 {"id":6326,"date":"2026-05-12T16:46:44","date_gmt":"2026-05-12T15:46:44","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=6326"},"modified":"2026-05-12T19:14:02","modified_gmt":"2026-05-12T18:14:02","slug":"geologies-des-pratiques-design-et-archeologie-de-la-demande","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2026\/05\/12\/geologies-des-pratiques-design-et-archeologie-de-la-demande\/","title":{"rendered":"G\u00e9ologies des pratiques : design et arch\u00e9ologie de la demande"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Nom et pr\u00e9nom<\/strong><br>FOURNIER Pierre<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Adresse e-mail<\/strong><br>&#115;&#x2e;p&#x6f;g&#111;&#x73;s&#x69;a&#110;&#x40;y&#x61;h&#x6f;&#x6f;&#46;&#x66;r<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Notice bio-bibliographique<\/strong><br>Pierre Fournier est designer graphique et typographique, chercheur postdoctoral \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de N\u00eemes dans le cadre de l\u2019Observatoire de la Signalisation des Risques et du Danger. Docteur en design, ses recherches portent sur les caract\u00e8res typographiques pour la transcription des \u00e9critures anciennes ; la conception et l\u2019usage de langages visuels, ainsi que sur les rapports institu\u00e9s entre langue, \u00e9criture et typographie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><br>Cet article \u00e9tudie la mani\u00e8re dont la recherche-projet en design graphique constitue un prisme d\u2019observation de la production des savoirs scientifiques et de leurs repr\u00e9sentations visuelles. Cette approche permet de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re dont certaines articulations entre dicible et visible s\u2019apparentent \u00e0 ce que l\u2019on nomme aujourd\u2019hui recherche-projet. S\u2019appuyant sur la notion foucaldienne d\u2019\u00ab arch\u00e9ologie \u00bb appliqu\u00e9e \u00e0 la demande qui fonde le projet de design, l\u2019article interroge les conditions historiques et \u00e9pist\u00e9mologiques de la construction des savoirs. L\u2019argumentation s\u2019appuie et s\u2019illustre gr\u00e2ce \u00e0 une recherche-projet men\u00e9e entre design graphique et \u00e9gyptologie : le projet ANRT-V\u00c9gA.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abstract<\/strong><br>This article examines how graphic design project-grounded research provides a lens through which to observe the production of scientific knowledge and its visual representations. This approach allows us to reflect on how certain connections between the sayable and the visible resemble what we now call research projects. Drawing on Foucault\u2019s notion of \u201carchaeology\u201d, applied to the demand that underpins the design project, the article questions the historical and epistemological conditions of knowledge construction. The argument is supported and illustrated by a project-grounded research conducted between graphic design and Egyptology: the ANRT-V\u00c9gA project.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (FR \/ EN)<\/strong><br>Fran\u00e7ais : recherche-projet ; arch\u00e9ologie ; \u00e9pist\u00e9mologie ; design graphique ; demande ; savoirs<br>English: project-grounded research ; archaeology ; epistemology ; graphic design ; demand ; knowledges<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"sommaire\">Sommaire<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"#section1\">1. Introduction<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#section2\">2. La recherche-projet devant l\u2019\u00e9gyptologie<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#section3\">3. Strates typographiques<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#section4\">4. L\u2019arch\u00e9ologie de la demande<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#section5\">5. G\u00e9ologie des pratiques<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#notes\">Notes<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"#bibliographie\">Bibliographie<\/a><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"section1\">1. Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans la dualit\u00e9 form\u00e9e par la recherche-cr\u00e9ation, le regard typographique s\u2019attache sp\u00e9cifiquement au trait d\u2019union entre ces termes. Figure d\u2019articulation, d\u2019union comme de polarisation, ce glyphe est \u00e0 m\u00eame de souligner une pluralit\u00e9 des pratiques, de renvoyer \u00e0 une diversit\u00e9 d\u2019articulations qui ne cessent de distribuer et de singulariser l\u2019assemblage des termes. D\u00e8s lors, peut-on saisir, dans un tiret, l\u2019\u00e9mergence d\u2019un paradigme \u00e9pist\u00e9mologique ? La recherche-cr\u00e9ation appara\u00eet ainsi comme une proposition d\u2019une grande plasticit\u00e9, \u00e0 m\u00eame de recouvrir des pratiques h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. En cela, lab\u00e9lise-t-elle certaines innovations m\u00e9thodologiques incarn\u00e9es dans des productions visuelles, objectales, spatiales et discursives dont elle souligne la contemporan\u00e9it\u00e9 ? Mon propos s\u2019attache aux repr\u00e9sentations <em>au service<\/em> du discours scientifique. L\u2019italique invite \u00e0 embrasser la complexit\u00e9 des relations entre l\u2019\u00e9nonc\u00e9 et le visuel, en mettant \u00e0 distance la relation hi\u00e9rarchique induite par ma formulation.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette approche duelle de la connaissance est-elle inh\u00e9rente au champ du design graphique pour lequel la relation du discours \u00e0 sa mat\u00e9rialisation est un enjeu premier ? Les couples peuvent alors se multiplier : recherche et cr\u00e9ation, discours et mat\u00e9rialit\u00e9, \u00e9nonc\u00e9 et visibilit\u00e9, etc. Le design graphique ouvre l\u2019espace d\u2019un d\u00e9centrement. L\u2019approche singularise l\u2019attention port\u00e9e aux formes graphiques de la connaissance, aux savoirs envisag\u00e9s comme des repr\u00e9sentations. Ces objets, forts de leurs caract\u00e9ristiques plastiques, viennent travailler les pr\u00e9suppos\u00e9s \u00e9pist\u00e9mologiques des disciplines concern\u00e9es<sup><a id=\"appel-note-1\" href=\"#note-1\">1<\/a><\/sup>. D\u00e8s lors, la \u00ab recherche-cr\u00e9ation \u00bb forme-t-elle l\u2019avatar contemporain de certaines modalit\u00e9s d\u2019action des formes visuelles sur la production et la circulation des savoirs ? En quoi ces pratiques se distinguent-elles de celles de nos pr\u00e9d\u00e9cesseur\u00b7euses<sup><a id=\"appel-note-2\" href=\"#note-2\">2<\/a><\/sup>, notamment dans le champ \u00e9ditorial ? Je place au c\u0153ur de la pr\u00e9sente r\u00e9flexion celle de la continuit\u00e9 des pratiques affiliables \u00e0 la recherche-cr\u00e9ation, et la mani\u00e8re dont celles-ci s\u2019articulent \u00e0 l\u2019histoire des pratiques scientifiques pour en souligner les grandes ruptures et transformations. Comment tirer le fil des relations entre recherche et cr\u00e9ation formelle, afin d\u2019exposer leurs paradigmes successifs comme autant de \u00ab strates \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dernier terme constitue notre point d\u2019ancrage conceptuel. J\u2019en use dans la perspective ouverte par les travaux de M. Foucault, et notamment dans la synth\u00e8se et la lecture qu\u2019en proposa G. Deleuze. Les strates sont alors :<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026] des formations historiques, positivit\u00e9s ou empiricit\u00e9s. \u00ab Couches s\u00e9dimentaires \u00bb, elles sont faites de choses et de mots, de voir et de parler de visible et de dicible, de plages de visibilit\u00e9 et de champs de lisibilit\u00e9, de contenus et d\u2019expressions<sup><a id=\"appel-note-3\" href=\"#note-3\">3<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour envisager la cr\u00e9ation visuelle comme source et \u00e9l\u00e9ment structurant de la production des savoirs, je propose d\u2019\u00e9tudier les sp\u00e9cificit\u00e9s des r\u00e9partitions entre le visible et l\u2019\u00e9non\u00e7able, telles qu\u2019elles apparaissent dans l\u2019histoire des disciplines scientifiques. Pas apr\u00e8s pas, il s\u2019agit de cheminer dans ces \u00ab couches s\u00e9dimentaires \u00bb afin de saisir l\u2019organisation des similitudes et des diff\u00e9rences qui distinguent ces strates ; et cela afin d\u2019interroger ce qui \u2014 au sein de chacune d\u2019elles \u2014 s\u2019apparenterait \u00e0 de la recherche-cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon propos s\u2019appuie sur la conception d\u2019un caract\u00e8re typographique pour la transcription des hi\u00e9roglyphes \u00e9gyptiens<sup><a id=\"appel-note-4\" href=\"#note-4\">4<\/a><\/sup>. Partant de la demande de cr\u00e9ation formul\u00e9e par les \u00e9gyptologues, ce projet de design forma le seuil d\u2019une recherche sur l\u2019histoire des outils d\u2019\u00e9dition et de la repr\u00e9sentation des inscriptions en \u00e9gyptologie. L\u2019\u00e9tude s\u2019organisa comme une \u00ab arch\u00e9ologie \u00bb de la demande de design. Cette m\u00e9thode fut le creuset d\u2019une r\u00e9flexion sur l\u2019observation des grands changements \u00e9pist\u00e9mologiques qui traversent l\u2019histoire de l\u2019\u00e9gyptologie, tels qu\u2019ils se mat\u00e9rialisent dans les caract\u00e8res hi\u00e9roglyphiques. J\u2019emprunte \u00e0 nouveau \u00e0 M. Foucault le terme \u00ab arch\u00e9ologie \u00bb comme une proposition m\u00e9thodologique pour l\u2019\u00e9tude des fondements de d\u00e9marches de recherche-cr\u00e9ation mises <em>au service<\/em> d\u2019une discipline philologique<sup><a id=\"appel-note-5\" href=\"#note-5\">5<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"section2\">2. La recherche-projet devant l\u2019\u00e9gyptologie<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans un volume consacr\u00e9 aux \u00e9critures \u00e9gyptiennes paru en 2022, l\u2019\u00e9gyptologue D. Meeks dressait un \u00e9tat des lieux cinglant quant aux pratiques de repr\u00e9sentation des hi\u00e9roglyphes. \u00c0 travers l\u2019observation des caract\u00e8res typographiques employ\u00e9s \u00e0 des fins de publication scientifique, l\u2019auteur constate :<\/p>\n\n\n\n<p>Actuellement la typographie num\u00e9rique repr\u00e9sente une r\u00e9gression drastique par rapport aux fontes m\u00e9talliques [\u2026] Jusqu\u2019o\u00f9 doit-on aller dans le d\u00e9tail ? Une communication fine qui soit au mieux conforme aux originaux, quelle que soit leur \u00e9poque, devrait \u00eatre privil\u00e9gi\u00e9e. Mais, bien s\u00fbr, cette approche doit respecter la standardisation exig\u00e9e par la typographie. [\u2026] Pour l\u2019instant, tout ce qui existe comme fonte num\u00e9rique (ou pouvant exister dans un futur proche) d\u00e9rive plus ou moins du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Nous nous trouvons, \u00e0 cet \u00e9gard, dans la m\u00eame situation de t\u00e2tonnement que durant les trente ou quarante ann\u00e9es qui ont suivi le d\u00e9chiffrement des hi\u00e9roglyphes en 1822<sup><a id=\"appel-note-6\" href=\"#note-6\">6<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019embl\u00e9e, l\u2019auteur tisse une relation probl\u00e9matique entre un enjeu de repr\u00e9sentation et de production des savoirs. Cette situation articule un probl\u00e8me de recherche et un probl\u00e8me de cr\u00e9ation graphique. L\u2019inad\u00e9quation des outils typographiques h\u00e9rit\u00e9s de l\u2019histoire des publications s\u2019inscrit dans une r\u00e9flexion \u00e9pist\u00e9mologique amorc\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, vou\u00e9e \u00e0 questionner les regards port\u00e9s sur l\u2019inscription hi\u00e9roglyphique<sup><a id=\"appel-note-7\" href=\"#note-7\">7<\/a><\/sup>. Cette qu\u00eate d\u2019une repr\u00e9sentation conforme \u00e0 un original interroge les cat\u00e9gories et pratiques institutionnalis\u00e9es par l\u2019histoire de la discipline. Modifier les modalit\u00e9s de repr\u00e9sentation \u2014 et donc d\u2019analyse \u2014 du signe hi\u00e9roglyphique accompagne une transformation du discours scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ancrerai \u00e0 pr\u00e9sent mon propos dans le champ sp\u00e9cifique de la recherche-projet, d\u00e9laissant le terme de \u00ab cr\u00e9ation \u00bb<sup><a id=\"appel-note-8\" href=\"#note-8\">8<\/a><\/sup>. Revendiquer le terme nous inscrit dans une perspective d\u00e9finitionnelle pour laquelle la recherche en design rel\u00e8ve d\u2019une activit\u00e9 productrice de connaissances attach\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cologie humaine, int\u00e9grant et s\u2019organisant comme une diversit\u00e9 d\u2019acteurs et de champs disciplinaires<sup><a id=\"appel-note-9\" href=\"#note-9\">9<\/a><\/sup>. Le projet appara\u00eet alors comme un axiome m\u00e9thodologique fondamental pour le design. Insister sur la polarisation de la <em>recherche<\/em> et du <em>projet<\/em> constitue l\u2019enjeu d\u2019une r\u00e9flexion sur l\u2019articulation entre la conception d\u2019objets graphiques et le d\u00e9veloppement de questionnements scientifiques<sup><a id=\"appel-note-10\" href=\"#note-10\">10<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le projet ANRT-V\u00c9gA est celui de la co-conception d\u2019un caract\u00e8re typographique, avec et pour les \u00e9gyptologues du LabEx Archimede, dans le cadre du d\u00e9veloppement du V\u00c9gA<sup><a id=\"appel-note-11\" href=\"#note-11\">11<\/a><\/sup>. Cet ancrage d\u00e9finit le cadre \u00e9pist\u00e9mologique et technologique sp\u00e9cifique de la d\u00e9marche. Les chercheur\u00b7euses approchent la conception comme une recherche d\u2019innovation en professant la r\u00e9alisation d\u2019un <em>nouveau<\/em> caract\u00e8re<sup><a id=\"appel-note-12\" href=\"#note-12\">12<\/a><\/sup> <em>document\u00e9<\/em><sup><a id=\"appel-note-13\" href=\"#note-13\">13<\/a><\/sup>. Ainsi, ils et elles souhaitent distinguer leur approche des caract\u00e8res d\u00e9j\u00e0 mis \u00e0 disposition de la communaut\u00e9 scientifique. Cette qu\u00eate d\u2019innovation esquisse un \u00ab ordre \u00e0 faire advenir \u00bb, vou\u00e9 \u00e0 remplacer un \u00ab ordre \u00e0 \u00e9vincer \u00bb<sup><a id=\"appel-note-14\" href=\"#note-14\">14<\/a><\/sup>. Ce projet ANRT-V\u00c9gA appara\u00eet comme une r\u00e9flexion sur les modalit\u00e9s de production des savoirs en \u00e9gyptologie, et <em>a fortiori<\/em> sur les changements \u00e9pist\u00e9mologiques de la discipline. Il int\u00e8gre l\u2019approche du projet de design d\u00e9finie par le philosophe V. Flusser :<\/p>\n\n\n\n<p>Un projet, c\u2019est comme un filet que l\u2019intelligence rationnelle jette sur une situation donn\u00e9e pour la modifier. Dans cette image, les fils du filet repr\u00e9sentent les r\u00e8gles selon lesquelles la situation doit \u00eatre modifi\u00e9e ; les n\u0153uds sont les points de cristallisation du projet \u00e0 r\u00e9aliser. Le projet indique ce qui doit \u00eatre ; il a valeur imp\u00e9rative. La situation, c\u2019est le donn\u00e9 tel qu\u2019il est ; il a valeur indicative. Dans la r\u00e9alit\u00e9 du projet, l\u2019imp\u00e9ratif et l\u2019indicatif fusionnent, ce qui doit \u00eatre et ce qui est, la valeur et la r\u00e9alit\u00e9 ; les valeurs acc\u00e8dent \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, et la r\u00e9alit\u00e9 acc\u00e8de \u00e0 la valeur<sup><a id=\"appel-note-15\" href=\"#note-15\">15<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Identifier cet imp\u00e9ratif de transformation et le faire advenir cr\u00e9e des attentes en termes de plus-value. Cet indicatif \u00e0 transformer se manifeste ici sous la forme d\u2019une demande structur\u00e9e d\u2019enjeux scientifiques et \u00e9pist\u00e9mologiques. La perspective d\u2019une <em>recherche<\/em> ouverte dans le projet de design constitue un espace de travail sur cette demande, afin d\u2019en questionner les conditions autant que les aboutissements.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9flexions se d\u00e9ploient comme une aspiration scientifique dans le champ du design, en r\u00e9sonance avec les enjeux scientifiques des autres disciplines o\u00f9 s\u2019ancre le projet. La pratique du design graphique se structure autour d\u2019enjeux \u00e9gyptologiques, mais aussi historiques et s\u00e9miotiques. La pratique de la recherche-projet appara\u00eet n\u00e9cessairement interdisciplinaire, et polaris\u00e9e par ces deux termes. Le th\u00e9oricien de la recherche en design A. Findeli propose d\u2019envisager ces p\u00f4les \u00e0 travers deux questions successives : la question de projet, et la question de recherche. D\u00e9riv\u00e9e de la demande, la question de projet d\u00e9termine les enjeux du travail de conception, et appelle \u00e0 la formulation d\u2019une question de recherche<sup><a id=\"appel-note-16\" href=\"#note-16\">16<\/a><\/sup>. Le projet appara\u00eet alors comme un pr\u00e9alable \u00e0 la recherche. Dans le cas du projet ANRT-V\u00c9gA, la d\u00e9marche de design s\u2019ach\u00e8ve par une r\u00e9flexion sur les conditions auxquelles le caract\u00e8re r\u00e9alis\u00e9 peut \u00eatre qualifi\u00e9 d\u2019innovation m\u00e9thodologique et graphique dans le champ de l\u2019\u00e9gyptologie contemporaine. Le projet constitue une r\u00e9ponse \u00e0 la question \u00ab comment innover ? \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Documenter la conception r\u00e9v\u00e9la les maigres ressources disponibles quant \u00e0 l\u2019histoire des caract\u00e8res hi\u00e9roglyphiques<sup><a id=\"appel-note-17\" href=\"#note-17\">17<\/a><\/sup>. Le projet de design r\u00e9v\u00e8le une part aveugle de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de l\u2019\u00e9gyptologie : les enjeux de la mod\u00e9lisation typographique des hi\u00e9roglyphes. D\u00e8s lors, la question de recherche vient questionner ce creux par l\u2019analyse des caract\u00e8res existants : quels environnements techniques, \u00e9ditoriaux, \u00e9pist\u00e9mologiques pr\u00e9figurent les enjeux de la conception du caract\u00e8re ANRT-V\u00c9gA ? Au \u00ab comment \u00bb de la question de recherche succ\u00e8de un \u00ab pourquoi \u00bb. Pourquoi cette demande de conception d\u2019un nouveau caract\u00e8re \u00e9merge-t-elle aux marges de l\u2019\u00e9gyptologie contemporaine ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"section3\">3. Strates typographiques<\/h2>\n\n\n\n<p>La perspective ouverte par ces questions entra\u00eene avec elle tout l\u2019\u00e9difice des pratiques de transcription qui, strate apr\u00e8s strate, expose la transformation des formes graphiques. En \u00e9cho \u00e0 la proposition de D. Meeks d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, la question de recherche nous enfonce dans les recoins de l\u2019\u00e9gyptologie moderne, gagnant les fondements de son institutionnalisation dans la seconde partie du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<sup><a id=\"appel-note-18\" href=\"#note-18\">18<\/a><\/sup>. C\u2019est cette analyse des perspectives ouvertes par le projet que je nomme \u00ab arch\u00e9ologie de la demande \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour poursuivre, il convient de r\u00e9sumer les grandes \u00e9tapes de ce cheminement. Aujourd\u2019hui, la communaut\u00e9 \u00e9gyptologique produit ses transcriptions principalement \u00e0 l\u2019aide de <em>JSesh<\/em>. Ce caract\u00e8re typographique est natif du r\u00e9dacteur de textes \u00e9ponyme, d\u00e9velopp\u00e9 par Serge Rosmorduc et distribu\u00e9 sous licence libre depuis 2006<sup><a id=\"appel-note-19\" href=\"#note-19\">19<\/a><\/sup>. <em>JSesh<\/em> appara\u00eet comme le dernier avatar d\u2019une \u00e9volution des pratiques de transcription amorc\u00e9e par des innovations technologiques \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, lorsque l\u2019astrophysicien Jan Buurman r\u00e9alise le premier hi\u00e9roglyphe dessin\u00e9 sur ordinateur<sup><a id=\"appel-note-20\" href=\"#note-20\">20<\/a><\/sup>. L\u2019origine des glyphes num\u00e9ris\u00e9s disponibles dans <em>JSesh<\/em> n\u2019est document\u00e9e que de fa\u00e7on parcellaire : l\u2019enjeu premier du d\u00e9veloppement de ce r\u00e9dacteur reste la saisie des inscriptions. Le logiciel s\u2019appuie sur le premier standard pour le codage informatique des inscriptions hi\u00e9roglyphiques, publi\u00e9 en 1988<sup><a id=\"appel-note-21\" href=\"#note-21\">21<\/a><\/sup>. Les recherches men\u00e9es durant ces derni\u00e8res d\u00e9cennies du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle polarisent la recherche sur la dimension syntagmatique de l\u2019inscription, davantage que sur sa dimension graphique. La recherche d\u2019un mod\u00e8le num\u00e9rique organise l\u2019articulation de r\u00e9flexions sur le codage des inscriptions hi\u00e9roglyphiques, leur mat\u00e9rialit\u00e9 graphique en lien avec les transformations \u00e9pist\u00e9mologiques induites par ces innovations technologiques. Il se dessine ici une premi\u00e8re strate, r\u00e9sonnant avec l\u2019histoire de la discipline. Le <em>Manuel de Codage<\/em>, en effet, s\u2019appuie sur une version \u00e9tendue de la classification canonique des hi\u00e9roglyphes \u00e9tablie en 1927 par le Britannique Alan H. Gardiner.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9gyptologue publie \u00e0 cette date une grammaire du hi\u00e9roglyphique assortie d\u2019une classification r\u00e9partissant les quelque 750 signes d\u2019\u00e9criture de l\u2019\u00c9gyptien classique en 25 cat\u00e9gories th\u00e9matiques<sup><a id=\"appel-note-22\" href=\"#note-22\">22<\/a><\/sup>. La large diffusion de cette \u00ab <em>Sign List<\/em> \u00bb l\u2019entoure d\u2019un consensus scientifique qui \u00e9rige encore aujourd\u2019hui les caract\u00e8res de la classification comme des mod\u00e8les de repr\u00e9sentation largement diffus\u00e9s, mais aussi repris et modifi\u00e9s au cours des ann\u00e9es 1970 et 1980. L\u2019<em>Egyptian Grammar<\/em> est imprim\u00e9e \u00e0 l\u2019aide d\u2019un caract\u00e8re hi\u00e9roglyphique nouvellement grav\u00e9 d\u2019apr\u00e8s des relev\u00e9s ex\u00e9cut\u00e9s par Nina Davies dans les tombes th\u00e9baines de la XVIII<sup>e<\/sup> dynastie. Cette cr\u00e9ation graphique au service de la recherche scientifique peut-elle \u00eatre envisag\u00e9e comme le fruit d\u2019une d\u00e9marche de \u00ab recherche-projet \u00bb<sup><a id=\"appel-note-23\" href=\"#note-23\">23<\/a><\/sup> ? En effet, commanditer un caract\u00e8re hi\u00e9roglyphique constitue, pour A. H. Gardiner, un espace d\u2019analyse des pratiques \u00e9ditoriales et scientifiques. Conjointement \u00e0 la grammaire, l\u2019auteur publie un sp\u00e9cimen des caract\u00e8res<sup><a id=\"appel-note-24\" href=\"#note-24\">24<\/a><\/sup> dont l\u2019introduction lui permet d\u2019exposer les justes usages de son caract\u00e8re hi\u00e9roglyphique : l\u2019impression \u00e0 des fins grammaticales, et la transcription des textes du Moyen Empire avec lesquels les types entretiennent une proximit\u00e9 \u00e9pigraphique. A. H. Gardiner s\u2019appuie sur une critique des pr\u00e9c\u00e9dents. \u00c0 cette prise de distance correspond l\u2019ouverture d\u2019une nouvelle strate. Il d\u00e9pr\u00e9cie le <em>Theinhardt<\/em>, caract\u00e8re grav\u00e9 entre 1846 et 1875 sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019\u00e9gyptologue allemand Karl Richard Lepsius<sup><a id=\"appel-note-25\" href=\"#note-25\">25<\/a><\/sup>, et s\u2019insurge par ailleurs contre l\u2019usage d\u2019un autre caract\u00e8re \u00ab si peu exact au point de vue pal\u00e9ographique, pour quelque p\u00e9riode que ce soit, qu\u2019il se pr\u00eate \u00e9galement bien pour toutes les p\u00e9riodes \u00bb<sup><a id=\"appel-note-26\" href=\"#note-26\">26<\/a><\/sup>. S\u2019il ne nomme pas l\u2019objet de sa critique, il y a fort \u00e0 parier que l\u2019auteur pointe le dernier grand caract\u00e8re hi\u00e9roglyphique en plomb, grav\u00e9 \u00e0 l\u2019Imprimerie nationale de France entre 1842 et 1852. L\u2019articulation, autant que l\u2019opposition entre ces objets graphiques, manifeste le passage d\u2019une strate \u00e0 l\u2019autre. La r\u00e9alisation du <em>Gardiner<\/em> succ\u00e8de \u00e0 la derni\u00e8re \u00e9tape de notre voyage : les fondements de l\u2019\u00e9gyptologie moderne au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<sup><a id=\"appel-note-27\" href=\"#note-27\">27<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude des archives conserv\u00e9es \u00e0 l\u2019Imprimerie nationale permet aujourd\u2019hui d\u2019affirmer que ce caract\u00e8re hi\u00e9roglyphique fut r\u00e9alis\u00e9 pour partie d\u2019apr\u00e8s les dessins et relev\u00e9s de J.-F. Champollion, et pour partie gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019observation d\u2019inscriptions conserv\u00e9es alors au mus\u00e9e du Louvre ou au Cabinet des M\u00e9dailles et Antiques de la Biblioth\u00e8que nationale<sup><a id=\"appel-note-28\" href=\"#note-28\">28<\/a><\/sup>. Le caract\u00e8re \u2014 grav\u00e9 en silhouette pleine \u2014 n\u2019est donc pas r\u00e9alis\u00e9 d\u2019apr\u00e8s un ensemble monumental, ou une p\u00e9riode pr\u00e9cise de l\u2019histoire \u00e9gyptienne, \u00e0 la diff\u00e9rence du <em>Gardiner<\/em> et du <em>Theinhardt<\/em> \u2014 tous deux grav\u00e9s en lignes claires. Le commentaire d\u2019A. H. Gardiner s\u2019arrime aux publications qui documentent et promeuvent le chantier. En 1845, J.-A. Letronne<sup><a id=\"appel-note-29\" href=\"#note-29\">29<\/a><\/sup> publie un sp\u00e9cimen des premi\u00e8res r\u00e9alisations dans lequel il vante les m\u00e9rites d\u2019un outil dont l\u2019ambition \u00e9tait de \u00ab donner une copie fid\u00e8le et correctement dispos\u00e9e de <em>toutes les l\u00e9gendes hi\u00e9roglyphiques trac\u00e9es sur les monuments anciens<\/em> \u00bb, t\u00e2che qu\u2019il accomplit comme \u00ab une imitation aussi exacte qu\u2019il est possible de le faire, <em>en caract\u00e8res mobiles<\/em>, d\u2019un syst\u00e8me graphique qui est plut\u00f4t une <em>peinture<\/em> qu\u2019une <em>\u00e9criture<\/em> \u00bb. Cette imitation \u00e9tant \u00ab plus pr\u00e8s des formes employ\u00e9es par les \u00c9gyptiens eux-m\u00eames que les diff\u00e9rentes esp\u00e8ces de caract\u00e8res grecs ne le sont des manuscrits anciens et des inscriptions \u00bb<sup><a id=\"appel-note-30\" href=\"#note-30\">30<\/a><\/sup>. Le <em>Gardiner<\/em> et le caract\u00e8re de l\u2019Imprimerie nationale distinguent diff\u00e9rentes postures quant aux enjeux \u00e9pist\u00e9mologiques de la mod\u00e9lisation typographique, et de la stylisation des hi\u00e9roglyphes \u00e9gyptiens. Les formes typographiques ainsi r\u00e9alis\u00e9es ne peuvent \u00e9noncer des choses semblables. Le <em>Gardiner<\/em> est, de l\u2019avis de son commanditaire, adapt\u00e9 \u00e0 la seule reproduction des formes de l\u2019\u00c9gyptien classique, quand le caract\u00e8re de l\u2019Imprimerie nationale fut con\u00e7u pour transcrire indiff\u00e9remment toutes les p\u00e9riodes de la langue.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9veloppement de ces outils graphiques souligne les liens intimes entre mod\u00e9lisation des inscriptions et pratiques de production des connaissances. Ces caract\u00e8res mat\u00e9rialisent des postures \u00e9pist\u00e9mologiques sp\u00e9cifiques. La mod\u00e9lisation typographique de l\u2019inscription d\u00e9signe ce qui est int\u00e9ressant dans le signe d\u2019\u00e9criture aux yeux des chercheur\u00b7euses. La cr\u00e9ation graphique tient un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans la diffusion des textes, facteur cl\u00e9 de la formation d\u2019une communaut\u00e9 scientifique. D\u00e8s lors, la cr\u00e9ation graphique appara\u00eet comme un enjeu premier de l\u2019institutionnalisation de la discipline : <em>de quelles mani\u00e8res<\/em> faut-il reproduire ces inscriptions, quelles qualit\u00e9s graphiques allient une grande clart\u00e9 dans la reconnaissance de la forme, et une grande exigence dans la production des ouvrages ? Cette question s\u2019apparente aux polarit\u00e9s constitutives des d\u00e9marches de recherche-projet. Les caract\u00e8res hi\u00e9roglyphiques appellent \u00e0 un d\u00e9coupage sp\u00e9cifique de l\u2019histoire de la discipline, en lien avec les figures qui sanctionnent certaines pratiques qui s\u2019institutionnalisent. La production des savoirs \u00e9gyptologiques appara\u00eet indissociable des conditions de mod\u00e9lisation et de diffusion des inscriptions : les actes de recherche se cristallisent dans des pratiques visuelles qui rel\u00e8vent de la cr\u00e9ation graphique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"section4\">4. L\u2019arch\u00e9ologie de la demande<\/h2>\n\n\n\n<p>La critique d\u2019A. H. Gardiner \u00e0 l\u2019encontre des travaux de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs expose la relation entre certaines mat\u00e9rialit\u00e9s graphiques dans la repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9criture, et des approches \u00e9pist\u00e9mologiques singuli\u00e8res. Observer l\u2019\u00e9volution des outils de transcription, \u00e0 travers un jeu de diff\u00e9rences et de similitudes, fourmille d\u2019indices quant \u00e0 la \u00ab vision professionnelle \u00bb partag\u00e9e par la communaut\u00e9 des chercheur\u00b7euses, et les modalit\u00e9s selon lesquelles sont soulign\u00e9s les points d\u2019int\u00e9r\u00eats des inscriptions analys\u00e9es<sup><a id=\"appel-note-31\" href=\"#note-31\">31<\/a><\/sup>. D\u00e8s lors, les caract\u00e8res hi\u00e9roglyphiques participent \u00e0 l\u2019unit\u00e9 du corps de savoirs formant la discipline \u00ab \u00e9gyptologie \u00bb<sup><a id=\"appel-note-32\" href=\"#note-32\">32<\/a><\/sup>. On \u00e9tablit un lien entre certains outils de mod\u00e9lisation, et certains modes de construction du discours, comme un point d\u2019observation \u00e0 partir duquel rassembler les discours sur l\u2019\u00c9gypte ancienne relevant de l\u2019\u00e9gyptologie scientifique<sup><a id=\"appel-note-33\" href=\"#note-33\">33<\/a><\/sup>. Les conditions d\u2019existence du discours sont li\u00e9es \u00e0 la production de ses repr\u00e9sentations. Une telle perspective nous invite \u00e0 comprendre comment des savoir-faire, hier de la gravure de poin\u00e7ons, aujourd\u2019hui du design typographique, participent \u00e0 singulariser la production des savoirs au sein d\u2019une discipline donn\u00e9e. Pourquoi r\u00e9aliser un <em>nouveau<\/em> caract\u00e8re scientifique ? De quel(s) h\u00e9ritage(s) se revendique le projet ? L\u2019arch\u00e9ologie foucaldienne, appliqu\u00e9e \u00e0 la demande du projet de design, appara\u00eet comme une m\u00e9thodologie d\u2019entr\u00e9e dans ces questions.<\/p>\n\n\n\n<p>M. Foucault nous propose d\u2019observer les transformations du savoir \u00e0 travers l\u2019arch\u00e9ologie qui :<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026] d\u00e9finit des types et des r\u00e8gles de pratiques discursives qui traversent des \u0153uvres individuelles, qui parfois les commandent enti\u00e8rement et les dominent sans que rien leur \u00e9chappe ; mais qui parfois aussi n\u2019en r\u00e9gissent qu\u2019une partie [\u2026]. Elle n\u2019est rien [\u2026] qu\u2019une r\u00e9\u00e9criture : c\u2019est-\u00e0-dire dans la forme maintenue de l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9, une transformation r\u00e9gl\u00e9e de ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit. Ce n\u2019est pas le retour au secret m\u00eame de l\u2019origine ; c\u2019est la description syst\u00e9matique d\u2019un discours-objet<sup><a id=\"appel-note-34\" href=\"#note-34\">34<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019arch\u00e9ologie permet la description de formations discursives, une \u00ab population d\u2019\u00e9v\u00e8nements dans l\u2019espace du discours \u00bb. Elle expose les structures qui organisent la production de l\u2019\u00e9non\u00e7able gr\u00e2ce \u00e0 une tension fondamentale entre l\u2019objet et les r\u00e8gles de sa production. Elle interroge les discours-objets afin de d\u00e9terminer la mani\u00e8re dont un \u00e9v\u00e8nement discursif peut \u00eatre le m\u00eame \u00e0 travers l\u2019histoire : elle s\u2019inscrit dans la description d\u2019un ensemble de similitudes et de diff\u00e9rences. La difficult\u00e9 consiste alors \u00e0 d\u00e9placer cette m\u00e9thode attach\u00e9e au discours afin qu\u2019elle trouve son articulation au visible.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, l\u2019arch\u00e9ologie d\u2019une demande de conception augure une d\u00e9marche de recherche-projet. Elle se trouve fondamentalement li\u00e9e \u00e0 une certaine articulation entre des modes de repr\u00e9sentation visuelle et des ensembles discursifs. Si le terme de \u00ab recherche-projet \u00bb souligne un attachement contemporain, on retrouve cette articulation \u00e0 chaque \u00e9volution paradigmatique, aux espaces de transition entre les strates. D\u00e8s lors, l\u2019arch\u00e9ologie de la demande, l\u2019\u00e9tude de l\u2019articulation entre \u00ab recherche \u00bb et \u00ab conception graphique \u00bb, permet de saisir l\u2019articulation entre le visible et l\u2019\u00e9non\u00e7able \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des disciplines. G. Deleuze, dans sa lecture des travaux de M. Foucault, expose la mani\u00e8re dont ces deux polarit\u00e9s forment les \u00e9l\u00e9ments fondamentaux d\u2019une compr\u00e9hension de la constitution des savoirs, \u00ab agencement[s] pratique[s], [des] \u201cdispositif[s]\u201d<sup><a id=\"appel-note-35\" href=\"#note-35\">35<\/a><\/sup> d\u2019\u00e9nonc\u00e9s et de visibilit\u00e9s \u00bb<sup><a id=\"appel-note-36\" href=\"#note-36\">36<\/a><\/sup>. L\u2019arch\u00e9ologie permet d\u2019\u00e9tudier les discours scientifiques afin de saisir le r\u00e9gime de vision instaur\u00e9 par les outils de repr\u00e9sentation. L\u2019assertion de G. Deleuze nous invite \u00e0 \u00ab fendre \u00bb les choses, les artefacts graphiques, afin d\u2019observer la r\u00e9partition et l\u2019articulation du \u00ab dire \u00bb et du \u00ab voir \u00bb et d\u2019exposer un r\u00e9gime de savoirs : \u00e0 travers ces repr\u00e9sentations et mod\u00e9lisations, que nous disent les chercheur\u00b7euses des objets qu\u2019ils et elles \u00e9tudient ? Comment la repr\u00e9sentation devient-elle le creuset de l\u2019expression d\u2019une posture \u00e9pist\u00e9mologique sp\u00e9cifique ? La d\u00e9marche nous permet d\u2019acc\u00e9der aux enjeux de la production de la repr\u00e9sentation, et par cons\u00e9quent \u00e0 ceux de la recherche-projet. La pratique arch\u00e9ologique se trouve intimement li\u00e9e \u00e0 l\u2019identification et \u00e0 la s\u00e9paration de ces \u00ab strates \u00bb de visibilit\u00e9s et de discours qui exposent les grands mouvements de formation et de transformation des savoirs. La conception graphique ouvre \u00e0 la production d\u2019un ensemble de connaissances sur l\u2019histoire de l\u2019\u00e9gyptologie. Le d\u00e9ploiement d\u2019une pratique \u2014 hier de cr\u00e9ation typographique, aujourd\u2019hui de design \u2014 dans les milieux acad\u00e9miques souligne la dimension structurante de la repr\u00e9sentation quant \u00e0 la production des savoirs. Loin d\u2019\u00eatre cantonn\u00e9 \u00e0 un r\u00f4le d\u2019illustration, \u00e0 un \u00ab \u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u00bb du discours, le r\u00f4le analytique de la repr\u00e9sentation invite \u00e0 rompre avec une approche logocentr\u00e9e des savoirs. La recherche-projet appara\u00eet alors comme un outil d\u2019analyse de la transformation des disciplines scientifiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"section5\">5. G\u00e9ologie des pratiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Revenons au projet ANRT-V\u00c9gA. En questionnant les fondements de la conception, en pratiquant l\u2019arch\u00e9ologie de la demande, le projet organise en strates successives les diff\u00e9rents caract\u00e8res hi\u00e9roglyphiques, distinguant ces mod\u00e9lisations typographiques comme autant de postures \u00e9pist\u00e9mologiques singuli\u00e8res. L\u2019\u00e9volution de ces articulations entre mode de repr\u00e9sentation et discours scientifique dessine les couches g\u00e9ologiques qui composent la discipline.<\/p>\n\n\n\n<p>Les artefacts graphiques produits par des d\u00e9marches articulant recherche acad\u00e9mique et production graphique forment alors la cl\u00e9 de vo\u00fbte d\u2019un vaste r\u00e9seau m\u00e9diatique et \u00e9ditorial complexe au sein duquel transpara\u00eet un moment de fixation des pratiques. La recherche-projet importe des m\u00e9thodes et des questionnements propres au design graphique qui traversent des pratiques institutionnalis\u00e9es. Elle en questionne alors les fondements en d\u00e9pla\u00e7ant l\u2019attention depuis l\u2019enjeu discursif sur la dimension visuelle. Lorsqu\u2019elle s\u2019ancre dans le champ sp\u00e9cifique du design graphique, le \u00ab pourquoi \u00bb soulev\u00e9 par l\u2019arch\u00e9ologie de la demande constitue un point d\u2019entr\u00e9e dans l\u2019analyse des syst\u00e8mes de signes, non comme des donn\u00e9es existantes, mais en polarisant notre attention sur les conditions auxquelles ceux-ci furent con\u00e7us.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019arch\u00e9ologie montre alors que l\u2019articulation entre discours et repr\u00e9sentation est bien une construction \u00e9pist\u00e9mologique. La formation ainsi constitu\u00e9e s\u2019attache \u00e0 des ensembles signifiants qui d\u00e9bordent le simple cadre du discours et de la repr\u00e9sentation. L\u2019arch\u00e9ologie expose des articulations toujours renouvel\u00e9es entre le visible et le dicible. C\u2019est l\u00e0 la contribution de la recherche-projet aux \u00e9pist\u00e9mologies o\u00f9 s\u2019ancrent des d\u00e9marches de design. La polarit\u00e9 visible-\u00e9non\u00e7able, constitutive des savoirs, appara\u00eet comme un outil d\u2019appr\u00e9hension des \u00e9v\u00e8nements qui organisent une recherche-projet. Embrasser l\u2019appr\u00e9hension des savoirs comme une perp\u00e9tuelle dualit\u00e9 souligne la qualit\u00e9 heuristique de ces polarisations. L\u2019articulation des p\u00f4les ouvre \u00e0 une nouvelle d\u00e9clinaison rejou\u00e9e \u00e0 chaque strate, de la recherche \u00e0 la conception graphique, du lisible au visible, du scientifique au subjectif, de l\u2019objectif au subjectif, etc. Au sein de chaque strate se trouvent rejou\u00e9es les d\u00e9finitions et \u00e9l\u00e9ments attach\u00e9s \u00e0 ces polarit\u00e9s. Davantage que le contenu de ces extr\u00e9mit\u00e9s, notre attention se porte sur l\u2019articulation. La dualit\u00e9 est au c\u0153ur de cette m\u00e9thodologie d\u2019analyse des savoirs. Les artefacts produits par la recherche-projet apparaissent comme d\u00e9positaires de pratiques partag\u00e9es et fix\u00e9es par une communaut\u00e9 de recherche. Ces formes graphiques ouvrent \u00e0 un ensemble de r\u00e9flexions sur les pratiques intellectuelles et sociales ayant contribu\u00e9 \u00e0 les instaurer. L\u2019\u00e9tude de la constitution des syst\u00e8mes de signes \u2014 l\u2019arch\u00e9ologie de la demande \u2014 n\u2019est alors plus la finalit\u00e9 de l\u2019\u00e9tude. Elle devient en effet le seuil \u00e0 partir duquel la recherche peut questionner les pratiques constitutives des objets graphiques et les savoirs mobilis\u00e9s par le design.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9flexion sur le \u00ab pourquoi \u00bb innover, l\u2019arch\u00e9ologie de la demande r\u00e9v\u00e8le les motifs figuratifs qui traversent l\u2019histoire de la discipline, et les variations graphiques qui fixent certains \u00e9tats des pratiques et des connaissances. L\u2019arch\u00e9ologie dessine ainsi les grands mouvements de transformations des syst\u00e8mes de signes, autant qu\u2019elle permet de saisir la mani\u00e8re dont se r\u00e9partit et s\u2019articule le champ de l\u2019\u00e9non\u00e7able et celui de la repr\u00e9sentation. Loin de pr\u00e9senter une histoire lin\u00e9aire des savoirs, elle expose l\u2019interp\u00e9n\u00e9tration essentielle des pratiques discursives et des pratiques de repr\u00e9sentation. Ici, \u00e0 nouveau, nous ne sortons pas des dualit\u00e9s, des articulations qu\u2019assemble le tiret entre \u00ab recherche \u00bb et \u00ab projet \u00bb, entre \u00ab recherche \u00bb et \u00ab cr\u00e9ation \u00bb. Ces labels jouent, d\u00e9placent, modifient les relations entre \u00ab dire \u00bb et \u00ab voir \u00bb constitutives des savoirs eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"notes\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"note-1\"><sup>1<\/sup> Cette perspective emprunte aux travaux questionnant l\u2019impact de la mat\u00e9rialit\u00e9 des savoirs, de leur circulation et de leur repr\u00e9sentation dans les transformations \u00e9pist\u00e9mologiques des disciplines, \u00e0 l\u2019instar des travaux de Bruno LATOUR sur <em>La Science en action<\/em> (Paris, La D\u00e9couverte, 1989), des \u00e9tudes dirig\u00e9es par Christian JACOB sur les savoirs consid\u00e9r\u00e9s depuis leur production plut\u00f4t que comme des contenus objectiv\u00e9s (<em>Lieux de savoir (2\/2) Les mains de l\u2019intellect<\/em>, Paris, Albin Michel, 2007), de l\u2019histoire des repr\u00e9sentations scientifiques prises par le prisme de l\u2019objectivit\u00e9 (Lorraine DASTON et Peter GALISON, <em>Objectivit\u00e9<\/em> [2007], Paris, Presses du r\u00e9el, 2012), et des consid\u00e9rations sur les qualit\u00e9s heuristiques de la production mat\u00e9rielle des savoirs (Jean-Fran\u00e7ois BERT et J\u00e9r\u00f4me LAMY, <em>Voir les savoirs : Lieux, objets et gestes de la science<\/em>, Paris : Anamosa, 2021). Ces travaux pr\u00e9viennent d\u2019une tentative d\u2019analyse \u00e9pist\u00e9mologique uniquement vers\u00e9e sur la production du discours scientifique. <a href=\"#appel-note-1\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-2\"><sup>2<\/sup> Les lecteur\u00b7ices noteront que cet article navigue entre usage du point m\u00e9dian et pr\u00e9dominance du masculin. J\u2019use du masculin g\u00e9n\u00e9rique lorsque je mentionne des groupes de recherche d\u2019o\u00f9 les chercheuses \u00e9taient absentes \u2014 notamment en \u00e9gyptologie. <a href=\"#appel-note-2\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-3\"><sup>3<\/sup> DELEUZE, Gilles. <em>Foucault<\/em>, 1986, p. 55. <a href=\"#appel-note-3\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-4\"><sup>4<\/sup> Entre octobre 2015 et f\u00e9vrier 2019, je travaillais au d\u00e9veloppement du projet ANRT-V\u00c9gA dans le cadre d\u2019un post-master \u00e0 l\u2019Atelier National de Recherche Typographique. L\u2019ANRT (ENSAD Nancy) propose \u00e0 ses \u00e9tudiants de d\u00e9velopper un projet de recherche dans le champ du livre ou de la typographie. Un axe de recherche de l\u2019atelier est consacr\u00e9 au d\u00e9veloppement de syst\u00e8mes typographiques \u00e0 destination de la recherche acad\u00e9mique, et notamment linguistique ou philologique. <a href=\"https:\/\/anrt-nancy.fr\/fr\">https:\/\/anrt-nancy.fr\/fr<\/a>, consult\u00e9e le 06 ao\u00fbt 2025. Le projet ANRT-V\u00c9gA fut conduit entre octobre 2015 et mars 2017, d\u00e9velopp\u00e9 au sein du LabEx Archimede de l\u2019Universit\u00e9 Paul-Val\u00e9ry Montpellier 3 jusqu\u2019en f\u00e9vrier 2019 en collaboration avec Charl\u00e8ne Cassier, Magali Massiera et Fr\u00e9d\u00e9ric Rouffet sous la supervision du Professeur Fr\u00e9d\u00e9ric Servajean. <a href=\"#appel-note-4\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-5\"><sup>5<\/sup> Dans <em>L\u2019arch\u00e9ologie du savoir<\/em> (Paris, Gallimard, 1969), M. Foucault s\u2019attache \u00e0 l\u2019\u00e9tude des grandes formations discursives et des \u00e9nonc\u00e9s. Il d\u00e9finit alors l\u2019archive comme le syst\u00e8me de formation et de transformation des \u00e9nonc\u00e9s, unit\u00e9s premi\u00e8res et ind\u00e9composables, \u00ab atome[s] du discours \u00bb. L\u2019arch\u00e9ologie, quant \u00e0 elle, permet de d\u00e9finir les discours comme des pratiques ob\u00e9issant \u00e0 des r\u00e8gles. Tout au long de cet article, le terme est \u00e0 envisager uniquement dans une perspective foucaldienne, et ne d\u00e9signe en rien la discipline d\u2019\u00e9tude de vestiges mat\u00e9riels. <a href=\"#appel-note-5\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-6\"><sup>6<\/sup> MEEKS, Dimitri. \u00ab La mat\u00e9rialit\u00e9 des hi\u00e9roglyphes et sa transposition typographique \u00bb. In POLIS, St\u00e9phane (dir.). <em>Guide des \u00e9critures de l\u2019\u00c9gypte ancienne<\/em>. Le Caire : Institut fran\u00e7ais d\u2019arch\u00e9ologie orientale, 2022, p. 172. <a href=\"#appel-note-6\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-7\"><sup>7<\/sup> En 2004, le m\u00eame D. Meeks \u00e9dite \u00e0 l\u2019IFAO les <em>Architraves du Temple d\u2019Esna<\/em>, volume inaugural de la collection des <em>Pal\u00e9ographies hi\u00e9roglyphiques<\/em>. Ces ouvrages reproduisent \u00e0 l\u2019aide de fac-simil\u00e9s dessin\u00e9s tr\u00e8s pr\u00e9cis l\u2019ensemble des hi\u00e9roglyphes grav\u00e9s ou peints \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un monument, afin d\u2019\u00e9tablir des comparaisons et un commentaire sur leur morphologie. Cette collection vise \u00e0 \u00e9tablir un corpus hi\u00e9roglyphique pr\u00e9cis et document\u00e9 permettant d\u2019\u00e9tudier les transformations des hi\u00e9roglyphes, tout en polarisant l\u2019attention des chercheurs sur la dimension graphique des inscriptions. Il s\u2019agit de renouveler l\u2019\u00e9tude des hi\u00e9roglyphes, longtemps port\u00e9e sur la dimension linguistique des textes gr\u00e2ce \u00e0 une attention soutenue quant \u00e0 leur mat\u00e9rialit\u00e9 dans l\u2019interpr\u00e9tation. <a href=\"#appel-note-7\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-8\"><sup>8<\/sup> La substitution du \u00ab projet \u00bb \u00e0 la \u00ab cr\u00e9ation \u00bb permet d\u2019attacher mon propos \u00e0 une perspective m\u00e9thodologique attach\u00e9e aux sciences du design qui forge la polarit\u00e9 \u00ab recherche-projet \u00bb pour sp\u00e9cifier un domaine de la recherche-cr\u00e9ation. La d\u00e9marche s\u2019appuie sur un projet de design, \u00e9quivalent du terrain aux sciences sociales, avec pour ambition la conception d\u2019artefacts \u2014 ici graphiques \u2014, tout en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 l\u2019articulation autant qu\u2019\u00e0 la distinction entre les dimensions \u00ab design \u00bb et \u00ab recherche \u00bb de la pratique. RAICHE-SAVOIE, Genevi\u00e8ve, DEMENE, Claudia. \u00ab La pluralit\u00e9 de la recherche en design : tentative de clarification et de mod\u00e9lisation de la recherche-action, de la recherche-cr\u00e9ation et de la recherche-projet \u00bb. <em>Sciences du design<\/em>, 2022\/2, n<sup>o<\/sup>16, p. 10-29. <a href=\"#appel-note-8\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-9\"><sup>9<\/sup> FINDELI, Alain. \u00ab La recherche-projet : une m\u00e9thode pour la recherche en design \u00bb. In MICHEL, R. (dir.), <em>Erstes Designforschungssymposium<\/em>, Zurich : SwissDesignNetwork, 2005, p. 40-51. <a href=\"#appel-note-9\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-10\"><sup>10<\/sup> Dans un article \u00ab manifeste \u00bb publi\u00e9 en 2015, Lysianne L\u00e9chot Hirt nous met en garde contre une tendance \u00ab scientiste \u00bb des d\u00e9marches de recherche-projet en design, nous invitant \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re dont nous prenons position \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la \u00ab rigueur \u00bb scientifique. Pr\u00e9cis\u00e9ment, elle r\u00e9fute une pratique excessivement scientifique qui s\u2019opposerait \u00e0 la cr\u00e9ation, positionnant ici le c\u0153ur d\u2019une r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie du design : \u00ab Affirmer que rigueur \u00e9pist\u00e9mologique et cr\u00e9ation ne s\u2019opposent pas demande \u00e0 pr\u00e9ciser ce qu\u2019est l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de la recherche en design. \u00bb L\u00c9CHOT HIRT, Lysianne. \u00ab Recherche-cr\u00e9ation en design \u00e0 plein r\u00e9gime : un constat, un manifeste, un programme \u00bb. <em>Sciences du design<\/em>, 2015\/1, n<sup>o<\/sup>1, p. 37-44. Une r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019article fut publi\u00e9e dans le num\u00e9ro suivant, faisant \u00e9tat des discussions autour de ces enjeux : GAUTHIER, Philippe. \u00ab Cr\u00e9ation contre sciences en design, les conditions d\u2019un vrai d\u00e9bat : r\u00e9ponse \u00e0 Lysianne L\u00e9chot Hirt \u00bb. <em>Sciences du design<\/em>, 2015\/2, n<sup>o<\/sup>2, p. 65-70. <a href=\"#appel-note-10\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-11\"><sup>11<\/sup> Initi\u00e9 en 2011 par le LabEx Archimede de l\u2019UPVM, le chantier du Vocabulaire de l\u2019\u00c9gyptien Ancien (V\u00c9gA) d\u00e9veloppe le premier dictionnaire num\u00e9rique \u00e9volutif consacr\u00e9 \u00e0 cette langue. L\u2019outil concentre, hi\u00e9rarchise et organise la documentation lexicographique sur l\u2019\u00c9gyptien ancien. <a href=\"http:\/\/vega-vocabulaire-egyptien-ancien.fr\/le-vega\/historique-du-projet\/\">http:\/\/vega-vocabulaire-egyptien-ancien.fr\/le-vega\/historique-du-projet\/<\/a>, consult\u00e9e le 24 f\u00e9vrier 2025. La d\u00e9marche de conception est pr\u00e9sent\u00e9e dans FOURNIER, Pierre. \u00ab Num\u00e9riser les hi\u00e9roglyphes : retour d\u2019exp\u00e9rience en design typographique \u00bb. <em>\u00c9criture et image, \u00ab \u00e9pigraphistes au travail \u00bb<\/em>, n\u00b06, \u00e0 para\u00eetre. <a href=\"#appel-note-11\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-12\"><sup>12<\/sup> \u00ab Caract\u00e8re \u00bb d\u00e9signe ici l\u2019outil typographique dans son ensemble. Chaque figure sp\u00e9cifique composant ce syst\u00e8me de transcription est nomm\u00e9e \u00ab glyphe \u00bb. <a href=\"#appel-note-12\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-13\"><sup>13<\/sup> Le terme s\u2019entend \u00e0 deux endroits. D\u2019une part, chaque glyphe doit \u00eatre mod\u00e9lis\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019observation et de la synth\u00e8se d\u2019un ensemble de relev\u00e9s \u00e9pigraphiques. Cela permet de justifier des choix de mod\u00e9lisation aupr\u00e8s de la communaut\u00e9 scientifique. D\u2019autre part, toutes les \u00e9tapes du processus de design firent l\u2019objet d\u2019un archivage pr\u00e9cis. Les documents graphiques ainsi constitu\u00e9s sont r\u00e9partis en six dossiers tra\u00e7ant les grandes \u00e9tapes du projet : 1. Recherches pr\u00e9liminaires ; 2. Mise en silhouette et \u00e9tude des proportions ; 3. \u00c9tude de la r\u00e9duction typographique ; 4. Construction de l\u2019ordre graphique ; 5. Int\u00e9gration des figures \u00e0 l\u2019ordre graphique ; 6. Corrections scientifiques. <a href=\"#appel-note-13\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-14\"><sup>14<\/sup> BOUTINET, Jean-Pierre. <em>Anthropologie du projet<\/em>, 2<sup>e<\/sup> \u00e9dition. Paris : PUF, 1990. L\u2019auteur d\u00e9crit le projet comme un d\u00e9sir collectif d\u2019appropriation, une absence, une figure d\u2019anticipation qui se d\u00e9truit dans le temps m\u00eame o\u00f9 elle advient. Le projet int\u00e8gre donc toujours cette perspective transformatrice et m\u00e9liorative. <a href=\"#appel-note-14\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-15\"><sup>15<\/sup> FLUSSER, Vil\u00e9m. <em>Petite philosophie du design<\/em>. Belval : Circ\u00e9, 2002, p. 94. <a href=\"#appel-note-15\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-16\"><sup>16<\/sup> FINDELI, Alain. \u00ab La recherche-projet en design et la question de la question de recherche : essai de clarification conceptuelle \u00bb. <em>Sciences du Design<\/em>, 2015\/1, n<sup>o<\/sup>1, p. 45-57. <a href=\"#appel-note-16\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-17\"><sup>17<\/sup> Peu de chercheurs en \u00e9gyptologie se sont pench\u00e9s sur les questions \u00e9pist\u00e9mologiques soulev\u00e9es par la conception des outils d\u2019\u00e9dition. Dans le champ contemporain, au nom de D. Meeks d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 peuvent \u00eatre ajout\u00e9s ceux de S. Polis \u2014 compagnon de travail de S. Rosmorduc \u2014, ou encore ceux des \u00e9gyptologues du groupe \u00ab Informatique et \u00e9gyptologie \u00bb, emmen\u00e9s par N. Grimal dans les ann\u00e9es 1980 et dont les travaux furent centraux dans le d\u00e9veloppement d\u2019outils num\u00e9riques pour la transcription des hi\u00e9roglyphes \u00e9gyptiens. Cependant, une histoire globale de la typographie hi\u00e9roglyphique, embrassant les enjeux \u00e9pist\u00e9mologiques d\u2019un tel chantier, reste \u00e0 \u00e9crire. <a href=\"#appel-note-17\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-18\"><sup>18<\/sup> La profession admet que la discipline acad\u00e9mique na\u00eet avec la publication en 1822 de la <em>Lettre \u00e0 Monsieur Dacier<\/em> dans laquelle Jean-Fran\u00e7ois Champollion expose \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des Inscriptions et Belles Lettres la mani\u00e8re dont il a d\u00e9chiffr\u00e9 les noms de Cl\u00e9op\u00e2tre et Alexandre par comparaison des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture \u2014 hi\u00e9roglyphique, d\u00e9motique, grec \u2014 sur la Pierre de Rosette. <a href=\"#appel-note-18\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-19\"><sup>19<\/sup> Fort d\u2019une importante biblioth\u00e8que de signes, <em>JSesh<\/em> ne propose cependant pas de documentation pr\u00e9cise quant aux choix op\u00e9r\u00e9s dans leur s\u00e9lection et leur mod\u00e9lisation typographique. <a href=\"https:\/\/jsesh.qenherkhopeshef.org\/fr\">https:\/\/jsesh.qenherkhopeshef.org\/fr<\/a>, consult\u00e9e le 14 septembre 2025. <a href=\"#appel-note-19\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-20\"><sup>20<\/sup> BUURMAN, Jan. \u00ab Printing of Egyptian Hieroglyphs by Means of a Computeur \u00bb. <em>Informatique et \u00e9gyptologie<\/em>, n\u00b01 : actes de la table ronde \u00ab Informatique appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gyptologie \u00bb, 26-28 juin 1984. Paris, Centre National de la Recherche Scientifique, 1985, p. 13-16. <a href=\"#appel-note-20\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-21\"><sup>21<\/sup> BUURMAN, Jan <em>et al.<\/em> <em>Informatique et \u00e9gyptologie : manuel de codage des textes hi\u00e9roglyphiques en vue de leur saisie par ordinateur<\/em>. Paris : De Boccard, 1988. <a href=\"#appel-note-21\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-22\"><sup>22<\/sup> GARDINER, Alan Henderson. <em>Egyptian Grammar<\/em>, Oxford, Oxford University Press [1927, 3<sup>e<\/sup> \u00e9dition], 1957, p. 438-543. L\u2019\u00e9gyptien classique correspond \u00e0 la langue employ\u00e9e au Moyen Empire (2033-1786 av. J.-C.). Le hi\u00e9roglyphe figurant une chouette, par exemple, se voit attribuer le code G17, \u00ab G \u00bb d\u00e9signant la cat\u00e9gorie des oiseaux. <a href=\"#appel-note-22\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-23\"><sup>23<\/sup> Afin de r\u00e9fl\u00e9chir aux parent\u00e9s entre des pratiques de cr\u00e9ation graphiques historiques et ce que l\u2019on regroupe aujourd\u2019hui comme \u00ab recherche-projet \u00bb, j\u2019investis le potentiel anachronique de la proposition. <a href=\"#appel-note-23\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-24\"><sup>24<\/sup> GARDINER, Alan Henderson. <em>Catalogue of the Egyptian Hieroglyphs Printing Type Matrices in the Possession of Dr. Alan H. Gardiner<\/em>. Oxford, Oxford University Press, 1927. <a href=\"#appel-note-24\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-25\"><sup>25<\/sup> Le <em>Theinhardt<\/em> est grav\u00e9 d\u2019apr\u00e8s des mod\u00e8les de la XXVI<sup>e<\/sup> dynastie dite \u00ab sa\u00efte \u00bb. L\u2019\u00e9pigraphie sa\u00efte se caract\u00e9rise par une grande clart\u00e9. Les signes d\u2019\u00e9criture sont simplifi\u00e9s, les trac\u00e9s rigoureux, ce qui conf\u00e8re \u2014 d\u2019apr\u00e8s K. R. Lepsius \u2014 \u00e0 ces inscriptions toutes les qualit\u00e9s attendues d\u2019un mod\u00e8le pour la normalisation typographique. A. H. Gardiner reproche quant \u00e0 lui au <em>Theinhardt<\/em> des caract\u00e8res trop hauts, qui se m\u00ealent disgracieusement au latin. LEPSIUS, Karl Richard. <em>Liste der hieroglyphischen Typen aus der Schriftgiesserei des Herrn F. Theinhardt in Berlin<\/em>. Berlin, G. Vogt, 1875. <a href=\"#appel-note-25\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-26\"><sup>26<\/sup> GARDINER, <em>Catalogue\u2026<\/em>, op. cit., p. 11. <a href=\"#appel-note-26\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-27\"><sup>27<\/sup> La gravure de caract\u00e8res hi\u00e9roglyphiques appara\u00eet apr\u00e8s 1822 comme un enjeu important de la diffusion des savoirs et du d\u00e9veloppement de l\u2019institutionnalisation des pratiques. Le d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9 de Champollion en 1832 laisse l\u2019immense majorit\u00e9 de ses travaux non publi\u00e9s. La diffusion de ces \u00e9crits sera la t\u00e2che de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Jacques-Joseph Champollion-Figeac, qui, d\u00e8s la \u00ab Pr\u00e9face de l\u2019\u00e9diteur \u00bb qu\u2019il r\u00e9dige pour la <em>Grammaire \u00e9gyptienne<\/em> publi\u00e9e en 1836, appelle \u00e0 la fonte de caract\u00e8res mobiles en plomb pour l\u2019impression du hi\u00e9roglyphique. <a href=\"#appel-note-27\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-28\"><sup>28<\/sup> L\u2019Atelier du Livre d\u2019art et de l\u2019Estampe, branche de l\u2019Imprimerie nationale en charge de la conservation et de la valorisation de son patrimoine, conserve une importante s\u00e9rie de dessins et de documents pr\u00e9paratoires \u00e0 la gravure des poin\u00e7ons hi\u00e9roglyphiques. FOURNIER, Pierre. \u00ab Apr\u00e8s le d\u00e9chiffrement, \u00e9diter l\u2019\u00e9gyptologie. La cr\u00e9ation du caract\u00e8re hi\u00e9roglyphique de l\u2019Imprimerie nationale (1842-1852) \u00bb. <em>Bulletin du bibliophile<\/em>, 2022\/2, n\u00b0376, p. 233-258. <a href=\"#appel-note-28\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-29\"><sup>29<\/sup> J.-A. Letronne (1787-1848) est un philologue, hell\u00e9niste et \u00e9gyptologue fran\u00e7ais. Il fut le premier chercheur \u00e0 superviser la gravure des poin\u00e7ons hi\u00e9roglyphiques \u00e0 l\u2019Imprimerie nationale. <a href=\"#appel-note-29\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-30\"><sup>30<\/sup> LETRONNE, Jean-Antoine. \u00ab Table d\u2019Abydos imprim\u00e9e en caract\u00e8res mobiles, sp\u00e9cimen d\u2019une reproduction typographique des hi\u00e9roglyphes \u00e9gyptiens \u00bb. <em>Revue Arch\u00e9ologique<\/em>, 2<sup>e<\/sup> ann\u00e9e (1), p. 194, 204-205. <a href=\"#appel-note-30\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-31\"><sup>31<\/sup> L\u2019anthropologue C. Goodwin d\u00e9termine trois \u00e9l\u00e9ments constitutifs d\u2019une \u00ab vision professionnelle \u00bb : des sch\u00e9mas d\u2019encodage (<em>coding schemes<\/em>), \u00e0 m\u00eame de transformer un ph\u00e9nom\u00e8ne en objet de connaissance, des op\u00e9rations de s\u00e9lection de certains ph\u00e9nom\u00e8nes (<em>highlighting<\/em>), et la production de repr\u00e9sentations. Ainsi se construit une vision professionnelle par laquelle une communaut\u00e9 organise une certaine mani\u00e8re de voir et d\u2019appr\u00e9hender certains objets. GOODWIN, Charles. \u00ab Professional Vision \u00bb. <em>American Anthropologist<\/em>, 96\/3, sept. 1994, p. 606-633. <a href=\"#appel-note-31\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-32\"><sup>32<\/sup> Une discipline recouvre un corps de savoirs constitu\u00e9 d\u2019un objet, d\u2019une m\u00e9thode et d\u2019un programme. Lorsqu\u2019il d\u00e9signe une science, le terme discipline acte un haut degr\u00e9 de stabilisation d\u2019une pratique de production des connaissances. FABIANI, Jean-Louis. \u00ab \u00c0 quoi sert la notion de discipline ? \u00bb. In FABIANI, Jean-Louis, BOUTIER, Jean, PASSERON, Jean-Charles (dir.), <em>Qu\u2019est-ce qu\u2019une discipline ?<\/em> Paris : \u00c9ditions de l\u2019EHESS, 2006, p. 11-34. <a href=\"#appel-note-32\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-33\"><sup>33<\/sup> La d\u00e9finition de J.-L. Fabiani s\u2019ancre dans celle de M. Foucault qui d\u00e9finit les disciplines comme un syst\u00e8me anonyme mis \u00e0 disposition pour la production de propositions nouvelles, adress\u00e9es \u00e0 un plan d\u2019objets d\u00e9termin\u00e9s. Cependant, la discipline se d\u00e9finit aussi par son ext\u00e9riorit\u00e9, les propositions qu\u2019elle repousse hors de son champ. Elle constitue un principe de production du discours dans une r\u00e9actualisation permanente des r\u00e8gles qui la constituent. FOUCAULT, Michel. <em>L\u2019ordre du discours<\/em>. Paris : Gallimard, 1971. <a href=\"#appel-note-33\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-34\"><sup>34<\/sup> FOUCAULT, Michel. <em>L\u2019arch\u00e9ologie du savoir<\/em>. Paris : Gallimard, 1969, p. 188-190. <a href=\"#appel-note-34\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-35\"><sup>35<\/sup> DELEUZE, Gilles. <em>Foucault<\/em>, 1986, p. 58. Bien qu\u2019il ne le cite pas explicitement, les guillemets qui encerclent le terme \u00ab dispositif \u00bb nous invitent \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019usage foucaldien du terme. M. Foucault, dans <em>La Volont\u00e9 de Savoir<\/em> (Paris, Gallimard, 1976), \u00e9voque le \u00ab dispositif de sexualit\u00e9 \u00bb, d\u00e9signant un ensemble d\u2019\u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, institutions, discours, am\u00e9nagements de l\u2019espace, etc., qui agissent comme des r\u00e9seaux de pouvoirs sur les individus. Il pr\u00e9cise cette d\u00e9finition dans \u00ab Le jeu de Michel Foucault \u00bb en instituant la relation de ces \u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes au savoir. Le dispositif d\u00e9signe \u00ab des strat\u00e9gies de rapports de force supportant des types de savoir, et support\u00e9s par eux \u00bb. FOUCAULT, Michel. \u00ab Le jeu de Michel Foucault \u00bb. In <em>Dits et \u00c9crits<\/em> III\/III. Paris, Gallimard, 1994 [1977], p. 300. <a href=\"#appel-note-35\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<p id=\"note-36\"><sup>36<\/sup> DELEUZE, Gilles. <em>Foucault<\/em>. Paris : Minuit, 1986, p. 58-59. <a href=\"#appel-note-36\">\u21a9<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"bibliographie\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>BERT, Jean-Fran\u00e7ois, LAMY, J\u00e9r\u00f4me. <em>Voir les savoirs : Lieux, objets et gestes de la science<\/em>. Paris : Anamosa, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p>BOUTINET, Jean-Pierre. <em>Anthropologie du projet<\/em>. Paris : PUF, 1990 [2<sup>e<\/sup> \u00e9dition].<\/p>\n\n\n\n<p>BOUTIER, Jean, PASSERON, Jean-Charles (dir.). <em>Qu\u2019est-ce qu\u2019une discipline ?<\/em> Paris : \u00c9ditions de l\u2019EHESS, 2006, p. 11-34.<\/p>\n\n\n\n<p>BUURMAN, Jan. \u00ab Printing of Egyptian Hieroglyphs by Means of a Computeur \u00bb. <em>Informatique et \u00e9gyptologie<\/em>, n\u00b01 : actes de la table ronde \u00ab Informatique appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gyptologie \u00bb, 26-28 juin 1984. Paris : Centre National de la Recherche Scientifique, 1985, p. 13-16.<\/p>\n\n\n\n<p>BUURMAN, Jan <em>et al.<\/em> <em>Informatique et \u00e9gyptologie : manuel de codage des textes hi\u00e9roglyphiques en vue de leur saisie par ordinateur<\/em>. Paris : De Boccard, 1988.<\/p>\n\n\n\n<p>DASTON, Lorraine, GALISON, Peter. <em>Objectivit\u00e9<\/em>. Paris : Presses du r\u00e9el, 2012 [2007, RENAUT, Sophie, QUINIOU, H\u00e9l\u00e8ne, trad.].<\/p>\n\n\n\n<p>DELEUZE, Gilles. <em>Foucault<\/em>. Paris : Minuit, 1986.<\/p>\n\n\n\n<p>FABIANI, Jean-Louis. \u00ab \u00c0 quoi sert la notion de discipline ? \u00bb. In FABIANI, Jean-Louis, BOUTIER, Jean, PASSERON, Jean-Charles (dir.). <em>Qu\u2019est-ce qu\u2019une discipline ?<\/em> Paris : \u00c9ditions de l\u2019EHESS, 2006, p. 11-34.<\/p>\n\n\n\n<p>FINDELI, Alain. \u00ab La recherche-projet : une m\u00e9thode pour la recherche en design \u00bb. In MICHEL, R. (dir.). <em>Erstes Designforschungssymposium<\/em>. Zurich : SwissDesignNetwork, 2005, p. 40-51.<\/p>\n\n\n\n<p>FINDELI, Alain. \u00ab La recherche-projet en design et la question de la question de recherche : essai de clarification conceptuelle \u00bb. <em>Sciences du Design<\/em>, 2015\/1, n<sup>o<\/sup>1, p. 45-57.<\/p>\n\n\n\n<p>FOUCAULT, Michel. <em>L\u2019arch\u00e9ologie du savoir<\/em>. Paris : Gallimard, 1969.<\/p>\n\n\n\n<p>FOUCAULT, Michel. <em>L\u2019ordre du discours<\/em>. Paris : Gallimard, 1971.<\/p>\n\n\n\n<p>FOUCAULT, Michel. <em>La Volont\u00e9 de Savoir<\/em>. Paris : Gallimard, 1976.<\/p>\n\n\n\n<p>FOUCAULT, Michel. \u00ab Le jeu de Michel Foucault \u00bb. In <em>Dits et \u00c9crits<\/em> III\/III. Paris : Gallimard, 1994 [1977], p. 298-329.<\/p>\n\n\n\n<p>FOURNIER, Pierre. \u00ab Apr\u00e8s le d\u00e9chiffrement, \u00e9diter l\u2019\u00e9gyptologie \u00bb. <em>Bulletin du Bibliophile<\/em>, 2022\/2, p. 233-258.<\/p>\n\n\n\n<p>FOURNIER, Pierre. \u00ab Num\u00e9riser les hi\u00e9roglyphes : retour d\u2019exp\u00e9rience en design typographique \u00bb. <em>\u00c9criture et image, \u00ab \u00e9pigraphistes au travail \u00bb<\/em>, n\u00b06, \u00e0 para\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>GARDINER, Alan Henderson. <em>Catalogue of the Egyptian Hieroglyphs Printing Type Matrices in the Possession of Dr. Alan H. Gardiner<\/em>. Oxford : Oxford University Press, 1927.<\/p>\n\n\n\n<p>GARDINER, Alan Henderson. <em>Egyptian Grammar<\/em>. Oxford : Oxford University Press, 1957 [1927, 3<sup>e<\/sup> \u00e9dition].<\/p>\n\n\n\n<p>GAUTHIER, Philippe. \u00ab Cr\u00e9ation contre sciences en design, les conditions d\u2019un vrai d\u00e9bat : r\u00e9ponse \u00e0 Lysianne L\u00e9chot Hirt \u00bb. <em>Sciences du design<\/em>, 2015\/2, n<sup>o<\/sup>2, p. 65-70.<\/p>\n\n\n\n<p>GOODWIN, Charles. \u00ab Professional Vision \u00bb. <em>American Anthropologist<\/em>, 96\/3, sept. 1994, p. 606-633.<\/p>\n\n\n\n<p>LATOUR, Bruno. <em>La Science en action<\/em>. Paris : La D\u00e9couverte, 1989.<\/p>\n\n\n\n<p>JACOB, Christian (dir.). <em>Lieux de savoir (2\/2) Les mains de l\u2019intellect<\/em>. Paris : Albin Michel, 2007.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00c9CHOT HIRT, Lysianne. \u00ab Recherche-cr\u00e9ation en design \u00e0 plein r\u00e9gime : un constat, un manifeste, un programme \u00bb. <em>Sciences du design<\/em>, 2015\/1, n<sup>o<\/sup>1, p. 37-44.<\/p>\n\n\n\n<p>LEPSIUS, Karl Richard. <em>Liste der hieroglyphischen Typen aus der Schriftgiesserei des Herrn F. Theinhardt in Berlin<\/em>. Berlin : G. Vogt, 1875.<\/p>\n\n\n\n<p>LETRONNE, Jean-Antoine. \u00ab Table d\u2019Abydos imprim\u00e9e en caract\u00e8res mobiles, sp\u00e9cimen d\u2019une reproduction typographique des hi\u00e9roglyphes \u00e9gyptiens \u00bb. <em>Revue Arch\u00e9ologique<\/em>, 2<sup>e<\/sup> ann\u00e9e (1), p. 193-205.<\/p>\n\n\n\n<p>MEEKS, Dimitri. \u00ab La mat\u00e9rialit\u00e9 des hi\u00e9roglyphes et sa transposition typographique \u00bb. In POLIS, St\u00e9phane (dir.). <em>Guide des \u00e9critures de l\u2019\u00c9gypte ancienne<\/em>. Le Caire : Institut fran\u00e7ais d\u2019arch\u00e9ologie orientale, 2022, p. 168-173.<\/p>\n\n\n\n<p>MEEKS, Dimitri. <em>Les Architraves du Temple d\u2019Esna, Pal\u00e9ographie<\/em>. Le Caire : Institut fran\u00e7ais d\u2019arch\u00e9ologie orientale, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p>RAICHE-SAVOIE, Genevi\u00e8ve, DEMENE, Claudia. \u00ab La pluralit\u00e9 de la recherche en design : tentative de clarification et de mod\u00e9lisation de la recherche-action, de la recherche-cr\u00e9ation et de la recherche-projet \u00bb. <em>Sciences du design<\/em>, 2022\/2, n<sup>o<\/sup>16, p. 10-29.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nom et pr\u00e9nomFOURNIER Pierre Adresse e-mail&#x73;&#46;p&#x6f;&#103;o&#x73;&#115;i&#x61;&#x6e;&#64;&#x79;&#x61;ho&#x6f;&#46;f&#x72; Notice bio-bibliographiquePierre Fournier est designer graphique et typographique, chercheur postdoctoral \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de N\u00eemes dans le cadre de l\u2019Observatoire de la Signalisation des Risques et du Danger. 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