche joie qu\u2019il est re\u00e7u\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle joie de deviner ce que peut \u00eatre pour toi, pour vous, ce vivant mois de mai, si beau avec ses explosions soudaines de fleurs, de feuillages, et aussi ces esp\u00e8ces de crispations grelottantes \u2013 une suite de surprises in\u00e9puisables\u00a0!\u00a0\u00bb (R., 08\/05\/52, p. 1108) Nicole \u00e9galement vit le printemps comme une importante force de renouvellement et comme l\u2019occasion d\u2019un nouveau regard port\u00e9 sur le monde\u00a0: \u00ab\u00a0Ce printemps se passe pour moi je ne sais comment. Il me para\u00eet que c\u2019est l\u2019un des plus beaux que j\u2019aie vus, lent, d\u00e9licat, changeant, tant\u00f4t brumeux, tant\u00f4t limpide jusqu\u2019\u00e0 faire exister chaque objet pour lui-m\u00eame, tant\u00f4t bouscul\u00e9 par la bise.\u00a0\u00bb (N., 08\/04\/45, p. 849)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Et apr\u00e8s un \u00e9t\u00e9 pass\u00e9 \u00e0 courir la campagne (pour Roud) ou la montagne (pour Nicole), vient immanquablement la fin des moissons, transition vers l\u2019automne\u00a0: \u00ab\u00a0ce retombement d\u2019apr\u00e8s est toujours m\u00e9lancolique et on dirait que le pays lui-m\u00eame s\u2019en attriste.\u00a0\u00bb (R., 23\/07\/49, p. 1024) Le terme \u00ab\u00a0retombement\u00a0\u00bb, comme celui de \u00ab\u00a0renversement\u00a0\u00bb, dit bien la perception cyclique du temps qui est celle de Roud. Pour autant, ce n\u2019est pas parce qu\u2019elle est <em>per\u00e7ue<\/em>, que cette approche cyclique est v\u00e9ritablement <em>v\u00e9cue<\/em>. Preuve en est la difficult\u00e9 avec laquelle Roud se d\u00e9bat lorsqu\u2019un passage un peu trop brusque d\u2019une saison \u00e0 l\u2019autre vient comme perturber l\u2019alternance classique des signes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce quelque chose que tu sens en toi de douloureusement prisonnier me semble tr\u00e8s proche de la presque impossibilit\u00e9 que j\u2019\u00e9prouve \u00e0 m\u2019abandonner \u00e0 cet extraordinaire \u00ab\u00a0renversement\u00a0\u00bb de la saison qui nous jette, \u00e0 peine exhum\u00e9s de la neige, dans ce suspens temporel d\u2019entre-saison o\u00f9 les choses cessent d\u2019\u00eatre signe pour devenir pr\u00e9sence \u2013 mais une pr\u00e9sence stricte, sans rayonnement, et comme retir\u00e9e en soi\u00a0: les couleurs ne chantent pas encore, elles sont murmur\u00e9es comme une gamme, \u00e9num\u00e9r\u00e9es, faudrait-il dire. (R., 19\/02\/45, p. 844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette derni\u00e8re phrase, c\u2019est bien d\u2019une \u00ab\u00a0impossibilit\u00e9\u00a0\u00bb dont il est question\u00a0: celle de s\u2019\u00ab\u00a0abandonner\u00a0\u00bb \u00e0 un univers de <em>pr\u00e9sences<\/em>, lesquelles ne sont plus prioritairement signifiantes, mais seulement manifestes, comme si elles n\u2019\u00e9mergeaient que pour elles seules, ind\u00e9pendamment du regard humain qui les contemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Car l\u2019enjeu est bien de faire corps avec les saisons\u00a0: non pas comme une volont\u00e9 pr\u00e9\u00e9tablie, mais plut\u00f4t comme une fatalit\u00e9 qu\u2019il incombe au po\u00e8te de r\u00e9aliser. Cependant, \u00e0 quelques moments de disgr\u00e2ce int\u00e9rieure, celui qui devrait y \u00eatre li\u00e9 quitte le rythme des saisons, instaurant bien malgr\u00e9 lui un d\u00e9calage entre son propre rythme et celui du dehors. C\u2019est par exemple le cas en mai 1950, lorsque Roud, se sentant \u00ab\u00a0instable, divis\u00e9\u00a0\u00bb, confie \u00e0 Nicole\u00a0: \u00ab\u00a0Un tel trouble m\u2019interdit de rien refl\u00e9ter de ce riche printemps, d\u2019\u00eatre <em>vraiment <\/em>touch\u00e9 par ces consolations inou\u00efes que sont pourtant le vent dans les feuilles nouvelles et ces merles, ces fauvettes infatigables au c\u0153ur m\u00eame des plus vives averses\u00a0!\u00a0\u00bb (R., 22\/05\/50, p. 1051) Tandis que les chants d\u2019oiseaux ou le bruit du vent dans les arbres pourraient agir comme des \u00ab\u00a0consolations\u00a0\u00bb apaisant la douleur de vivre, une certaine forme de d\u00e9tresse psychologique emp\u00eache de tels contacts avec le r\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Treize ans plus t\u00f4t, Roud utilisait d\u00e9j\u00e0 l\u2019adjectif \u00ab\u00a0divis\u00e9e\u00a0\u00bb pour caract\u00e9riser sa vie int\u00e9rieure, qu\u2019il opposait alors aux certitudes pleines d\u2019une fin d\u2019\u00e9t\u00e9 harmonieuse\u00a0: \u00ab\u00a0Tu ne saurais croire quelle vie divis\u00e9e et incoh\u00e9rente je m\u00e8ne au milieu d\u2019une saison si <em>s\u00fbre <\/em>d\u2019elle-m\u00eame et si belle. Le contraste est douloureux.\u00a0\u00bb (R., 08\/09\/37, p. 349) Ainsi, l\u2019<em>influence<\/em> des saisons peut autant \u00eatre b\u00e9n\u00e9fique que n\u00e9gative, et peut \u00eatre plus ou moins forte selon les dispositions int\u00e9rieures du sujet. Dans tous les cas, le rythme des saisons, s\u2019il peuple l\u2019univers po\u00e9tique de Roud comme les lettres de Nicole, est \u00e9galement un facteur puissant de m\u00e9tamorphose temporelle\u00a0: c\u2019est en effet au creux des plus \u00e9vidents comme des plus humbles signes naturels, par eux et gr\u00e2ce \u00e0 eux, que peuvent \u00e9merger l\u2019intuition de l\u2019intemporel et sa r\u00e9alisation inou\u00efe.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect4\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#3\">3. Les \u00ab\u00a0instants de gr\u00e2ce\u00a0\u00bb, ou les portes de l\u2019intemporel<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Effectivement, c\u2019est au sein m\u00eame du quotidien le plus prosa\u00efque que s\u2019ouvre le passage vers l\u2019intemporel. Dans <em>Le sacr\u00e9 et la profane<\/em>, l\u2019historien des religions Mircea Eliade oppose frontalement deux temporalit\u00e9s, le Temps sacr\u00e9 et le Temps profane\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pas plus que l\u2019espace, le Temps n\u2019est, pour l\u2019homme religieux, homog\u00e8ne ni continu. Il y a les intervalles de Temps sacr\u00e9, le temps des f\u00eates (en majorit\u00e9, des f\u00eates p\u00e9riodiques)\u00a0; il y a, d\u2019autre part, le Temps profane, la dur\u00e9e temporelle ordinaire dans laquelle s\u2019inscrivent les actes d\u00e9nu\u00e9s de signification religieuse.<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Gustave Roud en revanche, la distinction entre ces deux formes de temps est nettement moins bien d\u00e9finie. En s\u2019appuyant sur les travaux de Claire Jaquier, nous pouvons, de fait, d\u00e9finir deux <em>espaces<\/em> roudiens, chacun \u00e9tant reli\u00e9 \u00e0 une temporalit\u00e9 sp\u00e9cifique\u00a0: il y a d\u2019abord l\u2019espace de la communion, de la sociabilit\u00e9, reli\u00e9 \u00e0 un bref temps de rencontre et de partage spirituel ou relationnel (c\u2019est la halte, au coin d\u2019un champ ou dans le lieu clos d\u2019une auberge)\u00a0; et il y a la route ouverte, celle par laquelle le vagabond est renvoy\u00e9 \u00e0 sa solitude, marqu\u00e9e par une reprise de l\u2019\u00e9coulement temporel et par une forme de libert\u00e9 retrouv\u00e9e. Difficile, alors, de dire quel espace et quel temps recouvriraient ceux qu\u2019Eliade d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0sacr\u00e9s\u00a0\u00bb, et quels autres ressortiraient au domaine du \u00ab\u00a0profane\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 premi\u00e8re vue, il serait tentant d\u2019assimiler la halte et le moment de repos \u00e0 des formes d\u2019existences prosa\u00efques, et la route \u00e0 une exp\u00e9rience du sacr\u00e9 \u2013 dans la mesure o\u00f9 elle permet pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019ouverture \u00e0 de myst\u00e9rieuses correspondances. N\u00e9anmoins, les \u00ab\u00a0instants de gr\u00e2ce\u00a0\u00bb peuvent surgir de l\u2019un ou l\u2019autre espace, indistinctement. De sorte que, s\u2019il est une opposition valable, dans l\u2019optique qui est la n\u00f4tre, c\u2019est plut\u00f4t celle que met en place Nathalie J. Ferrand, entre \u00ab\u00a0succession des instants\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0lumi\u00e8re de l\u2019\u00e9ternel\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0D\u2019un c\u00f4t\u00e9 se trouvent les apparences, l\u2019illusion, la succession des instants et des fragments, l\u2019opacit\u00e9, de l\u2019autre le tout, la lumi\u00e8re de l\u2019\u00e9ternel, le monde r\u00e9el, o\u00f9 s\u2019abolissent les cat\u00e9gories usuelles de la pens\u00e9e.<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\"><sup>11<\/sup><\/a> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la qu\u00eate po\u00e9tique de Roud passe par une sorte de colligation visant \u00e0 rassembler les morceaux \u00e9pars d\u2019un paradis terrestre diss\u00e9min\u00e9 sous la forme, notamment, d\u2019\u00ab\u00a0instants de gr\u00e2ce\u00a0\u00bb. Cette derni\u00e8re expression est utilis\u00e9e par Nicole lui-m\u00eame, le jour o\u00f9 il rend compte de \u00ab\u00a0Diff\u00e9rence\u00a0\u00bb, un texte po\u00e9tique que lui a envoy\u00e9 Roud, et qui rejoindra le recueil <em>Air de la solitude<\/em> en 1945\u00a0: \u00ab\u00a0Je l\u2019ai lu avec l\u2019\u00e9motion et l\u2019admiration que tu devines, songeant combien ton art si s\u00fbr et si riche te permet de saisir d\u00e9sormais de pr\u00e8s les instants de gr\u00e2ce.\u00a0\u00bb (N., 12\/01\/44, p. 796) Saisir les instants de gr\u00e2ce\u00a0: c\u2019est bien, en effet, ce que s\u2019attache \u00e0 faire Roud, lequel s\u2019efforce alors d\u2019\u00eatre sensible \u00e0 ces brefs moments de r\u00e9ception totale qui repr\u00e9sentent pr\u00e9cis\u00e9ment ces passages vers ce que Nicole, de nouveau, appelle \u00ab\u00a0les portes de l\u2019intemporel\u00a0\u00bb. \u00c0 propos cette fois-ci d\u2019\u00ab\u00a0Appel d\u2019hiver\u00a0\u00bb, un po\u00e8me de <em>Pour un moissonneur<\/em>, le critique \u00e9crit \u00e0 son ami\u00a0: \u00ab\u00a0jamais, depuis <em>Adieu<\/em>, tu n\u2019as prof\u00e9r\u00e9 des incantations si justes, si pressantes, pour que s\u2019ouvrent les portes de l\u2019intemporel, et qu\u2019apparaisse le monde o\u00f9 l\u2019on ne vit plus, o\u00f9 l\u2019on contemple seulement.\u00a0\u00bb (N., 19\/04\/41, p. 585)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour autant, il ne suffit pas de rester sur le pas de la porte, au risque de ne faire que \u00ab\u00a0c\u00f4toyer \u00e9ternellement le bord de l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb, comme le redoute le narrateur du <em>Manuscrit trouv\u00e9 dans une bouteille\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Nous sommes condamn\u00e9s, sans doute, \u00e0 c\u00f4toyer \u00e9ternellement le bord de l\u2019\u00e9ternit\u00e9, sans jamais faire notre plongeon d\u00e9finitif dans le gouffre.<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\"><sup>12<\/sup><\/a> \u00bb Pour ne pas demeurer ainsi comme rejet\u00e9 par l\u2019\u00e9ternit\u00e9, il convient alors non seulement de \u00ab\u00a0[lire] \u00e0 m\u00eame la nature les signes les plus solennels de l\u2019\u00e9ternit\u00e9<a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\"><sup>13<\/sup><\/a> \u00bb, mais \u00e9galement de savoir s\u2019immiscer dans ces signes, de mani\u00e8re \u00e0 sentir r\u00e9ellement cette \u00e9motion cosmique, pr\u00e9lude \u00e0 une ouverture sans retenue du sujet lyrique. Une telle exp\u00e9rience trouve certainement un \u00e9quivalent dans ce que Romain Rolland d\u00e9signait du nom de \u00ab\u00a0sentiment oc\u00e9anique\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0En parlant de \u2018\u2018sentiment oc\u00e9anique\u2019\u2019, Romain Rolland a voulu exprimer une nuance tr\u00e8s particuli\u00e8re, l\u2019impression d\u2019\u00eatre une vague dans un oc\u00e9an sans limites, d\u2019\u00eatre une partie d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 myst\u00e9rieuse et infinie.<a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\"><sup>14<\/sup><\/a> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s lors, devant l\u2019\u00e9tranget\u00e9 et la difficult\u00e9 de concevoir une telle exp\u00e9rience, les mots pour la dire arrivent p\u00e9niblement. Lord Chandos de m\u00eame conc\u00e9dait l\u2019impossible mise en mots de \u00ab\u00a0ce quelque chose qui ne poss\u00e8de aucun nom\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il ne m\u2019est pas ais\u00e9 d\u2019esquisser pour vous de quoi sont faits ces moments heureux\u00a0; les mots une fois de plus m\u2019abandonnent. Car c\u2019est quelque chose qui ne poss\u00e8de aucun nom et d\u2019ailleurs ne peut gu\u00e8re en recevoir, cela qui s\u2019annonce \u00e0 moi dans ces instants, emplissant comme un vase n\u2019importe quelle apparence de mon entourage quotidien d\u2019un flot d\u00e9bordant de vie exalt\u00e9e.<a href=\"#_edn15\" name=\"_ednref15\"><sup>15<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Peut-\u00eatre que, tout compte fait, l\u2019illustration la plus simple d\u2019une ouverture \u00e0 l\u2019intemporel est donn\u00e9e par Nicole lui-m\u00eame. Convalescent, et immobilis\u00e9 dans un chalet de haute montagne, celui-ci go\u00fbte l\u2019abandon paisible que lui permet la compagnie de telle lumi\u00e8re ou celle de tel oiseau\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Oui, c\u2019est peut-\u00eatre ce que j\u2019attends le plus du soleil, plus encore que la sant\u00e9, ces heures de non-vigilance, de non-r\u00e9volte, de non-angoisse, o\u00f9 un choucas qui s\u2019arr\u00eate sur l\u2019air avant de se poser sur un toit, la visite d\u2019un pinson, une lumi\u00e8re un peu plus claire vers le Saint-Bernard, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019Italie, le bruit du torrent, un cri d\u2019enfant suffisent \u00e0 maintenir en vous le sentiment de l\u2019existence \u2013 une existence que l\u2019on sent alors sans commencement ni fin. (N., 20\/04\/52, p. 1105)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ne plus sentir les bornes temporelles d\u2019une vie humaine soucieuse de pass\u00e9 et d\u2019avenir c\u2019est, en somme, plus encore que de se consacrer au seul pr\u00e9sent, se lancer dans l\u2019Ouvert tel que Rilke le d\u00e9finit dans sa huiti\u00e8me \u00e9l\u00e9gie de Duino, dans laquelle l\u2019animal agit comme un mod\u00e8le de perception cosmique\u00a0: \u00ab\u00a0Et l\u00e0 o\u00f9 nous voyons de l\u2019avenir, lui voit tout \/ et lui-m\u00eame dans tout et sauv\u00e9 pour toujours.<a href=\"#_edn16\" name=\"_ednref16\"><sup>16<\/sup><\/a> \u00bb<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect5\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#4\">4. Le temps, facteur d\u2019alt\u00e9ration et d\u2019absolu<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Entrecoup\u00e9 de quelques instants privil\u00e9gi\u00e9s, le quotidien n\u2019en demeure pas moins le lieu d\u2019un mouvement incoercible, jetant sur toutes choses comme un voile d\u2019alt\u00e9ration. C\u2019est ainsi que Nicole, dans une \u00ab\u00a0\u00c9tude sur Gustave Roud\u00a0\u00bb publi\u00e9e en 1951, rend compte de l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019a faite jadis son ami de la d\u00e9gradation permanente du monde\u00a0: \u00ab\u00a0Il a appris peu \u00e0 peu, d\u00e8s l\u2019adolescence, que tout y meurt et s\u2019y corrompt. Il a vu le b\u00fbcheron abattre les arbres aim\u00e9s, le chevreuil inquiet p\u00e9rir par le chasseur, la fleur \u00eatre coup\u00e9e, et s\u2019alt\u00e9rer les beaux dimanches et les f\u00eates d\u2019autrefois.<a href=\"#_edn17\" name=\"_ednref17\"><sup>17<\/sup><\/a> \u00bb Cette empreinte de la mort dans le monde sensible incarne parfaitement la fa\u00e7on dont Roud con\u00e7oit l\u2019\u00e9coulement temporel\u00a0: force de transformation et d\u2019alt\u00e9ration, le temps consiste en une fuite angoissante \u00e0 laquelle il convient de s\u2019abandonner, tant le combat est in\u00e9gal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nicole \u00e9galement se montre pers\u00e9cut\u00e9 par l\u2019\u00e9preuve du temps, qui entra\u00eene en lui, en plus de ses souffrances physiques, une forte souffrance morale\u00a0: \u00ab\u00a0Je donnerais combien d\u2019ann\u00e9es de ma vie pour un matin de la seizi\u00e8me ann\u00e9e \u00e0 revivre, ou \u00e0 retrouver intact dans la m\u00e9moire. Je me sens souvent l\u2019objet d\u2019une telle d\u00e9gradation\u00a0!\u00a0\u00bb (N., 27\/01\/46, p. 878) Chez Roud au contraire, nulle nostalgie. \u00c0 la suite d\u2019une rencontre d\u2019anciens bacheliers \u00e0 laquelle il vient de se rendre, il confie ainsi \u00e0 Nicole\u00a0: \u00ab\u00a0Samedi j\u2019ai vu Paul \u00e0 un d\u00eener d\u2019anciens bacheliers de 1915, o\u00f9 j\u2019avais fort h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 descendre, car ces involontaires hommages \u00e0 la toute-puissance du temps peuvent \u00eatre presque tragiques. Mais non\u00a0: tous, je crois, y ont pris plaisir, avec l\u2019envie d\u2019une r\u00e9cidive\u2026\u00a0\u00bb (R., 09\/07\/45, p. 858)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>La toute-puissance du temps\u00a0<\/em>: une telle expression repr\u00e9sente bien la mani\u00e8re dont Roud per\u00e7oit le temps. Celui-ci, dot\u00e9 d\u2019une majuscule, appara\u00eet m\u00eame parfois comme proprement insupportable\u00a0; ainsi de ces attentes interminables qui semblent \u00e9tirer les jours, quand les nouvelles d\u2019un ami malade tardent \u00e0 venir\u00a0: \u00ab\u00a0Le Temps, par simple grossissement, peut devenir quelque chose d\u2019intol\u00e9rable.\u00a0\u00bb (R., 19\/02\/45, p. 845) Et la mort, alors, est une s\u00e9paration, mais une s\u00e9paration qui n\u2019est <em>que<\/em> corporelle. Au moment o\u00f9 la m\u00e8re de Nicole meurt, en f\u00e9vrier 1947, Roud a d\u00e9j\u00e0 perdu la sienne depuis pr\u00e8s de quinze ans. Sous le coup d\u2019une telle nouvelle, il adresse \u00e0 son ami les lignes suivantes\u00a0: \u00ab\u00a0Ah je puis te le dire, ce n\u2019est pas une privation d\u2019amour que ces heures te pr\u00e9parent, c\u2019est une pr\u00e9sence <em>\u00e9ternelle<\/em> qui va na\u00eetre pour toi de cette absence, un regard \u00e9ternel de ces yeux clos, un <em>appel<\/em> \u00e9ternel de ces l\u00e8vres ferm\u00e9es. Crois-moi, je le <em>sais<\/em>.\u00a0\u00bb (R., 19\/02\/47, p. 913)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Deux jours plus tard, Roud reprend la m\u00eame id\u00e9e, augment\u00e9e d\u2019une nouvelle image\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est comme deux \u00eatres longtemps confondus dans l\u2019\u00e9change de leurs c\u0153urs \u2013 qui s\u2019\u00e9cartent pour un moment l\u2019un de l\u2019autre afin de mieux se voir dans le rayonnement de leur amour, et bient\u00f4t les voici rapproch\u00e9s qui reprennent leur dialogue \u00e0 voix basse pendant l\u2019\u00e9ternit\u00e9.\u00a0\u00bb (R., 21\/02\/47, p. 915) Ainsi, on le voit, le temps est pour la premi\u00e8re fois contourn\u00e9. Son emprise fatale est <em>renvers\u00e9e<\/em>, puisque ce qui pourrait \u00eatre une perte totale devient en r\u00e9alit\u00e9 la possibilit\u00e9 d\u2019un surcro\u00eet de pr\u00e9sence. Pour le dire autrement, le temps et son cort\u00e8ge fun\u00e9raire permettent, dans quelques cas bien particuliers, une inversion de la dichotomie pr\u00e9sence\/absence, ou perte\/gain. \u00c0 la pr\u00e9sence corporelle se substitue non pas seulement une absence de m\u00eame type, mais aussi et surtout une pr\u00e9sence spirituelle d\u00e9tach\u00e9e des contraintes temporelles et vou\u00e9e \u00e0 une activit\u00e9 sans rel\u00e2che.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De plus, la \u00ab\u00a0pr\u00e9sence \u00e9ternelle\u00a0\u00bb dont parle Roud n\u2019est pas assimilable \u00e0 une simple pens\u00e9e unilat\u00e9rale\u00a0: au contraire, il y a bien \u00e9change, car \u00ab\u00a0dialogue\u00a0\u00bb. Et ce dialogue, impuls\u00e9 par un \u00ab\u00a0<em>appel<\/em>\u00a0\u00bb, rev\u00eat toutes les caract\u00e9ristiques d\u2019un \u00e9change inou\u00ef visant \u00e0 r\u00e9parer tant bien que mal les entailles que le temps a cr\u00e9\u00e9es. En 1967, la parution de <em>Requiem<\/em> marquera, pour Roud, une \u00e9tape d\u00e9cisive de cet \u00e9change\u00a0; comme le dit si bien Philippe Jaccottet\u00a0: \u00ab\u00a0Le<em> Requiem <\/em>est tout entier tourn\u00e9 vers la m\u00e8re perdue dont le po\u00e8te veut \u00e0 tout prix ressaisir l\u2019appel, entendu miraculeusement un jour, dans l\u2019espoir presque fou que la blessure de la s\u00e9paration, qui est aussi celle du Temps, gu\u00e9risse enfin \u00e0 jamais.<a href=\"#_edn18\" name=\"_ednref18\"><sup>18<\/sup><\/a> \u00bb Ainsi, le temps, facteur d\u2019alt\u00e9ration, devient \u00e9galement facteur d\u2019absolu, dans la mesure o\u00f9 il peut devenir l\u2019occasion d\u2019une autre forme de rapport \u00e0 l\u2019autre et au monde, par-del\u00e0 la<em> sora nostra morte corporale<\/em><a href=\"#_edn19\" name=\"_ednref19\"><sup>19<\/sup><\/a>.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect6\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#conclu\">Conclusion \u2013 L\u2019\u00e9ternel et l\u2019instant<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La correspondance entre Gustave Roud et Georges Nicole, en plus d\u2019offrir un t\u00e9moignage vivant sur le temps qui passe, <em>via <\/em>l\u2019alternance rituelle des saisons, est \u00e9galement le lieu d\u2019un questionnement sans cesse renouvel\u00e9 sur les marques visibles et invisibles que laisse le temps de son passage. Attentifs aux manifestations m\u00e9t\u00e9orologiques les plus imm\u00e9diates, Roud et Nicole se montrent aussi tendus vers une exp\u00e9rience \u00e9largie du temps, comme s\u2019il s\u2019agissait de voir <em>derri\u00e8re<\/em>, ou plus loin que le seul quotidien. Peut-\u00eatre la meilleure imbrication de ces deux formes temporelles (l\u2019une limit\u00e9e aux seules vues pr\u00e9sentes\u00a0; l\u2019autre \u00e9tendue \u00e0 un absolu par d\u00e9finition sans bornes) est-elle propos\u00e9e par Albert B\u00e9guin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Commentant en juin 1941 <em>Pour un moissonneur<\/em>, qui vient de para\u00eetre deux mois plus t\u00f4t, B\u00e9guin relie en effet \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9ternel\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019instant\u00a0\u00bb, \u00e0 tel point qu\u2019il fait du second la source du premier\u00a0: \u00ab\u00a0Celui qui est all\u00e9 jusqu\u2019au fond de la nuit et qui a eu la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 de renoncer \u00e0 vivre, obtient cette r\u00e9compense inesp\u00e9r\u00e9e\u00a0: de voir se lever l\u2019aube sur les prairies terrestres et de recommencer \u00e0 vivre, sachant bien maintenant qu\u2019il n\u2019est d\u2019accession \u00e0 l\u2019\u00e9ternel que dans l\u2019instant, \u2013 de pr\u00e9sence sensible du surnaturel que dans le temporel.<a href=\"#_edn20\" name=\"_ednref20\"><sup>20<\/sup><\/a> \u00bb Ces mots, qui seront en outre approuv\u00e9s sans r\u00e9serve par Roud lui-m\u00eame, disent suffisamment que l\u2019<em>\u00e9ternit\u00e9<\/em> dont parlent \u00e0 plusieurs reprises les deux correspondants n\u2019a rien d\u2019\u00e9th\u00e9r\u00e9e, mais qu\u2019elle prend au contraire racine dans le monde sensible et dans l\u2019\u00e9paisseur du temps la plus palpable. De sorte que c\u2019est en disant l\u2019instant que na\u00eet l\u2019\u00e9ternit\u00e9, et en effleurant du doigt l\u2019intemporel qu\u2019\u00e9merge pleinement le temporel.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect7\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a href=\"#notes\">Notes<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><sup>1<\/sup><\/a> L\u2019expression est une traduction du latin de Cic\u00e9ron\u00a0: \u00ab\u00a0<em>amicorum colloquia absentium<\/em>\u00a0\u00bb (<em>Philippiques<\/em>, 4, 7). Cit\u00e9 par \u00c9lisabeth Gavoille et Fran\u00e7ois Guillaumont, \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb, <em>Conflits et pol\u00e9miques dans l\u2019\u00e9pistolaire<\/em> [en ligne], Tours, Presses universitaires Fran\u00e7ois-Rabelais, 2015 [consult\u00e9 le 02 novembre 2022], URL\u00a0: http:\/\/books.openedition.org\/pufr\/10877.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\"><sup>2<\/sup><\/a> \u00c0 l\u2019entame de l\u2019\u00ab\u00a0Avant-propos\u00a0\u00bb qui ouvre le quatri\u00e8me et dernier volume de ses <em>\u00c9tudes sur le temps humain<\/em>, Georges Poulet lance ainsi l\u2019appel suivant\u00a0: \u00ab\u00a0Il faudrait inventer une <em>mesure de l\u2019instant<\/em>. Car ses dimensions varient. \u00bb (Georges Poulet, <em>\u00c9tudes sur le temps humain<\/em>, t. IV, Paris, Plon, 1964, p. 9) \u00c0 l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9 du m\u00eame avant-propos, Poulet conclut : \u00ab L\u2019instant a toutes les mesures et les d\u00e9mesures. Qui saura jamais concevoir une mesure de l\u2019instant ? \u00bb (<em>id<\/em>., p. 13).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\"><sup>3<\/sup><\/a> Les citations de la correspondance Gustave Roud\/Georges Nicole, n\u00e9cessairement nombreuses, seront pr\u00e9sent\u00e9es dans le corps du texte pour ne pas alourdir les notes de fin. Elles prendront la forme suivante\u00a0: l\u2019initiale du locuteur sera suivie de la date d\u2019envoi de la lettre, puis du num\u00e9ro de page (voir bibliographie finale pour les r\u00e9f\u00e9rences compl\u00e8tes).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\"><sup>4<\/sup><\/a> Tr\u00e9sor de la langue fran\u00e7aise [en ligne], entr\u00e9e \u00ab\u00a0ph\u00e9nologie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\"><sup>5<\/sup><\/a> Peter Schnyder, \u00ab\u00a0Pour saluer Gustave Roud\u00a0\u00bb, dans Peter Schnyder (sous la direction de), <em>Les chemins de Gustave Roud<\/em>, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2004, p. 16.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\"><sup>6<\/sup><\/a> Claire Jaquier, \u00ab\u00a0Introduction \u00e0 <em>Air de la solitude<\/em>\u00a0\u00bb, in Gustave Roud, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t. 1, <em>\u0152uvres po\u00e9tiques<\/em>, Gen\u00e8ve, Zo\u00e9, 2022, p. 762.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\"><sup>7<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 763.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\"><sup>8<\/sup><\/a> Henry David Thoreau, <em>Journal<\/em>, trad. Brice Matthieussent, Marseille, Le mot et le reste, 2018, p. 222.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\"><sup>9<\/sup><\/a> Gustave Roud, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t. 3, <em>Journal 1916-1976<\/em>, Gen\u00e8ve, Zo\u00e9, 2022, p. 209.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\"><sup>10<\/sup><\/a> Mircea Eliade, <em>Le sacr\u00e9 et le profane<\/em>, Paris, Gallimard, 1988, p. 63.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\"><sup>11<\/sup><\/a> Nathalie J. Ferrand, \u00ab\u00a0Gustave Roud et Philippe Jaccottet, lecteurs de Novalis\u00a0\u00bb [en ligne], paru dans Loxias, Loxias 18, mis en ligne le 18 juillet 2007 [consult\u00e9 le 14 octobre 2022], URL\u00a0: http:\/\/revel.unice.fr\/loxias\/index.html?id=1802.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\"><sup>12<\/sup><\/a> Edgar Allan Poe, <em>\u0152uvres en prose<\/em>, trad. Charles Baudelaire, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1961, p. 178.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\"><sup>13<\/sup><\/a> Georges Nicole, \u00ab\u00a0Gustave Roud\u00a0\u00bb, article publi\u00e9 dans <em>Horizon<\/em>, n\u00b0 74, f\u00e9vrier 1946, p. 106, en traduction anglaise, sous le titre \u00ab\u00a0<em>Biography<\/em>\u00a0\u00bb, et reproduit p. 1229 de la correspondance Roud\/Nicole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\"><sup>14<\/sup><\/a> Pierre Hadot, <em>La philosophie comme mani\u00e8re de vivre<\/em>, Paris, Albin Michel, 2001, p. 27.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref15\" name=\"_edn15\"><sup>15<\/sup><\/a> Hugo von Hofmannsthal, <em>Lettre de Lord Chandos et autres essais<\/em>, trad. Jean-Claude Schneider, Paris, Gallimard, 1980, p. 81.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref16\" name=\"_edn16\"><sup>16<\/sup><\/a> Rainer Maria Rilke, <em>\u0152uvres po\u00e9tiques et th\u00e9\u00e2trales<\/em>, <em>\u00c9l\u00e9gies de Duino<\/em>, \u00ab\u00a0La Huiti\u00e8me \u00c9l\u00e9gie\u00a0\u00bb, trad. Jean-Pierre Lefebvre, Paris, Gallimard, \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1997, p. 549.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref17\" name=\"_edn17\"><sup>17<\/sup><\/a> Georges Nicole, \u00ab\u00a0\u00c9tude sur Gustave Roud\u00a0\u00bb, article publi\u00e9 dans <em>Vie Art Cit\u00e9<\/em>, n\u00b01, 1951, et reproduit p. 1232 de la correspondance Roud\/Nicole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref18\" name=\"_edn18\"><sup>18<\/sup><\/a> Gustave Roud, <em>Air de la solitude et autres \u00e9crits<\/em>, pr\u00e9face de Philippe Jaccottet, Paris, Gallimard, 2002, p. 15.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref19\" name=\"_edn19\"><sup>19<\/sup><\/a> Cette expression, tir\u00e9e du <em>Cantique de fr\u00e8re soleil<\/em>, ou <em>Cantique des cr\u00e9atures<\/em>, de saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise, et que l\u2019on peut traduire par \u00ab\u00a0notre s\u0153ur la mort corporelle\u00a0\u00bb, est r\u00e9guli\u00e8rement cit\u00e9e par Roud, notamment dans la premi\u00e8re page d\u2019<em>Adieu<\/em>, son premier recueil, publi\u00e9 en 1927.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref20\" name=\"_edn20\"><sup>20<\/sup><\/a> Albert B\u00e9guin, \u00ab\u00a0Pour un moissonneur\u00a0\u00bb, article publi\u00e9 dans <em>Suisse contemporaine<\/em>, juin 1941, et reproduit dans Gustave Roud et Albert B\u00e9guin, <em>Lettres sur le romantisme allemand<\/em>, Lausanne, Les \u00c9tudes de Lettres, 1974, p. 199.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect8\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a href=\"#biblio\">Bibliographie<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">ELIADE Mircea, <em>Le sacr\u00e9 et le profane<\/em>, Paris, Gallimard, 1988, 185 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">FERRAND Nathalie J., \u00ab\u00a0Gustave Roud et Philippe Jaccottet, lecteurs de Novalis\u00a0\u00bb [en ligne], paru dans Loxias, Loxias 18, mis en ligne le 18 juillet 2007 [consult\u00e9 le 14 octobre 2022], URL\u00a0: http:\/\/revel.unice.fr\/loxias\/index.html?id=1802.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">GAVOILLE \u00c9lisabeth, GUILLAUMONT Fran\u00e7ois, \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb, <em>Conflits et pol\u00e9miques dans l\u2019\u00e9pistolaire<\/em> [en ligne], Tours, Presses universitaires Fran\u00e7ois-Rabelais, 2015 [consult\u00e9 le 02 novembre 2022], URL\u00a0: http:\/\/books.openedition.org\/pufr\/10877.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">HADOT Pierre, <em>La philosophie comme mani\u00e8re de vivre<\/em>, Paris, Albin Michel, 2001, 281 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">HOFMANNSTHAL Hugo von, <em>Lettre de Lord Chandos et autres essais<\/em>, trad. Jean-Claude Schneider, Paris, Gallimard, 1980, 452 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">JAQUIER Claire, \u00ab\u00a0Gustave Roud, une po\u00e9sie en qu\u00eate de lieux\u00a0\u00bb, dans SCHNYDER Peter (sous la dir. de), <em>Les chemins de Gustave Roud<\/em>, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2004, pp. 37-51.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">MORIZOT Baptiste, <em>Mani\u00e8res d\u2019\u00eatre vivant<\/em>, Arles, Actes Sud, 2020, 324 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">POE Edgar Allan, <em>\u0152uvres en prose<\/em>, trad. Charles Baudelaire, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1961, 1165 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">POULET Georges, <em>\u00c9tudes sur le temps humain<\/em>, t. IV, \u00ab\u00a0Mesure de l&rsquo;instant\u00a0\u00bb, Paris, Plon, 1964, 398 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">RILKE Rainer Maria, <em>\u0152uvres po\u00e9tiques et th\u00e9\u00e2trales<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1997, 1894 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ROUD Gustave, B\u00c9GUIN Albert, <em>Lettres sur le romantisme allemand<\/em>, Lausanne, Les \u00c9tudes de Lettres, 1974, 215 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ROUD Gustave, <em>Air de la solitude et autres \u00e9crits<\/em>, pr\u00e9face de Philippe Jaccottet, Paris, Gallimard, 2002, 229 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ROUD Gustave, NICOLE Georges, <em>Correspondance, 1920-1959<\/em>, \u00e9d. de St\u00e9phane P\u00e9termann, Gollion, Infolio, 2009, 1283 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ROUD Gustave, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, sous la direction de Claire Jaquier et Daniel Maggetti, Gen\u00e8ve, Zo\u00e9, 2022, 4 t.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SCHNYDER Peter, \u00ab\u00a0Pour saluer Gustave Roud\u00a0\u00bb, dans SCHNYDER Peter (sous la direction de), <em>Les chemins de Gustave Roud<\/em>, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2004, pp. 7-19.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">THOREAU Henry David, <em>Journal<\/em>, trad. Brice Matthieussent, Marseille, Le mot et le reste, 2018, 784 p.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fran\u00e7ois CHANTELOUP Fran\u00e7ois Chanteloup pr\u00e9pare actuellement une th\u00e8se sur l\u2019\u0153uvre de Gustave Roud, qu\u2019il soumettra aux prochains concours doctoraux du laboratoire ICD (Interactions Culturelles et Discursives) de l\u2019Universit\u00e9 de Tours. Apr\u00e8s avoir r\u00e9alis\u00e9 deux m\u00e9moires de recherche portant sur l\u2019\u0153uvre de Jean Giono, il travaille \u00e0 pr\u00e9sent sur celle du po\u00e8te suisse romand Gustave Roud, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[218832],"class_list":["post-5230","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","tag-lucas-n13","post-preview"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5230","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5230"}],"version-history":[{"count":24,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5230\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6213,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5230\/revisions\/6213"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5230"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5230"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5230"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}