 {"id":723,"date":"2016-02-16T09:15:08","date_gmt":"2016-02-16T08:15:08","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=723"},"modified":"2020-01-17T15:36:40","modified_gmt":"2020-01-17T14:36:40","slug":"numero-2-2007-article-1-francescini","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2016\/02\/16\/numero-2-2007-article-1-francescini\/","title":{"rendered":"Utopie et contre-utopie dans           \u00ab Missiles m\u00e9lodiques \u00bb de Jos\u00e9 Sanchis Sinisterra. Tension entre les contraires, ou la fronti\u00e8re comme zone de questionnement"},"content":{"rendered":"<p><a name=\"haut2\"><\/a><strong>Marie-\u00c9lisa Franceschini<\/strong><br \/>\nDoctorante ATER, Universit\u00e9 Toulouse &#8211; Jean Jaur\u00e8s<br \/>\n<a href=\"&#x6d;&#97;i&#x6c;&#x74;o:&#x66;&#x72;an&#x63;&#101;s&#x63;&#x68;&#105;n&#x69;&#x2e;el&#x69;&#115;a&#x40;&#x67;&#109;a&#x69;&#x6c;&#46;c&#x6f;&#109;\">franceschini.elisa\/@\/gmail.com<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : Franceschini, Marie-\u00c9lisa, \u00ab Utopie et contre-utopie dans \u201cMissiles m\u00e9lodiques\u201d de Jos\u00e9 Sanchis Sinisterra. Tension entre les contraires, ou la fronti\u00e8re comme zone de questionnement. \u00bb, <i id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1508396488352_12506\">Litter@ Incognita <\/i>[En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b02 \u00ab Les Interactions I \u00bb, 2007, mis en ligne en 2007, disponible sur &lt;<a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2016\/02\/16\/numero-2-2007-article-1-francescini\/\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2018\/01\/09\/la-ville-contemp\u2026ite-au-generique\/<\/a>&gt;.<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9charger l\u2019article au format PDF<\/p>\n<hr>\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s : <\/strong>espace th\u00e9\u00e2tral &#8211; utopie &#8211; th\u00e9\u00e2tre espagnol &#8211; paradoxe<\/p>\n<p><strong>Key-words: <\/strong>theater space &#8211; utopia &#8211; spanish theater &#8211; paradox<\/p>\n<hr>\n<div id=\"menuSommaire\" dir=\"ltr\" style=\"text-align: justify\">\n<h3>Sommaire<\/h3>\n<p><a href=\"#sect1\">1. Utopie ou contre-utopie&nbsp;? Quand l\u2019alternative reste irr\u00e9solue&#8230;<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect2\">2. La fronti\u00e8re comme tension\/interaction entre les contraires<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect3\">3. L\u2019espace th\u00e9\u00e2tral comme vision du monde ou le franchissement des fronti\u00e8res<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect4\">Notes<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect5\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"colDroite\" dir=\"ltr\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn1\"><\/a>Dans cet article, nous nous proposons de r\u00e9fl\u00e9chir sur le th\u00e8me de l\u2019utopie et de la contre-utopie dans <i>Misiles mel\u00f3dicos<\/i><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/sup> (<i>Missiles M\u00e9lodiques<\/i>) de Jos\u00e9 Sanchis Sinisterra. Le terme \u00ab&nbsp;utopie&nbsp;\u00bb, litt\u00e9ralement <i>u-topos,<\/i> le \u00ab&nbsp;non-lieu&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;lieu qui n\u2019existe pas&nbsp;\u00bb, peut \u00eatre utilis\u00e9 pour d\u00e9crire une soci\u00e9t\u00e9 parfaite, un pays imaginaire dans lequel un \u00c9tat id\u00e9al r\u00e8gne sur un peuple heureux. Par extension, il peut d\u00e9signer une vision politique ou sociale qui ne tient pas compte de la r\u00e9alit\u00e9 et semble impossible \u00e0 concr\u00e9tiser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si dans <i>Misiles mel\u00f3dicos<\/i>, utopie et contre-utopie se font face (en des termes que je pr\u00e9ciserai dans une premi\u00e8re partie), cet affrontement d\u00e9bouche sur une alternative non r\u00e9solue, ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 envisager, chez Sinisterra, l\u2019id\u00e9e d\u2019un sens jamais clair et d\u00e9finitif. Deux id\u00e9ologies contraires s\u2019opposent, mais plut\u00f4t que de trancher pour l\u2019une ou pour l\u2019autre de fa\u00e7on explicite, l\u2019auteur nous place plut\u00f4t \u00e0 la fronti\u00e8re entre les deux, une zone de tension et de possibles interactions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette importance strat\u00e9gique de la fronti\u00e8re comme tension entre les contraires sera l\u2019objet de la deuxi\u00e8me partie de notre r\u00e9flexion. Il s\u2019agira d\u2019analyser la confrontation des oppos\u00e9s&nbsp;dans les processus de la cr\u00e9ation de sens&nbsp;: de la suggestion minimale \u00e0 l\u2019exc\u00e8s caricatural. On constatera combien la tension entre les contraires frappe les personnages de l\u2019\u0153uvre, et plus largement l\u2019humain, qui verse si facilement dans le paradoxe et la duplicit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Montrer que les contraires interagissent, que le paradoxe est partout, en nous et autour de nous, semble signifier que la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas simple mais morcel\u00e9e, voire multiforme. Pour sugg\u00e9rer cela au niveau formel, rien de tel qu\u2019un espace fragment\u00e9, aux fronti\u00e8res instables et plus ou moins perm\u00e9ables. La fronti\u00e8re, tant au niveau spatial que th\u00e9matique ou id\u00e9ologique, est le terrain mouvant, la zone floue dans laquelle nous place le dramaturge. C\u2019est le territoire du r\u00e9cepteur, le territoire des questionnements qui sont autant de franchissements possibles de la fronti\u00e8re.<\/p>\n<h2 class=\"western\"><a name=\"sect1\"><\/a>1. Utopie ou contre-utopie&nbsp;? Quand l\u2019alternative reste irr\u00e9solue&#8230;<\/h2>\n<h3 class=\"western\">1.1. R\u00e9sum\u00e9 de la pi\u00e8ce et recentrage sur le th\u00e8me<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Javier, directeur de <i>Defensystems Zulueta SA<\/i>, une puissante entreprise multinationale sp\u00e9cialis\u00e9e dans la fabrication et le trafic d\u2019armes, constate un jour, \u00e0 son r\u00e9veil, une anomalie \u00e9trange&nbsp;: au lieu de parler, il chante. Du caract\u00e8re absurde de la situation initiale d\u00e9coule une suite d\u2019actions incongrues, \u00e0 la faveur de comportements \u00e0 la fois coh\u00e9rents et extravagants. Ainsi, les membres de son conseil d\u2019administration d\u00e9cident de se mettre \u00e0 chanter, avec plus ou moins de r\u00e9ussite, pour que Javier se sente moins seul. On d\u00e9couvre alors les diff\u00e9rents personnages&nbsp;qui l\u2019entourent&nbsp;: Cleta, la secr\u00e9taire de Javier (une relation intime les a uni par le pass\u00e9, mais elle est \u00e0 pr\u00e9sent termin\u00e9e, ou fortement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e) ; les quatre collaborateurs de Javier, tr\u00e8s impliqu\u00e9s dans le d\u00e9veloppement de l\u2019entreprise&nbsp;; et enfin Jessica, trafiquante d\u2019armes tr\u00e8s attirante, qui chante dans un cabaret \u00e0 titre de couverture. La pi\u00e8ce d\u00e9voile progressivement l\u2019implication de l\u2019entreprise dans le trafic d\u2019armes. Rien ne semble pouvoir arr\u00eater Javier dans l\u2019\u00e9laboration de strat\u00e9gies commerciales d\u2019envergure, pour le bien de sa soci\u00e9t\u00e9, et pour faire face au fl\u00e9au que repr\u00e9sente selon lui l\u2019importance croissante des pacifistes. Il en a d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9 deux (un jeune homme et une jeune fille) sur une aire d\u2019autoroute, un \u00e9pisode fort d\u00e9sagr\u00e9able que Javier partage avec ses collaborateurs lors d\u2019une r\u00e9union, ce qui donne lieu \u00e0 un flash-back. Mais ce qui ennuie surtout Javier c\u2019est le mal dont il souffre&nbsp;: il ne peut s\u2019exprimer que par le chant, toute tentative de prise de parole normale se soldant par un \u00e9chec. Selon Liliana, sa psychoth\u00e9rapeute, la cause de ce mal se situerait dans un cauchemar myst\u00e9rieux dont Javier n\u2019arrive pas \u00e0 se souvenir. Elle essaie donc de lui faire retrouver la m\u00e9moire. Mais lorsqu\u2019elle met en cause le travail de Javier, celui-ci s\u2019insurge et d\u00e9fend bec et ongles l\u2019entreprise h\u00e9rit\u00e9e de son p\u00e8re. Ambitieux et enthousiaste, il lance le plan Tirteo, campagne de valorisation par la musique et le chant, visant \u00e0 donner \u00e0 l\u2019entreprise une image plus gaie, plus fraternelle&nbsp;: lien musical dans toute l\u2019entreprise, chorales ouvri\u00e8res, op\u00e9ras et concerts\u2026 Et les affaires vont bon train. Envoy\u00e9e par les \u00c9tats-Unis, Jessica propose \u00e0 Javier de faire alliance. Les deux pourraient trouver des int\u00e9r\u00eats communs dans la d\u00e9t\u00e9rioration des liens entre certains pays \u00e9mergents. La relation professionnelle qui s\u2019\u00e9tablit entre eux deux devient vite plus intime, et Cleta s\u2019en rend compte. \u00ab&nbsp;Qui choisir entre les deux&nbsp;?&nbsp;\u00bb, se demande Javier. Son p\u00e8re, dont il invoque le souvenir, ne serait pas aussi h\u00e9sitant. Lorsqu\u2019il lui appara\u00eet dans une vision, il lui reproche d\u2019ailleurs ses doutes et affirme qu\u2019il ne faut pas choisir entre deux choses mais faire les deux&nbsp;: sinon, on reste un perdant. Les choses suivent leur cours jusqu\u2019\u00e0 ce que Javier se souvienne de son cauchemar. La prise de conscience qui en r\u00e9sulte provoque un changement drastique dans son comportement. Alors que Cleta, Jessica et les collaborateurs pr\u00e9sentent aux actionnaires les nouvelles \u00ab&nbsp;armes musicales&nbsp;\u00bb, Javier fait irruption pour arr\u00eater le Plan Tirteo. Une r\u00e9v\u00e9lation soudaine lui a permis de r\u00e9aliser le d\u00e9calage entre sa sensibilit\u00e9 personnelle et son activit\u00e9 professionnelle. S\u2019il a pris les rennes de l\u2019entreprise, c\u2019est pour montrer qu\u2019il \u00e9tait capable d\u2019\u00eatre dur et fort comme son p\u00e8re, mais il ne peut l\u2019assumer, d\u2019o\u00f9 son cauchemar. Maintenant, il aspire plut\u00f4t \u00e0 ce que son entreprise produise des biens d\u2019usage civil. Malheureusement, personne ne l\u2019\u00e9coute, et la c\u00e9r\u00e9monie suit son cours. On entend galoper des chevaux, au son d\u2019un cornet militaire : c\u2019est le \u00ab&nbsp;Septi\u00e8me r\u00e9giment de cavalerie&nbsp;\u00bb. Alors que Jessica manifeste sa joie, Javier continue \u00e0 parler en vain. Le rideau tombe sans que l\u2019on ne sache comment les choses vont \u00e9voluer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On peut consid\u00e9rer l\u2019attitude finale de Javier comme utopique. Ses revendications ne sont pas entendues&nbsp;: elles ne font pas le poids face \u00e0 l\u2019imposante machinerie commerciale dans laquelle <i>Defensystem Zulueta<\/i> a investi jusqu\u2019alors. De m\u00eame, dans la r\u00e9alit\u00e9, il semble que les pacifistes \u00e9chouent \u00e0 faire triompher leur cause, puisqu\u2019il y a toujours des guerres et des trafics d\u2019armes. Cette fin suspendue invite le spectateur \u00e0 s\u2019interroger et \u00e0 mettre en perspective les enjeux du positionnement id\u00e9ologique. Que souhaiter ? Qu\u2019est-ce qui est r\u00e9alisable ? Jusqu\u2019o\u00f9 va l\u2019utopie ?<\/p>\n<h3 class=\"western\">1.2. La question de l\u2019alternative irr\u00e9solue<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La confrontation entre utopie et contre-utopie ne d\u00e9bouche pas dans la pi\u00e8ce sur une fin qui trancherait entre l\u2019une et l\u2019autre. Ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 aborder l\u2019id\u00e9e selon laquelle chez Sinisterra, le sens n\u2019est jamais clair et d\u00e9finitif. La confrontation des oppos\u00e9s, loin de nous imposer un choix pour l\u2019un des deux termes de l\u2019opposition, nous place plut\u00f4t face au constat d\u2019une \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb qui doit s\u2019inscrire dans la nuance. L\u2019accent est mis sur la confrontation des oppos\u00e9s pour mettre en lumi\u00e8re la tension entre les deux, la relation d\u2019attraction\/r\u00e9pulsion, et l\u2019interaction qui finalement s\u2019op\u00e8re entre eux, dans l\u2019\u0153uvre, mais aussi et surtout dans le cheminement du r\u00e9cepteur \u00e0 travers l\u2019\u0153uvre. La circulation entre les \u00e9l\u00e9ments contraires, que potentialise le r\u00e9cepteur lui-m\u00eame, va mettre en lumi\u00e8re les possibles interactions. D\u00e8s lors, si ce n\u2019est pas l\u2019un ou l\u2019autre des oppos\u00e9s qui nous int\u00e9resse, c\u2019est plut\u00f4t la fronti\u00e8re qui existe entre eux, une fronti\u00e8re floue, nuanc\u00e9e, perm\u00e9able.<\/p>\n<h2 class=\"western\"><a name=\"sect2\"><\/a>2. La fronti\u00e8re comme tension\/interaction entre les contraires<\/h2>\n<h3 class=\"western\">2.1. La confrontation des oppos\u00e9s&nbsp;dans les processus de la cr\u00e9ation de sens&nbsp;: de la suggestion minimale \u00e0 l\u2019exc\u00e8s caricatural<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Certains passages de l\u2019\u0153uvre semblent excessifs dans les faits qu\u2019ils d\u00e9peignent, mais les personnages frisent bien souvent la vraisemblance. Des suggestions minimales aux exag\u00e9rations caricaturales, on est loin de voir se dessiner un message clair et explicite. En revanche, le r\u00e9cepteur est sans cesse amen\u00e9 \u00e0 s\u2019interroger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans certains passages de l\u2019\u0153uvre se m\u00ealent la suggestion minimale et la caricature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn2\"><\/a>C\u2019est le cas dans une sc\u00e8ne o\u00f9 les collaborateurs patientent en attendant Javier. Deux d\u2019entre eux, Urrutia et Berroeta, jouent \u00e0 la bataille navale. Les deux autres, Abengoa et Moscoso, discutent au sujet de Javier et de l\u2019entreprise, tout en lan\u00e7ant des petits avions en papier. Ces deux \u00e9changes distincts se font en parall\u00e8le, ce qui donne lieu \u00e0 une alternance entre les r\u00e9pliques de la premi\u00e8re conversation et celles de la seconde. Parfois, les mots de ces conversations diff\u00e9rentes s\u2019entrechoquent de fa\u00e7on surprenante. A d\u2019autres moments, il y a interaction entre les deux discussions&nbsp;: des bribes de conversation d\u2019un groupe suscitent des r\u00e9actions et de nouveaux th\u00e8mes de conversation dans l\u2019autre groupe<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/sup>&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">BERROETA.- \u00a1J \u2013 10!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">URRUTIA.- Ni por el forro.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BERROETA.- \u00bfAgua otra vez?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">URRUTIA.- El mar Caspio enterito.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ABENGOA.- Y hablando del mar Caspio: \u00bfqu\u00e9 hay de los obuses para Azerbaij\u00e1n?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">MOSCOSO.- Olv\u00eddate: La Northrop Grumman nos birl\u00f3 el contrato.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ABENGOA.- Pero, \u00bfc\u00f3mo? Si ya estaba casi firmado. Cuando fui con el Papa a Kazajist\u00e1n,&nbsp;\u00bfte acuerdas?, alargu\u00e9 mi viaje para\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">MOSCOSO.- La Northrop unt\u00f3 al Ministro de Industria, o como se llama all\u00ed, con cinco millones.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ABENGOA.- \u00a1Cinco millones! Qu\u00e9 esc\u00e1ndalo&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">URRUTIA.- G \u2013 8.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ABENGOA.- Y nosotros, \u00bfcu\u00e1nto?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">MOSCOSO.- S\u00f3lo dos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BERROETA.- Mierda: tocado.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BERROETA.- J \u2013 10 !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">URRUTIA.- Pas le moins du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BERROETA.- Encore \u00e0 l\u2019eau&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">URRUTIA.- La Mer Caspienne toute enti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ABENGOA.- Et \u00e0 propos de la Mer Caspienne&nbsp;: on en est o\u00f9 des obus pour l\u2019Azerba\u00efdjan&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">MOSCOSO.- Oublie. La Northrop Grumman nous a piqu\u00e9 le contrat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ABENGOA.- Mais, comment&nbsp;c\u2019est possible ? Le contrat \u00e9tait quasi-sign\u00e9. Quand je suis all\u00e9 avec le Pape au Kazakhstan, tu te souviens&nbsp;?&#8230; J\u2019ai prolong\u00e9 mon voyage pour\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">MOSCOSO.- La Northrop a graiss\u00e9 la patte au Ministre de l\u2019Industrie, je sais plus comment on l\u2019appelle l\u00e0-bas\u2026 avec cinq millions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ABENGOA.- Cinq millions&nbsp;! Quel scandale\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">URRUTIA.- G \u2013 8.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ABENGOA.- Et nous, combien&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">MOSCOSO.- Seulement deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BERROETA.- Merde&nbsp;: touch\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Une allusion g\u00e9ographique dans le jeu de bataille navale suscite une interrogation sur cette m\u00eame zone, mais cette fois-ci dans la r\u00e9alit\u00e9 des affaires de l\u2019entreprise. Ce fonctionnement par association d\u2019id\u00e9e, qui nous permet de passer explicitement du jeu de guerre \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du monde des armes, nous invite aussi peut-\u00eatre \u00e0 guetter d\u2019\u00e9ventuels \u00e9chos, implicites cette fois-ci, entre l\u2019un et l\u2019autre&nbsp;? Dans ce passage, nous apprenons que les entreprises donnent de l\u2019argent aux gouvernements pour obtenir des contrats. Au moment-m\u00eame o\u00f9 Abengoa et Moscoso \u00e9voquent cette corruption, interf\u00e8re dans la conversation une r\u00e9plique de Urrutia qui appartient \u00e0 l\u2019autre \u00e9change, celui de la bataille navale&nbsp;; le personnage donne un effet la position d\u2019un navire&nbsp;: G &#8211; 8. Entre le jeu de guerre et la r\u00e9alit\u00e9, le fonctionnement par association d\u2019id\u00e9es semble \u00e0 nouveau op\u00e9rer, mais cette fois-ci de fa\u00e7on implicite. Ce que G8 peut \u00e9voquer au r\u00e9cepteur, c\u2019est la r\u00e9union des pays les plus riches du monde. Il se demande alors si l\u2019apparition de ce terme, au moment o\u00f9 les personnages \u00e9voquent la corruption, rel\u00e8ve de la co\u00efncidence, ou s\u2019il s\u2019agit d\u2019une allusion. Il n\u2019y a pas ici d\u2019accusation directe et explicite, mais le rapprochement invite forc\u00e9ment le r\u00e9cepteur \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A cot\u00e9 de ce genre d\u2019\u00e9l\u00e9ment qui serait de l\u2019ordre de la suggestion minimale, on trouve des \u00e9l\u00e9ments beaucoup plus clairement exprim\u00e9s, mais dont on peut aussi douter, car ils peuvent nous para\u00eetre exag\u00e9r\u00e9s, excessifs. Toujours dans ce m\u00eame passage, Abengoa questionne Moscoso&nbsp;: qu\u2019en est-il de la vente d\u2019obus \u00e0 l\u2019Azerba\u00efdjan&nbsp;? Nous apprenons alors qu\u2019Abengoa a rencontr\u00e9 le Pape au Kazakhstan, et qu\u2019il a prolong\u00e9 son voyage pour s\u2019occuper de l\u2019accord. Ce qui nous est d\u00e9peint, c\u2019est un Pape qui aurait, dans ses relations, un dirigeant d\u2019entreprise d\u2019armement. Certes, il semble exag\u00e9r\u00e9 de penser que des relations pourraient exister entre un Pape et des trafiquants d\u2019armes, mais le spectateur s\u2019interroge in\u00e9vitablement\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le r\u00e9cepteur est donc sans cesse amen\u00e9 \u00e0 se poser des questions, suscit\u00e9es soit par des \u00e9l\u00e9ments de sens infimes, subtils, difficiles \u00e0 cerner, soit par des \u00e9l\u00e9ments plus marquants, plus forc\u00e9s peut-\u00eatre, mais qui peuvent d\u00e8s lors \u00eatre questionn\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 la caricature, il se demande o\u00f9 est la v\u00e9rit\u00e9. Dans un passage de l\u2019\u0153uvre, les dirigeants de <i>Defensystem Zulueta<\/i> \u00e9voquent leur participation \u00e0 la Feria des armes : <i>Eurosatory<\/i>. Dans ce type de foire, les entreprises font des propositions de nouveaux produits. La proposition d\u2019Abengoa a un lien avec la situation des enfants soldats&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">BERROETA.- Abengoa, vale: \u00bfcu\u00e1l es tu propuesta?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ABENGOA.- <em>(Consulta su ordenador.)<\/em> Se trata del tema de los ni\u00f1os soldados\u2026 Dispongo de datos realmente impresionantes. M\u00e1s de medio mill\u00f3n enrolados en ej\u00e9rcitos regulares de\u2026 ochenta y siete pa\u00edses. Sin hablar de los, digamos, irregulares\u2026 En cuarenta y uno participan en choques armados: Colombia, Sri Lanka, Uganda, Chechenia, Sierra Leona\u2026 \u00bfSe dan cuenta? Ni\u00f1os de diecisiete a\u00f1os, de catorce\u2026 hasta de diez. Y las cifras no paran de crecer\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">CLETA.- [\u2026] Al grano, por favor\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ABENGOA.- \u00bfNo rompe el coraz\u00f3n ver a esas criaturas, en general desnutridas, manejando unas armas que a menudo son m\u00e1s grandes\u2026 y hasta pesan m\u00e1s que ellas? Fusiles, ametralladoras, rifles de asalto, lanzagranadas\u2026 Pues bien: \u00a1fabriquemos tallas infantiles! Estamos ante un mercado emergente que no podemos ignorar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BERROETA.- Abengoa : quelle est ta proposition&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ABENGOA.- <em>(Il consulte son ordinateur.)<\/em> C\u2019est au sujet des enfants soldats. Je dispose de donn\u00e9es r\u00e9ellement impressionnantes. Plus d\u2019un demi-million sont enr\u00f4l\u00e9s dans les arm\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res de\u2026 quatre-vingt-sept pays. Dans quarante-et-un d\u2019entre eux, ils participent \u00e0 la lutte arm\u00e9e&nbsp;: Colombie, Sri Lanka, Ouganda, Tch\u00e9tch\u00e9nie, Sierra L\u00e9one\u2026 Vous vous rendez compte&nbsp;? Des enfants de dix-sept ans, de quatorze ans\u2026 voire de dix ans. Et les chiffres ne cessent d\u2019augmenter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">CLETA.- [\u2026] Venez-en au fait, s\u2019il vous pla\u00eet\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn3\"><\/a>ABENGOA.- \u00c7a ne vous brise pas le c\u0153ur de voir que ces petites cr\u00e9atures, en g\u00e9n\u00e9ral sous-aliment\u00e9es, manient des armes qui sont souvent plus grandes\u2026 voire plus lourdes qu\u2019elles ? Des fusils, des mitraillettes, des fusils d\u2019assaut, des lance-grenades\u2026 Et bien, fabriquons des tailles pour enfants ! Nous sommes l\u00e0 face \u00e0 un march\u00e9 \u00e9mergent que l\u2019on ne peut ignorer<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn4\"><\/a>Apr\u00e8s une premi\u00e8re r\u00e9plique qui semble d\u00e9plorer le destin de ces jeunes combattants, ainsi que le nombre d\u2019enfants et de pays concern\u00e9s, on se rend compte que, ce que d\u00e9nonce Abengoa, ce n\u2019est pas l\u2019existence des enfants soldats&nbsp;; ce qu\u2019il d\u00e9plore, c\u2019est que ces enfants aient des armes trop grandes,&nbsp;d\u2019o\u00f9 sa r\u00e9plique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Fabriquons des tailles pour enfants !&nbsp;\u00bb. On est ici dans la caricature, et le r\u00e9cepteur se dit qu\u2019une telle situation serait vraiment sordide. Mais il peut aussi se demander jusqu\u2019\u00e0 quel point cela est caricatural, et si des fabricants d\u2019armes n\u2019ont pas d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9 \u00e0 une telle invention. Il existe d\u00e9j\u00e0 des armes pour femmes, avec un design et un poids adapt\u00e9, alors, pourquoi pas pour les enfants&nbsp;? On observe le m\u00eame m\u00e9canisme quand Berroeta affirme que <i>Defensystems Zulueta SA <\/i>manque d\u2019imagination prospective : il propose de se centrer sur un march\u00e9 \u00e9mergent, \u00ab les infirmes, les estropi\u00e9s, les mutil\u00e9s<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a><\/sup>, \u00bb&nbsp;et de fabriquer des armes pour eux, pour qu\u2019ils puissent \u00ab&nbsp;d\u00e9fendre leur patrie, lutter pour leur cause, se venger de ceux qui les ont mutil\u00e9s&nbsp;\u00bb. Cette proposition nous appara\u00eet comme caricaturale.Par contre, la justification de cette invention, c\u2019est-\u00e0-dire le fait de r\u00e9pondre au mal par le mal, est loin d\u2019\u00eatre une caricature. C\u2019est plut\u00f4t une id\u00e9e vielle comme le monde. Quant au choix de la lutte arm\u00e9e pour d\u00e9fendre une cause qui serait \u00ab&nbsp;pacifiste&nbsp;\u00bb, cela existe, malgr\u00e9 le paradoxe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn5\"><\/a>Face \u00e0 la caricature, le r\u00e9cepteur est amen\u00e9 \u00e0 faire un retour sur lui-m\u00eame et \u00e0 se demander ce qui se passe dans le monde qui l\u2019entoure. O\u00f9 est la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;? Et ce questionnement est d\u2019autant plus marquant quand deux caricatures se font face. C\u2019est le cas dans un passage de l\u2019\u0153uvre<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\">5<\/a><\/sup> o\u00f9 Javier d\u00e9crit, en chantant (puisque, rappelons-le, depuis un myst\u00e9rieux cauchemar, Javier chante au lieu de parler), le pass\u00e9 de l\u2019entreprise. En ce temps-l\u00e0, tout marchait tr\u00e8s bien, puisqu\u2019on pouvait sans encombre&nbsp;\u00ab&nbsp;acheter un s\u00e9nateur&nbsp;\u00bb, ou \u00ab&nbsp;donner une commission \u00e0 un chef de brigade&nbsp;\u00bb. Las quatre dirigeants, timides au d\u00e9but, finissent par appuyer musicalement Javier en chantant et en frappant le rythme. On a donc une premi\u00e8re caricature, celle de la contre-utopie, par la chanson guillerette de Javier qui vante l\u2019habilet\u00e9 avec laquelle l\u2019entreprise savait et pouvait, du temps de son p\u00e8re, jouer avec les rouages de la corruption. Puis, il \u00e9voque le probl\u00e8me qui le pr\u00e9occupe aujourd\u2019hui, c\u2019est-\u00e0-dire les pacifistes, toujours plus nombreux (on observe un changement musical \u00e0 ce moment-l\u00e0). Il les compare \u00e0 une hydre dont on n\u2019arrive pas \u00e0 couper les t\u00eates (image grandiloquente). Face \u00e0 ceux qui veulent leur coller une \u00e9tiquette particuli\u00e8re, les pacifistes parlent d\u2019utopie. Les quatre dirigeants se lancent alors dans des variations musicales sur le th\u00e8me de l\u2019utopie, et plus particuli\u00e8rement \u00e0 partir de l\u2019\u00ab All\u00e9luia \u00bb de H\u00e4ndel version jazz. Ce chant constitue en quelque sorte une caricature de l\u2019utopie. On voit donc deux caricatures qui se font face, celle de l\u2019utopie et celle de la contre-utopie. Entre ces deux extr\u00eames, le r\u00e9cepteur s\u2019interroge.&nbsp;Jusqu\u2019\u00e0 quel point la description des rouages de la corruption dans l\u2019entreprise paternelle est-elle caricaturale&nbsp;? Peut-on assimiler l\u2019utopie \u00e0 un \u00ab&nbsp;all\u00e9luia \u00bb ang\u00e9lique et b\u00eatement optimiste&nbsp;? Quel chemin choisir entre ces deux extr\u00eames&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, on peut remarquer que bien souvent, la caricature recourt \u00e0 l\u2019exc\u00e8s pour rendre visibles des m\u00e9canismes cach\u00e9s qui permettent la manipulation. Par l\u2019exag\u00e9ration, la caricature entend lever le voile sur des man\u0153uvres habituellement occultes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn6\"><\/a>C\u2019est ce que l\u2019on constate quand Jessica d\u00e9livre \u00e0 Javier un message de la part des \u00c9tats-Unis, qu\u2019elle nomme elle-m\u00eame \u00ab El supremo Gendarme de Occidente<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\">6<\/a><\/sup> \u00bb. Elle ajoute : \u00ab El victorioso imperio americano [&#8230;] asegura la paz y el beneficio de quien tiene ya chollo vitalicio \u00bb. Jessica le dit avec emphase, louant d\u2019une certaine mani\u00e8re cette attitude potentiellement condamnable, un contraste qui a pour effet de faire r\u00e9agir le spectateur. Jessica pr\u00e9sente le point de vue des \u00c9tats-Unis qui consiste \u00e0 dire qu\u2019il est injuste que le p\u00e9trole se trouve dans les pays \u00ab canailles et grossiers \u00bb, chez des peuples \u00ab attard\u00e9s, [\u2026] pervers et fain\u00e9ants \u00bb. Les paroles extr\u00eames de Jessica invitent le r\u00e9cepteur \u00e0 s\u2019interroger. Est-ce vraiment le point de vue des Etats-Unis? Ce qui est int\u00e9ressant ici, c\u2019est que Jessica revendique de fa\u00e7on tonitruante la justification d\u2019une action que les \u00c9tats-Unis dans la r\u00e9alit\u00e9 auraient plut\u00f4t tendance \u00e0 taire. Quelles sont les r\u00e9elles motivations d\u2019un pays puissant, quand il intervient dans des conflits qui concernent des pays sous-d\u00e9velopp\u00e9s poss\u00e9dant des richesses non exploit\u00e9es ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn7\"><\/a>Jessica soul\u00e8ve un autre probl\u00e8me. Trois puissances sont en train d\u2019\u00e9merger (Russie, Chine, Inde) et si cela continue, elles voudront plus d\u2019\u00e9nergie, ce qui inqui\u00e8te les \u00c9tats-Unis. Face \u00e0 cette situation, Jessica entend d\u00e9tenir la solution : \u00ab Vengo [\u2026] a predicarte el nov\u00edsimo evangelio<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a><\/sup>\u00bb, dit-elle (\u00ab Je viens pr\u00eacher le nouvel \u00e9vangile&nbsp;\u00bb). Mais sa proposition n\u2019a rien d\u2019\u00e9vang\u00e9lique. Le d\u00e9calage est patent entre l\u2019annonce et le contenu du message, ce qui invite \u00e0 questionner d\u2019autant plus la position des \u00c9tats-Unis dont elle entend rendre compte. Ce passage met en cause l\u2019hypocrisie qui consiste \u00e0 exprimer un puritanisme excessif, \u00e0 se targuer d\u2019\u00eatre un mod\u00e8le de vertu, tout en se livrant \u00e0 des actes condamnables. Voici la solution que Jessica pr\u00e9sente pour freiner ces trois pays \u00e9mergents&nbsp;: il faut \u00ab&nbsp;cr\u00e9er entre eux un imbroglio probl\u00e9matique \u00bb&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">JESSICA.- <i>(Cantando.)<\/i> Ravivando \/ cualquier peque\u00f1o fuego patri\u00f3tico \/ que pueda vegetar por esas tierras \/ y convertirlo en odio patol\u00f3gico.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn8\"><\/a>JESSICA.- <i>(En chantant.)<\/i> Raviver \/ le moindre petit feu patriotique \/ pr\u00e9sent dans ces terres de fa\u00e7on latente \/ et en faire une haine pathologique<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\">8<\/a><\/sup>.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le stratag\u00e8me n\u2019est pas nouveau&nbsp;: il s\u2019agit de diviser pour mieux r\u00e9gner. Une fois l\u2019\u00e9tincelle cr\u00e9\u00e9e, il ne restera qu\u2019\u00e0 fournir les armes \u00e0 \u00ab&nbsp;ceux qui en ont besoin&nbsp;\u00bb, en prenant soin de les faire transiter par des pays \u00ab&nbsp;propres&nbsp;\u00bb.&nbsp;Le plan propos\u00e9 par Jessica emporte l\u2019adh\u00e9sion de Javier qui, d\u00e9bordant d\u2019enthousiasme, pr\u00e9sente cette mission comme le r\u00eave de son p\u00e8re. L\u2019exag\u00e9ration dans la caricature accro\u00eet encore chez le r\u00e9cepteur la force du questionnement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn9\"><\/a>La mise en lumi\u00e8re, par la caricature, de strat\u00e9gies g\u00e9n\u00e9ralement pass\u00e9es sous silence est \u00e9galement visible dans la sc\u00e8ne finale, la r\u00e9union g\u00e9n\u00e9rale avec les actionnaires de l\u2019entreprise<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\">9<\/a><\/sup>. Cleta et Jessica, moiti\u00e9 cadres, moiti\u00e9 danseuses de cabaret, pr\u00e9sentent en compagnie des dirigeants les armes musicales, avec \u00e0 chaque fois des images qui illustrent leur propos. Par l\u2019ajout d\u2019une dimension m\u00e9lodique ou rythmique aux armes produites, l\u2019entreprise entend revaloriser ces objets et leur utilisation, en ayant recours au plaisir musical pour s\u00e9duire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La premi\u00e8re arme d\u00e9crite est le \u00ab&nbsp;fusil MP-5&nbsp;\u00bb, qui permet d\u2019\u00e9couter de la musique tout en faisant sa mission. On remarquera la touche d\u2019humour due \u00e0 l\u2019affinit\u00e9 avec le MP-3, format sous lequel on peut \u00e9couter de la musique.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">BERROETA.- <em>(Se pone en pie, cantando.)<\/em> Es el caso, por ejemplo, \/ de nuestro viejo y querido \/ subfusil MP &#8211; 5 \/ tan funcional y ergon\u00f3mico, \/ que con el supresor s\u00f3nico \/ amortigua el estampido \/ de los disparos, y ofrece \/ al tirador el deleite \/ de escuchar tranquilamente \/ su m\u00fasica favorita \/ mientras cumple su misi\u00f3n\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BERROETA.- <em>(Il se l\u00e8ve et chante.)<\/em> Et c\u2019est le cas par exemple \/ de notre arme tant aim\u00e9e \/ le fusil MP-5 \/ si pratique, ergonomique \/ qui avec le suppresseur sonique \/ amortit la d\u00e9tonation \/ des coups de feu et octroie \/ au tireur le doux plaisir \/ d\u2019\u00e9couter tranquillement \/ sa musique pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \/ tout en faisant sa mission.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les dirigeants pr\u00e9sentent ensuite le \u00ab&nbsp;tank st\u00e9r\u00e9ophonique&nbsp;\u00bb, sur fond de musique symphonique, ce qui n\u2019est pas sans rappeler les images de la seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">URRUTIA.- <em>(Se pone en pie, cantando.)<\/em> El fragor de las batallas \/ en los desiertos remotos, \/ podr\u00e1 ser pronto endulzado \/ por el rugido armonioso \/ de este tanque estereof\u00f3nico, \/ dotado de altavoces \/ en su torreta de mando, \/ que lanza a los cuatro vientos \/ la m\u00fasica apabullante \/ del ej\u00e9rcito glorioso \/ en plena marcha triunfal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">URRUTIA.- <em>(Il se l\u00e8ve et chante.)<\/em> Le grondement des batailles \/ dans les d\u00e9serts si lointains \/ sera bient\u00f4t adouci \/ par le beau rugissement \/ de ce tank st\u00e9r\u00e9ophonique \/ qui avec ses haut-parleurs \/ sur sa tour de commandement \/ lancera aux quatre vents \/ la musique renversante \/ de l\u2019arm\u00e9e toute glorieuse \/ dans sa marche triomphale.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Vient le tour des \u00ab&nbsp;missiles m\u00e9lodiques&nbsp;\u00bb<b>, <\/b>dont les images sont associ\u00e9es \u00e0 une douce musique.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">MOSCOSO.- <i>(Se pone en pie, cantando.)<\/i> Tambi\u00e9n los cielos merecen \/ ser caminos de armon\u00eda, \/ cuando por ellos navegan \/ los alados proyectiles \/ en busca del enemigo, \/ y con tal fin ofrecemos \/ estos misiles mel\u00f3dicos\/ que, con sus voces ang\u00e9licas, \/ dejan una estela ac\u00fastica \/ con ribetes melanc\u00f3licos \/ y con efectos ben\u00e9ficos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">MOSCOSO.- <i>(Il se l\u00e8ve et chante.) <\/i>Les cieux eux aussi m\u00e9ritent \/ d\u2019\u00eatre chemins d\u2019harmonie \/ quand \u00e0 travers eux naviguent \/ les projectiles ail\u00e9s \/ qui recherchent l\u2019ennemi \/ c\u2019est pour \u00e7a que nous offrons \/ ces missiles m\u00e9lodiques \/ qui de leurs voix ang\u00e9liques \/ laissent un sillage acoustique \/ aux accents m\u00e9lancoliques \/ et aux effets b\u00e9n\u00e9fiques.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les images suivantes pr\u00e9sentent la mitrailleuse \u00ab&nbsp;rafale en rythme&nbsp;\u00bb dont les tirs rappellent le d\u00e9but du Bol\u00e9ro de Ravel.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">CLETA.- <i>(Cantando.)<\/i> La noble ametralladora, \/ tan robusta y eficaz, \/ con su cadencia de fuego \/ de mil balas por minuto, \/ presenta el inconveniente \/ de su ritmo machac\u00f3n, \/ tan sin orden ni concierto \/ que no se puede aguantar. \/ Pero con nuestro modelo \/ de r\u00e1fagas con comp\u00e1s, \/ disparar es un placer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">CLETA.- <i>(En chantant.) <\/i>La c\u00e9l\u00e8bre mitrailleuse \/ si robuste et efficace \/ avec sa cadence de feu \/ de mille balles par minute \/ pr\u00e9sente l\u2019inconv\u00e9nient \/ de son rythme saccad\u00e9 \/ si confus et assommant \/ qu\u2019on ne peut le supporter. \/ Mais avec notre mod\u00e8le \/ qui fait les rafales en rythme \/ tirer devient un plaisir.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, les mines antipersonnel \u00e9mettent des chansonnettes enfantines.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">JESSICA.- (<em>Cantando.)<\/em> Con las bombas de racimo \/ tenemos igual problema: \/ las doscientas minibombas \/ que salen del cascar\u00f3n \/ cuando revienta la grande, \/ explotan sin ton ni son. \/ Qu\u00e9 ritmo tan diferente, \/ qu\u00e9 ritmo tan sabros\u00f3n \/ va a escucharse por ah\u00ed \/ cuando caigan nuestras bombas \/ con redobles de tambor.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">JESSICA.-<em> (En chantant.)<\/em> Les mines anti-personnelles \/ on ne peut les fabriquer \/ une campagne mondiale \/ entend nous en emp\u00eacher \/ mais avec tous ces pays \/ qui n\u2019ont pas voulu signer \/ Russie et \u00c9tats-Unis \/ Inde, Isra\u00ebl, Pakistan \/ Finlande, Chine et \u00c9gypte \/ qui sait combien d\u2019autres encore \/ il ne faut pas s\u2019endormir.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ici la caricature tourne au sordide et met en lumi\u00e8re une pratique de manipulation qui consiste \u00e0 \u00e9dulcorer l\u2019horreur par des processus d\u2019embellissement tels que l\u2019image, la musique, ou tout autre moyen d\u00e9tourn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous venons de voir comment dans certains passages de l\u2019\u0153uvre, se m\u00ealent l\u2019exag\u00e9ration caricaturale et la suggestion, pr\u00e9sente en creux, et qui prend chez le r\u00e9cepteur la forme d\u2019un questionnement. Si l\u2019on poursuit notre analyse de la tension entre les contraires, on constate combien elle frappe les personnages de l\u2019\u0153uvre et plus largement l\u2019humain, qui verse si facilement dans le paradoxe et la duplicit\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"western\">2.2. Le paradoxe et les figures de la duplicit\u00e9, ou l\u2019humain comme si\u00e8ge embl\u00e9matique de la tension entre les contraires<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette \u0153uvre nous invite \u00e0 regarder en face le paradoxe (parfois teint\u00e9 d\u2019hypocrisie) qui fait partie de l\u2019humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On l\u2019observe par exemple dans la sc\u00e8ne (d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e plus haut) o\u00f9 les quatre collaborateurs attendent le directeur, Javier, tout en se livrant \u00e0 des activit\u00e9s quelque peu inattendues&nbsp;: certains jouent \u00e0 la bataille navale, d\u2019autres font des petits avions, l\u2019un d\u2019eux prie le rosaire. Au-del\u00e0 de l\u2019aspect comique de la situation, on observe un contraste signifiant dans ces activit\u00e9s. Les deux premi\u00e8res sont li\u00e9es \u00e0 la guerre, ce qui cadre avec l\u2019activit\u00e9 de cette entreprise d\u2019armement. En revanche, la derni\u00e8re activit\u00e9 (prier le rosaire) est une activit\u00e9 religieuse et non guerri\u00e8re. La religion est cens\u00e9e conduire \u00e0 une \u00e9l\u00e9vation spirituelle, en pr\u00f4nant le bien, la paix, le respect de la vie humaine, des valeurs qui sont en opposition totale avec la guerre qui s\u00e8me la mort, la haine, la destruction. Ici, la juxtaposition de ces activit\u00e9s contradictoires peut dans un premier temps surprendre, mais s\u2019av\u00e8re en fait tr\u00e8s suggestive. Le lien entre guerre et religion est certes paradoxal, mais il fait partie de notre histoire et de notre r\u00e9alit\u00e9. La religion a bien souvent servi de pr\u00e9texte \u00e0 la guerre, pour asseoir un pouvoir politique sous couvert de motivations spirituelles. Cette attitude concerne toutes les civilisations, m\u00eame (et peut-\u00eatre surtout) celles qui se targuent d\u2019\u00eatre \u00e0 un niveau avanc\u00e9 d\u2019\u00e9volution. On a donc ici, de fa\u00e7on indirecte, d\u00e9tourn\u00e9e et suggestive, la grin\u00e7ante mise en lumi\u00e8re d\u2019un paradoxe de l\u2019\u00eatre humain, attir\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 par l\u2019\u00e9l\u00e9vation spirituelle, et anim\u00e9 de l\u2019autre par une force destructrice. L\u2019humain est complexe, contradictoire, paradoxal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet extrait, Berroeta propose une cigarette, mais quand il sort le paquet, trois avertisseurs se d\u00e9clenchent&nbsp;: une sonnerie agressive, un signal lumineux \u00ab&nbsp;Il est interdit de fumer&nbsp;\u00bb et une voix off \u00ab&nbsp;Fumer porte atteinte au droit \u00e0 la vie&nbsp;\u00bb. Ce passage est une caricature de l\u2019attitude paradoxale et hypocrite de l\u2019entreprise dans sa fa\u00e7on d\u2019envisager la vie et la mort&nbsp;: elle \u00e9lude le poids de la mort quand il faut vendre des armes, mais elle d\u00e9fend le droit \u00e0 la vie quant il s\u2019agit de la cigarette. On a l\u2019impression que ce z\u00e8le excessif dans interdiction de fumer a pour but de d\u00e9vier l\u2019attention et de laisser dans l\u2019ombre le commerce criminel des armes auquel elle se livre. C\u2019est l\u2019hypocrisie g\u00e9n\u00e9rale de la soci\u00e9t\u00e9 qui est questionn\u00e9e ici de fa\u00e7on d\u00e9tourn\u00e9e, cette hypocrisie qui fait que chacun de nous peut dire une chose et son contraire selon l\u2019int\u00e9r\u00eat que l\u2019on y trouve \u00e0 un moment donn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn10\"><\/a>Enfin, si l\u2019humain est contradictoire, il l\u2019est surtout dans ses aspirations. Bien souvent tiraill\u00e9 entre deux attitudes oppos\u00e9es, les n\u00e9cessit\u00e9s imm\u00e9diates l\u2019incitent \u00e0 faire telle chose plut\u00f4t que son contraire. Mais l\u2019aspiration r\u00e9prim\u00e9e n\u2019en est pas pour autant r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant. Elle est plut\u00f4t refoul\u00e9e. Et ce que l\u2019on a refoul\u00e9 peut \u00e0 tout moment refaire surface, par exemple dans les r\u00eaves. Selon Liliana, la psychoth\u00e9rapeute, la cause du mal de Javier se trouve dans le cauchemar dont il ne peut ou ne veut pas de souvenir. Son p\u00e8re lui conseillait de faire les choses sans se soucier des aspirations contraires et des doutes qui pouvaient en d\u00e9couler. Mais peut-\u00eatre Javier n\u2019y parvient-il pas&nbsp;? Peut-\u00eatre a-t-il des scrupules par rapport \u00e0 son activit\u00e9, scrupules qu\u2019il n\u2019ose pas exprimer pour ne pas aller \u00e0 l\u2019encontre du souvenir de son p\u00e8re ? Et si c\u2019\u00e9tait cela la cause de son mal&nbsp;? Il semble que le cauchemar de Javier lui ait fait prendre conscience qu\u2019il avait au fond de lui des aspirations compl\u00e8tement diff\u00e9rentes des activit\u00e9s men\u00e9es dans son entreprise. Ce qu\u2019il faisait apparemment par choix \u00e9tait en fait l\u2019inverse de ses aspirations profondes. Celles-ci se sont exprim\u00e9es dans le territoire myst\u00e9rieux qu\u2019est le r\u00eave, zone dans laquelle s\u2019exprime la part d\u2019inconnu de l\u2019\u00eatre humain, son inconscient. Pour souligner ce myst\u00e8re, Liliana emploie d\u2019ailleurs un langage assez obscur, qui refl\u00e8te la complexit\u00e9 des r\u00eaves<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\">10<\/a><\/sup>. Selon elle, l\u2019analyse ne garantit pas la r\u00e9mission, mais l\u2019acc\u00e8s au mat\u00e9riel r\u00e9prim\u00e9. Elle l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;explicite&nbsp;\u00bb avec une phrase en allemand, autrement dit, l\u00e0 encore, un message que tout le monde ne peut pas comprendre. Rien de tel qu\u2019un langage complexe pour qualifier ce lieu trouble o\u00f9 les tensions de l\u2019humain affleurent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons vu, jusqu\u2019ici, que les contraires interagissent, que le paradoxe est partout, en nous et autour de nous, signe que la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas simple mais morcel\u00e9e, voire multiforme. Une dimension que l\u2019on retrouve dans l\u2019espace th\u00e9\u00e2tral.<\/p>\n<h2 class=\"western\"><a name=\"sect3\"><\/a>3. L\u2019espace th\u00e9\u00e2tral comme vision du monde ou le franchissement des fronti\u00e8res<\/h2>\n<h3 class=\"western\">3.1. La fragmentation au niveau spatial<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Deux ph\u00e9nom\u00e8nes sont \u00e0 observer. D\u2019une part, l\u2019espace est morcel\u00e9, fragment\u00e9. D\u2019autre part, les fronti\u00e8res spatiales&nbsp;sont plus ou moins perm\u00e9ables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn11\"><\/a>C\u2019est \u00e0 la faveur d\u2019une rupture temporelle que s\u2019effectue la fragmentation de l\u2019espace. Javier raconte sa rencontre avec les pacifistes par le biais d\u2019un flash back qu\u2019il annonce lui-m\u00eame, au lieu de simplement raconter l\u2019\u00e9v\u00e9nement : \u00ab Si vous le permettez nous ferons un flash back<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\">11<\/a><\/sup> \u00bb. Il est int\u00e9ressant que le saut temporel soit annonc\u00e9 par l\u2019un des personnages&nbsp;: la rupture de la lin\u00e9arit\u00e9 est ainsi exhib\u00e9e. Cette volont\u00e9 de forcer le trait est \u00e0 rapprocher des processus d\u2019exag\u00e9ration d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9s dans la deuxi\u00e8me partie. Le flash back nous fait passer du niveau spatio-temporel de la salle de r\u00e9union d\u2019o\u00f9 Javier raconte, au niveau spatio-temporel de la rencontre avec les pacifistes, la caf\u00e9t\u00e9ria d\u2019une aire d\u2019autoroute. L\u2019encha\u00eenement s\u2019op\u00e8re de la fa\u00e7on suivante. La lumi\u00e8re s\u2019\u00e9teint dans la salle de r\u00e9union ce qui conduit \u00e0 la disparition de cet espace. Une partie du mur s\u2019ouvre et appara\u00eet un coin de la caf\u00e9t\u00e9ria d\u2019une aire d\u2019autoroute.Cette partie du mur qui se retire et qui laisse appara\u00eetre un nouvel espace marque aussi physiquement la rupture, par la cassure mat\u00e9rielle qui a lieu sur sc\u00e8ne (un pan de mur est enlev\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce nouvel espace, une jeune fille attirante, habill\u00e9e \u00e0 la mode de la derni\u00e8re tribu urbaine, est en train de rouler un joint. Javier s\u2019assoit \u00e0 cot\u00e9 d\u2019elle ; il veut la s\u00e9duire, lui dit qu\u2019il a des usines, qu\u2019il voyage beaucoup et qu\u2019il a une BMW. La jeune fille ne l\u2019\u00e9coute pas vraiment. Quand elle lui demande du feu, Javier lui lance le fameux slogan : \u00ab&nbsp;Fumer peut tuer&nbsp;\u00bb. On peut ici faire les m\u00eames remarques que pr\u00e9c\u00e9demment sur l\u2019hypocrisie. On apprend finalement que la jeune fille se rend \u00e0 Copenhague, lorsque, de fa\u00e7on d\u00e9sinvolte, elle dit \u00e0 Javier qu\u2019elle compterait bien sur lui pour l\u2019y conduire. C\u2019est alors qu\u2019un jeune homme arrive, disant que \u00ab&nbsp;c\u2019est le moment&nbsp;\u00bb. La jeune fille passe le joint \u00e0 Javier et, en s\u2019accompagnant \u00e0 la guitare, chante une chanson avec son ami qui a d\u00e9roul\u00e9 une pancarte pacifiste. Javier se retrouve au milieu de cette sc\u00e8ne, confus. En plus d\u2019avoir franchi la fronti\u00e8re temporelle du flash back, il a franchi la fronti\u00e8re anti-pacifistes\/pacifistes, c\u2019est-\u00e0-dire la fronti\u00e8re contre-utopie\/utopie. La chanson&nbsp;d\u00e9nonce en effet le contraste entre riches et pauvres, le mod\u00e8le am\u00e9ricain, le mod\u00e8le occidental, l\u2019attitude des gouvernements d\u00e9mocratiques qui augmentent les budgets militaires. La sc\u00e8ne est interrompue par un coup de sifflet qui fait fuir les jeunes gens, laissant Javier seul avec le joint et la pancarte. Le retour au niveau spatio-temporel de la salle de r\u00e9union s\u2019op\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 un changement d\u2019\u00e9clairage. L\u2019obscurit\u00e9 se fait autour de Javier qui jette le joint et chasse la fum\u00e9e avec sa main. Cette fum\u00e9e semble repr\u00e9senter un \u00e9cran translucide qui sert de transition d\u2019un niveau spatio-temporel \u00e0 l\u2019autre. (Nous verrons plus loin combien cette \u00ab&nbsp;translucidit\u00e9&nbsp;\u00bb peut \u00eatre signifiante au niveau esth\u00e9tique.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn12\"><\/a>Dans la salle de r\u00e9union, les quatre dirigeants interpellent le fauteuil vide de Javier. Celui-ci est toujours \u00ab&nbsp;dans son flash-back&nbsp;\u00bb qu\u2019il poursuivra d\u2019ailleurs ensuite. La lumi\u00e8re a donc \u00e9clair\u00e9 alternativement les deux espaces juxtapos\u00e9s dans lesquels Javier est pr\u00e9sent simultan\u00e9ment. Pour nous spectateurs, le flash back est visible, comme en direct. Les dirigeants, eux, doivent se l\u2019imaginer \u00e0 partir du r\u00e9cit que Javier fait dans l\u2019espace de la salle de r\u00e9union (r\u00e9cit d\u2019ailleurs auquel nous n\u2019avons pas acc\u00e8s). Ils voient Javier dans son fauteuil en train de raconter son flash back. Le spectateur, lui, voit Javier dans l\u2019espace du flash back. Ceci nous fait penser \u00e0 un proc\u00e9d\u00e9 cin\u00e9matographique. Les personnages ont acc\u00e8s \u00e0 un r\u00e9cit ; le spectateur a acc\u00e8s directement \u00e0 la sc\u00e8ne. Mais ici, il y a quelque chose en plus, un \u00e9l\u00e9ment li\u00e9 aux sp\u00e9cificit\u00e9s de l\u2019espace th\u00e9\u00e2tral. Pour le spectateur de th\u00e9\u00e2tre, le saut temporel du flash-back implique la circulation du personnage (donc du com\u00e9dien) d\u2019un espace \u00e0 l\u2019autre. Quand la lumi\u00e8re cadre un niveau spatio-temporel, le personnage commun aux deux niveaux doit \u00eatre pr\u00e9sent. Or ici, lorsque la lumi\u00e8re permet un retour dans la salle de r\u00e9union, les collaborateurs voient Javier dans son fauteuil (niveau de la fiction), alors que le spectateur voit le fauteuil vide (l\u2019acteur qui joue Javier n\u2019est pas assis dans le fauteuil). L\u2019interpr\u00e9tation de ce proc\u00e9d\u00e9 peut se faire \u00e0 deux niveaux. A un premier niveau, d\u2019ordre technique, l\u2019absence de l\u2019acteur s\u2019explique par le fait que le personnage va poursuivre son flash-back et va donc r\u00e9appara\u00eetre juste apr\u00e8s dans un autre espace. La simulation de la pr\u00e9sence de Javier dans la salle de r\u00e9union, alors m\u00eame que l\u2019acteur est absent, serait un artifice th\u00e9\u00e2tral destin\u00e9 \u00e0 parer les contraintes techniques de l\u2019encha\u00eenement d\u2019un espace \u00e0 l\u2019autre. La mise \u00e0 nu de cet artifice serait \u00e0 mettre au compte de la tendance \u00e0 exhiber les faux-semblants, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e dans la deuxi\u00e8me partie de l\u2019article. Mais si l\u2019on se place \u00e0 un autre niveau de r\u00e9flexion, esth\u00e9tique cette fois, on observe, selon le point de vue, une tension fluctuante entre perm\u00e9abilit\u00e9 et imperm\u00e9abilit\u00e9 des fronti\u00e8res spatiales, mais aussi une tension fluctuante entre pr\u00e9sence et absence, comme pour mieux sugg\u00e9rer l\u2019instabilit\u00e9 qui caract\u00e9rise notre appr\u00e9hension des choses, selon le point de vue que l\u2019on adopte. Fragmentation, discontinuit\u00e9, instabilit\u00e9, tension entre les contraires\u2026 Autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments caract\u00e9ristiques de \u00ab&nbsp;l\u2019esth\u00e9tique du translucide&nbsp;\u00bb, que Jos\u00e9 Sanchis Sinisterra revendique pour ses pi\u00e8ces \u00e9crites depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 90<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\">12<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Et c\u2019est justement la fragmentation et la discontinuit\u00e9 qui op\u00e8rent dans la suite du flash-back. L\u2019encha\u00eenement entre les deux espaces se fait de la fa\u00e7on suivante : Cleta regarde l\u2019invisible Javier et devine qu\u2019il n\u2019a pas termin\u00e9. La lumi\u00e8re du bureau s\u2019\u00e9teint, alors qu\u2019\u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne apparaissent les deux jeunes qui font du stop. La didascalie indique&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Se abre parte de una pared y aparece Javier al volante de su coche. Por su actitud se adivina que los ve, que frena con brusquedad y que arrima el coche al arc\u00e9n. En el di\u00e1logo subsiguiente, los j\u00f3venes hablan con Javier como si estuviera ante ellos, en el proscenio.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn13\"><\/a>Une partie du mur s\u2019ouvre et Javier appara\u00eet au volant de sa voiture. \u00c0 son attitude, on devine qu\u2019il les voit, qu\u2019il freine brusquement et qu\u2019il gare sa voiture sur le bas-c\u00f4t\u00e9. Pendant le dialogue suivant, les jeunes parlent \u00e0 Javier comme s\u2019il \u00e9tait devant eux, \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\">13<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019espace en question, le bas-c\u00f4t\u00e9 d\u2019une autoroute, se voit ainsi fragment\u00e9 et plus exactement coup\u00e9 en deux sur sc\u00e8ne. Les deux fragments se trouvent \u00e9loign\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre, d\u2019un cot\u00e9 Javier, de l\u2019autre les jeunes. On ne sait pas si les deux fragments se font face&nbsp;ou s\u2019il y a changement de direction, c\u2019est-\u00e0-dire rotation de l\u2019un des deux fragments. Tout ce que l\u2019on sait, c\u2019est que dans chaque \u00ab&nbsp;morceau&nbsp;\u00bb d\u2019espace, le (ou les) personnage(s) pr\u00e9sent(s) s\u2019adresse(nt) au (ou aux) personnage(s) manquant(s) comme s\u2019il (ou ils) \u00e9tai(en)t l\u00e0. La fragmentation n\u2019intervient donc pas seulement pour couper l\u2019espace de la sc\u00e8ne en deux niveaux spatio-temporels distincts. Elle intervient aussi au sein m\u00eame de l\u2019espace du flash-back qui se trouve disloqu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le retour \u00e0 la salle de r\u00e9union conclut le flash-back sur un constat de perm\u00e9abilit\u00e9 des fronti\u00e8res entre les deux niveaux spatio-temporels. Javier, qui est de nouveau dans son fauteuil de bureau, porte son blouson, et arbore la pancarte pacifiste, des \u00e9l\u00e9ments qui appartiennent au niveau spatio-temporel du flash-back.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette analyse nous a permis faire le constat d\u2019un espace fragment\u00e9 \u00e0 plusieurs niveaux, un espace aux fronti\u00e8res tour \u00e0 tour perm\u00e9ables et imperm\u00e9ables, un espace instable et discontinu. Ces m\u00e9canismes semblent sugg\u00e9rer (par des proc\u00e9d\u00e9s formels) que la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas simple mais morcel\u00e9e, mouvante, voire multiforme. On en a donc toujours une vision partielle, tronqu\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 fragment\u00e9e, le regard du spectateur r\u00e9aliserait-il le franchissement des fronti\u00e8res&nbsp;?<\/p>\n<h3 class=\"western\">3.2. Le regard du spectateur comme franchissement des fronti\u00e8res<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"refn14\"><\/a>Si la fragmentation et le morcellement sont d\u00e9concertants, d\u00e9routants, sources de trouble, le regard du spectateur est comme une lumi\u00e8re qui traverse le flou. Sa vision est \u00ab translucide<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\">14<\/a><\/sup> \u00bb. Cela est valable tout d\u2019abord au niveau spatial. Face \u00e0 l\u2019espace fragment\u00e9, morcel\u00e9, le spectateur relie par son regard les \u00e9l\u00e9ments dispers\u00e9s. La discontinuit\u00e9 au niveau spatial l\u2019oblige donc \u00e0 porter un regard plus large sur la sc\u00e8ne, un regard attentif, apte \u00e0 progresser \u00e0 travers le brouillage de l\u2019instabilit\u00e9 spatio-temporelle. Son cheminement est aussi \u00ab&nbsp;translucide&nbsp;\u00bb lorsqu\u2019il tente de donner un sens \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Au niveau des processus de signification, la tension \/ interaction entre l\u2019exag\u00e9ration caricaturale et la suggestion minimale, pr\u00e9sente en creux dans le texte, prend chez le r\u00e9cepteur la forme d\u2019un questionnement. Un questionnement \u00ab&nbsp;translucide&nbsp;\u00bb, puisque n\u2019obtenant pas de r\u00e9ponse d\u00e9finitivement \u00e9clairante qui d\u00e9voilerait un sens transparent. Enfin, le \u00ab&nbsp;translucide&nbsp;\u00bb op\u00e8re au niveau id\u00e9ologique, quand il s\u2019agit d\u2019\u00e9tudier la dialectique utopie \/ contre-utopie. Revenons, en effet, \u00e0 notre th\u00e8me et \u00e0 notre alternative non r\u00e9solue dans la pi\u00e8ce. D\u2019une part, l\u2019utopie en tant que soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale ne peut exister par d\u00e9finition. D\u2019autre part, l\u2019utopie au sens ou certains l\u2019entendraient, pourrait repr\u00e9senter, pour d\u2019autres, l\u2019inverse de l\u2019utopie. L\u2019id\u00e9e de la pr\u00e9\u00e9minence d\u2019un id\u00e9al semble toute relative. En tout cas, l\u2019espace de la pi\u00e8ce ne semble pas \u00eatre le lieu o\u00f9 s\u2019impose un id\u00e9al, mais plut\u00f4t un lieu o\u00f9 les id\u00e9aux s\u2019affrontent sans qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9finitive ne se dessine de fa\u00e7on explicite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous dirons, pour conclure, que la pi\u00e8ce nous offre la tension entre une utopie d\u2019une part (un lieu id\u00e9al qui n\u2019existe pas), et le contraire de l\u2019utopie d\u2019autre part (un lieu consid\u00e9r\u00e9 comme id\u00e9al par d\u2019autres dans la mesure o\u00f9 il repr\u00e9senterait l\u2019aboutissement parfait des paradigmes inverses de l\u2019utopie). Mais entre ces deux oppos\u00e9s extr\u00eames, la sc\u00e8ne n\u2019est pas le lieu du choix. La \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb est relative et il serait bien pr\u00e9somptueux de vouloir livrer sur la sc\u00e8ne ce lieu de \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb. Si le lieu de \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb semble impossible \u00e0 atteindre, c\u2019est d\u00e8s lors le territoire des questionnements qui devient \u00e9minemment strat\u00e9gique. Et ce territoire des questionnements, c\u2019est la salle, ou plus largement le lieu du r\u00e9cepteur. Par son regard, celui-ci traverse la pi\u00e8ce. Et si celle-ci ne livre pas un lieu de \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb, c\u2019est en lui que va s\u2019op\u00e9rer cette recherche, par le questionnement perp\u00e9tuel qui accompagne son regard. Face \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 toute \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb est relative, une r\u00e9alit\u00e9 brouill\u00e9e par la tension entre les oppos\u00e9s, un monde complexe ou tout et son contraire pourraient potentiellement arriver, le r\u00e9cepteur chemine dans l\u2019\u0153uvre en \u00e9clairant cette r\u00e9alit\u00e9 floue. Mais, d\u2019interrogation en interrogation, cet \u00e9clairage ne conduit qu\u2019\u00e0 un d\u00e9voilement partiel. Un lieu de \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb uniforme ne pourra jamais \u00eatre atteint&nbsp;; la \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb est multiple, fluctuante, et son appr\u00e9hension n\u00e9cessite de la part du r\u00e9cepteur, une grande facult\u00e9 d\u2019adaptation et une participation inventive. Le lieu \u00e0 rechercher se trouve en lui, c\u2019est le lieu de l\u2019interrogation. Si engagement il y a dans cette \u0153uvre, il ne r\u00e9side pas dans la d\u00e9fense explicite d\u2019un parti pris bien d\u00e9fini, une utopie par exemple. L\u2019engagement r\u00e9side plut\u00f4t dans le d\u00e9fi lanc\u00e9 au r\u00e9cepteur d\u2019avancer en ayant toujours \u00e0 l\u2019esprit l\u2019existence de cette r\u00e9alit\u00e9 \u00ab&nbsp;multi-facettes&nbsp;\u00bb. Le lieu \u00e0 rechercher, c\u2019est celui de la remise en question, le territoire de la nuance qui nous sauve des totalitarismes.<\/p>\n<hr>\n<\/div>\n<div id=\"notesBasPage\" dir=\"ltr\">\n<h3 class=\"western\"><a name=\"sect4\"><\/a>Notes<\/h3>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>&nbsp;&#8211;&nbsp; SANCHIS SINISTERRA Jos\u00e9<i>, Misiles mel\u00f3dicos<\/i>, Zaragoza, Centro Dram\u00e1tico de Arag\u00f3n, 2005. Les citations de la pi\u00e8ce seront extraites de cette \u00e9dition et traduites en fran\u00e7ais par nos soins.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>&nbsp;&#8211;&nbsp; <em>Ibid<\/em><i><\/i>, p. 42-43.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a>&nbsp;&#8211;&nbsp; <em>Ibid<\/em><i><\/i>, p. 44-45.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a>&nbsp;&#8211;&nbsp; <em>Ibid<\/em>, p. 47-48&nbsp;: \u00ab&nbsp;[\u2026] \u00bfqui\u00e9n contabiliza <i>a los tullidos, a los lisiados, a los mutilados<\/i> [\u2026]?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a>&nbsp;&#8211;&nbsp; <em>Ibid<\/em>, p. 49-50.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a>&nbsp;&#8211;&nbsp; <em>Ibid<\/em>, p. 72.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> &#8211;&nbsp; <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a>&nbsp;&#8211;&nbsp; <em>Ibid<\/em> p. 73.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a>&nbsp;&#8211;&nbsp; <em>Ibid<\/em>, p. 91-93.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a>&nbsp;&#8211; <em>Ibid<\/em>, p. 60.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a>&nbsp;&#8211;&nbsp; <em>Ibid<\/em>, p. 50.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a>&nbsp;&#8211;&nbsp; FRANCESCHINI Marie Elisa, <i>\u00ab&nbsp;L\u2019esth\u00e9tique du translucide&nbsp;\u00bb chez Jos\u00e9 Sanchis Sinisterra<\/i>, Th\u00e8se de Doctorat, Universit\u00e9 Toulouse-Jean Jaur\u00e8s, 2009.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a>&nbsp;&#8211;&nbsp; SANCHIS SINISTERRA Jos\u00e9, <i>op. cit.<\/i>, p. 53.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a>&nbsp;&#8211;&nbsp; Est \u00ab&nbsp;translucide&nbsp;\u00bb ce qui&nbsp;est perm\u00e9able \u00e0 la lumi\u00e8re, la laisse passer, mais ne permet pas de distinguer nettement les objets (<i>Le petit Robert,<\/i> Paris, Le Robert, 2003, p. 2663).<\/p>\n<\/div>\n<hr>\n<h2 class=\"western\"><a name=\"sect5\"><\/a>Bibliographie<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">FRANCESCHINI Marie Elisa, <i>\u00ab L\u2019esth\u00e9tique du translucide \u00bb chez Jos\u00e9 Sanchis Sinisterra, <\/i>Th\u00e8se de Doctorat, Universit\u00e9 Toulouse &#8211; Jean Jaur\u00e8s, 24 septembre 2009, 651p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SANCHIS SINISTERRA Jos\u00e9, <i>Misiles mel\u00f3dicos,<\/i> Zaragoza, Centro Dram\u00e1tico de Arag\u00f3n, 2005, 96p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><i>Le Petit Robert, <\/i>Paris, Le Robert, 2003.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marie-\u00c9lisa Franceschini Doctorante ATER, Universit\u00e9 Toulouse &#8211; Jean Jaur\u00e8s franceschini.elisa\/@\/gmail.com Pour citer cet article : Franceschini, Marie-\u00c9lisa, \u00ab Utopie et contre-utopie dans \u201cMissiles m\u00e9lodiques\u201d de Jos\u00e9 Sanchis Sinisterra. Tension entre les contraires, ou la fronti\u00e8re comme zone de questionnement. \u00bb, Litter@ Incognita [En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b02 \u00ab Les Interactions I [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46549],"tags":[46632,46630,46634,46553,46633,46635,38821],"class_list":["post-723","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","tag-espace-theatral","tag-jose-sanchis-sinisterra","tag-litterature-espagnole","tag-n2","tag-paradoxe","tag-theatre-espagnol","tag-utopie","post-preview"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/723","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=723"}],"version-history":[{"count":38,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/723\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4512,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/723\/revisions\/4512"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=723"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=723"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=723"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}