 {"id":5714,"date":"2023-07-09T23:23:03","date_gmt":"2023-07-09T22:23:03","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=5714"},"modified":"2023-10-13T10:57:17","modified_gmt":"2023-10-13T09:57:17","slug":"la-maison-du-temps-home-morceaux-de-nature-en-ruine-mis-en-scene-par-magrit-coulon-compagnie-nature-ii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/07\/09\/la-maison-du-temps-home-morceaux-de-nature-en-ruine-mis-en-scene-par-magrit-coulon-compagnie-nature-ii\/","title":{"rendered":"La maison du temps : HOME, morceaux de nature en ruine mis en sc\u00e8ne par Magrit Coulon, Compagnie Nature II"},"content":{"rendered":"<p>House of time:<em> HOME, morceaux de nature en ruine<\/em> directed by Magrit Coulon,<br \/>Compagnie Nature II<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2023\/07\/Fig-1-Home-morceaux-de-nature-en-ruine.png\" \/><\/p>\n<h5 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\">Fig.1 :<em>HOME, morceaux de nature en ruine<\/em>, mise en sc\u00e8ne de Magrit Coulon, compagnie Nature II, cr\u00e9ation f\u00e9vrier 2020 au Man\u00e8ge Fonck, Li\u00e8ge. Cr\u00e9dit photo, Hubert Amiel.<\/h5>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Karine Bayeul<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s l\u2019obtention d\u2019une licence de g\u00e9ographie \u00e0 L\u2019Universit\u00e9 de Bourgogne, Karine BAYEUL est admise dans le Cycle d\u2019Orientation Professionnel du Conservatoire \u00e0 Rayonnement R\u00e9gional de Dijon. Elle poursuit ensuite sa formation de com\u00e9dienne et metteuse en sc\u00e8ne au sein du Master d\u2019Ecriture Dramatique et Cr\u00e9ation Sc\u00e9nique \u00e0 L\u2019Universit\u00e9 de Toulouse Jean Jaur\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : BAYEUL Karine, \u00ab La maison du temps : <em> HOME, morceaux de nature en ruine<\/em> mis en sc\u00e8ne par Magrit Coulon, Compagnie Nature II, <i>Litter@ Incognita<\/i> [En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse-Jean Jaur\u00e8s, n\u00b013, \u00ab Temps \u00e0 l&rsquo;oeuvre, temps des oeuvres \u00bb, saison automne 2023, mis en ligne le 13 octobre 2023, disponible sur <a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/07\/09\/la-maison-du-temps-home-morceaux-de-nature-en-ruine-mis-en-scene-par-magrit-coulon-compagnie-nature-ii\/\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/07\/09\/la-maison-du-temps-home-morceaux-de-nature-en-ruine-mis-en-scene-par-magrit-coulon-compagnie-nature-ii\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2023\/09\/Karine-Bayeul-Home-morceaux-de-nature-en-ruine.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article sous format PDF<\/a><\/p>\n<h3><strong>R\u00e9sum\u00e9s<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet article est une analyse de la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre <em> HOME, morceaux de nature en ruine<\/em>, cr\u00e9\u00e9e par Magrit Coulon, en f\u00e9vrier 2020 au Man\u00e8ge Fonck de Li\u00e8ge, \u00e0 partir de sa repr\u00e9sentation au th\u00e9\u00e2tre Sorano de Toulouse, le samedi 13 novembre 2021. La cr\u00e9ation a d\u00e9but\u00e9 par un temps d\u2019observation dans une maison m\u00e9dicalis\u00e9e bruxelloise. La compagnie Nature II nous invite \u00e0 regarder une suite de tableaux vivants r\u00e9alis\u00e9s dans une lenteur irr\u00e9aliste qui contraste avec le monde ext\u00e9rieur. Comme des visiteur.euse.s, nous observons trois protagonistes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une maison de retraite, un lieu qui semble \u00eatre d\u00e9nu\u00e9 de m\u00e9moire et o\u00f9 les \u00e2mes ne font que passer. Dans cette cr\u00e9ation, le silence remplit le temps dans un espace o\u00f9 la seule occupation des personnages est l&rsquo;attente. En incarnant des corps \u00e2g\u00e9s, les trois jeunes com\u00e9dien.ne.s font \u00e0 la fois la rencontre avec des corps \u00e9trangers et anticipent leur propre vieillissement. Le corps permet alors d\u2019habiter le temps. En plus du travail corporel, la diffusion d\u2019enregistrements sonores r\u00e9alis\u00e9s pendant l\u2019observation nous plonge plus directement au sein de la maison de retraite. Dans cet article, nous allons nous int\u00e9resser \u00e0 la mani\u00e8re dont ce spectacle nous propose d\u2019habiter le temps au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Mots-cl\u00e9s\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Th\u00e9\u00e2tre \u2013 temps \u2013 espace \u2013 m\u00e9moire \u2013 attente \u2013 corps \u2013 silence \u2013 transmission<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>Abstract<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">This article is an analysis of the play <em> HOME, morceaux de nature en ruine<\/em>, created by Magrit Coulon, in February 2020 at the Fonck Armoury in Li\u00e8ge, from its performance at the Sorano Theatre in Toulouse, on Saturday, November 13, 2021. The creation began with a period of observation in a Brussels nursing home. The company Nature II invites us to look at a series of paintings made in an unrealistic slowness that contrasts with the outside world. Like visitors. s, we observe three protagonists inside a retirement home, a place that seems to be devoid of memory and where souls only pass through. In this creation, silence fills time and space and waiting is the only occupation of the characters. Playing old bodies, the three young actors. At the same time, they encounter foreign bodies and anticipate their own aging. The body allows them to inhabit time. In addition to the physical work, the broadcast of sound recordings made during observation plunges us more directly into the home of retirement. In this article, we will focus on how this show proposes us to live time in the theatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Key-words\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Theatre \u2013 time \u2013 space \u2013 memory \u2013 expectation \u2013 body \u2013 silence \u2013 transmission<\/p>\n<hr \/>\n<h3>Sommaire<\/h3>\n<p><a name=\"intro\"><\/a><a href=\"#sect1\">Introduction<\/a><br \/><a name=\"1\"><\/a><a href=\"#sect2\">1. Une ouverture vers d&rsquo;autres possibles<\/a><br \/><a name=\"2\"><\/a><a href=\"#sect3\">1.1. L&rsquo;attente comme exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale<\/a><br \/><a name=\"3\"><\/a><a href=\"#sect4\">1.2. Le silence: une ouverture du temps et de l&rsquo;espace<\/a><br \/><a name=\"4\"><\/a><a href=\"#sect5\">2. Le corps comme relais m\u00e9moriel<\/a><br \/><a name=\"5\"><\/a><a href=\"#sect6\">2.1. Le traitement musical du corps<\/a><br \/><a name=\"6\"><\/a><a href=\"#sect7\">2.2. Transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle<\/a><br \/><a name=\"7\"><\/a><a href=\"#sect8\">Conclusion<\/a><br \/><a name=\"8\"><\/a><a href=\"#sect9\">Notes<\/a><br \/><a name=\"9\"><\/a><a href=\"#sect10\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect1\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a href=\"#intro\">Introduction<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la vitesse est devenue norme, la metteuse en sc\u00e8ne nous invite \u00e0 appr\u00e9hender le temps diff\u00e9remment. Dans un r\u00e9cit fictif et documentaire, les acteur.rice.s incarnent des corps vieillis et prennent le temps pour partenaire de jeu. Pour ce spectacle, la compagnie s\u2019est inspir\u00e9e de l\u2019observation d\u2019une maison m\u00e9dicalis\u00e9e bruxelloise, un lieu o\u00f9 le temps passe autrement. Du silence surgissent parfois des enregistrements audio o\u00f9 se m\u00ealent histoires racont\u00e9es, moments d\u2019\u00e9changes entre r\u00e9sident.e.s et chansons. Les tableaux vivants s\u2019encha\u00eenent dans une lenteur irr\u00e9aliste contrastant avec le monde ext\u00e9rieur. Enferm\u00e9s dans un huis clos, les personnages attendent et nous attendons avec eux. Dans cette pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, on ne gagne pas du temps, on le regarde passer, on l\u2019habite. Ainsi, le temps pr\u00e9sent est v\u00e9cu pleinement et peut \u00eatre divis\u00e9 en trois temps, comme l\u2019\u00e9crit Gil Delannoi :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La conscience conna\u00eet le pr\u00e9sent ou plut\u00f4t des pr\u00e9sents. Par la conscience, je saisis le pr\u00e9sent et je le saisis comme passage. En ce sens Saint Augustin distinguait trois pr\u00e9sents : le pr\u00e9sent du pass\u00e9 qui est m\u00e9moire, le pr\u00e9sent du futur qui est attente, le pr\u00e9sent du pr\u00e9sent qui est attention, tous ensemble coexistant dans une tripartition de la conscience. Sans m\u00e9moire l\u2019avenir est vide b\u00e9ant, trou insondable. Le futur n\u2019est pas aussi virtuel que cela. Par exemple, nous nous r\u00e9veillons toujours dans le futur. Et sans trop de <a id=\"_ednref1\" href=\"#_edn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En repr\u00e9sentant des corps \u00e2g\u00e9s, les acteur.rice.s nous transmettent la m\u00e9moire des personnes qu\u2019iels ont pu observer lors du travail de cr\u00e9ation et mettent en avant une g\u00e9n\u00e9ration souvent oubli\u00e9e par une jeunesse en qu\u00eate d\u2019identit\u00e9. Dans ces observations, l\u2019attente s\u2019est trouv\u00e9e \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment essentiel, v\u00e9cu comme un pr\u00e9sent qui s\u2019ouvre sur le futur. Dans cette cr\u00e9ation, nous observons une maison de retraite appel\u00e9e \u00ab Home \u00bb en Belgique, terme qui est \u00e9galement un anglicisme et qui signifie \u00ab maison \u00bb, \u00ab chez-soi \u00bb. Non seulement cette cr\u00e9ation propose une retranscription naturaliste d\u2019une maison de retraite, mais les corps des com\u00e9dien.ne.s deviennent aussi maison du temps, h\u00e9bergeant le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et le futur dans un seul \u00eatre et prennent le temps pour mati\u00e8re sensible.<br \/>Dans cet article, il conviendra de nous demander comment le th\u00e9\u00e2tre propose une mani\u00e8re d\u2019habiter le temps. Nous verrons d\u2019abord que la pi\u00e8ce offre une ouverture vers d\u2019autres possibles, puis nous \u00e9voquerons le corps comme relais m\u00e9moriel.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect2\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#1\">1. Une ouverture vers d&rsquo;autres possibles<\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect3\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#1\">1.1. L&rsquo;attente comme exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La sc\u00e9nographie du spectacle retranscrit le huis clos de la maison de retraite. Les com\u00e9dien.ne.s sont comme dans une bo\u00eete et nous pouvons les observer en train de passer le temps. Le plateau est recouvert d\u2019un lino blanc et un rideau \u00e0 volets gris recouvre les murs. La sc\u00e9nographie est essentiellement compos\u00e9e d\u2019une table, trois chaises, une horloge, un fauteuil, une radio. Les \u00e2mes semblent passer dans ce lieu sans y laisser de trace. Parce qu\u2019il est d\u00e9nu\u00e9 d\u2019identit\u00e9, l\u2019espace blanc est aussi d\u00e9pourvu de m\u00e9moire et peut repr\u00e9senter le non-lieu : il est \u00e0 la fois vide et infini. Alors que le public s\u2019installe dans la salle, l\u2019horloge pr\u00e9sente sur sc\u00e8ne affiche 20h35, l\u2019heure \u00e0 laquelle le spectacle doit commencer. Deux com\u00e9dien.ne.s sont d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent.e.s sur le plateau ; l\u2019une est assise \u00e0 une table et le second est debout face au rideau, tous deux le corps vo\u00fbt\u00e9 et la m\u00e2choire crisp\u00e9e. Alors que la lumi\u00e8re de la salle s\u2019\u00e9teint, annon\u00e7ant le d\u00e9but du spectacle, la situation initiale demeure inchang\u00e9e. En effet, les com\u00e9dien.nes semblent toujours dans l\u2019attente et nous attendons avec elleux. Le silence sera bris\u00e9 lorsque la derni\u00e8re com\u00e9dienne appara\u00eetra lentement sur sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019aide d\u2019un d\u00e9ambulateur. Elle traversera le plateau en six minutes, d\u2019apr\u00e8s l\u2019horloge qui est pr\u00e9sente en fond de sc\u00e8ne, pour finalement atteindre un fauteuil dans lequel elle peinera \u00e0 s\u2019asseoir. Nous comprenons tr\u00e8s vite que le temps du th\u00e9\u00e2tre ne sera pas le m\u00eame que celui de l\u2019ext\u00e9rieur, comme le souligne Magrit Coulon :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On travaille clairement sur le contraste avec l\u2019ext\u00e9rieur, qui est aussi li\u00e9 \u00e0 la sensation que nous avons eu durant nos visites en maison de retraite. [\u2026] L\u2019id\u00e9e c\u2019\u00e9tait donc de provoquer chez le spectateur cette sensation de coupure, qu\u2019il ait l\u2019impression d\u2019entrer dans un lieu avec d\u2019autres lois, un lieu o\u00f9 le temps peut passer diff\u00e9remment<a id=\"_ednref2\" href=\"#_edn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2023\/07\/Fig-2-Home-morceaux-de-nature-en-ruine.jpg\" \/><\/p>\n<h5 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\">Fig.2: <em>HOME, morceaux de nature en ruine<\/em>, mise en sc\u00e8ne de Magrit Coulon, compagnie Nature II, cr\u00e9ation f\u00e9vrier 2020 au Man\u00e8ge Fonck, Li\u00e8ge. Cr\u00e9dit photo, Hubert Amiel.<\/h5>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans son article, Gil Delannoi nous explique que \u00ab\u00a0nous fragmentons la r\u00e9alit\u00e9 en comptant le temps en heures, en minutes, en secondes, cette fragmentation nous permet de faire passer plus rapidement le temps, en tout cas, d\u2019en avoir l\u2019impression<a id=\"_ednref3\" href=\"#_edn3\">[3]<\/a>\u00a0\u00bb. Ralentir est-il un moyen de dire que notre monde va trop vite ? Ce spectacle nous permet de reconsid\u00e9rer le temps dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 \u00ab\u00a0la pr\u00e9sence de la vitesse, la recherche de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration cr\u00e9ent un monde o\u00f9 domine la tachynomie, autrement dit, la vitesse devenue norme<a id=\"_ednref4\" href=\"#_edn4\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb. Cette fragmentation du temps a permis de m\u00e9caniser le quotidien, selon les mots de Thierry Paquot : \u00ab\u00a0L&rsquo;horloge g\u00e9n\u00e8re un nouveau rapport au temps (la division des heures en soixante minutes est admise aux alentours de 1345), on attribue au temps m\u00e9canique des valeurs de r\u00e9gularit\u00e9, de ponctualit\u00e9, puis de rentabilit\u00e9, qui \u00e9chappent en partie au temps organique<a id=\"_ednref5\" href=\"#_edn5\">[5]<\/a>\u00a0\u00bb. Ce que l\u2019on pourrait appeler \u00ab l\u2019horloge biologique \u00bb a \u00e9t\u00e9 bafou\u00e9 puisque \u00ab\u00a0la recherche de la rentabilit\u00e9 absolue a conduit le capitalisme industriel d\u2019abord puis bureaucratique \u00e0 quantifier le temps en le chronom\u00e9trant<a id=\"_ednref6\" href=\"#_edn6\">[6]<\/a>\u00a0\u00bb. Mais nous pouvons constater que, malgr\u00e9 le rep\u00e8re temporel donn\u00e9e par l\u2019horloge, chaque individu ne poss\u00e8de pas le m\u00eame rapport intime au temps, comme en fait \u00e9tat Pascal David :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Maurice Halbwachs, a appel\u00e9 \u00ab les cadres sociaux de la m\u00e9moire \u00bb (Alcan, 1925), en cherchant \u00e0 montrer que sans l\u2019organisation sociale que suppose et permet le calendrier, la m\u00e9moire humaine se r\u00e9duirait \u00e0 une r\u00eaverie incoh\u00e9rente \u2013 peu importe que ce calendrier soit juif ou chr\u00e9tien, gr\u00e9gorien ou julien, voire azt\u00e8que, repartant de z\u00e9ro tous les cinquante-deux ans, de mani\u00e8re cyclique, pour peu qu\u2019il soit commun\u00e9ment admis, c\u2019est-\u00e0-dire rende possible ce que Maurice Halbwachs appelle pr\u00e9cis\u00e9ment : une \u00ab m\u00e9moire collective \u00bb comme fondement du lien social. Toujours est-il qu\u2019il n\u2019y a de m\u00e9moire que pour un \u00eatre s\u2019inscrivant dans le temps, la m\u00e9moire (memoria) \u00e9tant, comme l\u2019a dit saint Augustin, \u00ab la pr\u00e9sence du pass\u00e9 \u00bb, tout comme l\u2019espoir (spes) est celle de l\u2019avenir, [\u2026]. Il reste \u00e0 se demander toutefois si le temps constitue seulement un cadre externe ou, bien plut\u00f4t, une structure interne. Que savons-nous, que pouvons-nous savoir au juste du temps ? Le philosophe Maurice Merleau-Ponty a pu dire du temps qu\u2019il \u00ab n\u2019est pas un objet de notre savoir, mais une dimension de notre \u00eatre<a id=\"_ednref7\" href=\"#_edn7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En vivant l\u2019attente, les individus peuvent alors entretenir un rapport plus intime au temps pr\u00e9sent. Ainsi, la m\u00e9lancolie s\u2019installe au sein du r\u00e9cit. Du silence surgissent parfois des enregistrements audio sur lesquels les com\u00e9dien.ne.s effectuent un playback avec une tr\u00e8s grande pr\u00e9cision. Ils constituent des r\u00e9cits racont\u00e9s par les r\u00e9sident.e.s de la maison de retraite bruxelloise o\u00f9 la compagnie a effectu\u00e9 son travail d\u2019observation. Afin de mieux vivre cette attente, les r\u00e9sident.e.s s\u2019attachent \u00e0 faire revivre le pass\u00e9 en narrant leur propre vie. La parole permet alors de sortir de ce vide parfois angoissant, d\u2019occuper l\u2019espace physique et m\u00e9taphysique. Allant de l\u2019humour au drame, en passant par la chanson, les voix retentissent dans le th\u00e9\u00e2tre et poussent les murs pour nous transporter au sein d\u2019une maison de retraite, laissant les spectateurs devenir \u00e0 leur tour visiteurs et observateurs du temps qui passe. Loin d\u2019\u00eatre une maladie du temps, la m\u00e9lancolie nous permet de venir puiser dans notre m\u00e9moire l\u2019exp\u00e9rience n\u00e9cessaire pour imaginer, inventer l\u2019avenir.<br \/>La pi\u00e8ce propose un espace dans lequel les individus sont \u00e0 la fois seuls et ensemble, fig\u00e9s dans une attente comme l\u2019explique Magrit Coulon :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s important pour nous de travailler sur la question de l\u2019attente, parce que ce sont des choses que nous avons v\u00e9cues dans les maisons de retraite. C\u2019est-\u00e0-dire : quelqu\u2019un arrive \u00e0 10h00 dans le r\u00e9fectoire et s\u2019installe \u00e0 sa table pour attendre le repas de midi. \u00c9videmment il y a des similitudes avec l\u2019attente des spectateurs qui entrent dans la salle et attendent quelque chose de la pi\u00e8ce qu\u2019ils viennent voir. On leur renvoie cette sensation en disant \u00ab Nous aussi, nous attendons \u00bb<a id=\"_ednref8\" href=\"#_edn8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est int\u00e9ressant d\u2019observer que l\u2019\u00e9tymologie du mot \u00ab attente \u00bb est \u00ab attention \u00bb. L\u2019attente se d\u00e9finit comme un mouvement de tension entre le sujet et l\u2019objet, ce vers quoi il tend, ce qui fait l\u2019objet de son attention<a id=\"_ednref9\" href=\"#_edn9\">[9]<\/a>, comme en fait \u00e9tat Laure Barillas lors d\u2019une \u00e9mission radiophonique sur France Culture, au cours de laquelle elle commente la philosophie de Jank\u00e9l\u00e9vitch :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Jank\u00e9l\u00e9vitch, on s\u2019attend soi-m\u00eame, une des d\u00e9finitions qu\u2019il donne de l\u2019attente c\u2019est de dire que le temps est une fa\u00e7on, avec toute son ironie, relativement positive de se compl\u00e9ter dans le devenir. Le temps, con\u00e7u comme un devenir, c\u2019est la tension vers soi-m\u00eame, l&rsquo;ips\u00e9it\u00e9, un concept tr\u00e8s important chez Jank\u00e9l\u00e9vitch, ce qu\u2019on est irr\u00e9ductiblement soi-m\u00eame. C\u2019est par l\u2019interm\u00e9diaire du temps, et donc de l\u2019attente, de ce rapport au temps qui est passionn\u00e9, aventureux ou en m\u00eame temps ennuyeux ou s\u00e9rieux, que le sujet devient lui-m\u00eame\u2026 Il se construit dans ce rapport au temps. Nous ne sommes pas une temporalit\u00e9 uniquement tourn\u00e9e vers la mort. Le temps de la vie c\u2019est de l\u2019attention \u00e0 soi<a id=\"_ednref10\" href=\"#_edn10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Si la m\u00e9lancolie pioche dans la m\u00e9moire pour imaginer le futur, l\u2019attente semble, elle aussi, tendre vers futur, elle est une action. L\u2019attente, parce qu\u2019elle est tourn\u00e9e vers nous-m\u00eames, n\u2019aurait d\u2019autres objectifs que de nous permettre de devenir. Elle offrirait la possibilit\u00e9 de donner un sens au temps pr\u00e9sent parce qu\u2019elle propose une ouverture directe vers le futur, comme le souligne Laure Barillas \u00e0 propos de la pens\u00e9e de Jank\u00e9l\u00e9vitch :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce que Jank\u00e9l\u00e9vitch reconna\u00eet \u00e0 Bergson c\u2019est l\u2019optimisme en philosophie, un th\u00e8me tr\u00e8s s\u00e9rieux chez Jank\u00e9l\u00e9vitch, il va m\u00eame lui donner une dimension m\u00e9taphysique en disant que le sens du pr\u00e9sent, c\u2019est le futur. Le sens empirique du pr\u00e9sent c\u2019est le futur. Tout est l\u00e0, si le sens de notre pr\u00e9sence ce n\u2019est pas simplement ce qu\u2019il est, une fermeture, une cl\u00f4ture, mais au contraire une ouverture vers ce qu\u2019il appelle \u00ab la futurition \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le futur en train d\u2019advenir, alors tout est encore possible\u2026 Le pr\u00e9sent n\u2019est pas simplement la fatalit\u00e9 de ce qui nous arrive, de notre destin qui serait cl\u00f4t mais au contraire c\u2019est un temps polaris\u00e9 vers la futurition o\u00f9 tout demeure possible<a id=\"_ednref11\" href=\"#_edn11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019attente serait une mani\u00e8re d\u2019occuper le temps et donc de faire th\u00e9\u00e2tre. Elle serait l\u2019action qui permettrait de tendre vers des futurs possibles o\u00f9, nous allons le voir, le silence joue un r\u00f4le important.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect4\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#1\">1.2. Le silence: une ouverture du temps et de l&rsquo;espace<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le silence est souvent associ\u00e9 au vide, \u00e0 l\u2019absence, mais il n\u2019est pas pour autant d\u00e9nu\u00e9 de sens. Il ne repr\u00e9sente pas simplement un espace lacunaire entre deux mots, il existe pour ce qu\u2019il est et paradoxalement ce qu\u2019il dit, comme le fait remarquer Franck Evrard :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Claude R\u00e9gy, le langage ne pourra retrouver sa profondeur qu\u2019en se lib\u00e9rant de la tyrannie de l\u2019information et de la communication. C\u2019est pourquoi l\u2019esth\u00e9tique du jeu de l\u2019acteur doit privil\u00e9gier le silence entre les r\u00e9pliques, les phrases et au sein m\u00eame des mots si elle veut faire entendre \u00ab la voix muette de l\u2019\u00e9criture \u00bb dont parle Marguerite Duras, et restituer une parole d\u2019avant les mots et d\u2019avant le langage. Cette part non \u00e9crite et secr\u00e8te ouvrant sur l\u2019infini de l\u2019imaginaire, seuls les sons, les rythmes et les silences peuvent la r\u00e9v\u00e9ler<a id=\"_ednref12\" href=\"#_edn12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le silence est aussi une ouverture, une porte, une \u00e9chappatoire, dans le discours. Il est aussi une aventure de pens\u00e9e, un instant o\u00f9 le cerveau peut partir \u00e0 la d\u00e9rive ou initie une r\u00e9flexion. En r\u00e9sum\u00e9, le silence est une br\u00e8che offerte \u00e0 tous les possibles et permet de casser les murs enfermant du discours pour nous laisser aller vers autre chose, de plus grand ou de plus int\u00e9rieur. Si le silence ouvre de nouvelles perspectives, c\u2019est parce qu\u2019il entretient une relation directe au temps et \u00e0 l\u2019espace, comme le souligne Claude R\u00e9gy :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019espace intervallaire, ce sont simplement les intervalles, le vide entre les pleins. Mais \u00e7a veut dire d\u00e9j\u00e0 que le silence est une aventure, ce qu\u2019il est quand m\u00eame tr\u00e8s important de penser. Et je me sers personnellement beaucoup du silence. En m\u00eame temps, il faut essayer de vivre l\u2019aventure du silence et du vide, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui lie le silence et le vide, ce qui fait leur rapport. Tr\u00e8s t\u00f4t il m\u2019a sembl\u00e9 que l\u2019absence de remplissage agrandissait l\u2019espace et le temps<a id=\"_ednref13\" href=\"#_edn13\">[13]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Claude R\u00e9gy nous propose d\u2019envisager le silence comme mati\u00e8re \u00e0 explorer, un moment de vie \u00e0 part enti\u00e8re. Le silence fait de la parole un \u00e9v\u00e9nement, le vide donne au geste une importance accrue et permet aux spectateur.ice.s de rediriger leur attention. Il peut \u00eatre un instant de partage, comme un moment intime. Tel un immense miroir, il semble agrandir l\u2019espace et le temps et nous offrir la possibilit\u00e9 de prendre conscience de l\u2019\u00e9v\u00e9nement dans l\u2019instant m\u00eame de son advenue : notre attention est alors captiv\u00e9e. Dans HOME, morceaux de nature en ruine, la chute de l\u2019horloge marque un tournant dans le r\u00e9cit, les murs semblent s\u2019\u00e9crouler, la sc\u00e8ne se transforme en un non-lieu. Nous imaginons alors que l\u2019horloge qui tombe symbolise la chute du temps, ce qui permet d\u2019ouvrir de nouveaux espaces imaginaires beaucoup plus vastes que le huis clos dans lequel se trouvaient les personnages au d\u00e9but de la pi\u00e8ce. L\u2019un des com\u00e9diens, qui avait quitt\u00e9 le plateau, r\u00e9appara\u00eet avec des feuilles d\u2019arbre dans les cheveux. Aucune indication n\u2019est donn\u00e9e sur ce que le personnage a pu vivre, mais nous imaginons facilement que le temps et le lieu du voyage n\u2019\u00e9tait pas les m\u00eames que ceux du r\u00e9cit. Une cr\u00e9ation sonore a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e par-dessus les enregistrements vocaux (chant d\u2019oiseaux, bruits de vaisselle, etc.) permettant d\u2019ouvrir des espaces autres que celui de l\u2019EHPAD.<br \/>Le silence, l\u2019absence de parole, permettent au corps de s\u2019emparer de l\u2019espace et du temps pour nous offrir une nouvelle po\u00e9sie. Pour passer le temps, les r\u00e9sident.e.s discutent dans un langage autre que celui de la parole : le langage du corps.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect5\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#1\">2. Le corps comme relais m\u00e9moriel<\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect6\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#1\">2.1. Le traitement musical du corps<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la diff\u00e9rence de la parole, le corps raconte en faisant appel \u00e0 des \u00e9motions sensuelles. Dans le spectacle Home, morceaux de nature en ruine, les trois jeunes acteur.rice.s qui habitent et incarnent des corps \u00e2g\u00e9s nous offrent une partition musicale corporelle. Si le corps sait \u00eatre silencieux, il peut aussi tr\u00e8s bruyant. Les personnages se raclent la gorge, toussent, haussent les sourcils. Le corps se transforme alors en un v\u00e9ritable outil de communication, comme le raconte Magrit Coulon :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Une salle commune dans une maison de retraite est bien plus bruyante que dans notre spectacle, mais ce sont surtout les corps qui sont tr\u00e8s bruyants. Et c\u2019est ce que nous avons voulu montrer avec le d\u00e9but du spectacle. Le temps partag\u00e9 dans les espaces communs et les moments d\u2019attente sont tr\u00e8s silencieux, parce que ces personnes ne communiquent pas uniquement avec le langage<a id=\"_ednref14\" href=\"#_edn14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le travail physique effectu\u00e9 pour cette cr\u00e9ation, ainsi que l\u2019exploration de la lenteur, nous donnent \u00e0 voir des corps qui composent avec le temps et l\u2019espace, comme pourrait le faire une chor\u00e9graphie, sans pour autant renoncer \u00e0 la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9. La gestuelle est mim\u00e9tique et nous raconte le quotidien des habitant.e.s de l\u2019EHPAD. Ce spectacle nous montre que les fronti\u00e8res qui s\u00e9parent les diff\u00e9rentes disciplines sc\u00e9niques sont floues, comme le souligne Eugenio Barba : \u00ab\u00a0Les principes que nous cherchons, et d\u2019o\u00f9 jaillit la vie de l\u2019acteur, ne tiennent pas compte des distinctions entre th\u00e9\u00e2tre, mime ou danse<a id=\"_ednref15\" href=\"#_edn15\">[15]<\/a>. En effet, le th\u00e9\u00e2tre du mouvement, du geste, nous donne \u00e0 voir un corps qui d\u00e9compose le temps, comme le note la grande diversit\u00e9 de dynamo-rythmes recens\u00e9e par Etienne Decroux. En plus des observations qu\u2019ils ont faites dans la maison de retraite, les acteur.rice.s sont pass\u00e9s par diverses exp\u00e9riences de travail physique comme la m\u00e9thode Feldenkreis, un travail avec la coach Natacha Nicora ou encore le but\u014d<a id=\"_ednref16\" href=\"#_edn16\">[16]<\/a>. Ces techniques ont permis aux com\u00e9dien.ne.s de travailler une corporalit\u00e9 plus pr\u00e9cise en d\u00e9veloppant une conscientisation du mouvement. Dans ce spectacle, le corps tout entier devient parole, remplissant le temps et l\u2019espace diff\u00e9remment. Par sa difficult\u00e9 \u00e0 appr\u00e9hender le monde et \u00e0 se mouvoir, le corps \u00e2g\u00e9 semble se perdre dans l\u2019espace et dans le temps, \u00e9garement \u00e9voqu\u00e9 par l\u2019un des com\u00e9diens, Tom Geels :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est vertigineux de transformer son rapport aux choses, de voir le sol parfois comme un ennemi ou d\u2019\u00eatre un peu accapar\u00e9 par les grands espaces, de pouvoir tomber ou de transformer un geste minuscule en une action qui dure longtemps. Avec toutes ces observations, tu te rends compte que chaque geste, chaque mouvement qui nous parait si normal, comme prendre son t\u00e9l\u00e9phone ou prendre le m\u00e9tro, perdait toute notion du temps. Rien que boire une gorg\u00e9e de jus de pomme prenait le temps que \u00e7a prenait<a id=\"_ednref17\" href=\"#_edn17\">[17]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le silence traverse les tissus corporels des acteur.rice.s et les moments d\u2019immobilit\u00e9 sont r\u00e9alis\u00e9s avec une grande pr\u00e9cision au plateau. \u00c0 la fin de chaque s\u00e9quence, les com\u00e9dien.ne.s s\u2019immobilisent puis reprennent un rythme quotidien pour effectuer les transitions entre les diff\u00e9rents tableaux.<br \/>La maison de retraite est un lieu con\u00e7u pour des personnes en fin de vie, proches de la mort. Dans <em> HOME, morceaux de nature en ruine<\/em>, c\u2019est dans un huis-clos que les corps arpentent avec lenteur l\u2019espace aseptis\u00e9 de la maison de retraite, tels des fant\u00f4mes. \u00c0 la fin de la pi\u00e8ce, le com\u00e9dien qui quitte la sc\u00e8ne semble m\u00eame pouvoir traverser les murs pour acc\u00e9der \u00e0 un au-del\u00e0, \u00e0 un autre monde. Magrit Coulon rend sans nul doute hommage \u00e0 ces corps vieillissant, mais nous pouvons nous poser la question de la monstruosit\u00e9 de ces corps. Par monstrueux, nous entendrons \u00e9tranger. En incarnant ainsi les corps d\u2019autres personnes, les com\u00e9dien.ne.s font la rencontre d\u2019un corps \u00e9tranger. Nous pouvons m\u00eame parler de possession, puisque les personnes de la maison m\u00e9dicalis\u00e9e bruxelloise habitent le corps des acteur.rice.s. C\u2019est sans l\u2019aide de costumes que les jeunes com\u00e9dien.ne.s rev\u00eatent des corps vieillis et anticipent ainsi leur propre vieillissement. La repr\u00e9sentation courante du temps est de penser que c\u2019est le temps qui passe et que les hommes demeurent, et non l\u2019inverse<a id=\"_ednref18\" href=\"#_edn18\">[18]<\/a>. Ainsi, le passage du temps peut \u00e9galement \u00eatre mesur\u00e9 par le vieillissement du corps. Chaque individu poss\u00e8de son propre rep\u00e8re temporel qui est son \u00e2ge. Dans un m\u00eame pr\u00e9sent, des individus d\u2019\u00e2ges diff\u00e9rents se rencontrent, interagissent et tissent des relations qui conduisent \u00e0 une transmission entre les g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect7\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#1\">2.2. Transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce spectacle, les interpr\u00e8tes offrent leur corps aux r\u00e9sident.e.s d\u2019une maison de retraite. Comme sur des \u00e9crans vivants, les voix enregistr\u00e9es sont projet\u00e9es sur leur corps pour nous transporter dans cette maison m\u00e9dicalis\u00e9e bruxelloise. Dans cette cr\u00e9ation, c\u2019est un v\u00e9ritable mat\u00e9riau sensible qui a \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9 ; une \u00e9tude sociologique et ethnologique a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e. Le playback permet de ne pas trahir le travail du corps puisque la voix peut facilement tomber dans la caricature, alors que le corps peut traduire la vieillesse. Chaque bruit de bouche, de reniflement, de toux, est retranscrit dans un corps auquel la voix semble appartenir. Le corps pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne devient alors un passage entre ce qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu, travaill\u00e9, et ce qui est partag\u00e9 avec le public. Dans un m\u00eame corps, le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent se rejoignent pour nous laisser entendre des r\u00e9cits de vie. Cette transmission est une mani\u00e8re pour les anciens de laisser une trace, une m\u00e9moire, qui ne dispara\u00eetra pas avec eux.<br \/>Dans diverses cultures, les personnes \u00e2g\u00e9es sont souvent per\u00e7ues comme des conteurs et des conteuses. Par la parole, elles transmettent leurs r\u00e9cits de vie aux g\u00e9n\u00e9rations futures et forment ainsi un lien entre le pass\u00e9 et le futur. Nos ain\u00e9.e.s agissent sur l\u2019avenir par ce qu\u2019iels disent et aussi par ce qu\u2019iels font. \u00c0 travers qui nous sommes, notre identit\u00e9, nous continuons de faire vivre nos parents dans le futur gr\u00e2ce \u00e0 un lien g\u00e9n\u00e9tique, \u00e0 une histoire commune et un h\u00e9ritage culturel. Nous reconnaissons chez nous des mimiques famili\u00e8res que nous avons inconsciemment incorpor\u00e9es. En effet, la transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle existe \u00e9galement \u00e0 travers le geste, comme le fait remarquer Philippe Geslin, ethnologue:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">-[\u2026] Est-ce que le spectacle, la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale font partie des transmissions possibles ?<br \/>-[\u2026] En fait, il y a toujours eu, dans toutes les communaut\u00e9s, \u00e0 travers certains rituels, des formes de mise en sc\u00e8ne pour transmettre des connaissances. [\u2026] Je pense que la transmission des connaissances et des savoirs passe aussi par le travail sur les corps. [\u2026] Si on prend les Inuits par exemple, les Inuits h\u00e9ritent du pr\u00e9nom d\u2019un anc\u00eatre, et en h\u00e9ritant du pr\u00e9nom de cet anc\u00eatre- qui n\u2019a pas de lien de parent\u00e9 forc\u00e9ment avec soi \u2013 on h\u00e9rite aussi de ses mani\u00e8res de penser et d\u2019agir. Ce qui fait que, dans certaines communaut\u00e9s du Gro\u00ebnland, les Inuits ont souvent deux anniversaires : l\u2019anniversaire de l\u2019anc\u00eatre dont ils ont h\u00e9rit\u00e9 du nom, et puis leur anniversaire propre. Et donc \u00e0 travers cette transmission, par les gens qui ont connu cet anc\u00eatre, des mani\u00e8res de penser et d\u2019agir de cette personne, ce qui fait que parfois, vous pouvez arriver dans une communaut\u00e9 et voir un enfant fumer une pipe, sans la fumer vraiment, mais la tenir entre ses dents tout simplement parce que l\u2019anc\u00eatre dont il a h\u00e9rit\u00e9 du nom \u00e9tait fumeur de pipe, voil\u00e0<a id=\"_ednref19\" href=\"#_edn19\">[19]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Magrit Coulon nous invite \u00e0 penser que pour imaginer l\u2019avenir, nous devons \u00e9galement puiser dans la force de nos anciens et que la r\u00e9volution ne peut pas se faire sans elleux. En habitant un corps \u00e2g\u00e9, les com\u00e9dien.ne.s de Home, morceaux de nature en ruine, se confrontent \u00e0 eux-m\u00eames. En observant nos grands-parents, nos parents, nous cherchons \u00e0 anticiper ce que nous deviendrons. L\u2019avenir se transformerait alors en devenir. Ainsi, ne pourrait-on pas dire que le temps devient l\u2019\u00eatre m\u00eame de chaque individu ? Prendre conscience du temps, en effet, c\u2019est prendre conscience de soi, comme le souligne Pascal David en revenant sur la pens\u00e9e d\u2019Heidegger :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Martin Heidegger, auteur, en 1927, d\u2019un trait\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment intitul\u00e9 \u00catre et temps ne se contente pas de reprendre la formulation classique de la question depuis Aristote et saint Augustin, \u00ab quid est ergo tempus ? \u00bb dans le livre XI des Confessions, \u00ab qu\u2019est-ce que le temps ? \u00bb, il en a risqu\u00e9 d\u00e8s 1924 (conf\u00e9rence \u00ab Der Begriff der Zeit \u00bb) une formulation autrement audacieuse en demandant : Wer ist die Zeit ? \/ \u00ab Qui est le temps ? \u00bb. Et il apporte \u00e0 cette question pour le moins d\u00e9routante et inattendue une r\u00e9ponse non moins inattendue et d\u00e9routante : \u00ab Wir sind Zeit \u00bb, \u00ab Nous sommes temps \u00bb. Le temps est notre \u00e9toffe, nous sommes d\u2019\u00e9toffe temporelle, et la trame de cette \u00e9toffe \u2013 en quelque sorte le texte de notre vie \u2013 est constitu\u00e9e par ce qu\u2019on appelle le fil du temps, qu\u2019il appartient aux ciseaux des Parques de trancher le moment venu. C\u2019est au fil du temps que l\u2019\u00eatre humain s\u2019achemine de la naissance \u00e0 la mort \u2013 ce qui fait que les Anciens ne disaient pas en g\u00e9n\u00e9ral \u00ab les hommes \u00bb mais \u00ab les mortels \u00bb. Se confronter au temps, c\u2019est donc se risquer \u00e0 la confrontation la plus difficile qui soit : la confrontation avec soi-m\u00eame. D\u2019o\u00f9 le caract\u00e8re exemplaire de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019ennui et \u2013 ou plut\u00f4t en \u2013 sa valeur initiatique<a id=\"_ednref20\" href=\"#_edn20\">[20]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En habitant un corps \u00e2g\u00e9, les com\u00e9dien.ne.s se confrontent \u00e0 qui iels pourraient \u00eatre dans le futur. De tout temps, sans doute, nous avons eu besoin de conna\u00eetre notre pass\u00e9 pour construire notre futur, mani\u00e8re de savoir d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient pour \u00eatre ce que l\u2019on est et deviner ce que l\u2019on sera. Alors que les personnes \u00e2g\u00e9es semblent \u00eatre une g\u00e9n\u00e9ration oubli\u00e9e, ce spectacle nous propose d\u2019\u00e9couter ce qu\u2019ils ont \u00e0 nous transmettre, offrant ainsi aux g\u00e9n\u00e9rations futures un point d\u2019ancrage dans l\u2019immensit\u00e9 du temps.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect8\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#1\">Conclusion<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Gr\u00e2ce au travail documentaire, la pi\u00e8ce <em> HOME, morceaux de nature en ruine<\/em> se pr\u00e9sente comme un v\u00e9ritable laboratoire que nous prenons le temps d\u2019observer. En contrastant avec le temps du monde ext\u00e9rieur, la pi\u00e8ce nous invite \u00e0 ralentir dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la vitesse est devenue la norme. En permettant \u00e0 la m\u00e9lancolie d\u2019exister \u00e0 travers les r\u00e9cits racont\u00e9s, les protagonistes laissent une trace de leur existence dans ce monde et cherchent dans la m\u00e9moire les r\u00e9ponses n\u00e9cessaires pour imaginer d\u2019autres mondes possibles. L\u2019attente est l\u2019action th\u00e9\u00e2trale principale de la pi\u00e8ce. Dans un m\u00eame pr\u00e9sent, la m\u00e9moire et l\u2019attente se lient pour tendre ensemble vers l\u2019avenir, le devenir.<br \/>Par le travail r\u00e9alis\u00e9, les com\u00e9dien.ne.s ont pu \u00e9prouver le vieillissement dans leur corps et ainsi r\u00e9aliser une forme d\u2019anticipation de soi. Pour cette cr\u00e9ation, ils ont d\u00fb apprendre \u00e0 voir le monde autrement, accepter le temps n\u00e9cessaire pour accomplir diverses t\u00e2ches. Chaque geste permet de raconter une histoire sans parole, l\u2019histoire d\u2019une rencontre entre de jeunes artistes et des personnes \u00e2g\u00e9es.<br \/>En montrant un lieu souvent cach\u00e9, la pi\u00e8ce tente de mettre en avant la parole d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration parfois oubli\u00e9e dans la conception d\u2019un monde nouveau. Dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la jeunesse serait en qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 et \u00e0 la recherche d\u2019un nouveau paradigme, le spectacle <em> HOME, morceaux de nature en ruine<\/em> nous invite \u00e0 \u00e9couter les histoires de nos ain\u00e9s pour mieux appr\u00e9hender le futur.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect9\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#1\">Notes<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Delannoi, Gil., \u00ab Ma\u00eetre et esclave de la vitesse : le tachysanthrope \u00bb, [en ligne], in <em>Esprit<\/em>, 2008, n\u00b0 6, pp. 153-164, [consult\u00e9 le 14 d\u00e9cembre 2022]. Disponible en ligne :\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-esprit-2008-6-page-153.htm, p. 159.\" data-wplink-url-error=\"true\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-esprit-2008-6-page-153.htm, p. 159.<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Entretien avec Magrit Coulon, Tom Geels, Ana\u00efs Aouat et Carole Adolff, HOME de Magrit Coulon, <em>Interview avec l\u2019\u00e9quipe artistique au Festival OFF d\u2019Avignon<\/em>, [en ligne], Festival d\u2019Avignon, Th\u00e9\u00e2tre des Doms, [consult\u00e9 le 24 ao\u00fbt 2021. Disponible en ligne :\u00a0<a href=\"https:\/\/www.szenik.eu\/fr\/home-de-magrit-coulon-interview-avec-lequipe-artistique-au-festival-off-davignon-42055, consult\u00e9 le 14 d\u00e9cembre 2021.\" data-wplink-url-error=\"true\">https:\/\/www.szenik.eu\/fr\/home-de-magrit-coulon-interview-avec-lequipe-artistique-au-festival-off-davignon-42055, consult\u00e9 le 14 d\u00e9cembre 2021.<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Delannoi, Gil., \u00ab Ma\u00eetre et esclave de la vitesse : le tachysanthrope \u00bb, <em>op. cit<\/em>, p. 158.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>, du grec <em>tachys<\/em> (rapide) et <em>nomos<\/em> (loi), p. 153.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Paquot, Thierry, \u00ab Un temps \u00e0 soi. Pour une \u00e9cologie existentielle \u00bb, [en ligne], in <em>Esprit<\/em>, 2014, n\u00b0 12, pp. 18-35, [consult\u00e9 le 11 janvier 2021], p. 22. Disponible en ligne :\u00a0<a href=\"https:\/\/esprit.presse.fr\/article\/thierry-paquot\/un-temps-a-soi-pour-une-ecologie-existentielle-38163\">https:\/\/esprit.presse.fr\/article\/thierry-paquot\/un-temps-a-soi-pour-une-ecologie-existentielle-38163<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Delannoi, Gil., \u00ab Ma\u00eetre et esclave de la vitesse : le tachysanthrope \u00bb, <em>op. cit.<\/em>, p. 158.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> David, Pascal. \u00ab L&rsquo;ennui comme exp\u00e9rience du temps \u00bb, <em>op. cit<\/em>, p. 11.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> Entretien avec Magrit Coulon, Tom Geels, Ana\u00efs Aouat et Carole Adolff, HOME de Magrit Coulon, Interview avec l\u2019\u00e9quipe artistique au Festival OFF d\u2019Avignon, <em>op. cit<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> Sous la direction d&rsquo;Alain Rey, <em>Dictionnaire historique de la langue fran\u00e7aise<\/em>, Paris, Dictionnaires Le Robert, 1992, vol I, p. 138.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> Van Reeth, Ad\u00e8le, avec Barillas, Laure, <em>\u00c9pisode 1 : Vladimir Jank\u00e9l\u00e9vitch, le meilleur est \u00e0 venir ?<\/em>, [en ligne], s\u00e9rie : L&rsquo;attente (4 \u00e9pisodes), <em>Les chemins de la philosophie<\/em>, France Culture, 53\u2019, diffus\u00e9 le 17 d\u00e9cembre 2018, [consult\u00e9 le 16 janvier 2022]. Disponible en ligne :\u00a0<a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/les-chemins-de-la-philosophie\/lattente-14-vladimir-jankelevitch-le-meilleur-est-a-venir\">https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/les-chemins-de-la-philosophie\/lattente-14-vladimir-jankelevitch-le-meilleur-est-a-venir<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> Evrard, Franck, \u00ab Au commencement du th\u00e9\u00e2tre\u2026, le silence \u00bb, [en ligne], in <em>Sigila<\/em>, vol. 29, n\u00b0 1, p. 135-146, [consult\u00e9 le 19 mars 2023], p. 145. Disponible sur internet :\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-sigila-2012-1-page-135.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-sigila-2012-1-page-135.htm<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> REGY Claude, <em>Mises en sc\u00e8ne du monde<\/em>, Solitaires intempestifs, Besan\u00e7on, coll. \u00ab Du d\u00e9savantage du vent \u00bb, 2005.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a> Entretien avec Magrit Coulon, Tom Geels, Ana\u00efs Aouat et Carole Adolff, HOME de Magrit Coulon, <em>Interview avec l&rsquo;\u00e9quipe artistique au Festival OFF d&rsquo;Avignon, op. cit.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref15\" name=\"_edn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a> Barba Eugenio, \u00ab Th\u00e9\u00e2tre eurasien \u00bb, in <em>Le Th\u00e9\u00e2tre qui danse.Anthropologie th\u00e9\u00e2trale (3)<\/em>. Nouvelles recherches, Bouffonneries 1989, n\u00b0 22-23, p.17-22, p. 41.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref16\" name=\"_edn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a> Entretien avec Magrit Coulon, Tom Geels, Ana\u00efs Aouat et Carole Adolff, HOME de Magrit Coulon, <em>Interview avec l&rsquo;\u00e9quipe artistique au Festival OOF d&rsquo;Avignon, op. cit.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref17\" name=\"_edn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref18\" name=\"_edn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a> Delannoi, Gil. \u00ab Ma\u00eetre et esclave de la vitesse : le tachysanthrope \u00bb, <em>op. cit.<\/em> p. 155.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref19\" name=\"_edn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a> Gayot, Jo\u00eblle, avec Geslin Philippe et Behr Anne, Explorer les lointains, [en ligne], <em>Une saison au th\u00e9\u00e2tre<\/em>, France Culture, 31\u2019, diffus\u00e9 le 31 d\u00e9cembre 2017, [consult\u00e9 le 12 d\u00e9cembre 2021].Disponible en ligne: <a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/une-saison-au-theatre\/explorer-les-lointains-quand-le-theatre-sort-du-theatre-9834223\">https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/une-saison-au-theatre\/explorer-les-lointains-quand-le-theatre-sort-du-theatre-9834223<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref120\" name=\"_edn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a> DAVID, Pascal, \u00ab L&rsquo;ennui comme exp\u00e9rience du temps \u00bb, [en ligne], in <em>Psychotropes<\/em>, 2011, vol. 17, n\u00b0 2, pp. 9-17, [consult\u00e9 le 20 d\u00e9cembre 2022], p. 11-12. Disponible en ligne :\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-psychotropes-2011-2-page-9.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-psychotropes-2011-2-page-9.htm<\/a><\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect10\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#1\">Bibliographie<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">BARBA Eugenio, \u00ab Th\u00e9\u00e2tre eurasien \u00bb, in <em>Le Th\u00e9\u00e2tre qui danse. Anthropologie th\u00e9\u00e2trale (3)<\/em>. Nouvelles recherches, Bouffonneries, 1989, n\u00b0 22-23, pp. 17-22.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">DAVID, Pascal, \u00ab L&rsquo;ennui comme exp\u00e9rience du temps \u00bb, [en ligne], in <em>Psychotropes<\/em>, 2011, vol. 17, n\u00b0 2, pp. 9-17, [consult\u00e9 le 20 d\u00e9cembre 2022].Disponible sur internet:\u00a0 <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-psychotropes-2011-2-page-9.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-psychotropes-2011-2-page-9.htm<\/a><\/p>\n<p>DELANNOI, Gil., \u00ab Ma\u00eetre et esclave de la vitesse : le tachysanthrope \u00bb, [en ligne], in <em>Esprit<\/em>, 2008, n\u00b0 6, pp. 153-164, [consult\u00e9 le 14 d\u00e9cembre 2022]. Disponible sur internet :\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-esprit-2008-6-page-153.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-esprit-2008-6-page-153.htm<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Entretien avec Magrit Coulon, Tom Geels, Ana\u00efs Aouat et Carole Adolff, HOME de Magrit Coulon, Interview avec l\u2019\u00e9quipe artistique au Festival OFF d\u2019Avignon, [en ligne], Festival d\u2019Avignon, Th\u00e9\u00e2tre des Doms, [consult\u00e9 le 24 ao\u00fbt 2021. Disponible en ligne :\u00a0<a href=\"https:\/\/www.szenik.eu\/fr\/home-de-magrit-coulon-interview-avec-lequipe-artistique-au-festival-off-davignon-42055, consult\u00e9 le 14 d\u00e9cembre 2021.\" data-wplink-url-error=\"true\">https:\/\/www.szenik.eu\/fr\/home-de-magrit-coulon-interview-avec-lequipe-artistique-au-festival-off-davignon-42055, consult\u00e9 le 14 d\u00e9cembre 2021.<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">GAYOT, Jo\u00eblle, avec GESLIN Philippe et BEHR Anne, Explorer les lointains, [en ligne], <em>Une saison au th\u00e9\u00e2tre<\/em>, France Culture, 31\u2019, diffus\u00e9 le 31 d\u00e9cembre 2017, [consult\u00e9 le 12 d\u00e9cembre 2021]. Disponible sur internet : <a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/une-saison-au-theatre\/explorer-les-lointains-quand-le-theatre-sort-du-theatre-9834223\">https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/une-saison-au-theatre\/explorer-les-lointains-quand-le-theatre-sort-du-theatre-9834223<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">PAQUOT, Thierry, \u00ab Un temps \u00e0 soi. Pour une \u00e9cologie existentielle \u00bb, [en ligne], in <em>Esprit<\/em>, 2014, n\u00b0 12, pp. 18-35, [consult\u00e9 le 11 janvier 2021]. Disponible en ligne : <a href=\"https:\/\/esprit.presse.fr\/article\/thierry-paquot\/un-temps-a-soi-pour-une-ecologie-existentielle-38163\">https:\/\/esprit.presse.fr\/article\/thierry-paquot\/un-temps-a-soi-pour-une-ecologie-existentielle-38163<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">REGY Claude, <em>Mises en sc\u00e8ne du monde<\/em>, Besan\u00e7on, Solitaires intempestifs, coll. \u00ab Du d\u00e9savantage du vent \u00bb, 2005, 448 pages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">VAN REETH, Ad\u00e8le, avec BARILLAS, Laure, \u00c9pisode 1 : <em>Vladimir Jank\u00e9l\u00e9vitch, le meilleur est \u00e0 venir ?<\/em>, [en ligne], s\u00e9rie : L\u2019attente (4 \u00e9pisodes), <em>Les chemins de la philosophie<\/em>, France Culture, 53\u2019, diffus\u00e9 le 17 d\u00e9cembre 2018, [consult\u00e9 le 16 janvier 2022]. Disponible en ligne :\u00a0<a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/les-chemins-de-la-philosophie\/lattente-14-vladimir-jankelevitch-le-meilleur-est-a-venir\">https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/les-chemins-de-la-philosophie\/lattente-14-vladimir-jankelevitch-le-meilleur-est-a-venir<\/a><\/p>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>House of time: HOME, morceaux de nature en ruine directed by Magrit Coulon,Compagnie Nature II Fig.1 :HOME, morceaux de nature en ruine, mise en sc\u00e8ne de Magrit Coulon, compagnie Nature II, cr\u00e9ation f\u00e9vrier 2020 au Man\u00e8ge Fonck, Li\u00e8ge. Cr\u00e9dit photo, Hubert Amiel. Karine Bayeul Apr\u00e8s l\u2019obtention d\u2019une licence de g\u00e9ographie \u00e0 L\u2019Universit\u00e9 de Bourgogne, Karine [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[218835],"class_list":["post-5714","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","tag-eva-n13","post-preview"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5714","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5714"}],"version-history":[{"count":256,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5714\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6210,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5714\/revisions\/6210"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5714"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5714"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5714"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}