 {"id":763,"date":"2016-02-16T09:35:47","date_gmt":"2016-02-16T08:35:47","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=763"},"modified":"2020-05-06T17:53:50","modified_gmt":"2020-05-06T16:53:50","slug":"numero-3-2010-article-6-bessou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2016\/02\/16\/numero-3-2010-article-6-bessou\/","title":{"rendered":"La repr\u00e9sentation du travail dans l\u2019art \u00e0 travers le m\u00e9dium photographique, du d\u00e9but du si\u00e8cle \u00e0 aujourd\u2019hui"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><strong>Anne-Line Bessou<\/strong><br \/>\nDoctorante, Universit\u00e9 Toulouse &#8211; Jean Jaur\u00e8s<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : Bessou, Anne-Line, \u00ab La repr\u00e9sentation du travail dans l\u2019art \u00e0 travers le m\u00e9dium photographique, du d\u00e9but du si\u00e8cle \u00e0 aujourd\u2019hui. \u00bb, <i id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1508396488352_12506\">Litter@ Incognita <\/i>[En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b03 \u00ab Les Interactions II \u00bb, 2010, mis en ligne en 2010, disponible sur &lt;<a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2016\/02\/16\/numero-3-2010-article-6-bessou\/\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2018\/01\/09\/la-ville-contemp\u2026ite-au-generique\/<\/a>&gt;.<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9charger l\u2019article au format PDF<\/p>\n<hr>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<br \/>\n<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La question de la repr\u00e9sentation du travail dans l\u2019art a toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente. Ici, nous nous int\u00e9ressons \u00e0 l\u2019\u00e9volution de cette repr\u00e9sentation \u00e0 travers le m\u00e9dium photographique. Nous verrons alors comment les photographes se sont appropri\u00e9 ce sujet, et ceci d\u00e8s le d\u00e9but du si\u00e8cle, en prenant comme exemple les pratiques de Lewis Hine, August Sander et Walker Evans, trois photographes dont l\u2019engagement social et artistique ont permis de faire \u00e9voluer les modes de pens\u00e9es mais \u00e9galement l\u2019utilisation du m\u00e9dium photographique. Nous poursuivrons avec l\u2019exemple de deux photographes contemporains, Val\u00e9rie Couteron et Dominique Delpoux, qui \u00e0 travers une pratique documentaire se sont int\u00e9ress\u00e9s aux travailleurs. Enfin, et pour clore cette analyse, nous nous arr\u00eaterons sur une d\u00e9marche tr\u00e8s contemporaine dans le sens o\u00f9 elle d\u00e9nonce les cons\u00e9quences du travail sur l\u2019homme en termes de stress et de pression sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Mots-cl\u00e9s : <\/strong>photographie documentaire &#8211; sociologie du travail &#8211; docu-fiction &#8211; photographie sociale<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>Abstract<br \/>\n<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">The work representation in the art has always been a present question. Here, we are interested in the evolution of this representation through the photographic medium. We shall see then how the photographers appropriated this subject and that from the beginning of the century by taking as example the practices of Lewis Hine, August Sander and Walker Evans, three photographers whose social and artistic commitment allowed to develop the ways of thinking but also the use of the photographic medium. We shall continue with the example of two contemporary photographers, Val\u00e9rie Couteron and Dominique Delpoux who, through a documentary practice, have focused on workers. Finally, and to close this analysis, we will stop on a very contemporary approach in the sense that it discloses the impact of work on the man in terms of stress and social pressure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Key-words: <\/strong>documentary photography &#8211; sociology of work &#8211; fictional documentary &#8211; social photography<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>Sommaire<\/strong><\/h3>\n<p><a href=\"#sect1\">1. Le m\u00e9dium photographique et son rapport au travail \u2013 un sujet social de tout temps<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect2\">2. Entre code et corps. L\u2019image photographique pour traduire l\u2019indicible<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect3\">Notes<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect4\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s le d\u00e9but du si\u00e8cle, la photographie, en raison de sa nature technique d\u2019enregistrement, fait foi de l\u2019authenticit\u00e9 des sujets qu\u2019elle permet de rendre visible. L\u2019image photographique est alors consid\u00e9r\u00e9e comme un document, une preuve. Tr\u00e8s vite, elle sera utilis\u00e9e pour montrer, pour donner \u00e0 voir au grand public une situation, et lui en faire ainsi prendre conscience. En sa qualit\u00e9 de document, elle sera une trace permettant la conservation d\u2019une m\u00e9moire. Les photographes marquent leur int\u00e9r\u00eat pour les sujets sociaux et l\u2019image documentaire devient un style \u00e0 part enti\u00e8re, caract\u00e9ristique des ann\u00e9es 1930, dans le monde entier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous nous int\u00e9resserons \u00e0 l\u2019engagement social que suscite ce m\u00e9dium, sur un th\u00e8me pr\u00e9cis, celui de la repr\u00e9sentation du travail. \u00c0 travers l\u2019\u00e9volution de l\u2019utilisation de la photographie, nous verrons comment ce sujet s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir d\u2019exemples de photographes comme Lewis Hine, August Sander et Walter Evans, puis avec des exemples plus contemporains, comme ceux de Val\u00e9rie Couteron et Dominique Delpoux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous poursuivrons cette travers\u00e9e historique vers une repr\u00e9sentation du monde du travail tel que nous pouvons le percevoir et l\u2019analyser actuellement. Aujourd\u2019hui plus que jamais, l\u2019art est au service de l\u2019homme, un art relationnel comme nous l\u2019explique Nicolas Bourriaud dans son ouvrage&nbsp;<em>Esth\u00e9tique relationnelle,<\/em> publi\u00e9 en 2001. C\u2019est en cette nouvelle forme d\u2019art que s\u2019inscrit ma recherche, \u00e0 travers une pratique contemporaine de la photographie dont l\u2019int\u00e9r\u00eat n\u2019est plus de montrer les gens au travail mais d\u2019aller au-del\u00e0 en r\u00e9fl\u00e9chissant aux cons\u00e9quences et aux r\u00e9percussions des conditions de travail sur l\u2019homme.<\/p>\n<p><a name=\"sect1\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">1. Le m\u00e9dium photographique et son rapport au travail \u2013 un sujet social de tout temps<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La question de la place du travail dans la vie de l\u2019homme a toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente, ce n\u2019est pas un sujet contemporain. Ceci \u00e9tant, la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9volue et le regard que l\u2019on pose sur elle change et s\u2019adapte \u00e0 ce qu\u2019am\u00e8ne chaque \u00e9poque \u00e0 travers l\u2019ensemble des contextes politique, \u00e9conomique, g\u00e9ographique, etc. Un sujet d\u2019\u00e9tude se r\u00e9actualise sans cesse par toutes les diff\u00e9rentes formes de pens\u00e9es, toutes disciplines confondues. L\u2019histoire de l\u2019art compte parmi ces disciplines.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify\">1.1. Au fondement de l\u2019histoire de la photographie sociale, l\u2019exemple de trois \u00ab&nbsp;grands&nbsp;\u00bb photographes<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s le d\u00e9but du si\u00e8cle, les photographes portent leur attention sur l\u2019homme et sur ses conditions de vie. Le travail devient alors un sujet in\u00e9vitable. On montre l\u2019homme sur son lieu de travail et le plus souvent il pose. L\u2019homme s\u2019expose \u00e0 l\u2019objectif du photographe dont l\u2019int\u00e9r\u00eat est de dresser des portraits \u00e0 travers une repr\u00e9sentation des diff\u00e9rents m\u00e9tiers. L\u2019image photographique permet de montrer les conditions de travail mais elle a aussi pour but de faire prendre conscience, d\u2019amener \u00e0 s\u2019interroger sur la place de ce dernier dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lewis Hine, n\u00e9 en 1874 aux \u00c9tats-Unis, est un des premiers photographes \u00e0 utiliser la photographie comme outil documentaire. Ce sociologue am\u00e9ricain participera au&nbsp;<em>Pittsburgh Survey<\/em> publi\u00e9 entre 1909 et 1915 qui regroupe six volumes sur l\u2019\u00e9tude des conditions de travail, de logement et d\u2019\u00e9ducation des populations ouvri\u00e8res et immigr\u00e9es vivant dans la capitale sid\u00e9rurgique du pays. Il s\u2019int\u00e9ressera \u00e9galement aux conditions de travail des enfants dans les usines, les mines ou encore les filatures de textiles. Il r\u00e9alisera une s\u00e9rie de photographies sur ce sujet qui sera \u00e0 l\u2019origine de l\u2019adoption d\u2019une loi concernant le travail des enfants. Lewis Hine, en pr\u00e9curseur de cette forme de documentaire social \u00e9tait \u00ab&nbsp;persuad\u00e9 que l\u2019appareil photo pouvait devenir un outil pr\u00e9cieux pour r\u00e9v\u00e9ler et r\u00e9parer les injustices sociales<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par la suite, il r\u00e9alisera une s\u00e9rie de photographies de portraits d\u2019ouvriers dans les ann\u00e9es 1920, en pleine \u00e8re de l\u2019industrialisation. Ce projet s\u2019inscrit entre deux p\u00e9riodes importantes du d\u00e9veloppement de ce concept industriel, entre le Taylorisme qui est la th\u00e9orie sur les m\u00e9thodes de travail \u00e0 la cha\u00eene propos\u00e9e par Taylor en 1911 et le Fordisme qui devient l\u2019application de cette m\u00e9thode dans les usines Ford en 1929. Ces temps \u00ab&nbsp;modernes&nbsp;\u00bb, qui inspireront Charlie Chaplin pour son film satirique&nbsp;<em>Les Temps modernes<\/em> en 1936, seront pour les photographes une p\u00e9riode de forte exaltation autour de la machine qui devient alors un sujet de contemplation, parfois au d\u00e9triment de l\u2019homme. Pour Hine, dans ce m\u00eame temps, l\u2019int\u00e9r\u00eat est de reconsid\u00e9rer l\u2019homme par rapport \u00e0 la machine en le ramenant au c\u0153ur des pr\u00e9occupations tout en montrant ce lien qui peut exister entre les deux.<\/p>\n<div id=\"attachment_813\" style=\"width: 441px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/lewis.png\" rel=\"attachment wp-att-813\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-813\" class=\"wp-image-813 size-full\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/lewis.png\" alt=\"\" width=\"431\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/lewis.png 431w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/lewis-216x300.png 216w\" sizes=\"auto, (max-width: 431px) 100vw, 431px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-813\" class=\"wp-caption-text\">HINE Lewis, M\u00e9canicien au travail, 1920<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alisant ces photographies presque une d\u00e9cennie avant l\u2019application du Fordisme, Lewis Hine est un avant-gardiste, un visionnaire. Il propose de s\u2019interroger, de prendre conscience des enjeux voire des cons\u00e9quences engendr\u00e9s par cette nouvelle m\u00e9thode de travail m\u00e9canis\u00e9. Si le d\u00e9veloppement de l\u2019industrialisation est le r\u00e9sultat du progr\u00e8s humain, il est aussi la source de nouveaux facteurs sociologiques importants o\u00f9 la place et le r\u00f4le de l\u2019homme sont interrog\u00e9s quant \u00e0 son devenir. Toutes les photographies de Lewis Hine sont ainsi porteuses d\u2019un engagement et d\u2019une volont\u00e9 de donner acc\u00e8s \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 sociale. L\u2019int\u00e9r\u00eat est aussi de faire accepter que l\u2019image \u00ab&nbsp;parle&nbsp;\u00bb ou tout au moins qu\u2019elle a le pouvoir de faire parler en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 ce que r\u00e9v\u00e8le son contenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec&nbsp;<em>M\u00e9canicien au travail<\/em>, Hine nous donne \u00e0 voir un homme aux muscles saillants, courb\u00e9 devant une machine sur laquelle il exerce une man\u0153uvre \u00e0 l\u2019aide d\u2019une cl\u00e9. Le m\u00e9canicien est au premier plan, au centre de l\u2019image. Le cadrage serr\u00e9 de la photographie a comme contour la structure de la machine qui devient d\u2019autant plus imposante. La robustesse de celle-ci n\u2019en est que plus renforc\u00e9e alors que ses formes arrondies viennent contraster avec la lourdeur de sa m\u00e9canique et faire \u00e9cho au dos en \u00e9chine du m\u00e9canicien. Le contenu tr\u00e8s esth\u00e9tique de cette photographie vient apaiser ce rapport de force entre l\u2019homme et la machine. La l\u00e9gende ne nous indique rien sur l\u2019identit\u00e9 du m\u00e9canicien mais elle r\u00e9v\u00e8le une action, un homme au travail. Une image que Hine a sublim\u00e9e volontairement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si Lewis Hine, en tant que sociologue, utilisait le m\u00e9dium photographique pour faire \u00e9voluer les modes de pens\u00e9es quant \u00e0 la place de l\u2019homme dans la soci\u00e9t\u00e9 par rapport au travail, cette action engag\u00e9e ne s\u2019est pas traduite sous une forme revendicative pour tous les photographes de ce d\u00e9but du si\u00e8cle. Le cadre, le contexte, et les outils qui s\u2019apparentent au travail s\u2019ajoutent au portrait dans un souci d\u2019apporter aux spectateurs suffisamment d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui leur permettront d\u2019identifier chaque activit\u00e9. La photographie comme document, c\u2019est-\u00e0-dire qui sert de preuve ou de source de renseignements, est celle qu\u2019August Sander a d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 travers un projet sociologique o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9tait de pr\u00e9senter les m\u00e9tiers et non de mettre en avant des hommes au travail. Bien loin des revendications et des d\u00e9nonciations de Lewis Hine, August Sander s\u2019attachait \u00e0 dresser des portraits, \u00e0 les archiver, sans chercher \u00e0 donner un autre sens que celui-ci \u00e0 sa d\u00e9marche documentaire. La rigueur avec laquelle il a r\u00e9alis\u00e9 ses portraits est d\u2019ailleurs tr\u00e8s significative de ce parti pris. Voici donc une approche diff\u00e9rente de la repr\u00e9sentation du travail dans l\u2019art qui a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9volution de l\u2019objet photographique jusqu\u2019\u00e0 en devenir un style, celui de la photographie documentaire.<\/p>\n<div id=\"attachment_818\" style=\"width: 403px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/sander.png\" rel=\"attachment wp-att-818\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-818\" class=\"wp-image-818 size-full\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/sander.png\" alt=\"\" width=\"393\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/sander.png 393w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/sander-197x300.png 197w\" sizes=\"auto, (max-width: 393px) 100vw, 393px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-818\" class=\"wp-caption-text\">SANDER August, Ma\u00eetre p\u00e2tissier, vers 1928<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">August Sander est un photographe allemand n\u00e9 en 1876 dont l\u2019\u0153uvre est plus que jamais pr\u00e9sente dans le monde de l\u2019art. Il laisse derri\u00e8re lui un travail monumental sous forme d\u2019un recueil intitul\u00e9&nbsp;<em>Les Hommes du XXe si\u00e8cle<\/em>. Ce projet de photographie documentaire qu\u2019il d\u00e9bute en 1920 avait pour ambition de faire un classement typologique de la soci\u00e9t\u00e9 allemande de la r\u00e9publique de Weimar. Il commencera ce projet devenu une utopie, tant la d\u00e9marche \u00e9tait colossale, par des portraits de paysans du Westerwald. \u00c0 partir de ces premiers portraits,&nbsp;<em>Visages de ce temps<\/em>, il poursuit son int\u00e9r\u00eat pour l\u2019archivage en divisant son travail en sept groupes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le paysan&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;L\u2019artisan&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;La femme&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Les cat\u00e9gories socioprofessionnelles&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Les artistes&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;La grande ville&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Les derniers des hommes&nbsp;\u00bb dont la vieillesse, la maladie et la mort sont les th\u00e8mes. L\u2019originalit\u00e9 de ce projet \u00e9tait de proposer une autre forme de l\u2019utilisation du portrait qui puisse r\u00e9pondre \u00e0 cette qu\u00eate sociologique. \u00c0 ce titre, ses photographies allaient au-del\u00e0 d\u2019une simple repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9tat physique de l\u2019homme car leur caract\u00e8re engag\u00e9 proposait une \u00e9volution des modes de pens\u00e9es. C\u2019est en s\u2019ouvrant ainsi au monde que le portrait est devenu un sujet documentaire, quant au photographe il adopta un nouveau statut, celui d\u2019artiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous pouvons dire que ses partis pris photographiques ont \u00e9t\u00e9 ceux de la Nouvelle Objectivit\u00e9 des ann\u00e9es 1920. Il revendiquait donc une <em>photographie exacte<\/em>, exempte d\u2019effets de flou, de retouches ou autres interventions<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/sup>. \u00bb&nbsp;La pose devait \u00eatre naturelle, ce qui est paradoxal lorsque l\u2019on sait que Sander pr\u00e9parait minutieusement le temps de pose et que le mod\u00e8le participait \u00e0 sa mise en sc\u00e8ne. Son pass\u00e9 de photographe portraitiste pour la bourgeoisie a influenc\u00e9 son choix pour la pose. Alors qu\u2019il photographiait \u00e0 pr\u00e9sent les classes populaires, il continuait de pr\u00e9f\u00e9rer la pose habituellement attribu\u00e9e \u00e0 la classe bourgeoise. Ce parti pris pourrait \u00eatre celui de faire abstraction d\u2019une \u00e9lite sociale afin de rester dans un objectif typologique qui ne pouvait tenir compte du jugement de valeur. Sander tendait \u00e0 rendre une image fid\u00e8le \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travers une pr\u00e9sentation du sujet o\u00f9 le photographi\u00e9 jouait le r\u00f4le de sa propre vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019il y a mise en sc\u00e8ne cela se produit donc au moment de la pr\u00e9paration car l\u2019on d\u00e9cide d\u2019un jour et d\u2019un lieu de rendez-vous, mais \u00e0 travers son choix de laisser la personne se pr\u00e9senter comme elle le souhaite, le photographe ne contr\u00f4le plus la pose. La photographie en devient, \u00e0 ce titre, documentaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sander donnera une explication tr\u00e8s claire de ce qui a motiv\u00e9 son projet d\u2019inventaire de la soci\u00e9t\u00e9 allemande : \u00ab Voir, observer, penser, et vous avez la r\u00e9ponse. Donner \u00e0 travers la photographie une image parfaitement fid\u00e8le de notre \u00e9poque, voil\u00e0 qui m\u2019apparaissait comme la meilleure chose \u00e0 faire<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/sup>. \u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><\/a><\/sup>&nbsp;Ses propos tiennent compte d\u2019une volont\u00e9 de s\u2019ouvrir au monde en lui offrant une vision tr\u00e8s large mais aussi tr\u00e8s pr\u00e9cise de l\u2019\u00e9tat social de son \u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ceci \u00e9tant, la question du travail et de sa repr\u00e9sentation occupe une place fondamentale dans cette typologie. La photographie du&nbsp;<em>Ma\u00eetre p\u00e2tissier,&nbsp;<\/em>qui est l\u2019exemple choisi, est le portrait d\u2019un homme qui prend la pose, semble t-il, dans la cuisine de son lieu de travail. Il porte sa blouse blanche et tient entre ses mains des ustensiles comme pour mimer un geste qui lui est quotidien tout en fixant du regard le photographe. Sander nous pr\u00e9sente cet homme \u00e0 travers son m\u00e9tier et nous renseigne donc sur la qualit\u00e9 de ce dernier. La pose est frontale et le cadrage serr\u00e9 tout en laissant appara\u00eetre le cadre de la cuisine. L\u2019homme se tient bien droit et se trouve parfaitement au centre de l\u2019image. Son visage est celui de quelqu\u2019un de concentr\u00e9, qui s\u2019applique \u00e0 tenir la pose. En adoptant cette attitude, son corps devient rigide. Ses mains sont crisp\u00e9es et ses jambes ouvertes donnent \u00e0 ses pieds l\u2019impression d\u2019\u00eatre clou\u00e9s au sol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019extr\u00eame rigidit\u00e9 avec laquelle cette photographie est r\u00e9alis\u00e9e, qui se traduit tant par la pose que par les choix techniques de Sander pour un cadrage documentaire, nous am\u00e8ne tr\u00e8s vite \u00e0 l\u2019essentiel, la pr\u00e9sentation de ce m\u00e9tier. Avec cet exemple, on comprend toute l\u2019ampleur de ce travail d\u2019archivage qui consiste \u00e0 faire un inventaire, class\u00e9 par cat\u00e9gories socioprofessionnelles, o\u00f9 l\u2019homme n\u2019intervient que par ce qu\u2019il repr\u00e9sente, son m\u00e9tier. La l\u00e9gende appos\u00e9e \u00e0 cette photographie vient confirmer ce choix puisqu\u2019elle nous renseigne non pas sur l\u2019identit\u00e9 de cet homme mais sur sa fonction. C\u2019est en cela que Sander entendait donner une image parfaitement fid\u00e8le de son \u00e9poque, en gardant une certaine distance avec ceux qu\u2019il photographiait afin de pr\u00e9server le contenu de l\u2019image de toute forme d\u2019affect.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019autre bout du monde, Walker Evans, photographe am\u00e9ricain n\u00e9 en 1903, a d\u00e9velopp\u00e9 une pratique de la photographie documentaire encore tr\u00e8s diff\u00e9rente de celles d\u2019August Sander et de Lewis Hine. Une photographie en particulier,&nbsp;<em>Portraits pos\u00e9s<\/em>, nous donne un autre exemple de repr\u00e9sentation du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Evans consacra sa vie de photographe \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine avec un int\u00e9r\u00eat qui se portait davantage sur la description de l\u2019environnement, contrairement donc \u00e0 August Sander pour qui l\u2019\u00e9tude de la soci\u00e9t\u00e9 allemande s\u2019est traduite par son gigantesque archivage des diff\u00e9rentes cat\u00e9gories sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Son rapport \u00e0 la photographie sociale le diff\u00e9rencie de la pratique de Lewis Hine. En effet, Evans ne souhaitait pas que ses photographies d\u00e9noncent des faits dont le seul but aurait \u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9veiller les consciences. Son engagement se traduisait par son regard de photographe dans un int\u00e9r\u00eat artistique o\u00f9 la photographie documentaire se construit sous une forme plus libre en donnant \u00e0 voir des situations qui ont attir\u00e9 son attention.<\/p>\n<div id=\"attachment_817\" style=\"width: 410px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/evans.png\" rel=\"attachment wp-att-817\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-817\" class=\"wp-image-817 size-full\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/evans.png\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"497\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/evans.png 400w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/evans-241x300.png 241w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-817\" class=\"wp-caption-text\">EVANS Walker, Portraits pos\u00e9s, New York, vers 1933<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Portraits pos\u00e9s <\/em>illustre parfaitement sa d\u00e9marche. Nous sommes face \u00e0 deux hommes photographi\u00e9s en pied et qui fixent l\u2019objectif. Les mod\u00e8les sont en auto-repr\u00e9sentation. \u00c0 ce sujet, Evans affirmait que \u00ab les hommes sont des acteurs. Leur r\u00f4le est d\u2019\u00eatre eux-m\u00eames<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a><\/sup>. \u00bb&nbsp;Un discours tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui de Sander, pour qui la pose devait \u00eatre travaill\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La l\u00e9gende de la photographie,&nbsp;<em>Portraits pos\u00e9s<\/em>, nous indiquerait donc que les deux hommes sont en pause dans leur journ\u00e9e de travail, avec comme indice, la cigarette que l\u2019homme de droite tient \u00e0 la main. Leur attitude corporelle, qui d\u00e9gage un naturel d\u00e9contract\u00e9 montre qu\u2019ils sont \u00e0 l\u2019aise face \u00e0 l\u2019objectif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Evans nous donne \u00e0 voir un moment de vie de ces travailleurs et nous plonge dans l\u2019ambiance de cet instant arr\u00eat\u00e9 par l\u2019intervention de l\u2019appareil photographique. La complicit\u00e9 du photographe et des photographi\u00e9s est palpable et c\u2019est ce qui donne \u00e0 cette image son caract\u00e8re social tel qu\u2019Evans l\u2019envisageait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur l\u2019\u00e9criteau \u00e0 l\u2019arri\u00e8re des deux hommes figure une liste de nourriture, ce qui nous indique que l\u2019homme v\u00eatu de son tablier blanc travaille dans la restauration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tous ces indices suffisent \u00e0 nous renseigner sur cette situation. Seul le lieu exact reste un myst\u00e8re. Cependant nous savons que cela se passe \u00e0 New-York vers 1933.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ici, ce sont des travailleurs mais avant tout des hommes qu\u2019il nous pr\u00e9sente, tout en nous donnant suffisamment de renseignements sur leur fonction. Evans accordait beaucoup d\u2019importance \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique de ses photographies en en travaillant le cadrage et en veillant \u00e0 leur nettet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En faisant ce choix d\u2019une photographie plus libre dans sa pr\u00e9sentation que celle de Sander, Evans nous d\u00e9montre que la photographie \u00e0 un pouvoir de repr\u00e9sentation qui va au-del\u00e0 des normes auxquelles elle devait jusque-l\u00e0 r\u00e9pondre pour pr\u00e9tendre \u00e0 une qualit\u00e9 documentaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Son regard sur la soci\u00e9t\u00e9 mais aussi sur la photographie montre une \u00e9volution de l\u2019utilisation du m\u00e9dium photographique qui permettra au style documentaire de s\u2019affirmer en tant qu\u2019art.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, en prenant l\u2019exemple de ces trois photographes, nous venons de voir diff\u00e9rentes utilisations de la photographie \u00e0 travers des approches parfois similaires ou au contraire en opposition mais qui ont toutes trois contribu\u00e9 \u00e0 faire \u00e9voluer les regards tant sur la soci\u00e9t\u00e9 que sur la photographie. La repr\u00e9sentation du travail est un sujet qui continue d\u2019inspirer les photographes et c\u2019est sous un aspect beaucoup plus contemporain que nous allons maintenant poursuivre cette analyse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, la photographie est reconnue en tant qu\u2019art, ce qui montre d\u00e9j\u00e0 une \u00e9volution importante de ce m\u00e9dium qui lui a permis de s\u2019affranchir et d\u2019\u00eatre plus libre. L\u2019engagement des photographes est toujours aussi pr\u00e9sent voire davantage, seules les approches et les moyens techniques mis en \u0153uvre sont diff\u00e9rents et \u00e9voluent au m\u00eame titre que la soci\u00e9t\u00e9. On pense alors l\u2019art autrement et on se positionne, on s\u2019affirme, on revendique parfois mais surtout on cr\u00e9\u00e9 \u00ab&nbsp;ensemble&nbsp;\u00bb. C\u2019est ce que propose cette nouvelle forme d\u2019art, l\u2019art relationnel, que l\u2019on voit appara\u00eetre dans les ann\u00e9es 1990<em>.&nbsp;<\/em>Elle revendique l\u2019art de la communication et de l\u2019\u00e9change entre les hommes. Les r\u00f4les et places de chacun sont partag\u00e9s. L\u2019\u0153uvre finale est le r\u00e9sultat de trois participations diff\u00e9rentes, celle des personnes photographi\u00e9es, celle du photographe et enfin celle du spectateur. Mais ce qui aujourd\u2019hui fait \u0153uvre autant que le r\u00e9sultat final d\u2019une exp\u00e9rience artistique, c\u2019est le protocole de la d\u00e9marche, o\u00f9 l\u2019artiste s\u2019inscrit dans son temps en cr\u00e9ant des interstices sociaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nicolas Bourriaud auteur d\u2019un ouvrage sur cette nouvelle forme d\u2019art qu\u2019il nomme \u00ab esth\u00e9tique relationnelle<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\">5<\/a><\/sup> \u00bb, \u00e9crit :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[&#8230;] en effet, l\u2019\u0153uvre d\u2019art montre (ou sugg\u00e8re) \u00e0 la fois son processus de fabrication et de production, sa position dans le jeu des \u00e9changes, la place \u2013 ou la fonction \u2013 qu\u2019elle assigne au regardeur, et enfin le comportement cr\u00e9ateur de l\u2019artiste (c\u2019est-\u00e0-dire la cha\u00eene de postures et de gestes qui composent son travail, et que chaque \u0153uvre individuelle r\u00e9percute \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un \u00e9chantillon, d\u2019un jalon)<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\">6<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pratique de l\u2019artiste, son comportement en tant que producteur, d\u00e9termine le rapport que l\u2019on entretiendra avec son \u0153uvre : en d\u2019autres termes, ce sont des relations entre les gens et le monde, \u00e0 travers des objets esth\u00e9tiques, qu\u2019il produit en premier lieu<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La place du spectateur \u00e9volue elle aussi : \u00ab l\u2019\u0153uvre d\u2019art des ann\u00e9es quatre-vingt-dix transforme le regardeur en voisin, en interlocuteur direct.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\">8 <\/a><\/sup>\u00bb<sup><br \/>\n<\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette nouvelle approche th\u00e9orique marque l\u2019\u00e9volution des pens\u00e9es et des regards sur la soci\u00e9t\u00e9, en insistant sur les diff\u00e9rentes formes de relations qui se d\u00e9veloppent ou se cr\u00e9ent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La force du sujet, l\u2019engagement du photographe, la d\u00e9marche, le protocole, tout est pris en compte. Le photographe \u0153uvre \u00e0 travers et pour son \u00e9poque afin d\u2019en rendre compte comme nous le proposent les artistes contemporains Val\u00e9rie Couteron et Dominique Delpoux, deux photographes qui se sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la repr\u00e9sentation de l\u2019homme au travail. Il ne s\u2019agit plus de pr\u00e9senter des m\u00e9tiers mais plut\u00f4t de mettre en avant les travailleurs, une d\u00e9marche qui peut faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 celle d\u2019Evans.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify\">1.2. Portraits contemporains de travailleurs<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify\">Val\u00e9rie Couteron photographie depuis 1995 l\u2019homme sur son lieu de travail. Elle est d\u00e9j\u00e0 l\u2019auteur d\u2019un livre sur l\u2019univers des salons de coiffure. Actuellement, et depuis 1998, elle s\u2019int\u00e9resse au quotidien des usines fran\u00e7aises en milieu industriel. Elle a r\u00e9alis\u00e9 une s\u00e9rie de photographies, en noir et blanc, consacr\u00e9e aux ouvriers de l\u2019usine Saint-Gobain \u00e0 Chalon-sur-Sa\u00f4ne. Elle s\u2019est concentr\u00e9e sur leurs gestes et leurs rapports aux machines. Val\u00e9rie Couteron a parcouru de nombreux sites qui lui ont donn\u00e9 l\u2019occasion de faire de multiples rencontres l\u2019encourageant ainsi \u00e0 poursuivre sa d\u00e9marche. La relation sociale est importante dans son travail, elle prend le temps de parler avec les gens qui peuvent finir par se laisser aller \u00e0 quelques confessions intimes.<\/p>\n<div id=\"attachment_815\" style=\"width: 234px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/couteron.png\" rel=\"attachment wp-att-815\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-815\" class=\"wp-image-815 size-full\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/couteron.png\" alt=\"\" width=\"224\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/couteron.png 224w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/couteron-202x300.png 202w\" sizes=\"auto, (max-width: 224px) 100vw, 224px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-815\" class=\"wp-caption-text\">COUTERON Val\u00e9rie, Armor-Lux, Quimper, Avril 1998<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette photographie en noir et blanc nous pr\u00e9sente une couturi\u00e8re dans une usine. Le cadrage est serr\u00e9 et divers \u00e9l\u00e9ments viennent occuper le premier plan de l\u2019image, laissant appara\u00eetre le regard de l\u2019ouvri\u00e8re qui fixe l\u2019objectif. La l\u00e9gende ne nous renseigne pas sur l\u2019identit\u00e9 de l\u2019ouvri\u00e8re, seulement sur son lieu de travail. \u00c0 ce moment de sa pratique, Val\u00e9rie Couteron semble comme influenc\u00e9e par les pratiques photographiques du d\u00e9but du si\u00e8cle, par ses choix d\u2019une photographie noir et blanc et de l\u2019absence d\u2019identit\u00e9 de la personne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout comme si sa d\u00e9marche et sa pratique reprenaient le cours de l\u2019histoire du m\u00e9dium photographique, elle a fait \u00e9voluer son projet vers une photographie en couleur o\u00f9 le portrait est d\u2019autant plus pr\u00e9sent que l\u2019individu est extrait de son univers de travail le temps de la prise de vue. Elle fait le choix d\u2019un face \u00e0 face, un moment d\u2019intimit\u00e9 entre la personne photographi\u00e9e et l\u2019objectif, \u00e0 l\u2019abri des regards. Isol\u00e9s le temps de la prise de vue, les sujets sont interrompus dans leur fonction&nbsp;; seuls face \u00e0 l\u2019objectif, ils sont comme mis \u00e0 nu, ce qui renforce le caract\u00e8re humain qui se d\u00e9gage de ces photographies.<\/p>\n<div id=\"attachment_814\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/couteron-2.png\" rel=\"attachment wp-att-814\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-814\" class=\"wp-image-814 size-full\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/couteron-2.png\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"317\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/couteron-2.png 250w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/couteron-2-237x300.png 237w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-814\" class=\"wp-caption-text\">COUTERON Val\u00e9rie, Conserverie Gendreau, Saint-Gilles-Croix-de-Vie : Olivier Lafrogne, ouvrier en fabrication (approvisionnement ligne embo\u00eetage), 2002<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">Sa s\u00e9rie en couleur est esth\u00e9tiquement porteuse d\u2019un discours diff\u00e9rent de sa s\u00e9rie en noir et blanc. En effet, la personne est isol\u00e9e et plus rien ne vient perturber l\u2019\u0153il du regardeur qui se pose imm\u00e9diatement sur le mod\u00e8le. Le mur blanc comme seul d\u00e9cor donne un aspect clinique \u00e0 l\u2019image. La construction de la photographie est \u00e9pur\u00e9e, aucun \u00e9l\u00e9ment ext\u00e9rieur ne nous renseigne alors r\u00e9ellement sur le statut de la personne, si ce n\u2019est l\u2019uniforme ou les v\u00eatements qu\u2019elle porte. Le mod\u00e8le pose face \u00e0 l\u2019objectif, il se pr\u00e9sente dans cet environnement st\u00e9rile et sa seule pr\u00e9sence devient le sujet, l\u2019objet de la photographie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sence du pr\u00e9nom et du nom de la personne qui apparaissent dans la l\u00e9gende de l\u2019image est tout \u00e0 fait significative de cette volont\u00e9 d\u2019affirmation de l\u2019homme qui prime sur sa cat\u00e9gorie socioprofessionnelle. Cet homme se pr\u00e9sente comme Olivier Lafrogne, puis comme ouvrier en fabrication. Cette distinction est importante car elle montre le respect de Val\u00e9rie Couteron face aux personnes qu\u2019elle photographie. Cette d\u00e9marche artistique peut se comparer \u00e0 celle du photographe Dominique Delpoux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pratique photographique de Dominique Delpoux appartient au style documentaire. Son approche sociologique de la photographie passe par son interrogation sur le monde d\u2019aujourd\u2019hui, o\u00f9 l\u2019homme occupe la place la plus importante. Ce photographe aime les gens, les \u00e9changes humains que lui permet sa pratique, et son regard port\u00e9 sur les mod\u00e8les qui l\u2019inspirent n\u2019en est que plus sensible.<\/p>\n<div id=\"attachment_816\" style=\"width: 420px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/delpoux.png\" rel=\"attachment wp-att-816\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-816\" class=\"wp-image-816 size-full\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/delpoux.png\" alt=\"\" width=\"410\" height=\"308\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/delpoux.png 410w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/delpoux-300x225.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 410px) 100vw, 410px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-816\" class=\"wp-caption-text\">Delpoux Dominique, s\u00e9rie \u00ab Double je \u00bb, V\u00e9ronique, agent d&rsquo;entretien, 1998-2002<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">La s\u00e9rie de portraits qui nous int\u00e9resse ici a pour titre \u00ab&nbsp;Double je&nbsp;\u00bb. Une double identit\u00e9 qui interroge sur les enjeux sociaux de notre soci\u00e9t\u00e9. Les images du \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb au travail et du \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb en dehors, apparaissent comme une fa\u00e7on pour la personne de montrer deux aspects de sa vie, de rappeler, et de se rappeler \u00e0 elle aussi, qui elle est vraiment. Un double \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb qui est \u00e9galement celui du \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb social&nbsp;: vouloir \u00eatre aux yeux des autres celui ou celle qu\u2019ils aimeraient que l\u2019on soit, s\u2019attacher \u00e0 l\u2019image que l\u2019on donne de nous, qui rassure mais qui n\u2019est pas la n\u00f4tre, comme un masque que l\u2019on porte au quotidien. Mais en soci\u00e9t\u00e9, nous ne pouvons de toute fa\u00e7on pas affirmer \u00eatre nous-m\u00eame. Le cadre de l\u2019intimit\u00e9 peut plus facilement le permettre sans non plus y pr\u00e9tendre compl\u00e8tement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dominique Delpoux r\u00e9alise des photographies \u00ab&nbsp;simples&nbsp;\u00bb jusqu\u2019\u00e0 l\u2019utilisation de la couleur dans sa forme la plus neutre. Il nous propose des portraits \u00ab&nbsp;ordinaires&nbsp;\u00bb, une fa\u00e7on de ne pas marginaliser les personnes photographi\u00e9es mais plut\u00f4t de les faire sortir de l\u2019ombre. Pour ce faire, ce sont les mod\u00e8les qui choisissent le lieu de leur prise de vue ainsi que la pose qu\u2019ils souhaitent adopter devant l\u2019objectif. Il traite du quotidien des gens avec beaucoup de respect, cherchant simplement \u00e0 interroger le spectateur sur ces codes sociaux qui prennent le dessus, bien souvent \u00e0 l\u2019encontre de ce qui fonde r\u00e9ellement notre soci\u00e9t\u00e9. Ce photographe propose aux spectateurs de s\u2019arr\u00eater quelques instants sur des vies trop mal connues et trop vite jug\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Val\u00e9rie Couteron et Dominique Delpoux nous montrent comment cette question du travail a \u00e9volu\u00e9 et comment la photographie peut amener \u00e0 repenser et \u00e0 reconsid\u00e9rer la place qu\u2019il occupe dans notre soci\u00e9t\u00e9. Aujourd\u2019hui il se s\u2019agit plus de repr\u00e9senter simplement le travail mais de pr\u00e9senter l\u2019homme dans sa fonction ou encore d\u2019aller plus loin en le pr\u00e9sentant en dehors de celle-ci. Cette reconsid\u00e9ration du travail comme preuve d\u2019une existence sociale \u00e9volue encore quand on s\u2019interroge sur les cons\u00e9quences, sur les r\u00e9percussions du travail sur l\u2019homme. C\u2019est sur le sujet pr\u00e9cis des souffrances li\u00e9es au travail que j\u2019ai moi-m\u00eame choisi de r\u00e9fl\u00e9chir. J\u2019ai fait le choix d\u2019un tout autre protocole de prises de vues photographiques en abordant ce th\u00e8me par une pratique de la mise en sc\u00e8ne comme lieu d\u2019expression du corps qui se confronte aux codes impos\u00e9s par le travail. J\u2019interroge \u00e9galement le m\u00e9dium photographique quant \u00e0 son pouvoir de repr\u00e9sentation en cherchant \u00e0 traduire l\u2019indicible, qui prend la forme du silence contenu par les travailleurs qui souffrent de leurs conditions de travail.<\/p>\n<p><a name=\"sect2\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">2. Entre code et corps. L\u2019image photographique pour traduire l\u2019indicible<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Comment donner \u00e0 voir ce qui ne se voit pas&nbsp;? C\u2019est par cette interrogation que mes images abordent un th\u00e8me qui fait de nos jours l\u2019actualit\u00e9, celui du mal-\u00eatre au travail. Les suicides survenus ces derniers mois dans le monde de l\u2019entreprise sont entendus comme une alerte face \u00e0 des m\u00e9thodes de travail productivistes qui poussent au d\u00e9passement de soi. Les masques tombent et c\u2019est l\u2019envers d\u2019un d\u00e9cor jusque-l\u00e0 occult\u00e9 qui se d\u00e9voile.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify\">2.1. De la psychologie \u00e0 l\u2019art<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, souffrir au travail n\u2019est plus un sujet tabou. Toutes les cat\u00e9gories professionnelles sont concern\u00e9es par ce ph\u00e9nom\u00e8ne soci\u00e9tal, et l\u2019existence d\u2019un lien entre les douleurs du corps et les souffrances morales est reconnue et d\u00e9nonc\u00e9e. Comme l\u2019\u00e9crit Dominique Huez, m\u00e9decin du travail&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces syndromes somatiques n\u2019ont pas forc\u00e9ment une origine m\u00e9canique li\u00e9e \u00e0 l\u2019hypersollicitation. \u00catre emp\u00each\u00e9 de pouvoir \u00ab bien travailler \u00bb, de faire un travail dont on pourrait continuer \u00e0 \u00eatre fier nous rigidifie, \u00ab corps et \u00e2me \u00bb. Il arrive, en effet, que la souffrance physique se double d\u2019une souffrance psychique. Les deux vont souvent de pair, g\u00e9n\u00e9ralement se succ\u00e8dent. Il est donc concevable que de nombreuses somatisations pr\u00e9c\u00e8dent ou accompagnent des pathologies psychiques et qu\u2019elles aient les m\u00eames causes. Les origines sont multiples : un travail trop sollicitant, malmenant tel segment du corps, un contexte collectif qui nous fait perdre le soutien des coll\u00e8gues, dispara\u00eetre les marges de man\u0153uvre, une pression temporelle qui rend inefficace notre capacit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server notre sant\u00e9, la peur ou la culpabilit\u00e9 qui nous poussent \u00e0 faire toujours plus, l\u2019isolement qui nous prive de pouvoir agir pour transformer ce travail d\u00e9l\u00e9t\u00e8re<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\">9<\/a><\/sup>.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019agit d\u2019une \u00e9volution de pens\u00e9e r\u00e9cente en France car il faudra attendre les ann\u00e9es 90 pour que le voile du silence se l\u00e8ve sur ces cons\u00e9quences douloureuses, voire dramatiques, du travail sur les individus. Ce sujet \u00e9tait jusqu\u2019alors tabou car consid\u00e9r\u00e9 comme la porte ouverte \u00e0 des d\u00e9nonciations abusives dont les retomb\u00e9es attenteraient \u00e0 la renomm\u00e9e et \u00e0 l\u2019\u00e9conomie des structures mises en cause.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous devons en grande partie cette expansion m\u00e9diatique \u00e0 Marie-France Hirigoyen, docteur sp\u00e9cialis\u00e9e en psychiatrie, et \u00e0 son ouvrage&nbsp;<em>Le harc\u00e8lement moral, la violence perverse au quotidien<\/em>, publi\u00e9 en 1998. Elle y d\u00e9nonce toutes les formes de violences et de souffrances psychiques dans le milieu conjugal, familial, \u00e9ducatif et professionnel. Cette r\u00e9v\u00e9lation au grand public permettra de faire voter le 11 Janvier 2001, l\u2019introduction d\u2019un amendement de loi contre le harc\u00e8lement moral dans le Code du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, l\u2019auteur elle-m\u00eame devra reprendre l\u2019analyse faite dans ce premier ouvrage \u00e0 travers un second livre paru en 2001,<em>&nbsp;Malaise dans le Travail. Harc\u00e8lement moral&nbsp;: d\u00e9m\u00ealer le vrai du faux.&nbsp;<\/em>Cet ouvrage pr\u00e9cise alors le sens du mot \u00ab&nbsp;harc\u00e8lement&nbsp;\u00bb afin d\u2019\u00e9viter toute utilisation abusive de ce terme devenu aujourd\u2019hui tr\u00e8s populaire. Depuis cette mise en lumi\u00e8re du harc\u00e8lement moral, le champ de la r\u00e9flexion sur les cons\u00e9quences psychologiques du travail continue de se d\u00e9velopper, dans un cadre scientifique mais aussi social, dans la mesure o\u00f9 de nombreuses pratiques et effets moins visibles tendent \u00e0 \u00eatre d\u00e9voil\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mon travail artistique prend en compte ces questionnements. L\u2019enjeu de mon projet est en effet de montrer jusqu\u2019o\u00f9 peut mener l\u2019ambition d\u2019arriver \u00e0 r\u00e9ussir sa vie professionnelle en \u00e9change d\u2019un niveau de vie correct et d\u2019une reconnaissance sociale. Pression, angoisse, peur de l\u2019\u00e9chec sont des facteurs plus que jamais pr\u00e9sents dans le monde du travail. La comp\u00e9tition, l\u2019envie d\u2019\u00eatre le meilleur afin d\u2019acqu\u00e9rir un poste mieux plac\u00e9, tout cela favorise un certain dynamisme au sein des \u00e9tablissements, mais peut aussi cr\u00e9er un malaise chez l\u2019individu \u2013 malaise qui peut se traduire par diff\u00e9rentes pathologies relevant parfois de la psychiatrie pour aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame, le suicide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les t\u00e9moignages se multiplient et souvent le m\u00eame constat revient de la part des proches des victimes, celui d\u2019\u00eatre pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un malaise qui insidieusement a eu raison de tout entendement. Le moment o\u00f9 tout bascule est incompris de ceux qui restent car ils n\u2019ont rien vu, rien entendu et donc rien pu faire pour \u00e9viter le drame. La violence de ces actes semble vouloir briser un silence trop longtemps contenu dont les cons\u00e9quences sont celles d\u2019un \u00e9puisement physique et mental. Parce qu\u2019il faut \u00eatre performant au travail et disponible dans sa vie personnelle, l\u2019adaptation permanente \u00e0 chaque situation devient un automatisme ali\u00e9nant qui incite bien souvent \u00e0 l\u2019enfermement sur soi. L\u2019expression \u00ab&nbsp;faire face&nbsp;\u00bb prend alors tout son sens dans cette combinaison d\u2019arrangements formels qui r\u00e9gissent notre comportement au quotidien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quand le travail n\u2019est pas ou plus source de plaisir et d\u2019accomplissement personnel, quand il ne se traduit plus que par l\u2019angoisse et le mal-\u00eatre, tout se transforme en \u00e9preuve et combat quotidien, qui affectent globalement la sph\u00e8re de vie du sujet. Les conditions de ce malaise peuvent \u00eatre diverses et \u00e0 des degr\u00e9s bien diff\u00e9rents, plus ou moins rep\u00e9rables selon l\u2019intensit\u00e9 de ce et ceux qui les provoquent. Le malaise s\u2019installe parfois insidieusement souvent par l\u2019accumulation de petits d\u00e9tails mettant ainsi le sujet dans une position o\u00f9, s\u2019il devient victime de quelque chose, ce n\u2019est que de son manque d\u2019organisation ou encore d\u2019adaptation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une forme de culpabilit\u00e9 se d\u00e9veloppe alors, qui rabaisse le sujet dans un sentiment d\u2019incomp\u00e9tence profond, qui peut le conduire au mutisme tout simplement par honte de devoir avouer son incapacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre productif. Cette forme de harc\u00e8lement moral consiste \u00e0 persuader le salari\u00e9 que le probl\u00e8me provient de lui et non de la situation ou du contexte de son travail. C\u2019est ce qu\u2019explique Marie Pez\u00e9, psychologue et psychanalyste (qui a assur\u00e9 depuis 1997 la premi\u00e8re consultation hospitali\u00e8re dans ce domaine en France, \u00ab&nbsp;Souffrance et travail&nbsp;\u00bb)&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La souffrance au travail doit \u00eatre mise en relation avec le mouvement d\u2019accroissement des performances exig\u00e9es. Il implique le d\u00e9ploiement de puissants leviers de pression, de disciplinarisation et d\u2019individualisation dans les relations de travail. Le harc\u00e8lement moral peut devenir un moyen de \u00ab faire entrer dans le rang \u00bb des personnes consid\u00e9r\u00e9es comme peu conformes ou, \u00e0 d\u00e9faut, de se d\u00e9barrasser d\u2019elles. [\u2026] Les possibilit\u00e9s pour surmonter les probl\u00e8mes sont alors renvoy\u00e9es \u00e0 la personne elle-m\u00eame<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\">10<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 peut lui aussi \u00eatre un facteur qui g\u00e9n\u00e8re beaucoup de pression, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 nous sommes face \u00e0 une crise \u00e9conomique grave dont r\u00e9sulte une hausse inqui\u00e9tante du ch\u00f4mage. Avoir un emploi n\u2019est plus suffisant, il faut aussi pouvoir le garder. La mise en comp\u00e9tition des employ\u00e9s, souvent pratiqu\u00e9e comme une m\u00e9thode de travail \u00e0 part enti\u00e8re, revient \u00e0 mettre en jeu la vie de chacun \u2013 un jeu d\u2019\u00e9chec, o\u00f9 chaque pion est sur la sellette et o\u00f9 il faut \u00eatre capable de montrer chaque jour que l\u2019on m\u00e9rite sa place. Un autre sp\u00e9cialiste de la psychologie du travail, Christophe Dejours, insiste sur cette forme de pression&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019utilisation de la menace de licenciement, associ\u00e9e \u00e0 de nombreuses autres formes de menaces sur les diff\u00e9rents constituants de la s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle des travailleurs, contribue \u00e0 produire ce que l\u2019on convient de rassembler sous le terme de pr\u00e9carisation. La pr\u00e9carisation est \u00e0 distinguer de la pr\u00e9carit\u00e9. La pr\u00e9carit\u00e9 concerne sp\u00e9cifiquement les travailleurs sous contrats pr\u00e9caires \u2013 int\u00e9rimaires, contrats \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e, travail au noir, etc. La pr\u00e9carisation d\u00e9signe l\u2019ensemble des effets en retour de la pr\u00e9carit\u00e9 sur ceux des travailleurs et des travailleuses qui b\u00e9n\u00e9ficient encore d\u2019un contrat de travail stable. En effet, ces derniers, \u00e0 leur tour, vivent sous la menace que leurs \u00ab privil\u00e8ges \u00bb leurs soient, un jour ou l\u2019autre, retir\u00e9s. La peur n\u2019est pas qu\u2019imaginaire, elle correspond effectivement \u00e0 l\u2019exercice d\u2019une menace parfois d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la part de l\u2019encadrement, selon les m\u00e9thodes de management plus ou moins sophistiqu\u00e9es<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\">11<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Au niveau des organisateurs du travail, le secteur du management diff\u00e9rencie deux niveaux de stress diff\u00e9rents : le stress positif et le stress n\u00e9gatif. Le premier serait facteur de stimulation et de capacit\u00e9 de d\u00e9passement de soi tandis que le second marquerait l\u2019\u00e9chec \u00e0 une quelconque adaptation. Or, peut-on consid\u00e9rer qu\u2019un stress positif ne soit g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019aucun trouble m\u00eame le plus infime ? La r\u00e9ponse \u00e0 cette question pourrait se trouver \u00e0 travers la d\u00e9finition que Marie Pez\u00e9 donne du \u00ab stress \u00bb : \u00ab En disant stress, on dit tout, d\u2019un coup, depuis les troubles du sommeil jusqu\u2019aux graves tableaux de stress post-traumatique<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\">12<\/a><\/sup> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019heure actuelle, les t\u00e9moignages de personnes qui souffrent au travail remplissent les pages de nombreux ouvrages sur le sujet. On ne manque pas d\u2019exemples pour d\u00e9noncer ce fl\u00e9au qui d\u00e9vaste bon nombre de vies. Le malaise est palpable et aujourd\u2019hui toutes les disciplines portent une grande attention \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne&nbsp;; il est donc logique que l\u2019art s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce fait de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Face aux t\u00e9moignages que j\u2019ai pu lire, je reste interloqu\u00e9e par ce moment o\u00f9 tout bascule, qui rend tout \u00e0 coup les choses insoutenables et o\u00f9 l\u2019individu passe \u00e0 l\u2019acte, ou encore o\u00f9 son corps c\u00e8de sans pr\u00e9venir. Mon projet accorde ainsi beaucoup d\u2019importance au silence contenu par les victimes, caract\u00e9ristique de ce qui devient un malaise social. Un silence destructeur car utilis\u00e9 comme un masque qui ne permet pas de d\u00e9celer le moindre signe de faiblesse. La honte et l\u2019impuissance conduisent \u00e0 ce mutisme, qui au moment d\u2019un acte absolu et d\u00e9finitif, comme seule \u00e9chappatoire, brise plusieurs vies. En effet, \u00ab comment supporter d\u2019\u00eatre pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celui qui s\u2019est donn\u00e9 la mort au travail quand on est son coll\u00e8gue, son voisin de bureau, son cadre, son DRH, son m\u00e9decin du travail, sa femme, son enfant<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\">13<\/a><\/sup> ? \u00bb, comme l\u2019\u00e9crit Marie Pez\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est ce silence et ce qui nous \u00e9chappe, ce qui ne se voit pas, dont je cherche \u00e0 rendre compte par la photographie. Comment l\u2019image photographique peut-elle traduire ce malaise et jusqu\u2019o\u00f9 son pouvoir de repr\u00e9sentation peut-il nous amener \u00e0 nous interroger, autrement qu\u2019au travers d\u2019un constat qui arrive souvent quand il est d\u00e9j\u00e0 trop tard?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bien s\u00fbr, il faut \u00eatre vigilant quant \u00e0 ces suicides qui se multiplient, car le travail n\u2019est assur\u00e9ment pas l\u2019unique responsable d\u2019un tel acte, comme l\u2019explique Pascale Molinier, docteur en psychologie&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La plupart des m\u00e9decins l\u2019ont signal\u00e9, l\u2019appr\u00e9ciation du r\u00f4le du travail comme facteur de suicide est difficile \u00e0 \u00e9tablir. Le travail peut n\u2019\u00eatre qu\u2019un co-facteur mineur d\u2019une situation extraprofessionnelle tr\u00e8s difficile, tout en \u00e9tant parfois (cela reste \u00e0 d\u00e9montrer) l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clenchant du geste (conflit aigu sur les lieux de travail, isolement face au risque, mise au placard, etc.)<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\">14<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019acte d\u00e9finitif est celui que l\u2019on retient le plus, celui qui choque et bouleverse&nbsp;; mais \u00e0 travers le choix de mon sujet, \u00ab&nbsp;Quand le stress au travail devient un malaise soci\u00e9tal \u00bb, je m\u2019int\u00e9resse pour l\u2019heure \u00e0 l\u2019environnement dans lequel se d\u00e9veloppe le sujet, et aux cons\u00e9quences li\u00e9es \u00e0 l\u2019organisation du travail. Je suis enti\u00e8rement engag\u00e9e dans une d\u00e9marche sociologique qui m\u2019am\u00e8ne \u00e0 \u00eatre en contact avec des professionnels de la sant\u00e9 (m\u00e9decine du travail), des psychologues, des sociologues ou encore des personnes appartenant \u00e0 des organisations syndicales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mon travail artistique propose un regard diff\u00e9rent port\u00e9 sur ce fait de soci\u00e9t\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 les m\u00e9dias parlent ouvertement de stress et de pression au travail, ma pratique, elle, prend la forme de mises en sc\u00e8ne reconstituant des environnements de vie quotidienne, syst\u00e9matiquement abord\u00e9s au travers d\u2019une dualit\u00e9 symbolique, celle de la pr\u00e9sence et de l\u2019absence. Parfois satiriques, d\u00e9tourn\u00e9s ou tout simplement utilis\u00e9s, les \u00e9l\u00e9ments qui composent mes mises en situation, ainsi que l\u2019omnipr\u00e9sence de mon image chaque fois transfigur\u00e9e proposent des atmosph\u00e8res qui intriguent et d\u00e9rangent plus qu\u2019elles ne choquent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour retranscrire cet univers, ce projet s\u2019inscrit dans une histoire de la photographie, tant dans la dimension typologique de certaines d\u00e9marches d&rsquo;ordre documentaire (August Sander) ou plus fictionnel (Cindy Sherman), que dans son attachement aux faits sociaux (de Lewis Hine \u00e0 Edouard Lev\u00e9).<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify\">2.2. Corps \u00e0 l\u2019\u00e9preuve et absence du corps<\/h4>\n<div id=\"attachment_819\" style=\"width: 539px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/bessou.jpg\" rel=\"attachment wp-att-819\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-819\" class=\"wp-image-819 size-full\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/bessou.jpg\" alt=\"bessou\" width=\"529\" height=\"188\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/bessou.jpg 529w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2016\/02\/bessou-300x107.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 529px) 100vw, 529px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-819\" class=\"wp-caption-text\">BESSOU Anne-Line, polyptyque de la s\u00e9rie \u00ab Fragments actuels \u00bb, 2010, 40 x 129 cm<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">Voici, pour exemple de mon travail artistique, un des polyptyques extraits de la s\u00e9rie \u00ab&nbsp;Fragments actuels&nbsp;\u00bb. Chacun des polyptyques est construit selon le m\u00eame dispositif. L\u2019auto-portrait<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\">15<\/a><\/sup>&nbsp;associ\u00e9 \u00e0 l\u2019image de la mise en sc\u00e8ne forme une premi\u00e8re lecture en diptyque. C\u2019est par cette association que le \u00ab&nbsp;portrait&nbsp;\u00bb op\u00e8re sa propre introspection. En effet, les personnages pr\u00e9sents sur ces deux images repr\u00e9sentent la m\u00eame personne. \u00c0 gauche, le \u00ab&nbsp;portrait&nbsp;\u00bb correspond \u00e0 une situation isol\u00e9e, \u00e0 l\u2019image instantan\u00e9e d\u2019un visage arrach\u00e9 \u00e0 son \u00e9tat r\u00e9el. \u00c0 droite, la mise en sc\u00e8ne indique elle aussi un \u00e9tat r\u00e9el, l\u2019appareil photographique semble s\u2019\u00eatre immisc\u00e9 de fa\u00e7on indiscr\u00e8te pour capturer un moment de vie de la personne, un instant vol\u00e9. Le \u00ab&nbsp;portrait&nbsp;\u00bb devient celui qui semble juger l\u2019action de l\u2019image de droite. Par son attitude, la personne indique le sentiment que lui inspire la sc\u00e8ne dont elle a \u00e9t\u00e9 le protagoniste &#8211; une fa\u00e7on de revivre ce moment, dans une difficile acceptation de devoir \u00eatre t\u00e9moin de son \u00e9tat, faisant ici r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce masque port\u00e9 au quotidien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le second diptyque pr\u00e9sente l\u2019auto-portrait associ\u00e9 \u00e0 une mise en sc\u00e8ne de l\u2019absence, une image o\u00f9 il ne reste que le lieu o\u00f9 se d\u00e9roulait la sc\u00e8ne montr\u00e9e dans le premier diptyque. Le cadrage est approximativement le m\u00eame, il nous met face \u00e0 l\u2019absence du corps et apporte de nouveaux \u00e9l\u00e9ments, des indices qui soulignent que le lieu a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est ainsi que l\u2019image de droite ram\u00e8ne le spectateur \u00e0 s\u2019interroger sur le portrait de gauche, comme s\u2019il venait de se trouver confront\u00e9 sans le vouloir \u00e0 une sc\u00e8ne \u00e9trange, qui le d\u00e9range car il ne per\u00e7oit pas au premier abord les raisons de ce sentiment de malaise. C\u2019est en revenant sur les images qu\u2019il va davantage observer les d\u00e9tails pour peut-\u00eatre mieux comprendre ce qu\u2019\u00e9voque l\u2019ensemble du polyptyque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019exemple choisi, extrait de la s\u00e9rie&nbsp;<em>Fragments actuels<\/em>, l\u2019attention du spectateur est attir\u00e9e sur l\u2019affiche situ\u00e9e en haut \u00e0 droite de l\u2019image. Celle-ci repr\u00e9sente la pyramide de Maslow dont le contenu initial est d\u00e9tourn\u00e9 par l\u2019ajout ou le changement de mots des formules de ce principe de management.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019introduction du livre de Mathilde Roman,&nbsp;<em>Art vid\u00e9o et mise en sc\u00e8ne de soi<\/em>, d\u00e9peint parfaitement l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit auquel j\u2019aspire en utilisant mon portrait pour ce projet artistique :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019imaginer, se repr\u00e9senter, se voiler, faire de soi un monde ou r\u00e9fl\u00e9chir le monde \u00e0 travers soi. Trouver ses limites, symboliser ses propres traits, mais aussi porter ses regards sur l\u2019autre, en d\u00e9cliner des portraits. Mettre en branle les visibilit\u00e9s, les questionner, responsabiliser ceux qui cr\u00e9ent, s\u2019interroger sur les constructions r\u00e9elles et\/ou imaginaires qui prennent pied sur la question du soi<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\">16<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Rappelons que je souhaite accorder beaucoup d\u2019importance au silence, \u00e0 ce qu\u2019on ne distingue pas, \u00e0 ce qui nous \u00e9chappe. \u00c0 travers mes mises en sc\u00e8ne, je veux donner \u00e0 voir des images de sc\u00e8nes quotidiennes qui, \u00e0 premi\u00e8re vue, ne pr\u00e9senteraient rien d\u2019anormal, elles seraient plut\u00f4t repr\u00e9sentatives de moments banals. Pourtant, elles renferment quelque chose qui d\u00e9range. C\u2019est en se disant que tout est normal, presque trop, que cela devient intrigant et que le spectateur \u00e9prouve un certain malaise. Il y a l\u00e0, selon l\u2019expression de Sigmund Freud, une sorte d\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le protocole que je mets en place pour r\u00e9aliser mes photographies se fait en deux temps tr\u00e8s diff\u00e9rents. Contrairement \u00e0 l\u2019auto-portrait tel que je le pratique, qui s\u2019abandonne au hasard d\u2019un instant \u00ab&nbsp;vol\u00e9&nbsp;\u00bb, incontr\u00f4l\u00e9, tant les s\u00e9ances de prises de vues sont longues et donc \u00e9prouvantes physiquement (entre 2 et 3 heures sans interruption), dans les sc\u00e8nes construites, il n\u2019y pas de place pour l\u2019al\u00e9atoire car je m\u2019applique \u00e0 ce que tout soit parfaitement ma\u00eetris\u00e9. La prise de vue des mises en sc\u00e8ne se fait en moyenne durant une journ\u00e9e, en prenant en compte l\u2019installation et l\u2019adaptation au lieu. L\u2019int\u00e9r\u00eat est d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;juste&nbsp;\u00bb et non de surjouer, c\u2019est pourquoi contrairement \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9puisement physique et mental recherch\u00e9 dans les auto-portraits, ici les premi\u00e8res prises de vues sont souvent celles que je retiens car ce sont celles o\u00f9 je suis plus spontan\u00e9e dans mes gestes et dans mes attitudes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La question de l\u2019identit\u00e9 sexuelle, afin de ne pas \u00eatre que dans une forme de repr\u00e9sentation f\u00e9minine, est ce qui me pousse \u00e0 me travestir de fa\u00e7on \u00e0 \u00eatre m\u00e9connaissable (ce qui appara\u00eet dans d\u2019autres polyptyques de la s\u00e9rie). Cette mutation physique vient troubler la perception du spectateur quant \u00e0 mon identification que ce soit au niveau de l\u2019auto-portrait ou de la mise en sc\u00e8ne. Ce jeu du leurre avec le spectateur entretient l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La dominante chromatique bleut\u00e9e de mes images leur donne un aspect froid, glacial, qui impose une certaine distance et qui n\u2019est pas sans rappeler la dimension fictionnelle. Le film <em>Minority report<\/em>&nbsp;de Steven Spielberg (2002), par exemple, est une histoire futuriste totalement construite dans la fiction, et les images du film sont enti\u00e8rement r\u00e9alis\u00e9es dans les tons bleus. Ce code chromatique vient donner un sens suppl\u00e9mentaire \u00e0 l\u2019ensemble des codes que je mets en sc\u00e8ne. C\u2019est d\u2019ailleurs par cette accumulation d\u2019\u00e9l\u00e9ments documentaires et fictionnels, que je recr\u00e9e des ambiances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ceci \u00e9tant, la pr\u00e9cision avec laquelle je construis mes mises en sc\u00e8ne dans cette volont\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter des moments r\u00e9els, ou encore l\u2019esth\u00e9tique de la performance th\u00e9\u00e2trale dont je fais \u00e9tat dans un jeu r\u00e9aliste, viennent traduire la volont\u00e9 d\u2019un aspect documentaire. Dans un m\u00eame temps l\u2019apparence \u00ab&nbsp;parfaite&nbsp;\u00bb de cette fiction est angoissante et c\u2019est ce qui interroge. Nous pouvons donc dire de cette pratique photographique qu\u2019il s\u2019agit de&nbsp;<em>docu-fiction<\/em>, un terme plus g\u00e9n\u00e9ralement employ\u00e9 par le cin\u00e9ma ou la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ici, nous sommes face \u00e0 un ensemble de personnages et d\u2019actions qui viennent bouleverser les codes de la repr\u00e9sentation de l\u2019image photographique. Aujourd\u2019hui, la photographie se permet des d\u00e9tours et tente des assemblages de sujets et de formes esth\u00e9tiques en qu\u00eate de nouvelles propositions artistiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce m\u00e9dium me permet de traduire cet indicible dont je convoque l\u2019importance&nbsp;: un silence contenu par des individus qui souffrent d\u2019un mal de rep\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les propos suivants, de Judith Schlanger, expliquent ce sentiment de vide que certaines personnes peuvent ressentir tous les jours en allant au travail. Ici, l\u2019absence devient la forme la plus significative de ce qui ne va plus ou de ce qui n\u2019est plus.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Faute d\u2019un d\u00e9sir fort qui l\u2019unifie et lui soit propre, il ne pourra qu\u2019\u00e9prouver son insuffisance, sa m\u00e9diocrit\u00e9 et l\u2019effritement de son existence. D\u00e9fini justement par l\u2019absence de vocation, d\u00e9fini comme un \u00eatre quelconque sans force comme sans projet, l\u2019anti-h\u00e9ros sera une personne qui n\u2019arrive pas \u00e0 se rejoindre elle-m\u00eame et ne sait pas quoi faire de soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La qu\u00eate de soi a ses conventions attendues et ses st\u00e9r\u00e9otypes<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\">17<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ma d\u00e9marche artistique s\u2019inscrit dans une pratique photographique contemporaine. Mon int\u00e9r\u00eat sociologique quant \u00e0 cette question de l\u2019homme au travail, m\u2019am\u00e8ne \u00e0 d\u00e9noncer les m\u00e9faits et les risques de ce que peut vouloir dire \u00ab&nbsp;travailler&nbsp;\u00bb aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous terminons ainsi cette analyse sur un exemple qui n\u2019est peut-\u00eatre pas si diff\u00e9rent de ce que souhaitait d\u00e9noncer Lewis Hine en envisageant d\u00e9j\u00e0, \u00e0 son \u00e9poque, les cons\u00e9quences du travail sur l\u2019homme. Lui qui s\u2019appliquait \u00e0 ramener l\u2019homme au c\u0153ur des pr\u00e9occupations, il semble plus que jamais pr\u00e9curseur de cette \u00e9volution n\u00e9gative du travail dans notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019utilisation de la photographie, son pouvoir de repr\u00e9sentation permet aux photographes de l\u2019envisager comme un m\u00e9dium, un \u00e9metteur de pens\u00e9es. Aujourd\u2019hui, par de nombreux et divers dispositifs, la photographie nous montre qu\u2019elle n\u2019est pas seulement le r\u00e9sultat du regard singulier du photographe qui la pratique mais qu\u2019elle est aussi une autre fa\u00e7on d\u2019aborder le monde qui nous entoure. \u00c0 travers l\u2019image photographique, de nouveaux enjeux et de nouvelles r\u00e9flexions se r\u00e9v\u00e8lent continuellement, invitant ainsi les photographes \u00e0 \u00eatre dans une dynamique de recherche et de cr\u00e9ation artistique en perp\u00e9tuelle effervescence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019art a cette particularit\u00e9 de pouvoir se construire dans une interdisciplinarit\u00e9 qui permette aux diff\u00e9rentes disciplines, ici les sciences humaines, des interactions riches et stimulantes dans un int\u00e9r\u00eat partag\u00e9 pour des ph\u00e9nom\u00e8nes soci\u00e9taux. Ma d\u00e9marche artistique est le fruit de cette corr\u00e9lation pluridisciplinaire et tente de montrer l\u2019enjeu social de l\u2019art et le statut possible de la photographie en tant que m\u00e9dium au-del\u00e0 d\u2019une seule repr\u00e9sentation m\u00e9diatique de notre actualit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h3><a name=\"sect3\"><\/a>Notes<\/h3>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> &#8211; <em>HINE Lewis W<\/em>., texte de Walter Rosenblum et Naomi Rosenblum, \u00abPhoto Poche\u00bb, Centre National de la Photographie, 1992, p.1.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> &#8211; KOETZLE Hans-Michael, <em>Photo icons, Petite histoire de la photo 1827-1991<\/em>, Taschen 25\u00e8me anniversaire, 2005, p.146.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> &#8211; <em>Ibid.<\/em>, p.148.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> &#8211; LUGON Olivier, <em>Le style documentaire d&rsquo;August Sander \u00e0 Walker Evans 1920-1945<\/em>, Macula, 2001, p.165.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> &#8211; BOURRIAUD Nicolas, <em>Esth\u00e9tique relationnelle<\/em>, Les presses du r\u00e9el, 2001.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> &#8211; <em>Ibid.<\/em>, p.43.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> &#8211; <em>Ibid.<\/em>, p.44-45.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> &#8211; <em>Ibid.<\/em>, p.45.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> &#8211; HUEZ Dominique, <em>Souffrir au travail &#8211; Comprendre pour agir<\/em>, Priv\u00e9, 2008, p.45.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> &#8211; PEZE Marie, <em>Ils ne mouraient pas tous mais tous \u00e9taient frapp\u00e9s &#8211; Journal de la consultation \u00ab Souffrance et Travail \u00bb 1997-2008<\/em>, Paris, Pearson Education France, 2008, p.160.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a> &#8211; DEJOURS Christophe, <em>Travail, usure mentale<\/em>, &#8211; <em>Essai de psychopathologie du travail<\/em>, Nouvelle \u00e9dition augment\u00e9e, Paris, Bayard, 2000, p. 272-273.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a> &#8211; PEZE Marie, <em>Ils ne mouraient pas tous mais tous \u00e9taient frapp\u00e9s<\/em>,&nbsp; &nbsp;<em>op. cit<\/em>., p.161.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a> &#8211; <em>Ibi<\/em><em>d<\/em>., p.159.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a> &#8211; MOLINIER Pascale, <em>Les enjeux psychiques du travail \u2013 Introduction \u00e0 la psychodynamique du travail<\/em>, Nouvelle \u00e9dition, Paris,Payot &amp; Rivages, 2008, p.287.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a> &#8211; J\u2019utilise un tiret pour distinguer \u00ab auto \u00bb et \u00ab portrait \u00bb puisque pour moi ces \u00ab autoportraits \u00bb n\u2019en sont pas vraiment en ce sens o\u00f9 je suis un personnage \u00ab type \u00bb et non le sujet de repr\u00e9sentation.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote16\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a> &#8211; ROMAN Mathilde, <em>Art Vid\u00e9o et mise en sc\u00e8ne de soi<\/em>, essai,&nbsp; L\u2019Harmattan, 2008, p.13.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote17\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a> &#8211; SCHLANGER Judith, <em>La Vocation<\/em>,&nbsp; Seuil, mars 1997, p.76.<\/p>\n<h3><a name=\"sect4\"><\/a>Bibliographie<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">BOURRIAUD Nicolas, <em>Esth\u00e9tique relationnelle,<\/em> Les presses du r\u00e9el, 2001, 128p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">DEJOURS Christophe, <em>Travail, usure mentale<\/em> &#8211;&nbsp;<em>Essai de psychopathologie du travail<\/em>, Nouvelle \u00e9dition augment\u00e9e, Paris,&nbsp; Bayard, 2000, 298p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">HUEZ Dominique, <em>Souffrir au travail &#8211; Comprendre pour agir,<\/em>Priv\u00e9, 2008, 186p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">KOETZLE Hans-Michael, <em>Photo icons, Petite histoire de la photo 1827-1991,<\/em>&nbsp;\u00c9d. sp\u00e9ciale Taschen 25\u00e8me anniversaire, 2005, 146p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">LUGON Olivier, <em>Le style documentaire d&rsquo;August Sander \u00e0 Walker Evans 1920-1945,<\/em>&nbsp;Macula, 2001, 339p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">MOLINIER Pascale, <em>Les enjeux psychiques du travail \u2013 Introduction \u00e0 la psychodynamique du travail<\/em>, nouvelle \u00e9dition, Paris, Payot &amp; Rivages, 2008, 336p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">PEZE Marie, <em>Ils ne mouraient pas tous mais tous \u00e9taient frapp\u00e9s &#8211; Journal de la consultation \u00ab Souffrance et Travail \u00bb 1997-2008, <\/em>Paris, Pearson Education France, 2008, 214p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ROMAN Mathilde, <em>Art Vid\u00e9o et mise en sc\u00e8ne de soi,<\/em> L\u2019Harmattan, 2008, 254p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ROSENBLUM Walter et Naomi, <em>Lewis W Hine, \u00ab <\/em>Photo Poche \u00bb, Centre National de la Photographie, 1992.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SCHLANGER Judith, <em>La Vocation,<\/em>&nbsp;Seuil, mars 1997.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anne-Line Bessou Doctorante, Universit\u00e9 Toulouse &#8211; Jean Jaur\u00e8s Pour citer cet article : Bessou, Anne-Line, \u00ab La repr\u00e9sentation du travail dans l\u2019art \u00e0 travers le m\u00e9dium photographique, du d\u00e9but du si\u00e8cle \u00e0 aujourd\u2019hui. \u00bb, Litter@ Incognita [En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b03 \u00ab Les Interactions II \u00bb, 2010, mis en ligne en [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46549],"tags":[46688,46554,46686,46691,16718],"class_list":["post-763","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","tag-docu-fiction","tag-n3","tag-photographie-documentaire","tag-photographie-sociale","tag-sociologie-du-travail","post-preview"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/763","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=763"}],"version-history":[{"count":36,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/763\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4558,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/763\/revisions\/4558"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=763"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=763"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=763"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}