 {"id":6097,"date":"2023-10-10T15:21:30","date_gmt":"2023-10-10T14:21:30","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=6097"},"modified":"2023-10-13T10:57:10","modified_gmt":"2023-10-13T09:57:10","slug":"circularite-et-linearite-du-temps-dans-deux-romans-contemporains-olivier-rolin-le-meteorologue-patrick-deville-kampuchea","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/10\/10\/circularite-et-linearite-du-temps-dans-deux-romans-contemporains-olivier-rolin-le-meteorologue-patrick-deville-kampuchea\/","title":{"rendered":"Circularit\u00e9 et lin\u00e9arit\u00e9 du temps dans deux romans contemporains\u00a0: Olivier Rolin, <em>Le m\u00e9t\u00e9orologue<\/em> ; Patrick Deville, <em>Kampuch\u00e9a<\/em>"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Dorel OBIANG NGUEMA<\/strong><\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Docteur en langues et litt\u00e9rature fran\u00e7aises au Centre Interdisciplinaire d&rsquo;\u00c9tude des Litt\u00e9ratures d&rsquo;Aix-Marseille (CIELAM) de l\u2019Universit\u00e9 d&rsquo;Aix-Marseille, <a href=\"m&#97;&#x69;&#x6c;&#x74;o&#58;&#x6f;&#x62;&#x69;a&#110;&#x67;&#x64;&#x6f;r&#101;&#x6c;&#x40;&#x67;m&#97;&#x69;&#x6c;&#x2e;c&#111;&#x6d;\">&#x6f;bi&#x61;&#110;g&#x64;&#111;r&#x65;&#108;&#64;&#x67;&#109;a&#x69;&#x6c;&#46;&#x63;&#x6f;m<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : OBIANG NGUEMA Dorel, \u00ab\u00a0Circularit\u00e9 et lin\u00e9arit\u00e9 du temps dans deux romans contemporains : Olivier Rolin, Le m\u00e9t\u00e9orologue ; Patrick Deville, Kampuch\u00e9a\u00a0\u00bb, <em>Litter@ Incognita <\/em>[En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse-Jean Jaur\u00e8s, n\u00b013, \u00ab\u00a0Temps \u00e0 l&rsquo;oeuvre, temps des oeuvres\u00a0\u00bb, saison automne 2023, mis en ligne le 13 octobre 2023, disponible sur <a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/10\/10\/circularite-et-linearite-du-temps-dans-deux-romans-contemporains-olivier-rolin-le-meteorologue-patrick-deville-kampuchea\/\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/10\/10\/circularite-et-linearite-du-temps-dans-deux-romans-contemporains-olivier-rolin-le-meteorologue-patrick-deville-kampuchea\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2023\/10\/Dorel-OBIANG-NGUEMA-Circularite-et-linearite-du-temps.pdf\" data-type=\"attachment\" data-id=\"6101\">T\u00e9l\u00e9charger le pdf<\/a><\/p>\n\n\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019objet de cet article est l\u2019analyse des modes de repr\u00e9sentation du temps chez deux auteurs fran\u00e7ais contemporains\u00a0: Olivier Rolin et Patrick Deville. Lorsque l\u2019on croise les deux romans des auteurs, nous voyons \u00e9merger la mise en \u00e9vidence de deux conceptions du temps tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Le temps semble \u00eatre en mouvement chez Rolin avec une chronologie dans la narration des \u00e9v\u00e9nements. Tandis que chez Deville, on constate un \u00e9ternel retour des \u00e9v\u00e9nements. Autrement dit, il semble que chaque \u00e9v\u00e9nement racont\u00e9 ait d\u00e9j\u00e0 eu lieu dans le pass\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong> : circularit\u00e9 &#8211; lin\u00e9arit\u00e9 &#8211; Rolin &#8211; Deville &#8211; repr\u00e9sentations &#8211; temps &#8211; \u00e9v\u00e9nements &#8211; romans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Abstract<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">This article aims to analyze the modes of representation of time in two contemporary French authors: Olivier Rolin and Patrick Deville. When we compare the two authors&rsquo; novels, we see the emergence of two very different conceptions of time. Time seems to be in motion in Rolin&rsquo;s novel, with a chronology in the narration of events. In Deville&rsquo;s novel, however, there is an eternal return of events. In other words, it seems that each event narrated has already taken place in the past.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Keywords <\/strong>: circularity &#8211; linearity &#8211; Rolin &#8211; Deville &#8211; representations &#8211; time &#8211; events &#8211; novels.<\/p>\n<p><strong>Sommaire<\/strong><\/p>\n<p><a name=\"1\"><\/a><a href=\"#intro-obiang\">Introduction<\/a><br \/>\n<a name=\"2\"><\/a><a href=\"#longue-duree\">1. Du temps, de la longue dur\u00e9e en histoire : approches th\u00e9oriques<\/a><br \/>\n<a name=\"3\"><\/a><a href=\"#formes-temps\">2. Les formes du temps : entre la ligne (Rolin) et le cercle (Deville)<\/a><br \/>\n<a name=\"4\"><\/a><a href=\"#conclu-obiang\">Conclusion<\/a><br \/>\n<a name=\"5\"><\/a><a href=\"#notes-obiang\">Notes<\/a><br \/>\n<a name=\"6\"><\/a><a href=\"#biblio-obiang\">Bibliographie<\/a><\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"intro-obiang\"><a href=\"#intro-obiang\">Introduction<\/a><\/h2>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-weight: 400\">La lin\u00e9arit\u00e9 et la circularit\u00e9 sont deux termes que nous associons aux romans d\u2019Olivier Rolin et Patrick Deville. Nous avons choisi ces deux romans parce qu\u2019ils repr\u00e9sentent le temps de plusieurs mani\u00e8res diff\u00e9rentes en d\u00e9voilant au passage deux conceptions du monde distinctes. Certes les deux termes sont souvent utilis\u00e9s dans les domaines de la science (physique, math\u00e9matiques), mais nous n\u2019en retiendrons que leur usage courant pour notre proposition. En effet, la lin\u00e9arit\u00e9 d\u00e9signe le caract\u00e8re de ce qui est lin\u00e9aire, c\u2019est-\u00e0-dire qui a un sens de progression constant et unique. La circularit\u00e9 d\u00e9signe le caract\u00e8re de quelque chose qui fait revenir au point de d\u00e9part et ne progresse pas. Les deux romans ont un rapport \u00e9troit avec l\u2019Histoire. Le roman<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote1sym\" name=\"sdendnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a> d\u2019Olivier Rolin porte sur l\u2019assassinat d\u2019un m\u00e9t\u00e9orologue, Alexe\u00ef F\u00e9odossi\u00e9vitch Vangengheim, tu\u00e9 par le r\u00e9gime de Staline pendant la Grande Terreur (1937-1938). Le roman<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote2sym\" name=\"sdendnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a> de Patrick Deville relate plus d\u2019un si\u00e8cle et demi de l\u2019histoire du Cambodge depuis la d\u00e9couverte d\u2019Angkor par le naturaliste Henri Mouhot, jusqu&rsquo;au proc\u00e8s des Khmers rouges qui fait suite \u00e0 la dictature impos\u00e9e dans les ann\u00e9es 1970 par ce r\u00e9gime \u00e9pris d\u2019une utopie meurtri\u00e8re. Les deux ouvrages organisent de mani\u00e8re diff\u00e9rente l&rsquo;inscription de l&rsquo;histoire et du temps dans le roman\u00a0: le premier (Rolin) choisit d&rsquo;\u00e9tudier un cas \u00e0 la fois singulier et exemplaire, au moyen d&rsquo;un riche mat\u00e9riel documentaire d\u00e9couvert dans les archives. Il le fait pourtant d&rsquo;une mani\u00e8re qui diff\u00e8re de celle d&rsquo;un historien, par exemple par la place qui est faite au personnage de l&rsquo;auteur, ou en s&rsquo;autorisant des aper\u00e7us qui sont de purs produits de l&rsquo;imagination. Lorsqu\u2019il \u00e9crit, nous constatons que le temps se per\u00e7oit comme une ligne droite qui part de la naissance \u00e0 la mort du personnage principal. Le second (Deville) brosse une sorte de fresque qui s&rsquo;\u00e9tale sur plus d&rsquo;une centaine d&rsquo;ann\u00e9es. \u00c0 nouveau toutefois, comme chez Rolin, l&rsquo;auteur se met en sc\u00e8ne, sous les traits d&rsquo;une esp\u00e8ce de journaliste baroudeur, personnage \u00e9minemment romanesque, qui adopte ici un ton singulier, vaguement cynique, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 du registre adopt\u00e9 par Rolin. Le temps se per\u00e7oit alors comme un cercle qui revient sur lui-m\u00eame. Autrement dit, les \u00e9v\u00e9nements racont\u00e9s par le narrateur semblent se r\u00e9p\u00e9ter sans cesse. D\u00e8s lors, quelle forme prend le temps dans chacune de leurs \u0153uvres\u00a0?<\/span><\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"longue-duree\"><a href=\"#longue-duree\"><strong>1. Du temps, de la longue dur\u00e9e en histoire&nbsp;: approches th\u00e9oriques<\/strong><\/a> <\/h2>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Pour penser et comprendre les \u00e9v\u00e9nements historiques qui ont eu lieu dans le pass\u00e9, il faut les inscrire dans un temps long, et cette approche s\u2019oppose \u00e0 une histoire qui peut \u00eatre d\u00e9termin\u00e9e dans l\u2019instant pr\u00e9sent. La \u00ab longue dur\u00e9e \u00bb est un concept forg\u00e9 par l\u2019historien Fernand Braudel pour analyser les faits historiques sous l\u2019angle d\u2019un temps long par opposition \u00e0 une histoire qui se concentre sur des p\u00e9riodes courtes, que l\u2019on appelait histoire \u00e9v\u00e9nementielle ou encore l\u2019histoire bataille &#8211; en somme une histoire dite \u00ab positiviste<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote3sym\" name=\"sdendnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>\u00bb. Voici les termes dans lesquels Braudel r\u00e9cusait l\u2019histoire \u00e9v\u00e9nementielle :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout travail historique d\u00e9compose le temps r\u00e9volu, choisit entre ses r\u00e9alit\u00e9s chronologiques, selon des pr\u00e9f\u00e9rences et exclusives plus ou moins conscientes. L&rsquo;histoire traditionnelle attentive au temps bref, \u00e0 l&rsquo;individu, \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, nous a depuis longtemps habitu\u00e9s \u00e0 son r\u00e9cit pr\u00e9cipit\u00e9, dramatique, de souffle court [\u2026] Bien au-del\u00e0 de ce second r\u00e9citatif se situe une histoire de souffle plus soutenu encore, d&rsquo;ampleur s\u00e9culaire cette fois : l&rsquo;histoire de longue, m\u00eame de tr\u00e8s longue dur\u00e9e. La formule, bonne ou mauvaise, m&rsquo;est devenue famili\u00e8re pour d\u00e9signer l&rsquo;inverse de ce que Fran\u00e7ois Simiand, l&rsquo;un des premiers apr\u00e8s Paul Lacombe, aura baptis\u00e9 histoire \u00e9v\u00e9nementielle. Peu importent ces formules ; en tout cas c&rsquo;est de l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre, d&rsquo;un p\u00f4le \u00e0 l&rsquo;autre du temps, de l&rsquo;instantan\u00e9 \u00e0 la longue dur\u00e9e que se situera notre discussion<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote4sym\" name=\"sdendnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Lorsque Fernand Braudel a forg\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque le concept de longue dur\u00e9e, son analyse portait en priorit\u00e9 sur l\u2019histoire \u00e9conomique et sociale pour mettre en valeur les cycles plus lents qui avaient cours en histoire. Il op\u00e8re une distinction entre les deux types d\u2019histoire et cherche \u00e0 s\u2019affranchir d\u2019un soup\u00e7on attach\u00e9 \u00e0 la science historique, sa plus ou moins grande proximit\u00e9 avec la fiction\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Sans doute concerne-t-elle tout particuli\u00e8rement ces sciences dites humaines ou sociales qui, depuis deux si\u00e8cles, tentent avec des fortunes diverses de gagner leur place dans le concert des vraies sciences, d\u2019\u00e9carter le soup\u00e7on interminable d\u2019appartenir encore aux \u0153uvres de la litt\u00e9rature ou de la politique, voire des deux \u00e0 la fois<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote5sym\" name=\"sdendnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">De ces querelles entre les deux types d\u2019histoire, nous ne retiendrons pour notre travail que la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire sur des temps longs, et cela au regard de ce que proposent Deville et Rolin dans leurs romans. Ils parviennent \u00e0 situer, dater, les \u00e9v\u00e9nements historiques dans un temps particulier, ils quantifient le temps. Par leurs modes d\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire, ils remettent en cause une conception apor\u00e9tique du temps que l\u2019on retrouve dans le premier tome de la trilogie <em>Temps et r\u00e9cit<\/em> de Ricoeur. Pour ce dernier, il est difficile, sinon impossible, de mesurer le temps, et il avan\u00e7ait cette proposition\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0La question est donc circonscrite\u00a0: comment le temps peut-il \u00eatre, si le pass\u00e9 n\u2019est plus, si le futur n\u2019est pas encore et si le pr\u00e9sent n\u2019est pas toujours\u00a0? [\u2026] Comment peut-on mesurer ce qui n\u2019est pas ?<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote6sym\" name=\"sdendnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb Genette semble m\u00eame aller plus loin dans la conception apor\u00e9tique du temps, en essayant de montrer que le temps de l\u2019histoire ne pouvait gu\u00e8re \u00eatre \u00e9valu\u00e9\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0On le date parfois, mais on ne le mesure jamais<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote7sym\" name=\"sdendnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>\u00bb. Notre travail prend appui sur Nietzsche et Jack Goody qui montrent que se repr\u00e9senter le temps, c\u2019est tourner autour d\u2019un cercle, revenir au m\u00eame.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"formes-temps\"><a href=\"#formes-temps\"><strong>2. Les formes du temps&nbsp;: entre la ligne (Rolin) et le cercle (Deville)<\/strong><\/a><\/h2>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">La particularit\u00e9 des \u0153uvres de Deville et de Rolin est justement d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019aporie du temps, parvenant \u00e0 entrem\u00ealer finement les deux conceptions dichotomiques du temps de l\u2019histoire\u00a0: la longue dur\u00e9e et l\u2019histoire \u00e9v\u00e9nementielle ou l\u2019histoire bataille. Les historiens ont tr\u00e8s souvent trait\u00e9 ces deux aspects en les opposant syst\u00e9matiquement. Analysant les travaux de Fernand Braudel, l\u2019historien G\u00e9rard Noirel \u00e9voque le traitement du temps sous l\u2019angle d\u2019une bataille des tranch\u00e9es entre l\u2019histoire longue et l\u2019histoire courte. Il d\u00e9clare\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Cette mati\u00e8re peut \u00eatre mesur\u00e9e car il existe une \u00ab \u00e9chelle unique \u00bb du temps \u00e0 l\u2019aune de laquelle s\u2019\u00e9valuent toutes les dur\u00e9es. Le temps long (\u00ab longue dur\u00e9e \u00bb) s\u2019oppose ainsi au temps court (\u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nementiel \u00bb). Entre les deux, se situe un temps interm\u00e9diaire (la \u00ab moyenne dur\u00e9e<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote8sym\" name=\"sdendnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>\u00bb). Ces assertions sont pr\u00e9sent\u00e9es comme des \u00e9vidences. Le but de Braudel n\u2019est pas, en effet, d\u2019entrer dans une discussion th\u00e9orique sur le sujet, mais de justifier une hi\u00e9rarchie des formes de savoir conforme aux int\u00e9r\u00eats intellectuels et institutionnels qu\u2019il d\u00e9fend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le p\u00f4le r\u00e9pulsif est repr\u00e9sent\u00e9 par \u00ab\u00a0l\u2019histoire \u00e9v\u00e9nementielle \u00bb, constamment d\u00e9sign\u00e9e comme \u00ab traditionnelle \u00bb.\u00a0\u00c0 l\u2019oppos\u00e9, se situe le p\u00f4le attractif, appel\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019histoire nouvelle \u00bb, elle-m\u00eame d\u00e9compos\u00e9e en deux ensembles : d\u2019une part l\u2019histoire \u00e9conomique et sociale labroussienne, d\u2019autre part la longue dur\u00e9e braudelienne. M\u00eame si elles contribuent toutes les deux \u00e0 l\u2019innovation, la premi\u00e8re est moins pertinente que la seconde car c\u2019est une histoire de \u00ab moyenne dur\u00e9e \u00bb. Le privil\u00e8ge qu\u2019elle accorde aux cycles et aux conjonctures la rend incapable de s\u2019\u00e9lever \u00e0 la \u00ab longue dur\u00e9e \u00bb, qui seule englobe toutes les temporalit\u00e9s de l\u2019histoire. Cette limite explique que l\u2019histoire \u00e9conomique et sociale, qu\u2019on appellera bient\u00f4t \u00ab\u00a0l\u2019histoire s\u00e9rielle \u00bb, ne parvient pas \u00e0 s\u2019\u00e9manciper compl\u00e8tement de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9v\u00e9nementiel<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote9sym\" name=\"sdendnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a>\u00bb . Histoire \u00e9v\u00e9nementielle pour Deville, quand il raconte le g\u00e9nocide au Cambodge dans les ann\u00e9es 70, et pour Rolin, l\u2019assassinat d\u2019un m\u00e9t\u00e9orologue pendant la p\u00e9riode de la Grande Terreur.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En admettant que Deville et Rolin \u00e9crivent l\u2019histoire \u00e0 partir d\u2019une dur\u00e9e assez longue, nous relevons n\u00e9anmoins que leurs approches diff\u00e8rent sur la perception qu\u2019ils ont du temps, sa lin\u00e9arit\u00e9 chez Rolin contre sa circularit\u00e9 chez Deville. Certes les deux termes sont souvent utilis\u00e9s dans les domaines de la science (physique, math\u00e9matiques), mais nous n\u2019en retiendrons que leur usage courant pour notre proposition. En effet, la lin\u00e9arit\u00e9 d\u00e9signe le caract\u00e8re de ce qui a un sens de progression constant et unique, et la circularit\u00e9, le caract\u00e8re de quelque chose qui revient \u00e0 son point de d\u00e9part, ne progressant donc jamais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Rolin se propose d\u2019\u00e9tudier \u00e0 partir d\u2019un cas particulier, l\u2019histoire du m\u00e9t\u00e9orologue, dans une p\u00e9riode tr\u00e8s violente, la Grande Terreur en URSS. Partant de cette histoire personnelle, il cherche \u00e0 retrouver le fondement de l\u2019esp\u00e9rance r\u00e9volutionnaire au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et le contexte de l\u2019\u00e9poque\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a quelque chose d\u2019autre, quelque chose de personnel dont il ne me para\u00eet pas ind\u00e9cent d\u2019essayer de parler maintenant, au terme du r\u00e9cit. Qu\u2019est-ce qui m\u2019int\u00e9resse, me concerne, dans cette histoire qui n\u2019est pas la mienne, ni celle dont je descends directement \u2013 je ne parle pas de l\u2019histoire du m\u00e9t\u00e9orologue seulement, mais celle de l\u2019\u00e9poque terrible o\u00f9 il v\u00e9cut et mourut<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote10sym\" name=\"sdendnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a>?<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Retracer cette histoire, c\u2019est d\u2019abord mentionner les diff\u00e9rentes \u00e9tapes qui ont marqu\u00e9 cette \u00e9poque, passant de l\u2019esp\u00e9rance au d\u00e9senchantement. Pour ce faire, Rolin proc\u00e8de de mani\u00e8re chronologique en r\u00e9pertoriant les dates importantes de l\u2019histoire du m\u00e9t\u00e9orologue. Il l\u2019identifie \u00e0 un double niveau\u00a0\u00e0 partir d\u2019un lieu et d\u2019une date symbolique\u00a0: la Russie actuelle dans laquelle a eu lieu cette deuxi\u00e8me grande r\u00e9volution mondiale, et dont l\u2019espace englobe \u00e0 la fois les dimensions politique et historique\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0L\u2019espace russe est in\u00e9vitablement politique, l\u2019histoire y croise, y trame sans cesse la g\u00e9ographie<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote11sym\" name=\"sdendnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a>\u00bb. Rolin associe \u00e0 l\u2019espace russe une date qui marquera durablement cette p\u00e9riode pour de nombreuses g\u00e9n\u00e9rations, et conclut\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Les habitants du vingt et uni\u00e8me si\u00e8cle oublieront sans doute l\u2019espoir mondial que souleva la r\u00e9volution d\u2019Octobre 1917<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote12sym\" name=\"sdendnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le doute laisse d\u00e9sormais la place au d\u00e9senchantement, comme l\u2019a relev\u00e9 Fran\u00e7ois Hartog sur l\u2019analyse du temps\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Vinrent, en effet, les ann\u00e9es 1970, les d\u00e9sillusions ou la fin des illusions, le d\u00e9litement de l\u2019id\u00e9e r\u00e9volutionnaire<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote13sym\" name=\"sdendnote13anc\"><sup>13<\/sup><\/a>\u00bb. Le pass\u00e9 ne permet plus de mieux structurer le pr\u00e9sent et l\u2019avenir. Les personnages de Rolin apparaissent toujours dans une p\u00e9riode qui vient apr\u00e8s un effondrement dont la R\u00e9volution avait constitu\u00e9 la matrice, ce que Fran\u00e7ois Hartog a qualifi\u00e9 de r\u00e9gime moderne d\u2019historicit\u00e9, o\u00f9 le futur dominait l\u2019une des trois cat\u00e9gories qu\u2019il avait construites. Mais le futur se retrouvait lui-m\u00eame d\u00e9sormais en crise\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Ce futur \u00e9clairant l\u2019histoire pass\u00e9e, ce point de vue et ce telos lui donnant sens, a pris avec les habits de la science, tour \u00e0 tour, le visage de la Nation, du Peuple, de la R\u00e9publique, de la soci\u00e9t\u00e9 ou du Prol\u00e9tariat<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote14sym\" name=\"sdendnote14anc\"><sup>14<\/sup><\/a>\u00bb. Rolin parvient \u00e0 mettre en \u00e9vidence deux r\u00e9gimes temporels \u00e0 travers les deux g\u00e9n\u00e9rations \u00e9voqu\u00e9es,\u00a0comme le souligne Fran\u00e7ois Hartog\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Rolin et ses camarades se d\u00e9couvrent douloureusement exil\u00e9s de l\u2019Histoire, tandis que le mal plac\u00e9 de Chateaubriand s\u2019impose \u00e0 lui parce qu\u2019il se trouve brutalement trop plac\u00e9 dans le mille de l\u2019Histoire\u00a0: entre deux temps, entre deux r\u00e9gimes d\u2019historicit\u00e9, l\u2019ancien et le moderne<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote15sym\" name=\"sdendnote15anc\"><sup>15<\/sup><\/a>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette posture du \u00ab\u00a0mal plac\u00e9\u00a0\u00bb ne se r\u00e9duit pas uniquement \u00e0 une sorte de d\u00e9calage de la g\u00e9n\u00e9ration de Rolin. En r\u00e9alit\u00e9, cette expression constitue une r\u00e9flexion plus g\u00e9n\u00e9rale de la part de Rolin sur la litt\u00e9rature et sur l\u2019art. La litt\u00e9rature ne peut pas \u00eatre cantonn\u00e9e \u00e0 un moment donn\u00e9, car celle-ci est appel\u00e9e \u00e0 exc\u00e9der son temps, son lieu. En somme, il parle ici d\u2019une litt\u00e9rature plus large, universelle. Il l\u2019\u00e9voque dans les termes suivants\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il se peut, apr\u00e8s tout, qu\u2019il y ait des litt\u00e9ratures ou des arts bien plac\u00e9s, enracin\u00e9s, et m\u00eame enterr\u00e9s, enfouis dans la gl\u00e8be comme des tubercules. Mais ce dont je parle ici, c\u2019est d\u2019un art tumultueux, emport\u00e9, o\u00f9 travaille et fait \u0153uvre non ce qui fixe et localise, ou enracine, mais au contraire ce qui d\u00e9place, d\u00e9r\u00e8gle, agite et d\u00e9racine, bref ce que les r\u00e9gimes totalitaires appellent de l\u2019art \u00ab\u00a0d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb (et \u00e0 juste titre, en fin de compte\u00a0: d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, sans <em>genus<\/em> autre que l\u2019humain, c\u2019est-\u00e0-dire universel), et qui est l\u2019art , et notamment de la litt\u00e9rature de ce si\u00e8cle<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote16sym\" name=\"sdendnote16anc\"><sup>16<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Rolin d\u00e9veloppe alors une r\u00e9flexion sur le progr\u00e8s\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Parfois, au fond d\u2019une distance immense, la chemin\u00e9e d\u2019une locomotive rappelle qu\u2019au sein de ce temps apparemment fig\u00e9 quelque chose de neuf est en train de se produire, qui est peut-\u00eatre le progr\u00e8s et qui est peut-\u00eatre aussi une menace<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote17sym\" name=\"sdendnote17anc\"><sup>17<\/sup><\/a>\u00bb. Il utilise la m\u00e9taphore d\u2019une locomotive qui suit un chemin dont on ne peut d\u00e9terminer la destination finale \u00e0 priori, mais ne tranche pas cat\u00e9goriquement entre une histoire qui serait consid\u00e9r\u00e9e comme un progr\u00e8s et une autre comme une menace. Il essaie d\u2019envisager plusieurs lectures possibles de l\u2019histoire et, \u00e0 partir des faits relat\u00e9s dans le r\u00e9cit, il veut scruter la force, progr\u00e8s ou d\u00e9clin, qui a triomph\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour ce faire, Rolin choisit quelques dates symboliques dans la vie de son personnage que nous pr\u00e9senterons selon le sch\u00e9ma suivant\u00a0: il est arr\u00eat\u00e9 en janvier 1934 alors qu\u2019il \u00e9tait attendu par son \u00e9pouse pour assister \u00e0 une repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale\u00a0; il est d\u00e9port\u00e9 en juin 1934 sur les \u00eeles Solovki\u00a0; il est ex\u00e9cut\u00e9 tr\u00e8s probablement en octobre 1937 apr\u00e8s la d\u00e9cision prise par le coll\u00e8ge de l\u2019Ougu\u00e9p\u00e9ou en mars 1934 de fusiller les condamn\u00e9s. En ao\u00fbt 1956, dix-neuf ans plus tard, l\u2019annulation de sa condamnation est prononc\u00e9e. Rolin mentionne ainsi le terrifiant paradoxe\u00a0: \u00ab\u00a0La mort est annul\u00e9e. L\u2019affaire est close. Pas tout \u00e0 fait cependant. L\u2019\u00c9tat sovi\u00e9tique n\u2019a pas invent\u00e9 la R\u00e9surrection des morts, mais un autre grand myst\u00e8re, la multiplication des morts<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote18sym\" name=\"sdendnote18anc\"><sup>18<\/sup><\/a>\u00bb. L\u2019\u00c9tat sovi\u00e9tique tente de corriger les nombreuses exactions perp\u00e9tr\u00e9es par le r\u00e9gime de Staline, \u00e0 sa mort en 1953. En 1957, il y aura la d\u00e9livrance d\u2019un certificat de mort pour Alexe\u00ef, et sa r\u00e9habilitation posthume interviendra en 1997. Lui accorder un certificat de d\u00e9c\u00e8s revenait sans doute \u00e0 lui rendre une certaine dignit\u00e9. El\u00e9onora, la fille d\u2019Alexe\u00ef, meurt en 2011 sans que Rolin ait pu la rencontrer comme il le souhaitait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il ins\u00e8re dans son r\u00e9cit un aper\u00e7u des \u00e9volutions de la politique \u00e9conomique en URSS du d\u00e9but des ann\u00e9es 30 \u00e0 la fin du communisme. Dans les ann\u00e9es 30 cette \u00e9conomie a connu un changement important, passant de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, essentiellement paysanne, \u00e0 une \u00e9conomie \u00e9tatique, tr\u00e8s centralis\u00e9e, ce qui engendrera un grand nombre de morts au nom d\u2019une id\u00e9ologie\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Et Dieu sait qu\u2019elle a besoin qu\u2019on l\u2019aide, l\u2019agriculture socialiste. Conjuguant l\u2019\u00e9limination des paysans riches ou suppos\u00e9s tels (il suffit parfois de poss\u00e9der une vache pour \u00eatre d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0koulak\u00a0\u00bb et d\u00e9port\u00e9 ou fusill\u00e9), la collectivisation \u00e0 marche forc\u00e9e et les r\u00e9quisitions de grain, la politique d\u00e9mente de Staline entra\u00eene en Ukraine une famine atroce. Des millions de gens, trois millions sans doute, meurent pendant les ann\u00e9es 1932-1933 sur les terres o\u00f9 Alexe\u00ef F\u00e9odossi\u00e9vitch a pass\u00e9 son enfance et sa jeunesse. Quand on a fini de manger les chats, les chiens, les insectes, de ronger les os des animaux morts, de sucer les herbes, les racines et les cuirs, il arrive qu\u2019on mange les morts, il arrive m\u00eame qu\u2019on les aide \u00e0 mourir [&#8230;]<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote19sym\" name=\"sdendnote19anc\"><sup>19<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il d\u00e9crit ensuite un temps o\u00f9 nous sommes pass\u00e9s de cette dimension collective de l\u2019\u00e9conomie en vigueur en URSS \u00e0 une \u00e9conomie de march\u00e9, entendue comme un syst\u00e8me \u00e9conomique qui consiste \u00e0 prendre les d\u00e9cisions en fonction de l\u2019offre et de la demande dans le cadre d\u2019un march\u00e9 libre. C\u2019est peut-\u00eatre l\u2019un des effets de la fin du communisme en URSS jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Mais ce pass\u00e9 est d\u00e9sormais cern\u00e9, conquis par la modernit\u00e9 incarn\u00e9e par l\u2019industrie du luxe, en t\u00e9moignent les noms des marques \u00e9voqu\u00e9s . Il montre ainsi un changement d\u2019\u00e9poque, et dans le m\u00eame temps il parle de la \u00ab\u00a0nouvelle Russie\u00a0\u00bb, terme apparu au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 apr\u00e8s l\u2019effondrement de l\u2019Union Sovi\u00e9tique. Il \u00e9tablit simplement une transition entre l\u2019ancien monde et le nouveau par un processus \u00e9volutif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Rolin pr\u00e9sente une approche du temps assez classique, qui se veut fondamentalement progressiste, et plut\u00f4t occidentale, jud\u00e9o-chr\u00e9tienne, de la conception du temps. Elle est tr\u00e8s europ\u00e9ocentrique comme l\u2019a vigoureusement critiqu\u00e9 l\u2019anthropologue anglais Jack Goody\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Il est un autre aspect g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019appropriation du temps qui concerne la caract\u00e9risation de sa perception \u2013 lin\u00e9aire en Occident [\u2026] Le calcul lin\u00e9aire fait partie int\u00e9grante de l\u2019histoire des individus, qui va in\u00e9luctablement de la naissance \u00e0 la mort<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote20sym\" name=\"sdendnote20anc\"><sup>20<\/sup><\/a>\u00bb. Dans d\u2019autres cultures, notamment en Orient, en Asie et en Afrique, la conception du temps historique est cyclique, par opposition \u00e0 la conception lin\u00e9aire du temps des occidentaux, et incite \u00e0 croire \u00e0 un \u00e9ternel retour des choses\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Toujours menteuse est la ligne droite, chuchota d\u00e9daigneusement le nain. Courbe est toute la v\u00e9rit\u00e9, le temps m\u00eame est un cercle<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote21sym\" name=\"sdendnote21anc\"><sup>21<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le roman de Patrick Deville traite le temps sous cette forme cyclique. Nous observerons que la figure du \u00ab\u00a0cercle\u00a0\u00bb est celle qui domine l\u2019\u00e9criture de Deville dans le roman et m\u00eame dans une autre partie de son \u0153uvre, pr\u00e9cis\u00e9ment la trilogie<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote22sym\" name=\"sdendnote22anc\"><sup>22<\/sup><\/a> romanesque publi\u00e9e au Seuil, dans laquelle il aborde l\u2019histoire des r\u00e9volutions dans trois r\u00e9gions du monde\u00a0:<em> Pura vida,<\/em> <em>Vie &amp; mort de William Walker<\/em> traitait des r\u00e9volutions sur le continent am\u00e9ricain, dont l\u2019Am\u00e9rique latine est l\u2019\u00e9picentre\u00a0;<em> Equatoria<\/em> \u00e9tait en quelque sorte une travers\u00e9e de l\u2019Afrique, avec pour point de d\u00e9part le transfert des cendres de Pierre Savorgnan de Brazza. Dans <em>Kampuch\u00e9a<\/em>, le r\u00e9cit offre plusieurs angles possibles de lecture de l\u2019histoire. Selon le philosophe Michel Meyer\u00a0:\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Que l\u2019Histoire soit la marche du progr\u00e8s vers une plus grande libert\u00e9 pour le plus grand nombre (Hegel), qu\u2019elle soit l\u2019av\u00e8nement d\u2019une \u00e9galit\u00e9 d\u00e9mocratique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e (Tocqueville) ou alors, qu\u2019elle apparaisse comme le d\u00e9clin inexorable de civilisations aux jours limit\u00e9s (Spengler), les lectures de l\u2019Histoire sont multiples. Elles ont toutes leur part de v\u00e9rit\u00e9 et de coh\u00e9rence, mais elles ne se contredisent pas moins sur le sens qu\u2019il convient d\u2019attribuer \u00e0 l\u2019\u00e9volution historique, qu\u2019elle soit lin\u00e9aire ou cyclique<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote23sym\" name=\"sdendnote23anc\"><sup>23<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons le sentiment, par exemple, de revenir au m\u00eame point de d\u00e9part avec la r\u00e9volution en Tha\u00eflande \u00e0 travers le roman de Patrick Deville, qui semble d\u00e9cliner une vision h\u00e9g\u00e9lienne de l\u2019histoire au seuil m\u00eame du roman\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0La plan\u00e8te d\u00e9file sous la carlingue et j\u2019essaie de surprendre les progr\u00e8s de la raison dans l\u2019Histoire et sous mon train d\u2019atterrissage <a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote24sym\" name=\"sdendnote24anc\"><sup>24<\/sup><\/a>\u00bb. Le narrateur s\u2019exprime ainsi \u00e0 propos des \u00e9v\u00e9nements en cours, et, \u00e0 partir d\u2019un seul de ces \u00e9v\u00e9nements, essaie de g\u00e9n\u00e9raliser la situation \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plus globale du monde, utilisant pour cela une \u00ab\u00a0synecdoque g\u00e9n\u00e9ralisante<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote25sym\" name=\"sdendnote25anc\"><sup>25<\/sup><\/a>\u00bb. Dans le cas pr\u00e9cis o\u00f9 le narrateur s\u2019exprime, le progr\u00e8s peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019instar des \u00e9v\u00e9nements r\u00e9volutionnaires qu\u2019il commente depuis son poste d\u2019observation, son petit avion, d\u2019o\u00f9 l\u2019impression pour le lecteur d\u2019\u00eatre en train de voir des bouleversements s\u2019op\u00e9rer dans le roman.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La vision h\u00e9gelienne de l\u2019histoire habite \u00e9galement les jeunes r\u00e9volutionnaires qui ont un projet pr\u00e9cis, r\u00e9aliser un peuple nouveau, d\u00e9barrass\u00e9 de l\u2019influence de la culture occidentale\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0On vide les villes de province [\u2026] On traque les anciens exploiteurs qu\u2019on extermine avec leur femme et leurs enfants [\u2026] On tire la charrue \u00e0 l\u2019\u00e9paule dans la boue. On d\u00e9friche <a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote26sym\" name=\"sdendnote26anc\"><sup>26<\/sup><\/a>\u00bb. Il s\u2019agit ici d\u2019un temps dialectique, marqu\u00e9 par l\u2019opposition entre deux types de civilisations dans le roman de Patrick Deville, o\u00f9 la positivit\u00e9 (peuple nouveau, projet port\u00e9 par les Khmers rouges) doit in\u00e9luctablement succ\u00e9der \u00e0 la n\u00e9gativit\u00e9 (culture occidentale).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9volution n\u2019apporte pas toujours de la nouveaut\u00e9, elle consiste parfois \u00e0 reproduire des pratiques d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9es par d\u2019autres r\u00e9volutionnaires habit\u00e9s par la m\u00eame id\u00e9ologie. Le narrateur d\u00e9clare\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Souvent les partis r\u00e9volutionnaires, apr\u00e8s l\u2019effervescence, deviennent bureaucratiques et lents, administratifs, tatillons, aiment les tampons<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote27sym\" name=\"sdendnote27anc\"><sup>27<\/sup><\/a>\u00bb. L\u2019utilisation du mod\u00e9lisateur \u00ab\u00a0souvent\u00a0\u00bb en d\u00e9but de proposition traduit le caract\u00e8re r\u00e9p\u00e9titif des postures adopt\u00e9es par les r\u00e9volutionnaires voulant marquer une c\u00e9sure avec d\u2019anciennes pratiques<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote28sym\" name=\"sdendnote28anc\"><sup>28<\/sup><\/a>, alors qu\u2019elles ne font que les amplifier. Le pr\u00e9sent de l\u2019indicatif inscrit cette affirmation comme une v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, appliqu\u00e9e sur l\u2019ensemble des partis dits \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb. Le caract\u00e8re bureaucratique des Khmers rouges se retrouve dans d\u2019autres partis r\u00e9volutionnaires sur d\u2019autres aires g\u00e9ographiques et dans d\u2019autres p\u00e9riodes donn\u00e9es, d\u2019o\u00f9 l\u2019hypoth\u00e8se cyclique dans le roman de Patrick Deville que rien ne change vraiment\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0[&#8230;] ce qui a lieu a d\u00e9j\u00e0 eu lieu et aura lieu \u00e0 nouveau, mais tr\u00e8s exactement sous la m\u00eame forme puisque ce qui fut, c\u2019est ce qui sera, ce qui sera, c\u2019est ce qui a \u00e9t\u00e9, ce qui est ce qui a \u00e9t\u00e9 et qui sera, et ce dans les m\u00eames formes<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote29sym\" name=\"sdendnote29anc\"><sup>29<\/sup><\/a>\u00bb. Cette r\u00e9flexion de Michel Onfray r\u00e9sume, malgr\u00e9 la formule alambiqu\u00e9e, la th\u00e9orie nietzsch\u00e9enne de l\u2019\u00e9ternel retour des choses, ou au r\u00e8gne de la fatalit\u00e9, du d\u00e9terminisme, o\u00f9 l\u2019homme aura peu de place pour la libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La vision d\u00e9terministe de l\u2019histoire dans le roman appara\u00eet sous la forme d\u2019un slogan que l\u2019on retrouve dans l\u2019incipit du deuxi\u00e8me chapitre \u00ab\u00a0on ne choisit pas son lieu d\u2019affectation\u00a0\u00bb. Le narrateur en justifie l\u2019usage dans les termes suivants\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette phrase avait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e au lever du jour, non loin d\u2019une gare routi\u00e8re, dans une gargote, par l\u2019un des marins assis derri\u00e8re des bi\u00e8res, marins anglais ou australiens en escale. Si elle fustigeait les usages de la marine, elle prenait isol\u00e9e un sens universel. Ni le si\u00e8cle ni le lieu. Des marins sont jet\u00e9s au hasard sur les oc\u00e9ans vers les boucheries maritimes<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote30sym\" name=\"sdendnote30anc\"><sup>30<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le narrateur semble inscrire cette phrase comme un principe universel dont les individus auront du mal \u00e0 se d\u00e9faire. Elle est reprise une vingtaine de fois dans le roman, et montre des personnages, des marins ici mais aussi des militaires dans d\u2019autres passages, comme des prisonniers du destin. Le lieu d\u2019affectation de ces marins a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 de fa\u00e7on accidentelle, aucune rationalit\u00e9 n\u2019est intervenue pour asseoir la d\u00e9cision de les envoyer sur les oc\u00e9ans. On est pri\u00e9 de croire que rien n\u2019est \u00e0 faire pour ses marins, que les choses sont ainsi et inenvisageables autrement. Le narrateur mentionne \u00e9galement que Pierre Loti n\u2019a pas pu choisir son lieu d\u2019affectation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le lecteur pourrait \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 croire, \u00e0 la lecture du roman, que le narrateur voudrait absoudre les individus des actes qu\u2019ils ont commis, alors qu\u2019il parvient par ailleurs \u00e0 montrer que l\u2019on peut conjurer cette fatalit\u00e9 qui \u00f4terait tout choix aux personnages. Il mentionne la situation d\u2019un jeune marin fran\u00e7ais qui a pu \u00e9chapper \u00e0 cette fatalit\u00e9 en choisissant lui-m\u00eame le lieu de sa destination, dans le souci de se distinguer vis-\u00e0-vis de son p\u00e8re\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Souvent c\u2019est la crainte de ne pas \u00e9galer les p\u00e8res qui fait les aventuriers. Celui de Marie-Charles David de Mayrena est un officier de marine. Le fils \u00e9choue au concours de l\u2019\u00c9cole navale de Brest. Il choisira lui-m\u00eame son affectation<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote31sym\" name=\"sdendnote31anc\"><sup>31<\/sup><\/a>\u00bb. Le narrateur met en \u00e9vidence le choix d\u2019une jeune femme de vouloir une nouvelle vie\u00a0:\u00a0\u00ab Je penserai souvent \u00e0 cette grande fille en blouse jaune, \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, la fraternit\u00e9 de son sourire d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, son effort d\u00e9risoire et admirable pour ne pas demeurer l\u00e0 o\u00f9 le destin l\u2019avait plant\u00e9e [\u2026]\u00a0Choisir elle-m\u00eame son affectation. Vivre sa vie<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote32sym\" name=\"sdendnote32anc\"><sup>32<\/sup><\/a>\u00bb. Il y a l\u00e0 une forme de volontarisme<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote33sym\" name=\"sdendnote33anc\"><sup>33<\/sup><\/a> chez cette jeune femme qui entend soumettre le r\u00e9el \u00e0 sa volont\u00e9. Elle ne veut plus se consid\u00e9rer comme victime, en refusant de croire \u00e0 l\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 du destin tragique de l\u2019existence, et en adoptant une \u00e9thique de la vie essentiellement optimiste marqu\u00e9e par le sourire.\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quant aux Khmers rouges, le caract\u00e8re r\u00e9p\u00e9titif de leurs pratiques fa\u00e7onne leur conception du temps et de l\u2019histoire. Ils en ont une vision r\u00e9actionnaire. Le mot n\u2019est pas employ\u00e9 ici dans un sens purement p\u00e9joratif, il doit \u00eatre compris dans son sens \u00e9tymologique, c\u2019est-\u00e0-dire comme l\u2019opposition \u00e0 toute \u00e9volution politique ou sociale, par contraste avec une vision progressiste\u00a0: ils veulent fondamentalement r\u00e9tablir un ordre ancien fond\u00e9 sur les valeurs de leur civilisation. Le narrateur expose leur projet sous la forme d\u2019une phrase nominale\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Le retour au village et \u00e0 la puret\u00e9 khm\u00e8re<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote34sym\" name=\"sdendnote34anc\"><sup>34<\/sup><\/a>\u00bb. Dans cette phrase une accentuation porte sur les mots \u00ab\u00a0le retour\u00a0\u00bb, pour montrer la n\u00e9cessit\u00e9 de restaurer ce pass\u00e9 khmer, qui n\u2019est plus seulement un projet mais un imp\u00e9ratif. Patrick Deville offre dans son roman une litt\u00e9rature soucieuse de restaurer ce qui a disparu, et qui se con\u00e7oit comme un travail de rem\u00e9moration, de r\u00e9actualisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ajoutons que la vision r\u00e9actionnaire du temps et de l\u2019histoire des Khmers rouges est impr\u00e9gn\u00e9e de la m\u00e9lancolie qui habite ce peuple\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Derri\u00e8re le sourire des Khmers se dissimule l\u2019ab\u00eeme de la m\u00e9lancolie. Il est l\u2019h\u00e9ritier d\u2019un tr\u00f4ne nostalgique<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote35sym\" name=\"sdendnote35anc\"><sup>35<\/sup><\/a>\u00bb. Nostalgie d\u2019un pass\u00e9 qui n\u2019est plus, dont les Khmers rouges se sentent en quelque sorte orphelins. Par-del\u00e0 la violence de leurs actions, un profond malaise les hante\u00a0: celui d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de leur pass\u00e9 et m\u00eame de leur territoire. Ils \u00e9prouvent un sentiment d\u2019inadaptation entre l\u2019id\u00e9al qu\u2019a \u00e9t\u00e9 leur terre natale et le pays qu\u2019ils contemplent aujourd\u2019hui. Le retour au village peut s\u2019interpr\u00e9ter comme une forme d\u2019exil<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote36sym\" name=\"sdendnote36anc\"><sup>36<\/sup><\/a> motiv\u00e9e par un sentiment nostalgique\u00a0: il leur faut retourner au village, qui se confond avec l\u2019espace originel o\u00f9 s\u2019est construit le peuple d\u2019antan,\u00a0et qui a fait la fiert\u00e9 du Cambodge. D\u2019autant que ce village, pour les Khmers rouges, agit comme l\u2019antidote qui doit neutraliser la nuisance de la ville sur les individus. La m\u00e9fiance affich\u00e9e de la ville peut commencer \u00e0 s\u2019\u00e9tendre.\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le roman de Patrick Deville propose, \u00e0 partir du concept de la longue dur\u00e9e que nous avons d\u00e9termin\u00e9, une lecture vitaliste de l\u2019histoire, qui est une variation de la conception cyclique du temps. Cette perception vitaliste met en \u00e9vidence un th\u00e8me auquel le narrateur fera allusion, la d\u00e9cadence, et montre \u00e0 la fois l\u2019effondrement et la renaissance de certaines civilisations, en partant de l\u2019assertion de Paul Val\u00e9ry \u00e9nonc\u00e9e en 1919 au lendemain de la Premi\u00e8re Guerre mondiale\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote37sym\" name=\"sdendnote37anc\"><sup>37<\/sup><\/a>\u00bb. La mort des civilisations fait partie du cycle normal des choses\u00a0qui suivent ce sch\u00e9ma\u00a0: la naissance, la croissance, l\u2019acm\u00e9 et la disparition, et la civilisation khm\u00e8re n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 ce principe vital. Le narrateur en fait le constat lucide et tragique\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Les civilisations \u00e0 leur apog\u00e9e aiment contempler l\u2019apog\u00e9e des civilisations disparues et frissonner devant l\u2019avenir<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote38sym\" name=\"sdendnote38anc\"><sup>38<\/sup><\/a>\u00bb. Au Cambodge, le constat de la mort de la civilisation khm\u00e8re est fait par Henri Mouhot lorsqu\u2019il d\u00e9couvre les vestiges d\u2019une civilisation disparue\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il entreprend cependant d\u2019arpenter, puis de relever les vestiges irr\u00e9cusables d\u2019un empire \u00e9croul\u00e9 et d\u2019une civilisation disparue. Au hasard de ses marches en for\u00eat, et sur des distances consid\u00e9rables, il est peu \u00e0 peu boulevers\u00e9 par tous ces temples abandonn\u00e9s, mang\u00e9s de lianes et de racines, envahis par les singes, et prend conscience de d\u00e9couvrir \u00e9parpill\u00e9e, une \u0153uvre qui n\u2019a peut-\u00eatre jamais eu son \u00e9quivalent sur le globe. Que ces pierres parlent \u00e9loquemment\u00a0! Comme elles proclament haut le g\u00e9nie, la force et la patience, le talent, la richesse et la puissance des Khmerd\u00f4m ou Cambodgiens d\u2019autrefois<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote39sym\" name=\"sdendnote39anc\"><sup>39<\/sup><\/a>!<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le langage employ\u00e9 pour d\u00e9crire sa d\u00e9couverte d\u2019une civilisation engloutie est \u00e9logieux, voire apolog\u00e9tique. L\u2019expression \u00ab\u00a0mang\u00e9s de lianes et de racines\u00a0\u00bb raconte \u00e0 la fois l\u2019emprise du temps sur ces temples et la force de la nature qui reprend ses droits et pr\u00e9empte un territoire que les hommes et le temps lui ont laiss\u00e9. Nous sommes l\u00e0 en face de ruines, qui peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme un principe \u00a0explicatif de la d\u00e9liquescence d\u2019une civilisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si les civilisations naissent et meurent, des explications sont n\u00e9cessaires, et le roman de Patrick Deville propose une hypoth\u00e8se\u00a0: selon le narrateur, l\u2019une des raisons est \u00e0 chercher dans les conflits qui opposent les civilisations entre elles, o\u00f9 la plus forte d\u2019entre elles cherche inexorablement \u00e0 triompher des autres\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0[&#8230;] sur les ruines de Numance, et pendant qu\u2019autour d\u2019elles les villes ont chang\u00e9 de ma\u00eetres et de nom, que plusieurs sont rentr\u00e9es dans le n\u00e9ant, que les civilisations se sont choqu\u00e9es et bris\u00e9es, leurs paisibles g\u00e9n\u00e9rations ont travers\u00e9 les \u00e2ges et se sont succ\u00e9d\u00e9 l\u2019une \u00e0 l\u2019autre jusqu\u2019\u00e0 nous<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote40sym\" name=\"sdendnote40anc\"><sup>40<\/sup><\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les conflits entre civilisations seraient comme soumis \u00e0 une loi immuable au cours des si\u00e8cles. Les mots du narrateur entrent en r\u00e9sonnance avec la th\u00e9orie de Samuel Huntington sur le choc des civilisations o\u00f9 il d\u00e9passe les analyses totalisantes telles que le marxisme ou le lib\u00e9ralisme. Le pr\u00e9sent doit \u00eatre pens\u00e9 sous l\u2019angle de conflits entre blocs antagonistes, et cette bataille se joue d\u00e9sormais sur le terrain culturel\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0La culture, les identit\u00e9s culturelles qui, \u00e0 un niveau grossier sont des identit\u00e9s de civilisations, d\u00e9terminent les structures de coh\u00e9sion, de d\u00e9sint\u00e9gration et de conflits dans le monde d\u2019apr\u00e8s-guerre froide<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote41sym\" name=\"sdendnote41anc\"><sup>41<\/sup><\/a>\u00bb. Le narrateur insiste davantage sur les facteurs externes, tels que la culture, qui menacent une civilisation au d\u00e9triment de l\u2019autre, et essaie de situer la confrontation entre civilisations dans une perspective historique, en montrant que le triomphe de l\u2019une sur l\u2019autre a eu lieu par l\u2019appropriation des objets culturels par la civilisation dominante. Cette d\u00e9possession a d\u00e9j\u00e0 eu lieu dans le pass\u00e9 et aura encore lieu dans l\u2019avenir\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Lui s\u2019en fout de ces blocs de pierre, il conna\u00eet l\u2019Histoire, il en a vu d\u2019autres [\u2026] Que les vivantes \u00e0 leur apog\u00e9e pillent les perdantes. C\u2019est ainsi. Bonaparte son ob\u00e9lisque \u00e9gyptien, les Anglais les frises du Parth\u00e9non<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote42sym\" name=\"sdendnote42anc\"><sup>42<\/sup><\/a>\u00bb.\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le roman de Patrick Deville explore certaines p\u00e9riodes de l\u2019histoire o\u00f9 la culture occidentale a \u00e9tendu son h\u00e9g\u00e9monie sur le reste du monde, b\u00e2tie sur les grandes r\u00e9alisations du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, comme l\u2019affirme Jack Goody\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Les Europ\u00e9ens d\u2019aujourd\u2019hui fondent leur ethnocentrisme sur les grands accomplissements du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote43sym\" name=\"sdendnote43anc\"><sup>43<\/sup><\/a>\u00bb. Sa domination ne pouvait \u00eatre \u00e9ternelle, et l\u2019on finit par se rendre compte que toute civilisation court le risque d\u2019une \u00ab\u00a0d\u00e9cadence\u00a0\u00bb. Une forme de pessimisme habite le narrateur qui s\u2019inqui\u00e8te pour le pr\u00e9sent et pour l\u2019avenir\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0\u00c0 la lecture de ces phrases, au c\u0153ur de l\u2019Europe prosp\u00e8re et \u00e9clair\u00e9e, au centre du monde, peut-\u00eatre \u00e9prouve-t-on d\u00e9j\u00e0 le vertige de la chute, pressent-on le d\u00e9clin, l\u2019autodestruction des guerres mondiales, le gouffre de l\u2019oubli. Que restera-t-il de cette civilisation-l\u00e0<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote44sym\" name=\"sdendnote44anc\"><sup>44<\/sup><\/a>? \u00bb On per\u00e7oit dans ces propos bien plus qu\u2019un simple pessimisme\u00a0: on y d\u00e9couvre une forme d\u2019angoisse existentielle \u00e0 propos de la civilisation occidentale qui semble vaciller apr\u00e8s avoir connu la prosp\u00e9rit\u00e9. Pour le narrateur les guerres ont contribu\u00e9 \u00e0 affaiblir et \u00e0 remettre en cause sa toute-puissance, et le terme de \u00ab\u00a0vertige\u00a0\u00bb renforce l\u2019id\u00e9e d\u2019une perte de rep\u00e8res. Plus inqui\u00e9tante pour elle est la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre oubli\u00e9e, l\u2019hypoth\u00e8se de ce moment o\u00f9 les ruines montreront qu\u2019elle n\u2019est plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le narrateur pose une question majeure, \u00e0 laquelle il n\u2019apporte pas pour le moment de r\u00e9ponse cat\u00e9gorique, sur ce qui restera de cette civilisation. Il invite chaque lecteur \u00e0 y apporter sa propre r\u00e9ponse, mais puisque l\u2019histoire se pense en termes de cycles, le narrateur formule l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une prochaine civilisation qui succ\u00e8dera \u00e0 celle des occidentaux dans une perspective de conflits. Il voit dans le continent asiatique, notamment la Chine, la prochaine civilisation dominatrice. Pour cela, il cherche \u00e0 voir dans le pass\u00e9 comment les choses se sont d\u00e9roul\u00e9es pour pouvoir penser le futur, anticiper \u00e0 partir de mod\u00e8les ce qui peut advenir. Peut-\u00eatre est-il dans le fantasme, mais il imagine que les Chinois finiront par prendre le symbole de la France, la tour Eiffel, tout en restant \u00e9vasif sur le moment de cette prise. Il ne peut mesurer cela dans le temps, il propose simplement une piste de r\u00e9flexion, mais il ne pr\u00e9cise pas le mode op\u00e9ratoire par lequel elle sera prise un jour. Peut-\u00eatre fonde-t-il cette future domination chinoise sur la puissance \u00e9conomique \u00e0 partir de laquelle elle pourra \u00e9galement dominer la sph\u00e8re culturelle. Or la puissance de la Chine ne date pas du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre \u00e0 l\u2019\u00e9poque tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e o\u00f9 la Chine supplantait l\u2019Occident sur le plan \u00e9conomique dans un contexte de concurrence<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote45sym\" name=\"sdendnote45anc\"><sup>45<\/sup><\/a>. Le roman de Patrick Deville interroge ainsi les phases de domination qui ont cours dans l\u2019histoire, dont le processus n\u2019est pas statique, mais se renouvelle \u00e0 mesure que la puissance s\u2019\u00e9l\u00e8ve ou d\u00e9cline.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019inach\u00e8vement d\u2019un m\u00e9canisme, c\u2019est aussi de cette mani\u00e8re que le narrateur con\u00e7oit la r\u00e9volution \u00e0 partir de l\u2019histoire des Khmers rouges. Les choses se passent comme si elles avaient d\u00e9j\u00e0 eu lieu dans le pass\u00e9, et le narrateur le mentionne \u00e0 propos des r\u00e9volutions\u00a0:\u00a0\u00ab La vie suit son cours et les r\u00e9volutions \u00e9chouent. Les peuples passent, comme la houle du vent dans le riz en herbe<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote46sym\" name=\"sdendnote46anc\"><sup>46<\/sup><\/a>\u00bb. Le pr\u00e9sent de l\u2019indicatif ici illustre le constat post-r\u00e9volutionnaire\u00a0: les r\u00e9volutions se soldent toujours par des \u00e9checs, et le roman de Deville en propose un exemple parfait \u00e0 partir de la r\u00e9volution des Khmers rouges, dont le proc\u00e8s s\u2019interpr\u00e8te comme la fin d\u2019un cycle\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Le proc\u00e8s des Khmers rouges est l\u2019aboutissement d\u2019une histoire vieille d\u2019un si\u00e8cle et demi <a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote47sym\" name=\"sdendnote47anc\"><sup>47<\/sup><\/a>\u00bb. Vers la fin du roman, on constate que d\u2019autres r\u00e9volutions sont en gestation et annoncent peut-\u00eatre d\u2019autres esp\u00e9rances, dans d\u2019autres espaces g\u00e9ographiques. Les nouvelles de ces r\u00e9volutions lui parviennent par des correspondants\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les envoy\u00e9s sp\u00e9ciaux ont quitt\u00e9 le Cambodge pendant ces temps d\u2019accalmie entre deux proc\u00e8s. Certains m\u2019adressent leurs papiers depuis des h\u00f4tels en Tunisie, \u00c9gypte, au Y\u00e9men, en Lybie. Dans ces pays o\u00f9 les r\u00e9volutions de ce d\u00e9but 2011 bousculent les vieux sphinx. Hosni Moubarak au pouvoir au Caire depuis 81. Ben Ali \u00e0 Tunis depuis 87<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote48sym\" name=\"sdendnote48anc\"><sup>48<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Au regard de l\u2019actualit\u00e9 r\u00e9cente, les lendemains de ces r\u00e9volutions ne sont pas forc\u00e9ment \u00e0 la hauteur des esp\u00e9rances. Quelques ann\u00e9es plus tard, Enzo Traverso semble r\u00e9pondre \u00e0 Deville, en proposant une hypoth\u00e8se quant \u00e0 l\u2019\u00e9chec des r\u00e9volutions. Pour lui, elles sont le fruit de l\u2019incapacit\u00e9 des populations \u00e0 trouver la personne id\u00e9ale pouvant \u00eatre capable de traduire les aspirations\u00a0: \u00ab\u00a0En 2011, une nouvelle vague r\u00e9volutionnaire a balay\u00e9 le monde arabe. Cependant, celles et ceux qui ont affront\u00e9 et d\u00e9pos\u00e9 les dictatures de Ben Ali et de Moubarak ne savaient pas tr\u00e8s bien comment ni par quoi les remplacer [\u2026] Les soul\u00e8vements du printemps 2011 n\u2019avaient ni mod\u00e8le ni horizon\u00a0; ils ne pouvaient ni s\u2019inspirer du pass\u00e9 ni imaginer le futur pour lequel ils luttaient<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote49sym\" name=\"sdendnote49anc\"><sup>49<\/sup><\/a>\u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"conclu-obiang\"><a href=\"#conclu-obiang\">Conclusion<\/a><\/h2>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Pour finir, nous dirons que <em>Le m\u00e9t\u00e9orologue<\/em> et <em>Kampuch\u00e9a<\/em> mettent en sc\u00e8ne le temps qui appara\u00eet par moment sur une ligne droite avec une s\u00e9rie de dates pr\u00e9cises avec un d\u00e9but et une fin. Nous y avons vu par ailleurs une perception du temps cyclique avec l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00e9ternel retour des choses. Nous avons pens\u00e9 qu\u2019il y avait des visions occidentales et non-occidentales sur la fa\u00e7on de repr\u00e9senter le temps. Les romans de Patrick Deville et d\u2019Olivier Rolin actent en quelque sorte la fin d\u2019une certaine forme de modernit\u00e9, en crise permanente parce qu\u2019elle serait de moins en moins cr\u00e9ative, comme l\u2019avait identifi\u00e9 le philosophe italien Gianni Vattimo, qui, en 1987, nous parlait de \u00ab l\u2019\u00e9poque du d\u00e9passement, de la nouveaut\u00e9 qui vieillit et se voit imm\u00e9diatement remplac\u00e9e par une nouveaut\u00e9 encore plus nouvelle, dans un in\u00e9puisable mouvement qui d\u00e9courage toute cr\u00e9ativit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"notes-obiang\"><a href=\"#notes-obiang\">Notes<\/a><\/h2>\n\n\n<div id=\"sdendnote1\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote1anc\" name=\"sdendnote1sym\"><sup>1<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">ROLIN (O.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Le M\u00e9t\u00e9orologue<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, Seuil\/Paulsen, 2014.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote2\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote2anc\" name=\"sdendnote2sym\"><sup>2<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">DEVILLE (P.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Kampuch\u00e9a<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, Seuil, 2011.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote3\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote3anc\" name=\"sdendnote3sym\"><sup>3<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">CARRARD (P.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Po\u00e9tique de la Nouvelle Histoire. Le discours historique en France de Braudel \u00e0 Chartier<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, Payot, 1998, p. 13.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote4\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote4anc\" name=\"sdendnote4sym\"><sup>4<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">BRAUDEL (F.), \u00ab Histoire et Sciences sociales : La longue dur\u00e9e \u00bb In <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Annales : Economies, soci\u00e9t\u00e9s, civilisations<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, 13<\/span><sup>e<\/sup><span style=\"font-size: inherit\"> ann\u00e9e. 4, 1998, p. 725-253, p. 726-727.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote5\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote5anc\" name=\"sdendnote5sym\"><sup>5<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">RANCIERE (J.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Les mots de l\u2019histoire. Essai de po\u00e9tique de savoir<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, Seuil, 1992, p.20.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote6\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote6anc\" name=\"sdendnote6sym\"><sup>6<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">RICOEUR (P.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Temps et r\u00e9cit. Tome 1. L\u2019intrigue et le r\u00e9cit historique<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, Seuil, 1983, p.26.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote7\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote7anc\" name=\"sdendnote7sym\"><sup>7<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">GENETTE (G.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Figures III<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, Seuil, 1972, p. 234.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote8\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote8anc\" name=\"sdendnote8sym\"><sup>8<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">NOIRIEL (G.), \u00ab Comment on r\u00e9crit l\u2019histoire. Les usages du temps dans les \u00c9crits sur l\u2019histoire de Fernand Braudel \u00bb, <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Revue d&rsquo;histoire du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em><span style=\"font-size: inherit\"> [En ligne], 25 | 2002, mis en ligne le 07 mars 2008, Consult\u00e9 le 01 mai 2019. URL : <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/rh19\/419\">http:\/\/journals.openedition.org\/rh19\/419<\/a> ; DOI : 10.4000\/rh19.419.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote9\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote9anc\" name=\"sdendnote9sym\"><sup>9<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote10\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote10anc\" name=\"sdendnote10sym\"><sup>10<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">ROLIN (O.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Le M\u00e9t\u00e9orologue<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, <\/span><em style=\"font-size: inherit\">op.cit.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 168.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote11\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote11anc\" name=\"sdendnote11sym\"><sup>11<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 171.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote12\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote12anc\" name=\"sdendnote12sym\"><sup>12<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 172.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote13\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote13anc\" name=\"sdendnote13sym\"><sup>13<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">HARTOG (F.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">R\u00e9gimes d\u2019historicit\u00e9. Pr\u00e9sentisme et exp\u00e9rience du temps<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, Seuil, coll. \u00ab Points Histoire \u00bb, 2003, p.155.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote14\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote14anc\" name=\"sdendnote14sym\"><sup>14<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 147.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote15\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote15anc\" name=\"sdendnote15sym\"><sup>15<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">HARTOG (F.), \u00ab Ce que la litt\u00e9rature fait de l\u2019histoire et \u00e0 l\u2019histoire \u00bb, Fabula\/Les colloques, Litt\u00e9rature et histoire en d\u00e9bats, URL : <a href=\"http:\/\/www.fabula.org\/colloques\/document2088.php\">http:\/\/www.fabula.org\/colloques\/document2088.php<\/a>, page consult\u00e9e le 19 novembre 2016.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote16\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote16anc\" name=\"sdendnote16sym\"><sup>16<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">ROLIN (O.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">La langue<\/em><span style=\"font-size: inherit\">; suivi de <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Mal plac\u00e9, d\u00e9plac\u00e9<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Lagrasse, Verdier, 2000, p. 77.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote17\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote17anc\" name=\"sdendnote17sym\"><sup>17<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 23.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote18\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote18anc\" name=\"sdendnote18sym\"><sup>18<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 136.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote19\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote19anc\" name=\"sdendnote19sym\"><sup>19<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 30-31.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote20\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote20anc\" name=\"sdendnote20sym\"><sup>20<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">GOODY (J.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Le vol de l\u2019histoire. Comment l\u2019Europe a impos\u00e9 le r\u00e9cit de son pass\u00e9 au reste du monde<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Trad. par Fabienne Durand-Bogaert, Paris, Gallimard, coll. \u00ab folio histoire \u00bb, 2009, p.198-199.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote21\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote21anc\" name=\"sdendnote21sym\"><sup>21<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">NIETZSCHE (F.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Ainsi parlait Zarathoustra. Un livre qui est pour tous et qui n\u2019est pour personne<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Trad. de Gandillac, Paris, Gallimard, coll. \u00ab Folio \u00bb, 1997, p.197.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote22\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote22anc\" name=\"sdendnote22sym\"><sup>22<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">DEVILLE (P.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Sic transit. Romans : Pura Vida, \u00c9quatoria, Kampuch\u00e9a<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, Seuil, coll. \u00ab Fiction &amp; Cie \u00bb, 2014.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote23\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote23anc\" name=\"sdendnote23sym\"><sup>23<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">MEYER (M.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Qu\u2019est-ce que l\u2019Histoire ? Progr\u00e8s ou d\u00e9clin ?<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, PUF, Coll. \u00ab L\u2019interrogation philosophique \u00bb, 2013, p.9.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote24\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote24anc\" name=\"sdendnote24sym\"><sup>24<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">DEVILLE (P.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Kampuch\u00e9a, op.cit.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 12.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote25\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote25anc\" name=\"sdendnote25sym\"><sup>25<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">La synecdoque est une figure de style qui consiste \u00e0 prendre le tout pour la partie ; et la partie pour le tout. La synecdoque g\u00e9n\u00e9ralisante consiste, \u00e0 partir d\u2019un cas particulier, \u00e0 faire de la g\u00e9n\u00e9ralisation. Elle conf\u00e8re ainsi au discours une allure abstraite. Cf CHARAUDEAU (P.), MAINGUENEAU (D.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Dictionnaire d\u2019analyse du discours, op.cit.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p.564-565.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote26\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote26anc\" name=\"sdendnote26sym\"><sup>26<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 34.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote27\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote27anc\" name=\"sdendnote27sym\"><sup>27<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 33.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote28\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote28anc\" name=\"sdendnote28sym\"><sup>28<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">Nous pouvons admettre l\u2019id\u00e9e qu\u2019il y a un paradoxe dans l\u2019attitude des Khmers rouges : on peut voir une sorte de modernit\u00e9 dans leur attitude, entendue comme \u00ab ce qui rompt avec la tradition. \u00bb Cf COMPAGNON (A.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Les cinq paradoxes de la modernit\u00e9<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, Seuil,1990, p.7. Ils op\u00e8rent une rupture certaine avec un ancien mode de gestion du Cambodge.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote29\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote29anc\" name=\"sdendnote29sym\"><sup>29<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">ONFRAY (M.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Cosmos : Une ontologie mat\u00e9rialiste<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, Flammarion, 2015, p.120.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote30\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote30anc\" name=\"sdendnote30sym\"><sup>30<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">DEVILLE (P.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Kampuch\u00e9a, op.cit.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 14.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote31\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote31anc\" name=\"sdendnote31sym\"><sup>31<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 74.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote32\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote32anc\" name=\"sdendnote32sym\"><sup>32<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 239.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote33\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote33anc\" name=\"sdendnote33sym\"><sup>33<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">SCHOENTJES (P.), \u00ab Les beaux hasards de Patrick Deville. <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Kampuch\u00e9a<\/em><span style=\"font-size: inherit\"> et la terreur \u00bb, p.31-57, p.52, in <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Deville &amp; Cie. Rencontres de Chaminadour<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, Seuil, 2016.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote34\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote34anc\" name=\"sdendnote34sym\"><sup>34<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">DEVILLE (P.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Kampuch\u00e9a, op.cit.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 32.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote35\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote35anc\" name=\"sdendnote35sym\"><sup>35<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 47.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote36\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote36anc\" name=\"sdendnote36sym\"><sup>36<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">Pour Barbara Cassin, l\u2019exil ne peut se penser sans l\u2019int\u00e9gration de la question de la nostalgie : celui qui s\u2019exile est n\u00e9cessairement nostalgique de la terre natale. Cf <\/span><em style=\"font-size: inherit\">La nostalgie. Quand donc est-on chez soi ? Ulysse, En\u00e9e, Arendt<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, Fayard, coll. \u00ab Pluriel \u00bb, 2015, p.63.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote37\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote37anc\" name=\"sdendnote37sym\"><sup>37<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">VALERY (P.), \u00ab La crise de l\u2019esprit \u00bb, pp. 13-51, in <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Vari\u00e9t\u00e9 I<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, Gallimard, Coll. \u00ab folio essais \u00bb, 1924, pp.13-14.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote38\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote38anc\" name=\"sdendnote38sym\"><sup>38<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">DEVILLE (P.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Kampuch\u00e9a, op.cit.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 60.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote39\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote39anc\" name=\"sdendnote39sym\"><sup>39<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 57.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote40\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote40anc\" name=\"sdendnote40sym\"><sup>40<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 79.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote41\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote41anc\" name=\"sdendnote41sym\"><sup>41<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">HUNTINGTON (S.P.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Le Choc des civilisations<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Trad. de l\u2019anglais par Jean-Luc Fidel et al., Paris, Odile Jacob, Coll. \u00ab Poches \u00bb, 2005, p.17.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote42\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote42anc\" name=\"sdendnote42sym\"><sup>42<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">DEVILLE (P.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Kampuch\u00e9a, op.cit.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 71.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote43\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote43anc\" name=\"sdendnote43sym\"><sup>43<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">GOODY (J.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Le vol de l&rsquo;histoire, op.cit.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 20-21.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote44\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote44anc\" name=\"sdendnote44sym\"><sup>44<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">DEVILLE (P.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Kampuch\u00e9a, op.cit.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 60.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote45\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote45anc\" name=\"sdendnote45sym\"><sup>45<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">Jack Goody dessine cet affrontement entre une Chine en croissance et l\u2019Occident en d\u00e9clin. Il pr\u00e9dit \u00ab un effondrement de l\u2019Europe occidentale, contemporain d\u2019une lente mais constante croissance de la Chine \u00bb Cf <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Le vol de l\u2019histoire, op.cit.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p.184.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote46\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote46anc\" name=\"sdendnote46sym\"><sup>46<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">DEVILLE (P.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">Kampuch\u00e9a, op.cit.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 128.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote47\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote47anc\" name=\"sdendnote47sym\"><sup>47<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 129.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote48\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote48anc\" name=\"sdendnote48sym\"><sup>48<\/sup><\/a> <em style=\"font-size: inherit\">Ibid.<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, p. 252.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote49\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote49anc\" name=\"sdendnote49sym\"><sup>49<\/sup><\/a> <span style=\"font-size: inherit\">TRAVERSO (E.), <\/span><em style=\"font-size: inherit\">M\u00e9lancolie de gauche. La force d\u2019une tradition cach\u00e9e<\/em><span style=\"font-size: inherit\">, Paris, \u00c9ditions La D\u00e9couverte, 2016, p.13.<\/span><\/p>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"biblio-obiang\"><a href=\"#biblio-obiang\">Bibliographie<\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>CARRARD (P.), <em>Po\u00e9tique de la Nouvelle Histoire. Le discours historique en France de Braudel \u00e0 Chartier<\/em>, Lausanne, Editions Payot, coll. \u00ab Sciences Humaines \u00bb,1998.<\/p>\n\n\n\n<p>CASSIN (B.), <em>La nostalgie. Quand donc est-on chez soi ? Ulysse, En\u00e9e, Arendt<\/em>, Paris, Fayard, coll. \u00ab Pluriel \u00bb, 2015.<\/p>\n\n\n\n<p>CHARAUDEAU (P.), MAINGUENEAU (D.), <em>Dictionnaire d\u2019analyse du discours<\/em>, Paris, Seuil, 2002.<\/p>\n\n\n\n<p>COMPAGNON (A.),<em> Les cinq paradoxes de la modernit\u00e9<\/em>, Paris, Seuil,1990.<\/p>\n\n\n\n<p>DEVILLE (P.),<em> Kampuch\u00e9a<\/em>, Paris, Seuil, coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;Points&nbsp;\u00bb, 2011.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;<em> Sic transit. Romans&nbsp;:<\/em> &nbsp;<em>Pura Vida<\/em>,&nbsp;<em>\u00c9quatoria<\/em>,&nbsp;<em>Kampuch\u00e9a<\/em>, Paris, Seuil, coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;Fiction &amp; Cie&nbsp;\u00bb, 2014.<\/p>\n\n\n\n<p>GENETTE (G.),<em> Figures III<\/em>, Paris, Seuil, coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;Po\u00e9tique&nbsp;\u00bb, 1972.<\/p>\n\n\n\n<p>GOODY (J.),<em> Le vol de l\u2019histoire. Comment l\u2019Europe a impos\u00e9 le r\u00e9cit de son pass\u00e9 au reste du monde, <\/em>Trad. Fabienne Durand-Bogaert,<em> <\/em>Paris, Gallimard, coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;folio histoire&nbsp;\u00bb, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p>HARTOG (F.),<em> R\u00e9gimes d\u2019historicit\u00e9. Pr\u00e9sentisme et exp\u00e9rience du temps,<\/em> Paris, Seuil, 2003, r\u00e9\u00e9d., coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;Points Histoire&nbsp;\u00bb, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p>HUNTINGTON (S.P.),<em> Le Choc des civilisations<\/em>, Trad. de l\u2019anglais par Jean-Luc Fidel et al., Paris, Odile Jacob, coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;Poches&nbsp;\u00bb, 2005.<\/p>\n\n\n\n<p>MEYER (M.), <em>Qu\u2019est-ce que l\u2019Histoire&nbsp;? Progr\u00e8s ou d\u00e9clin&nbsp;?, <\/em>Paris, PUF, Coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;L\u2019interrogation philosophique&nbsp;\u00bb, 2013.<\/p>\n\n\n\n<p>NIETZSCHE (F.),<em> Ainsi parlait Zarathoustra. Un livre qui est pour tous et qui n\u2019est pour personne<\/em>, Trad. de Gandillac, Paris, Gallimard, Coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p>ONFRAY (M.),<em> <\/em><em>Cosmos&nbsp;: Une ontologie mat\u00e9rialiste<\/em>, Paris, Flammarion, 2015.<\/p>\n\n\n\n<p>RANCI\u00c8RE (J.),<em> Les mots de l\u2019histoire. Essai de po\u00e9tique du savoir<\/em>, Paris, Seuil, coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;Points\/Essais&nbsp;\u00bb, 1992.<\/p>\n\n\n\n<p>RIC\u0152UR (P.),<em> Temps et r\u00e9cit. Tome 1. L\u2019intrigue et le r\u00e9cit historique<\/em>, Paris, Seuil, coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;Points\/Essais&nbsp;\u00bb, 1983.<\/p>\n\n\n\n<p>ROLIN (O.), <em>La langue <\/em>; suivi de <em>Mal plac\u00e9, d\u00e9plac\u00e9<\/em>, Lagrasse, Verdier, 2000.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; <em>Le M\u00e9t\u00e9orologue<\/em>, Paris, Seuil\/Paulsen, 2014.<\/p>\n\n\n\n<p>TRAVERSO (E.),<em> <\/em><em>M\u00e9lancolie de gauche. La force d\u2019une tradition cach\u00e9e (XIX<\/em><em><sup>e<\/sup><\/em><em>-XXI<\/em><em><sup>e<\/sup><\/em><em> si\u00e8cles)<\/em>, Paris, \u00c9ditions La D\u00e9couverte, 2016.<\/p>\n\n\n\n<p>VALERY (P.),<em> Vari\u00e9t\u00e9 I<\/em>, Paris, Gallimard, coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;folio essais&nbsp;\u00bb, 1924.<\/p>\n\n\n\n<p>VATTIMO (G.),<em> La Fin de la modernit\u00e9. Nihilisme et herm\u00e9neutique dans la culture post-moderne<\/em>, Trad. de l\u2019italien par Charles Alunni, Paris, Seuil, Coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;L\u2019ordre philosophique&nbsp;\u00bb,1987.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Articles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>BRAUDEL (F.),&nbsp;\u00ab&nbsp;Histoire et Sciences sociales : La longue dur\u00e9e.&nbsp;\u00bb In <em>Annales&nbsp;: \u00c9conomies, soci\u00e9t\u00e9s, civilisations<\/em>, 13\u1d49 ann\u00e9e. 4, 1958. p. 725-753, p.726-727.<\/p>\n\n\n\n<p>HARTOG (F.),&nbsp;\u00ab&nbsp;Ce que la litt\u00e9rature fait de l\u2019histoire et \u00e0 l\u2019histoire&nbsp;\u00bb, Fabula\/Les colloques, Litt\u00e9rature et histoire en d\u00e9bats, URL&nbsp;: <a href=\"http:\/\/http\/\/www.fabula.org\/colloques\/document2088.php\">http\/\/www.fabula.org\/colloques\/document2088.php<\/a>, page consult\u00e9e le 19 novembre 2016.<\/p>\n\n\n\n<p>NOIREL (G.), \u00ab Comment on r\u00e9crit l\u2019histoire. Les usages du temps dans les <em>\u00c9crits sur l\u2019histoire <\/em>de Fernand Braudel, <em>Revue d&rsquo;histoire du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle <\/em>[En ligne], 25 | 2002, mis en ligne le 07 mars 2008, Consult\u00e9 le 01 mai 2019. URL : <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/rh19\/419\">http:\/\/journals.openedition.org\/rh19\/419<\/a> ; DOI : 10.4000\/rh19.419.<\/p>\n\n\n\n<p>SCHOENTJES (P.) ,\u00ab&nbsp;Les beaux hasards de Patrick Deville.<em> Kampuch\u00e9a<\/em> et la terreur&nbsp;\u00bb, p.31-57, p.52, in <em>Deville &amp; Cie. Rencontres de Chaminadour<\/em>, Paris, Seuil, 2016.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dorel OBIANG NGUEMA Docteur en langues et litt\u00e9rature fran\u00e7aises au Centre Interdisciplinaire d&rsquo;\u00c9tude des Litt\u00e9ratures d&rsquo;Aix-Marseille (CIELAM) de l\u2019Universit\u00e9 d&rsquo;Aix-Marseille, &#x6f;&#x62;&#x69;&#x61;&#x6e;&#x67;&#x64;&#x6f;&#x72;&#x65;&#x6c;&#x40;&#x67;&#x6d;&#x61;&#x69;&#x6c;&#x2e;&#x63;&#x6f;&#x6d; Pour citer cet article : OBIANG NGUEMA Dorel, \u00ab\u00a0Circularit\u00e9 et lin\u00e9arit\u00e9 du temps dans deux romans contemporains : Olivier Rolin, Le m\u00e9t\u00e9orologue ; Patrick Deville, Kampuch\u00e9a\u00a0\u00bb, Litter@ Incognita [En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse-Jean [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46549],"tags":[215548],"class_list":["post-6097","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","tag-n13","post-preview"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6097","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6097"}],"version-history":[{"count":31,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6097\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6204,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6097\/revisions\/6204"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6097"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6097"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6097"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}