 {"id":6293,"date":"2026-05-12T16:41:52","date_gmt":"2026-05-12T15:41:52","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=6293"},"modified":"2026-05-12T16:41:54","modified_gmt":"2026-05-12T15:41:54","slug":"prehistoire-du-geste-creatif-pratiques-filmiques-et-transmission-folklorique-en-contexte-migratoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2026\/05\/12\/prehistoire-du-geste-creatif-pratiques-filmiques-et-transmission-folklorique-en-contexte-migratoire\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9histoire du geste cr\u00e9atif : pratiques filmiques et transmission folklorique en contexte migratoire"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Nom et pr\u00e9nom<\/strong><br>Ana Isabel FREITAS<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Adresse e-mail<\/strong><br>&#x6f;&#101;m&#x61;&#105;l&#x64;&#x61;i&#x73;&#x61;&#98;e&#x6c;&#64;g&#x6d;&#x61;i&#x6c;&#x2e;&#99;o&#x6d;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Notice bio-bibliographique<\/strong><br>Ana Isabel Freitas est doctorante en recherche-cr\u00e9ation au CRILUS \u2013 EA \u00c9tudes Romanes (Universit\u00e9 Paris Nanterre, ED 138). Sa th\u00e8se, <em>Le folklore de l\u2019immigration portugaise en France : de la tradition du pass\u00e9 aux passions du pr\u00e9sent. \u00ab Ranchos folcl\u00f3ricos \u00bb au XXI\u1d49 si\u00e8cle<\/em>, associe \u00e9criture acad\u00e9mique et r\u00e9alisation du film documentaire <em>L\u00e1 em Baixo<\/em>, distingu\u00e9 par deux prix internationaux. Artiste et cin\u00e9aste, elle d\u00e9veloppe une approche qui articule analyse historique, enqu\u00eate ethnographique et pratique filmique. Elle est l\u2019auteure de publications scientifiques, dont un article \u00e0 para\u00eetre dans <em>Reflexos<\/em> et une contribution en pr\u00e9paration pour <em>Arkeos<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><br>Cet article explore une \u00ab pr\u00e9histoire \u00bb de la recherche-cr\u00e9ation \u00e0 partir des gestes artistiques et quotidiens dans le folklore portugais en contexte migratoire en France. En articulant \u00e9criture acad\u00e9mique, r\u00e9alisation du film <em>L\u00e1 em Baixo<\/em> et observation des pratiques collectives, il met en lumi\u00e8re la centralit\u00e9 du geste et de la main comme vecteurs de m\u00e9moire et de transmission. Danse, chant, pratique instrumentale ou cr\u00e9ation et port des costumes r\u00e9v\u00e8lent des savoirs tacites et des formes de cr\u00e9ation partag\u00e9e. \u00c0 la crois\u00e9e de l\u2019histoire, de l\u2019anthropologie et du cin\u00e9ma, ce travail envisage le folklore comme un espace vivant de transmission et de cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abstract<\/strong><br>This article explores a \u201cprehistory\u201d of practice-based research through the study of artistic and everyday gestures in Portuguese folklore within migratory contexts in France. By combining academic writing, the documentary film <em>L\u00e1 em Baixo<\/em>, and the observation of collective practices, it highlights gesture and the hand as vectors of memory, transmission, and shared creation. Folklore is approached as a living space of transmission and creativity.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (FR \/ EN)<\/strong><br>Fran\u00e7ais : Folklore ; M\u00e9moire ; Recherche-cr\u00e9ation ; Geste ; Corps ; Migration ; Cin\u00e9ma documentaire<br>English: Folklore ; Memory ; Practice-based research ; Gesture ; Body ; Migration ; Documentary film<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"sommaire\">Sommaire<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"#section1\">Pr\u00e9histoires du folklore : entre m\u00e9moire et invention<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#section2\">Le geste comme archive vivante<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#section3\">Filmer le folklore : le cin\u00e9ma comme pratique de connaissance<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#section4\">Vers une recherche-cr\u00e9ation du geste<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#notes\">Notes<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#bibliographie\">Bibliographie<\/a><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"section1\">Pr\u00e9histoires du folklore : entre m\u00e9moire et invention<\/h2>\n\n\n\n<p>Le folklore, longtemps per\u00e7u comme un simple r\u00e9pertoire de traditions populaires, constitue aujourd\u2019hui un champ d\u2019investigation privil\u00e9gi\u00e9 pour comprendre la mani\u00e8re dont les groupes culturels<sup><a id=\"ref-note-1\" href=\"#note-1\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 1\">1<\/a><\/sup> transmettent et renouvellent leurs pratiques. Loin d\u2019\u00eatre fig\u00e9es, ces pratiques se transforment au gr\u00e9 des contextes sociaux, politiques et culturels. Les travaux r\u00e9unis dans <em>Vozes do Povo<\/em><sup><a id=\"ref-note-2\" href=\"#note-2\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 2\">2<\/a><\/sup> montrent que la <em>folcloriza\u00e7\u00e3o<\/em> (folklorisation) \u2013 terme employ\u00e9 par les chercheurs portugais pour d\u00e9signer la formalisation et la r\u00e9invention des traditions populaires \u2013 rel\u00e8ve d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne moderne, indissociable des dynamiques d\u2019int\u00e9gration nationale, mais aussi des trajectoires migratoires. Dans le cas de la migration portugaise en France, la pratique folklorique s\u2019est affirm\u00e9e non seulement comme un h\u00e9ritage, mais aussi comme un espace vivant de cr\u00e9ation, de sociabilit\u00e9 et de visibilit\u00e9 publique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette perspective, le folklore ne rel\u00e8ve pas de la pr\u00e9servation d\u2019une essence immuable, mais d\u2019un processus de subjectivation, o\u00f9 gestes, r\u00e9cits et m\u00e9moires personnelles et collectives s\u2019entrelacent. Didier Eribon<sup><a id=\"ref-note-3\" href=\"#note-3\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 3\">3<\/a><\/sup> a montr\u00e9 combien la sociobiographie permet d\u2019articuler les trajectoires individuelles aux d\u00e9terminations sociales qui les traversent. De mani\u00e8re comparable, les <em>ranchos folcl\u00f3ricos<\/em> portugais \u2013 ensembles associatifs de danse et de musique, dont je conserve l\u2019appellation en portugais car elle exprime une r\u00e9alit\u00e9 sp\u00e9cifique que ne rend pas pleinement la traduction \u00ab troupes ou groupes folkloriques \u00bb \u2013 donnent \u00e0 voir la centralit\u00e9 du corps et du geste : danser, chanter, coudre un costume ou jouer d\u2019un instrument ne rel\u00e8vent pas seulement du loisir, mais incarnent des savoir-faire porteurs de m\u00e9moire et une volont\u00e9 de transmission. Ces pratiques articulent tradition et invention, authenticit\u00e9 revendiqu\u00e9e et cr\u00e9ativit\u00e9 contemporaine, et deviennent autant de mani\u00e8res de faire lien dans le pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>La notion de tradition, souvent associ\u00e9e au folklore, ne renvoie pas seulement \u00e0 une simple continuit\u00e9 interg\u00e9n\u00e9rationnelle exprim\u00e9e par la langue, les costumes ou les savoir-faire, mais \u00e0 des pratiques sans cesse r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9es. Les travaux de Sophie Chevalier sur la r\u00e9gion parisienne<sup><a id=\"ref-note-4\" href=\"#note-4\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 4\">4<\/a><\/sup> montrent que le \u00ab traditionnel \u00bb se recompose en contexte associatif et migratoire, au croisement de tensions g\u00e9n\u00e9rationnelles et de strat\u00e9gies collectives. Plus r\u00e9cemment, Ir\u00e8ne Dos Santos et S\u00f3nia Ferreira<sup><a id=\"ref-note-5\" href=\"#note-5\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 5\">5<\/a><\/sup> ont soulign\u00e9 combien la migration portugaise en France oscille entre invisibilisation publique et affirmation culturelle, conf\u00e9rant aux pratiques folkloriques une fonction essentielle de visibilit\u00e9 sociale. De son c\u00f4t\u00e9, Margarida Seromenho<sup><a id=\"ref-note-6\" href=\"#note-6\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 6\">6<\/a><\/sup> a montr\u00e9 que la F\u00e9d\u00e9ration du Folklore Portugais a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans la codification des r\u00e9pertoires, des danses et des costumes, en revendiquant une \u00ab fid\u00e9lit\u00e9 \u00bb \u00e0 un mod\u00e8le \u00ab authentique \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette volont\u00e9 de normalisation se heurte aux r\u00e9alit\u00e9s de la migration. Aujourd\u2019hui, seuls sept <em>ranchos folcl\u00f3ricos<\/em> en France sont officiellement affili\u00e9s \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration<sup><a id=\"ref-note-7\" href=\"#note-7\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 7\">7<\/a><\/sup>, ce qui t\u00e9moigne de la difficult\u00e9 \u00e0 encadrer les dynamiques propres aux groupes install\u00e9s hors du Portugal. Mes observations de terrain, men\u00e9es lors de la r\u00e9alisation du film <em>L\u00e1 em Baixo<\/em>, prolongent ce constat : certains groupes privil\u00e9gient l\u2019invention \u2013 paroles compos\u00e9es pour le collectif, cr\u00e9ation de costumes distinctifs \u2013 tandis que d\u2019autres recherchent une proximit\u00e9 historique, allant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019usage de tissus tiss\u00e9s \u00e0 l\u2019ancienne et de mat\u00e9riaux naturels. Dans cette actualisation continue, le folklore appara\u00eet comme une mati\u00e8re vivante, travaill\u00e9e par les gestes, les corps et les contextes sociaux.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 ce croisement que s\u2019ancre ma d\u00e9marche de recherche-cr\u00e9ation, qui associe \u00e9criture acad\u00e9mique et r\u00e9alisation du film <em>L\u00e1 em Baixo<\/em>. En filmant et en analysant les gestes artistiques et quotidiens du folklore portugais en contexte migratoire, je cherche \u00e0 comprendre comment le cin\u00e9ma peut devenir un outil de connaissance, capable de faire \u00e9merger des savoirs tacites et des formes de pens\u00e9e incarn\u00e9es. Comme l\u2019a montr\u00e9 Jean-Louis Comolli<sup><a id=\"ref-note-8\" href=\"#note-8\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 8\">8<\/a><\/sup>, le documentaire ne se limite pas \u00e0 repr\u00e9senter le r\u00e9el : il produit de la pens\u00e9e, il engage une relation entre celui qui filme et ceux qui sont film\u00e9s, et ouvre un espace critique o\u00f9 se rejouent m\u00e9moire et pr\u00e9sence. Dans cette perspective, la recherche-cr\u00e9ation constitue une voie privil\u00e9gi\u00e9e pour explorer une \u00ab pr\u00e9histoire \u00bb du geste cr\u00e9atif, entendue comme le niveau o\u00f9 la cr\u00e9ation se joue d\u2019abord dans des techniques incorpor\u00e9es et transmissibles, au sens o\u00f9 Mauss d\u00e9finit les \u00ab techniques du corps \u00bb comme des fa\u00e7ons, socialement apprises, de se servir du corps<sup><a id=\"ref-note-9\" href=\"#note-9\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 9\">9<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette approche met en \u00e9vidence une question centrale : comment les gestes \u2013 chor\u00e9graphiques, musicaux, artisanaux ou quotidiens \u2013 peuvent-ils \u00eatre envisag\u00e9s \u00e0 la fois comme des vecteurs de m\u00e9moire et comme des pratiques de cr\u00e9ation ? Mon hypoth\u00e8se est que le folklore portugais en contexte migratoire ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la reproduction d\u2019un patrimoine fig\u00e9 ; il invente, \u00e0 travers le geste, des formes d\u2019expression qui relient pass\u00e9 et pr\u00e9sent, dimensions individuelles et collectives, v\u00e9cus intimes et histoires partag\u00e9es. Comme le rappelle l\u2019exposition permanente <em>Do gesto \u00e0 Arte<\/em><sup><a id=\"ref-note-10\" href=\"#note-10\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 10\">10<\/a><\/sup> au Mus\u00e9e de Ma\u00e7\u00e3o \u2013 Mus\u00e9e de l\u2019Art Pr\u00e9historique et du Sacr\u00e9 dans la Vall\u00e9e du Tage \u2013, le geste n\u2019est pas seulement une technique transmise, mais une mani\u00e8re de percevoir, de transformer et de relier les savoirs \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience sensible. Explorer cette articulation par la recherche-cr\u00e9ation, c\u2019est reconna\u00eetre que filmer, \u00e9crire ou danser ne sont pas seulement des moyens de repr\u00e9senter le monde, mais aussi des mani\u00e8res de produire du savoir et de penser en acte.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"section2\">Le geste comme archive vivante<\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab Chaque pas r\u00e9alis\u00e9 en vue du perfectionnement m\u00e9canique du m\u00e9tier \u00e0 tisser r\u00e9duit, \u00e0 l\u2019instar de toute machine, la libert\u00e9 du tisserand et le contr\u00f4le qu\u2019il a de son dessin en travaillant<sup><a id=\"ref-note-11\" href=\"#note-11\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 11\">11<\/a><\/sup>. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9flexion d\u2019Anni Albers sur la tension entre libert\u00e9 et codification dans l\u2019acte de tisser offre une cl\u00e9 pr\u00e9cieuse pour penser les pratiques folkloriques. Comme dans le tissage manuel, l\u2019accumulation de prescriptions \u2013 qu\u2019elles concernent les r\u00e9pertoires, les costumes, les chor\u00e9graphies \u2013 tend \u00e0 restreindre la marge d\u2019invention des acteurs. Or, l\u2019observation des <em>ranchos folcl\u00f3ricos<\/em> montre que la cr\u00e9ativit\u00e9 surgit pr\u00e9cis\u00e9ment dans les \u00e9carts : ajustements discrets, improvisations, r\u00e9interpr\u00e9tations situ\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette tension entre codification et invention prend un relief sp\u00e9cifique dans l\u2019histoire portugaise du XX\u1d49 si\u00e8cle. Comme l\u2019a montr\u00e9 Gra\u00e7a dos Santos, le r\u00e9gime de l\u2019<em>Estado Novo<\/em> a instrumentalis\u00e9 le corps populaire en codifiant et en mettant en sc\u00e8ne les gestes traditionnels \u00e0 des fins id\u00e9ologiques<sup><a id=\"ref-note-12\" href=\"#note-12\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 12\">12<\/a><\/sup>. Les migrants portugais arriv\u00e9s en France \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960<sup><a id=\"ref-note-13\" href=\"#note-13\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 13\">13<\/a><\/sup> portaient donc avec eux des pratiques d\u00e9j\u00e0 travers\u00e9es par ces dispositifs de normalisation. Toutefois, en contexte migratoire, ces gestes se sont reconfigur\u00e9s : ils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9appropri\u00e9s, d\u00e9plac\u00e9s, investis de nouvelles significations, li\u00e9es \u00e0 la sociabilit\u00e9 associative, \u00e0 la visibilit\u00e9 publique et \u00e0 la m\u00e9moire partag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il importe d\u00e8s lors de consid\u00e9rer les danseurs, chanteurs et musiciens des <em>ranchos folcl\u00f3ricos<\/em> non comme de simples ex\u00e9cutants d\u2019un r\u00e9pertoire fig\u00e9, mais comme des acteurs de leur propre histoire. Dans cette perspective, la r\u00e9flexion de Gra\u00e7a dos Santos sur le passage \u00ab du corps \u00e0 la voix<sup><a id=\"ref-note-14\" href=\"#note-14\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 14\">14<\/a><\/sup> \u00bb \u00e9claire la mani\u00e8re dont les individus engagent leur corps et leur parole comme instruments de cr\u00e9ation et de relation. Bien que cette analyse d\u00e9passe le cadre strict du th\u00e9\u00e2tre et concerne le travail de l\u2019acteur bilingue, elle offre un outil heuristique pr\u00e9cieux pour penser la performativit\u00e9 des participants aux <em>ranchos<\/em>, qui ne se contentent pas de rejouer des danses ou des chants, mais mettent en acte leur m\u00e9moire corporelle et vocale.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette dimension appara\u00eet de fa\u00e7on exemplaire dans certaines \u00ab sc\u00e8nes ethnographiques \u00bb recr\u00e9\u00e9es lors de festivals folkloriques. Ainsi, lors du festival de Cr\u00e9teil en 2018, le <em>Grupo Folcl\u00f3rico e Etnogr\u00e1fico Povo da N\u00f3brega em Cr\u00e9teil<\/em> a ouvert son spectacle par une mise en sc\u00e8ne de la vie quotidienne dans un village du Minho \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950. Sur sc\u00e8ne, une famille enti\u00e8re pr\u00e9parait le pain, lavait le linge ou c\u00e9l\u00e9brait une naissance, tandis qu\u2019un narrateur contextualisait l\u2019action. Le public, loin d\u2019adopter une posture de r\u00e9ception passive, intervenait par des commentaires spontan\u00e9s : \u00ab Ce n\u2019\u00e9tait pas comme \u00e7a ! \u00bb, ou au contraire : \u00ab C\u2019\u00e9tait exactement comme \u00e7a ! \u00bb. Ces reconstitutions, \u00e0 la fronti\u00e8re de l\u2019ethnographie et du th\u00e9\u00e2tre populaire, r\u00e9v\u00e8lent que les <em>ranchos<\/em> ne se contentent pas de r\u00e9p\u00e9ter un patrimoine : ils le rejouent \u00e0 partir de leurs propres exp\u00e9riences, croisant m\u00e9moire des anciens et cr\u00e9ativit\u00e9 sc\u00e9nique contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette mise en sc\u00e8ne rejoint, par contraste, ce que Gra\u00e7a dos Santos analyse comme un d\u00e9placement performatif : en engageant gestes, r\u00e9cits et voix, les membres des <em>ranchos<\/em> produisent un savoir en acte, qui ne se laisse pas r\u00e9duire \u00e0 une simple reproduction du pass\u00e9. Les gestes deviennent ainsi des vecteurs de subjectivation, porteurs d\u2019une m\u00e9moire vivante.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, cette lecture entre en r\u00e9sonance avec des approches plus larges de la cognition incarn\u00e9e. Comme le souligne Luiz Oosterbeek, les gestes ne sont pas de simples op\u00e9rations techniques : ils structurent la perception et la compr\u00e9hension du monde en reliant corps, mati\u00e8re et m\u00e9moire<sup><a id=\"ref-note-15\" href=\"#note-15\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 15\">15<\/a><\/sup>. L\u2019exposition permanente <em>Do gesto \u00e0 Arte<\/em> au Mus\u00e9e de Ma\u00e7\u00e3o propose une mise en perspective analogue, en montrant comment des gestes \u00e9l\u00e9mentaires \u2013 couper, broyer, coudre, chanter \u2013 s\u2019inscrivent dans une continuit\u00e9 entre action mat\u00e9rielle et cr\u00e9ation symbolique, constituant une forme de langage ant\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, les gestes des <em>ranchos folcl\u00f3ricos<\/em> \u2013 danser, chanter, coudre, cuisiner \u2013 peuvent \u00eatre envisag\u00e9s comme des archives vivantes. Ils ne se contentent pas de conserver un h\u00e9ritage : ils le r\u00e9\u00e9laborent en acte, au croisement de la transmission, de l\u2019invention et de l\u2019exp\u00e9rience sensible. C\u2019est \u00e0 ce niveau que se joue l\u2019hypoth\u00e8se centrale de cet article : la recherche-cr\u00e9ation cin\u00e9matographique permet d\u2019acc\u00e9der pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cette articulation, en travaillant avec et \u00e0 partir de ces corps en action, l\u00e0 o\u00f9 le geste devient \u00e0 la fois m\u00e9moire, pratique et pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"section3\">Filmer le folklore : le cin\u00e9ma comme pratique de connaissance<\/h2>\n\n\n\n<p><em>L\u00e1 em Baixo<\/em>, film que j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 entre 2019 et 2021, constitue le c\u0153ur de ma d\u00e9marche de recherche-cr\u00e9ation. Pens\u00e9 \u00e0 la fois comme \u0153uvre cin\u00e9matographique et comme terrain de recherche, il engage une enqu\u00eate film\u00e9e inscrite dans la dur\u00e9e, dont le tournage et le montage constituent des vecteurs de connaissance. L\u2019enjeu n\u2019\u00e9tait pas de produire une archive exhaustive des pratiques folkloriques, mais de construire, par le tournage et le montage, un espace de connaissance sensible, o\u00f9 les gestes film\u00e9s deviennent porteurs de m\u00e9moire, de relation et de pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019entrer dans l\u2019analyse des s\u00e9quences, je pr\u00e9cise bri\u00e8vement le dispositif d\u2019enqu\u00eate et les conditions de tournage. Concr\u00e8tement, l\u2019enqu\u00eate s\u2019est construite dans et par la relation filmique : le tournage a organis\u00e9 l\u2019acc\u00e8s aux pratiques, aux gestes et aux paroles, et le montage en a prolong\u00e9 l\u2019\u00e9laboration. Le film suit, entre janvier et novembre 2019, les activit\u00e9s de trois <em>ranchos folcl\u00f3ricos<\/em> en r\u00e9gion parisienne \u2013 l\u2019ARCOP de Nanterre, la Juventude Portuguesa de Paris 7 et le <em>Grupo Folcl\u00f3rico e Etnogr\u00e1fico Povo da N\u00f3brega em Cr\u00e9teil<\/em> \u2013 tout en int\u00e9grant une s\u00e9quence tourn\u00e9e \u00e0 Aboim da N\u00f3brega, au Portugal.<\/p>\n\n\n\n<p>Le choix de ces trois groupes r\u00e9pondait \u00e0 une logique comparative : il s\u2019agissait de mettre en regard des configurations associatives distinctes, du point de vue de l\u2019organisation, des profils g\u00e9n\u00e9rationnels et des rapports aux normes folkloriques, afin de saisir diff\u00e9rentes modalit\u00e9s de transmission et de mise en sc\u00e8ne du geste. Cette s\u00e9lection s\u2019est toutefois construite dans une dynamique relationnelle : si j\u2019ai sollicit\u00e9 ces groupes, l\u2019enqu\u00eate n\u2019a pu se d\u00e9ployer qu\u2019\u00e0 la condition qu\u2019ils acceptent d\u2019y participer et m\u2019ouvrent leurs espaces. Elle a ainsi rendu visibles, d\u2019une part, deux mani\u00e8res contrast\u00e9es de se rattacher \u00e0 Ponte da Barca \u00e0 Nanterre et \u00e0 Cr\u00e9teil \u2013 l\u2019une davantage inscrite dans une structure associative de grande ampleur et une forte dimension \u00e9v\u00e9nementielle, l\u2019autre attentive \u00e0 une orientation ethnographique, \u00e0 la recherche sur les costumes et \u00e0 des formes de mise en sc\u00e8ne \u2013 et, d\u2019autre part, avec la Juventude Portuguesa, un rapport au folklore marqu\u00e9 par l\u2019accent mis sur la jeunesse et par une direction issue d\u2019une migration plus r\u00e9cente, d\u00e9j\u00e0 socialis\u00e9e \u00e0 ces pratiques au Portugal.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enqu\u00eate s\u2019est appuy\u00e9e sur des s\u00e9ances de r\u00e9p\u00e9tition cibl\u00e9es, sollicit\u00e9es notamment au d\u00e9but du travail afin de m\u2019immerger dans les dynamiques de chaque groupe, puis lors d\u2019autres r\u00e9p\u00e9titions auxquelles j\u2019\u00e9tais invit\u00e9e. Ces s\u00e9ances constituaient des moments d\u2019observation privil\u00e9gi\u00e9s : elles permettaient de conduire des entretiens en situation, lors des r\u00e9p\u00e9titions, ainsi qu\u2019au cours des d\u00e9placements et des festivals, et de filmer les interactions dans le cours m\u00eame de l\u2019activit\u00e9, au plus pr\u00e8s des pratiques effectives, des ajustements collectifs, des corrections et des coordinations qui structurent la transmission. L\u2019enqu\u00eate s\u2019est \u00e9galement d\u00e9ploy\u00e9e \u00e0 travers les temps de pr\u00e9paration et d\u2019organisation, les \u00e9v\u00e9nements publics, ainsi que des sc\u00e8nes ordinaires de la vie associative \u2013 cuisines, moments de sociabilit\u00e9, \u00e9changes informels.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une logique participative, j\u2019ai laiss\u00e9 aux directions des groupes le choix des personnes \u00e0 interviewer, tout en indiquant des lignes directrices : diversifier les g\u00e9n\u00e9rations, faire appara\u00eetre des trajectoires diff\u00e9renci\u00e9es, inclure des personnes arriv\u00e9es \u00e0 des moments distincts comme des personnes n\u00e9es en France. Ce protocole rendait visibles, au passage, des hi\u00e9rarchies internes et des priorit\u00e9s discursives propres \u00e0 chaque groupe. Le choix de la langue \u2013 portugais, fran\u00e7ais, ou alternance \u2013 a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 libre, selon l\u2019aisance et les enjeux relationnels de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, les conditions mat\u00e9rielles de tournage participent du dispositif : le film a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 dans une configuration l\u00e9g\u00e8re \u2013 seule, avec une petite cam\u00e9ra, un tr\u00e9pied et un microphone \u2013 et l\u2019\u00e9criture s\u2019est poursuivie au montage, \u00e0 partir d\u2019un corpus de rushes organis\u00e9 et contextualis\u00e9, dat\u00e9, class\u00e9 par mois et rep\u00e9r\u00e9 par \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de ce dispositif, le film ne consiste pas \u00e0 documenter un patrimoine d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9, mais \u00e0 accompagner des pratiques en train de se faire. Ma position de cin\u00e9aste-chercheuse implique un engagement direct dans les situations film\u00e9es : la cam\u00e9ra n\u2019est pas ext\u00e9rieure aux pratiques observ\u00e9es, mais participe des relations qui s\u2019y tissent, dans une pr\u00e9sence attentive. Comme l\u2019a montr\u00e9 Jean-Louis Comolli, le cin\u00e9ma \u00ab a pour raison d\u2019\u00eatre de r\u00e9v\u00e9ler [l\u2019]\u00e9cart \u00bb entre le sujet social et le sujet film\u00e9, en affrontant l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et en transformant cette tension en un outil de pens\u00e9e<sup><a id=\"ref-note-16\" href=\"#note-16\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 16\">16<\/a><\/sup>. Filmer ne consiste donc pas seulement \u00e0 \u00ab \u00e9crire le r\u00e9el \u00bb, mais \u00e0 engager une relation : un dispositif d\u2019attention o\u00f9 se rejouent des rapports de pouvoir, de sensibilit\u00e9 et de parole. Le geste documentaire ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une posture d\u2019enregistrement ; il participe d\u2019un processus partag\u00e9, o\u00f9 la cam\u00e9ra devient un outil d\u2019\u00e9coute et de circulation des savoirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette relation se donne \u00e0 voir de mani\u00e8re particuli\u00e8rement dense dans la s\u00e9quence consacr\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9ation et \u00e0 la transmission des costumes, qui occupe une position centrale dans le film. Le montage articule d\u2019abord des entretiens film\u00e9s en France, chez Sofia Costa et Maryl\u00e8ne Martins, puis conduit vers Aboim da N\u00f3brega, au Portugal, o\u00f9 est film\u00e9 le tisserand Fernando Rei. Ce d\u00e9placement g\u00e9ographique et sensible n\u2019ob\u00e9it pas \u00e0 une logique illustrative : il met en relation des gestes, des temporalit\u00e9s et des mani\u00e8res de faire, en faisant circuler la mati\u00e8re m\u00eame du folklore \u2013 le tissu, le fil, le v\u00eatement \u2013 entre migration et lieu d\u2019origine.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez Sofia Costa, la cam\u00e9ra s\u2019attarde longuement sur les mains au travail : aiguilles, \u00e9pingles, ciseaux, tissus dispos\u00e9s sur une table domestique (voir <a href=\"#figure-1\"><em>fig.<\/em> 1<\/a>). Le cadre privil\u00e9gie la continuit\u00e9 du geste plut\u00f4t que le commentaire explicatif. Tandis qu\u2019elle coud un gilet ou \u00e9voque sa pr\u00e9f\u00e9rence pour la confection des jupes, le discours se construit au rythme du travail manuel, entre pauses, reprises et regards adress\u00e9s \u00e0 la cam\u00e9ra. La m\u00e9moire familiale \u2013 celle d\u2019une grand-m\u00e8re couturi\u00e8re \u2013 n\u2019appara\u00eet pas comme un r\u00e9cit fig\u00e9, mais comme une ressource vivante, activ\u00e9e dans le faire m\u00eame. Le film donne ainsi \u00e0 voir une transmission qui ne passe ni par l\u2019imitation stricte ni par la reproduction fid\u00e8le, mais par une pratique situ\u00e9e, attentive aux mati\u00e8res et aux usages.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\" id=\"figure-1\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"578\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image-1024x578.jpeg\" alt=\"Photogramme extrait de L\u00e1 em Baixo : Sofia Costa, couture et manipulation des \u00e9toffes.\" class=\"wp-image-6294\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image-1024x578.jpeg 1024w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image-300x169.jpeg 300w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image-768x433.jpeg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image-676x381.jpeg 676w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image.jpeg 1081w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption><strong>Figure 1 \u2014<\/strong> Photogramme extrait de <em>L\u00e1 em Baixo<\/em> (r\u00e9al. Ana Isabel Freitas, 2021), timecode 01:04:05 : Sofia Costa, couture et manipulation des \u00e9toffes.<br>Source et droits : Ana Isabel Freitas. Reproduction autoris\u00e9e.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les entretiens avec Maryl\u00e8ne Martins prolongent cette approche. Film\u00e9e dans un espace satur\u00e9 de foulards, de tissus et de machines \u00e0 coudre, elle raconte l\u2019histoire des costumes, leur acquisition, leur transformation, mais aussi la joie imm\u00e9diate provoqu\u00e9e par l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un v\u00eatement venu du Portugal, aussit\u00f4t essay\u00e9. La cam\u00e9ra accompagne ses gestes \u2013 d\u00e9plier un tissu, enfiler un foulard, toucher une broderie \u2013 sans chercher \u00e0 les hi\u00e9rarchiser ou \u00e0 les expliquer. La transmission appara\u00eet alors comme un processus affectif autant que technique, o\u00f9 l\u2019\u00e9motion, le partage et l\u2019enthousiasme jouent un r\u00f4le central.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 partir de ces sc\u00e8nes que le film se d\u00e9place vers le Portugal, dans l\u2019atelier de Fernando Rei, tisserand \u00e0 Aboim da N\u00f3brega. Seule s\u00e9quence tourn\u00e9e hors de France, elle est plac\u00e9e au centre du film comme une origine mat\u00e9rielle et symbolique. Le geste lent et pr\u00e9cis du tissage, le temps long n\u00e9cessaire \u00e0 la fabrication des \u00e9toffes, contrastent avec la pr\u00e9sence discr\u00e8te d\u2019un smartphone suspendu au sommet du m\u00e9tier \u00e0 tisser, ouvrant une \u00ab deuxi\u00e8me fen\u00eatre \u00bb sur le monde (voir <a href=\"#figure-2\"><em>fig.<\/em> 2<\/a>). Ce d\u00e9tail visuel condense la tension entre continuit\u00e9 et transformation : un savoir-faire h\u00e9rit\u00e9, transmis par le corps et la r\u00e9p\u00e9tition, s\u2019inscrit d\u00e9sormais dans des r\u00e9seaux contemporains de circulation et de diffusion.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\" id=\"figure-2\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image-1.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"578\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image-1-1024x578.jpeg\" alt=\"Photogramme extrait de L\u00e1 em Baixo : Fernando Rei dans son atelier \u00e0 Aboim da N\u00f3brega, m\u00e9tier \u00e0 tisser et smartphone suspendu.\" class=\"wp-image-6295\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image-1-1024x578.jpeg 1024w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image-1-300x169.jpeg 300w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image-1-768x433.jpeg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image-1-676x381.jpeg 676w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2026\/04\/image-1.jpeg 1074w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption><strong>Figure 2 \u2014<\/strong> Photogramme extrait de <em>L\u00e1 em Baixo<\/em> (r\u00e9al. Ana Isabel Freitas, 2021), timecode 01:07:38 : Fernando Rei dans son atelier \u00e0 Aboim da N\u00f3brega, m\u00e9tier \u00e0 tisser et smartphone suspendu.<br>Source et droits : Ana Isabel Freitas. Reproduction autoris\u00e9e.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le film ne cherche pas \u00e0 opposer authenticit\u00e9 et modernit\u00e9, mais \u00e0 rendre perceptible la mani\u00e8re dont les pratiques folkloriques se reconfigurent \u00e0 travers ces circulations. Le montage met en relation le fil tiss\u00e9 au Portugal et les costumes port\u00e9s en France, les heures de travail du tisserand et le temps b\u00e9n\u00e9vole consacr\u00e9 par les membres des <em>ranchos<\/em> en migration. Ce qui se transmet n\u2019est pas seulement une forme ou un mod\u00e8le, mais une mani\u00e8re d\u2019habiter le geste, de lui donner sens dans un autre contexte.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette attention port\u00e9e aux corps et aux situations rejoint ce qu\u2019Agn\u00e8s Varda d\u00e9crit comme une \u00e9thique du documentaire \u00ab au service du sujet \u00bb : elle suppose de se situer par rapport au sujet, en adoptant une attitude d\u2019attention, et d\u2019accepter que le sens \u00e9merge de la relation plut\u00f4t que de l\u2019imposer<sup><a id=\"ref-note-17\" href=\"#note-17\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 17\">17<\/a><\/sup>. Dans <em>L\u00e1 em Baixo<\/em>, la cam\u00e9ra ne s\u2019\u00e9rige pas en instance explicative ; elle se tient au plus pr\u00e8s des gestes, laissant les images et les sons produire leur propre logique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail de montage prolonge cette posture. En renon\u00e7ant \u00e0 la voix off explicative, j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 ouvrir un espace sensible o\u00f9 gestes, voix et r\u00e9cits circulent librement. Le film se construit ainsi \u00e0 partir des voix des personnes film\u00e9es : les entretiens assurent la continuit\u00e9 entre les sc\u00e8nes et relient les gestes aux r\u00e9cits, aux affects et aux cadres de transmission.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette option se traduit par des plans tenus qui laissent appara\u00eetre la dur\u00e9e du faire \u2013 reprises, h\u00e9sitations, micro-corrections \u2013 et par une alternance entre \u00e9chelles resserr\u00e9es sur les mains, les mati\u00e8res et les instruments de musique, et plans situant le collectif. Le son direct participe de cette intelligibilit\u00e9 : froissements du tissu, ambiances bruyantes des salles de f\u00eate, silences et fragments de conversation donnent une \u00e9paisseur temporelle aux pratiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le montage ne vise pas \u00e0 ordonner les gestes selon une logique d\u00e9monstrative, mais \u00e0 faire \u00e9merger des correspondances sensibles entre des pratiques situ\u00e9es dans des contextes diff\u00e9rents, faisant appara\u00eetre des formes de pens\u00e9e qui naissent de leur mise en relation. Ce positionnement rejoint ce que Jacques Ranci\u00e8re nomme un \u00ab partage du sensible \u00bb, entendu comme une redistribution de ce qui est visible, dicible et partageable<sup><a id=\"ref-note-18\" href=\"#note-18\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 18\">18<\/a><\/sup>. Le film ne d\u00e9livre pas un sens pr\u00e9d\u00e9fini : il invite le spectateur \u00e0 se situer face \u00e0 des formes de pens\u00e9e incarn\u00e9es, produites par les gestes eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que se dessine une \u00ab pr\u00e9histoire \u00bb de la recherche-cr\u00e9ation : non comme un concept abstrait, mais comme une exp\u00e9rience filmique o\u00f9 les gestes pr\u00e9c\u00e8dent la th\u00e9orie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"section4\">Vers une recherche-cr\u00e9ation du geste<\/h2>\n\n\n\n<p>Le parcours propos\u00e9 dans cet article montre que les gestes des <em>ranchos folcl\u00f3ricos<\/em>, loin de relever d\u2019une simple r\u00e9p\u00e9tition patrimoniale, condensent des processus complexes o\u00f9 m\u00e9moire et invention s\u2019entrelacent. La tension mise en \u00e9vidence par Anni Albers entre codification et libert\u00e9 dans l\u2019art du tissage trouve ici un \u00e9cho particulier : plus les pratiques sont norm\u00e9es \u2013 par des r\u00e9pertoires, des costumes ou des chor\u00e9graphies codifi\u00e9s \u2013, plus elles semblent contraindre l\u2019expression ; pourtant, ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment dans les \u00e9carts, les ajustements et les r\u00e9appropriations que surgissent des formes de cr\u00e9ativit\u00e9. En contexte migratoire, cette tension se rejoue avec une intensit\u00e9 accrue : les gestes folkloriques, h\u00e9rit\u00e9s d\u2019un cadre historique et id\u00e9ologique sp\u00e9cifique, sont repris, d\u00e9plac\u00e9s et investis de nouvelles significations sociales et affectives.<\/p>\n\n\n\n<p>Le film <em>L\u00e1 em Baixo<\/em> rend sensible cette dynamique en mettant en relation des gestes situ\u00e9s dans des espaces et des temporalit\u00e9s distincts. La s\u00e9quence du tisserand \u00e0 Aboim da N\u00f3brega, plac\u00e9e au centre du film, fonctionne comme un point de condensation : elle articule un savoir-faire rare, lent et minutieux, avec les usages contemporains de ces tissus dans les <em>ranchos<\/em> en France. Mise en r\u00e9sonance avec les sc\u00e8nes tourn\u00e9es chez Sofia Costa et Maryl\u00e8ne Martins \u2013 entre couture domestique, transmission familiale et enthousiasme partag\u00e9 autour des costumes \u2013, elle fait appara\u00eetre une continuit\u00e9 fragile mais active entre pass\u00e9 et pr\u00e9sent. Ce qui circule alors, ce ne sont pas seulement des formes ou des mod\u00e8les, mais des mani\u00e8res de faire, d\u2019apprendre et de cr\u00e9er par le geste.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces situations, le geste ne se r\u00e9duit ni \u00e0 une technique ni \u00e0 un symbole : il devient un lieu de pens\u00e9e incarn\u00e9e. Coudre, tisser, enfiler un costume ou danser en groupe engage des m\u00e9moires corporelles, des affects et des choix, souvent implicites, qui ne pr\u00e9c\u00e8dent pas l\u2019action mais se formulent en elle. C\u2019est en ce sens que le cin\u00e9ma documentaire, tel qu\u2019il est mobilis\u00e9 ici, permet de rendre visibles ces savoirs tacites. En travaillant sans voix off explicative et en privil\u00e9giant la dur\u00e9e, l\u2019attention aux mains, aux corps et aux situations, le film cr\u00e9e un espace o\u00f9 images et sons produisent leur propre intelligibilit\u00e9. Il rejoint ainsi le \u00ab partage du sensible \u00bb, au sens esquiss\u00e9 plus haut.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9marche \u00e9claire la sp\u00e9cificit\u00e9 de la recherche-cr\u00e9ation. Comme l\u2019a montr\u00e9 Louis-Claude Paquin, les connaissances qui en \u00e9mergent ne r\u00e9sident pas uniquement dans des r\u00e9sultats formalis\u00e9s, mais dans le processus m\u00eame de cr\u00e9ation, dans les gestes, les choix et les relations qui le rendent possible<sup><a id=\"ref-note-19\" href=\"#note-19\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 19\">19<\/a><\/sup>. De mani\u00e8re compl\u00e9mentaire, la r\u00e9flexion d\u2019Yves Citton invite \u00e0 penser les savoirs non comme un corpus fig\u00e9, mais comme des processus vivants, construits dans l\u2019attention et l\u2019exp\u00e9rimentation<sup><a id=\"ref-note-20\" href=\"#note-20\" class=\"note-ref\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note 20\">20<\/a><\/sup>. Le film devient alors un milieu d\u2019attention, un espace o\u00f9 se fabriquent des formes de connaissance sensibles, relationnelles et situ\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans cette articulation que prend sens la notion de \u00ab pr\u00e9histoire du geste cr\u00e9atif \u00bb telle qu\u2019elle est propos\u00e9e ici. Il ne s\u2019agit pas de d\u00e9signer une origine chronologique ni de c\u00e9der \u00e0 une nostalgie des formes pass\u00e9es, mais d\u2019attirer l\u2019attention sur ce qui pr\u00e9c\u00e8de la th\u00e9orisation : des savoirs incarn\u00e9s, transmis par les corps et les pratiques, qui fondent la possibilit\u00e9 m\u00eame de la recherche-cr\u00e9ation. En filmant le folklore portugais en contexte migratoire, <em>L\u00e1 em Baixo<\/em> ne se contente pas d\u2019enregistrer des pratiques culturelles ; il participe \u00e0 leur transmission et \u00e0 leur r\u00e9invention dans un autre langage. Ce d\u00e9placement \u2013 du film comme document vers le film comme exp\u00e9rience de connaissance \u2013 ouvre un espace o\u00f9 geste, m\u00e9moire et cr\u00e9ation se donnent \u00e0 penser ensemble, avant m\u00eame d\u2019\u00eatre nomm\u00e9s comme tels.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"notes\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"note-1\" class=\"article-note\"><sup>1<\/sup> J\u2019utilise le terme <em>groupes culturels<\/em> pour d\u00e9signer les collectifs qui structurent les pratiques folkloriques en contexte migratoire, en insistant sur leur dimension associative et cr\u00e9ative. <a href=\"#ref-note-1\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 1\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-2\" class=\"article-note\"><sup>2<\/sup> CASTELO-BRANCO, Salwa El-Shawan et BRANCO, Jorge Freitas (dir.). <em>Vozes do Povo<\/em>. Lisbonne : Etnogr\u00e1fica Press, 2003. DOI : 10.4000\/books.etnograficapress.537. <a href=\"#ref-note-2\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 2\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-3\" class=\"article-note\"><sup>3<\/sup> ERIBON, Didier. <em>Retour \u00e0 Reims<\/em>. Paris : Fayard, 2009. <a href=\"#ref-note-3\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 3\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-4\" class=\"article-note\"><sup>4<\/sup> CHEVALIER, Sophie. \u00ab Tradition musicale et construction identitaire : l\u2019exemple des Portugais en r\u00e9gion parisienne \u00bb, in : <em>L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 : migration et ethnicit\u00e9<\/em>. Zurich : Seismo, 1996, p. 61-74. <a href=\"#ref-note-4\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 4\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-5\" class=\"article-note\"><sup>5<\/sup> DOS SANTOS, Ir\u00e8ne et FERREIRA, S\u00f3nia (dir.). <em>Les Portugais en France : une immigration invisible ? XXe-XXIe si\u00e8cles<\/em>. Paris : Le Cavalier Bleu, 2024. <a href=\"#ref-note-5\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 5\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-6\" class=\"article-note\"><sup>6<\/sup> SEROMENHO, Margarida. \u00ab A Federa\u00e7\u00e3o do Folclore Portugu\u00eas \u00bb. In : CASTELO-BRANCO, Salwa El-Shawan et BRANCO, Jorge Freitas (dir.). <em>Vozes do Povo<\/em>. Lisbonne : Etnogr\u00e1fica Press, 2003. DOI : 10.4000\/books.etnograficapress.537. <a href=\"#ref-note-6\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 6\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-7\" class=\"article-note\"><sup>7<\/sup> F\u00c9D\u00c9RATION DU FOLKLORE PORTUGAIS. \u00ab Comunidades portuguesas \u2013 Fran\u00e7a \u00bb. En ligne : https:\/\/www.ffp.pt\/mapa\/?page=Home&amp;mapType=Communities&amp;communityId=54&amp;infoType=Effective#Map (consult\u00e9 le 21 septembre 2025). <a href=\"#ref-note-7\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 7\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-8\" class=\"article-note\"><sup>8<\/sup> COMOLLI, Jean-Louis. <em>Une certaine tendance du cin\u00e9ma documentaire<\/em>. Lagrasse : \u00c9ditions Verdier, 2021, p. 11. <a href=\"#ref-note-8\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 8\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-9\" class=\"article-note\"><sup>9<\/sup> MAUSS, Marcel. \u00ab Les techniques du corps \u00bb (1934), <em>Journal de Psychologie<\/em>, t. XXXII, n<sup>os<\/sup> 3-4, 1936. En ligne : https:\/\/classiques.uqam.ca\/classiques\/mauss_marcel\/socio_et_anthropo\/6_Techniques_corps\/Techniques_corps.html (consult\u00e9 le 3 mars 2026). <a href=\"#ref-note-9\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 9\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-10\" class=\"article-note\"><sup>10<\/sup> MUS\u00c9E DE MA\u00c7\u00c3O. \u00ab Exposi\u00e7\u00e3o permanente \u201cDo gesto \u00e0 Arte\u201d \u00bb. En ligne : https:\/\/www.cm-macao.pt\/index.php\/servicos\/servicos-municipais\/museu (consult\u00e9 le 19 septembre 2025). <a href=\"#ref-note-10\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 10\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-11\" class=\"article-note\"><sup>11<\/sup> ALBERS, Anni. <em>Du tissage<\/em>. Traduit de l\u2019anglais par Armelle Chr\u00e9tien. Dijon : Les Presses du r\u00e9el, 2021, p. 25. <a href=\"#ref-note-11\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 11\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-12\" class=\"article-note\"><sup>12<\/sup> DOS SANTOS, Gra\u00e7a. \u00ab La f\u00eate \u00e0 tout prix : le corps mis en sc\u00e8ne par l\u2019\u00c9tat Nouveau de Salazar \u00bb. <em>Plural Pluriel<\/em>, revue des cultures de langue portugaise, n<sup>o<\/sup> 2, 2008. <a href=\"#ref-note-12\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 12\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-13\" class=\"article-note\"><sup>13<\/sup> Le r\u00e9gime de l\u2019<em>Estado Novo<\/em> (1933-1974), instaur\u00e9 par Ant\u00f3nio de Oliveira Salazar, fut une dictature autoritaire marqu\u00e9e par la censure, la r\u00e9pression politique et l\u2019usage id\u00e9ologique du folklore dans sa politique culturelle. Les grandes vagues d\u2019\u00e9migration portugaise vers la France datent principalement des ann\u00e9es 1960-1970, motiv\u00e9es \u00e0 la fois par la pauvret\u00e9 rurale, l\u2019absence de perspectives et la fuite au service militaire obligatoire dans les guerres coloniales (1961-1974). <a href=\"#ref-note-13\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 13\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-14\" class=\"article-note\"><sup>14<\/sup> DOS SANTOS, Gra\u00e7a. \u00ab Transi\u00e7\u00f5es do corpo \u00e0 voz, \u00e0 procura do outro : em dire\u00e7\u00e3o ao ator bilingue \u00bb. <em>Comunica\u00e7\u00e3o &amp; Educa\u00e7\u00e3o<\/em>, vol. 17, n<sup>o<\/sup> 2, 2012, p. 61-72. DOI : 10.11606\/issn.2316-9125.v17i2p61-72. <a href=\"#ref-note-14\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 14\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-15\" class=\"article-note\"><sup>15<\/sup> OOSTERBEEK, Luiz. \u00ab The Role of Gesture in Cognition and Cultural Transmission \u00bb. <em>Arkeos<\/em>, vol. 58, 2023, p. 104-108. <a href=\"#ref-note-15\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 15\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-16\" class=\"article-note\"><sup>16<\/sup> COMOLLI, Jean-Louis. <em>Une certaine tendance du cin\u00e9ma documentaire<\/em>, op. cit., p. 11. <a href=\"#ref-note-16\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 16\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-17\" class=\"article-note\"><sup>17<\/sup> VARDA, Agn\u00e8s. \u00ab Aimer ceux qu\u2019on filme \u00bb, in : <em>Documentaire et fiction, allers-retours<\/em>. Paris : Les Impressions nouvelles, 2015, p. 14. <a href=\"#ref-note-17\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 17\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-18\" class=\"article-note\"><sup>18<\/sup> RANCI\u00c8RE, Jacques. <em>Le partage du sensible<\/em>. Paris : La Fabrique \u00c9ditions, 2000, p. 14. <a href=\"#ref-note-18\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 18\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-19\" class=\"article-note\"><sup>19<\/sup> PAQUIN, Louis-Claude. \u00ab D\u00e9gager des connaissances de sa recherche-cr\u00e9ation \u00bb. En ligne : https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/346448818_Degager_des_connaissances_de_sa_recherche-creation (consult\u00e9 le 20 janvier 2024). <a href=\"#ref-note-19\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 19\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n<p id=\"note-20\" class=\"article-note\"><sup>20<\/sup> CITTON, Yves. <em>Pour une \u00e9cologie de l\u2019attention<\/em>. Paris : Seuil, 2014. En ligne : https:\/\/shs.cairn.info\/pour-une-ecologie-de-l-attention&#8211;9782021181425 (consult\u00e9 le 31 juillet 2025). <a href=\"#ref-note-20\" class=\"note-back\" aria-label=\"Retour \u00e0 l\u2019appel de note 20\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"bibliographie\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>ALBERS, Anni. <em>Du tissage<\/em>. Traduit de l\u2019anglais par Armelle Chr\u00e9tien. Dijon : Les Presses du r\u00e9el, 2021, 281 p.<\/p>\n\n\n\n<p>CASTELO-BRANCO, Salwa El-Shawan et BRANCO, Jorge Freitas (dir.). <em>Vozes do Povo<\/em>. Lisbonne : Etnogr\u00e1fica Press, 2003. DOI : 10.4000\/books.etnograficapress.537.<\/p>\n\n\n\n<p>CHEVALIER, Sophie. \u00ab Tradition musicale et construction identitaire : l\u2019exemple des Portugais en r\u00e9gion parisienne \u00bb, in : <em>L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 : migration et ethnicit\u00e9<\/em>. Zurich : Seismo, 1996, p. 61-74.<\/p>\n\n\n\n<p>CITTON, Yves. <em>Pour une \u00e9cologie de l\u2019attention<\/em>. Paris : Seuil, 2014. En ligne : https:\/\/shs.cairn.info\/pour-une-ecologie-de-l-attention&#8211;9782021181425 (consult\u00e9 le 31 juillet 2025).<\/p>\n\n\n\n<p>COMOLLI, Jean-Louis. <em>Une certaine tendance du cin\u00e9ma documentaire<\/em>. Lagrasse : \u00c9ditions Verdier, 2021, 84 p.<\/p>\n\n\n\n<p>DOS SANTOS, Gra\u00e7a. \u00ab La f\u00eate \u00e0 tout prix : le corps mis en sc\u00e8ne par l\u2019\u00c9tat Nouveau de Salazar \u00bb. <em>Plural Pluriel<\/em>, revue des cultures de langue portugaise, n<sup>o<\/sup> 2, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p>DOS SANTOS, Gra\u00e7a. \u00ab Transi\u00e7\u00f5es do corpo \u00e0 voz, \u00e0 procura do outro : em dire\u00e7\u00e3o ao ator bilingue \u00bb. <em>Comunica\u00e7\u00e3o &amp; Educa\u00e7\u00e3o<\/em>, vol. 17, n<sup>o<\/sup> 2, 2012, p. 61-72. DOI : 10.11606\/issn.2316-9125.v17i2p61-72.<\/p>\n\n\n\n<p>DOS SANTOS, Ir\u00e8ne et FERREIRA, S\u00f3nia (dir.). <em>Les Portugais en France : une immigration invisible ? XXe-XXIe si\u00e8cles<\/em>. Paris : Le Cavalier Bleu, 2024.<\/p>\n\n\n\n<p>ERIBON, Didier. <em>Retour \u00e0 Reims<\/em>. Paris : Fayard, 2009.<\/p>\n\n\n\n<p>F\u00c9D\u00c9RATION DU FOLKLORE PORTUGAIS. \u00ab Comunidades portuguesas \u2013 Fran\u00e7a \u00bb. En ligne : https:\/\/www.ffp.pt\/mapa\/?page=Home&amp;mapType=Communities&amp;communityId=54&amp;infoType=Effective#Map (consult\u00e9 le 21 septembre 2025).<\/p>\n\n\n\n<p>MAUSS, Marcel. \u00ab Les techniques du corps \u00bb (1934), <em>Journal de Psychologie<\/em>, t. XXXII, n<sup>os<\/sup> 3-4, 1936. En ligne : https:\/\/classiques.uqam.ca\/classiques\/mauss_marcel\/socio_et_anthropo\/6_Techniques_corps\/Techniques_corps.html (consult\u00e9 le 3 mars 2026).<\/p>\n\n\n\n<p>MUS\u00c9E DE MA\u00c7\u00c3O. \u00ab Exposi\u00e7\u00e3o permanente \u201cDo gesto \u00e0 Arte\u201d \u00bb. En ligne : https:\/\/www.cm-macao.pt\/index.php\/servicos\/servicos-municipais\/museu (consult\u00e9 le 19 septembre 2025).<\/p>\n\n\n\n<p>OOSTERBEEK, Luiz. \u00ab The Role of Gesture in Cognition and Cultural Transmission \u00bb. <em>Arkeos<\/em>, vol. 58, 2023, p. 104-108.<\/p>\n\n\n\n<p>PAQUIN, Louis-Claude. \u00ab D\u00e9gager des connaissances de sa recherche-cr\u00e9ation \u00bb. En ligne : https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/346448818_Degager_des_connaissances_de_sa_recherche-creation (consult\u00e9 le 20 janvier 2024).<\/p>\n\n\n\n<p>RANCI\u00c8RE, Jacques. <em>Le partage du sensible<\/em>. Paris : La Fabrique \u00c9ditions, 2000.<\/p>\n\n\n\n<p>SEROMENHO, Margarida. \u00ab A Federa\u00e7\u00e3o do Folclore Portugu\u00eas \u00bb. In : CASTELO-BRANCO, Salwa El-Shawan et BRANCO, Jorge Freitas (dir.). <em>Vozes do Povo<\/em>. Lisbonne : Etnogr\u00e1fica Press, 2003. DOI : 10.4000\/books.etnograficapress.537.<\/p>\n\n\n\n<p>VARDA, Agn\u00e8s. \u00ab Aimer ceux qu\u2019on filme \u00bb, in : <em>Documentaire et fiction, allers-retours<\/em>. Paris : Les Impressions nouvelles, 2015, p. 14.<\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nom et pr\u00e9nomAna Isabel FREITAS Adresse e-mailo&#101;&#x6d;&#x61;il&#x64;&#x61;is&#97;&#x62;&#x65;l&#64;&#x67;&#x6d;ai&#x6c;&#x2e;co&#109; Notice bio-bibliographiqueAna Isabel Freitas est doctorante en recherche-cr\u00e9ation au CRILUS \u2013 EA \u00c9tudes Romanes (Universit\u00e9 Paris Nanterre, ED 138). 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