 {"id":775,"date":"2016-02-16T09:37:57","date_gmt":"2016-02-16T08:37:57","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=775"},"modified":"2019-09-25T17:38:52","modified_gmt":"2019-09-25T16:38:52","slug":"numero-4-2011-article-6-vb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2016\/02\/16\/numero-4-2011-article-6-vb\/","title":{"rendered":"\u00ab What are they afraid of us for ? \u00bb, Autre, exclue, monstre ou hybride, figures de la femme dans \u00ab Terremer \u00bb d\u2019Ursula K. Le Guin"},"content":{"rendered":"<p><strong><span class=\"gras\">Viviane Bergue<\/span><\/strong><br \/>\n<span class=\"fonction\">Doctorante en Lettres Modernes, Sp\u00e9cialit\u00e9 Litt\u00e9rature Compar\u00e9e, LLA-CR\u00c9ATIS, Universit\u00e9 Toulouse &#8211; Jean Jaur\u00e8s<\/span><br \/>\n<a class=\"lien\" href=\"&#x6d;ai&#x6c;&#116;o&#x3a;&#118;i&#x76;&#x69;a&#x6e;&#x65;&#46;b&#x65;&#114;g&#x75;&#101;&#64;&#x66;&#x72;e&#x65;&#x2e;fr\">v&#x69;v&#x69;&#x61;n&#x65;&#46;&#98;&#x65;r&#x67;u&#101;&#x40;f&#x72;e&#101;&#x2e;f&#x72;<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : <span class=\"gras\">Bergue<\/span>, <span class=\"gras\">Viviane<\/span>, \u00ab \u201cWhat are they afraid of us for ?\u201d, Autre, exclue, monstre ou hybride, figures de la femme dans \u201cTerremer\u201d d\u2019Ursula K. Le Guin. \u00bb, <i id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1508396488352_12506\">Litter@ Incognita <\/i>[En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b04 \u00ab L\u2019hybride \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des regards crois\u00e9s \u00bb, 2012, mis en ligne en 2012, disponible sur &lt;<a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2016\/02\/16\/numero-4-2011-article-6-vb\/\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2018\/01\/09\/la-ville-contemp\u2026ite-au-generique\/<\/a>&gt;.<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9charger l\u2019article au format PDF<\/p>\n<hr>\n<div class=\"abstract\" lang=\"fr\">\n<h3 class=\"article\" style=\"text-align: justify\">R\u00e9sum\u00e9 :<\/h3>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Le cycle de <em>Terremer<\/em> d\u2019Ursula K. Le Guin est une \u0153uvre majeure de la <em>Fantasy<\/em> post-tolkienienne, d\u00e9but\u00e9e en 1968 puis reprise et compl\u00e9t\u00e9e \u00e0 partir de 1990. Avec le quatri\u00e8me tome, <em>Tehanu<\/em>, Ursula K. Le Guin affirme sa position d\u2019auteur f\u00e9ministe en repla\u00e7ant au c\u0153ur du cycle la question de la femme et sa situation d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la domination masculine. Cette analyse des figures de la femme dans le cycle de <em>Terremer<\/em> d\u2019Ursula K. Le Guin se propose ainsi de souligner la convergence entre le statut de la femme et ses repr\u00e9sentations n\u00e9gatives dans <em>Terremer<\/em> et les repr\u00e9sentations de la femme dans les mythes, notamment \u00e0 travers son association aux puissances chthoniennes et \u00e0 la figure du dragon.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\"><strong>Mots-cl\u00e9s : <\/strong><em>fantasy<\/em> &#8211; f\u00e9minisme &#8211;&nbsp; hybridit\u00e9 &#8211; figures du f\u00e9minin &#8211; m\u00e9taphore<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"abstract\" lang=\"en\">\n<h3 class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Abstract:<\/h3>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Ursula K. Le Guin\u2019s<em> Earthsea<\/em> series is a masterwork of post-Tolkienian Fantasy fiction, which was started in 1968 and later completed from 1990 on. In the fourth volume, <em>Tehanu<\/em>, Ursula K. Le Guin affirms her feminist position by placing at the heart of the cycle the question of woman and the inferiority situation in which women are set by male domination. This analysis of the figures of women in Ursula K. Le Guin\u2019s <em>Earthsea<\/em> series consequently aims to underline the convergence between women\u2019s negative representations in Earthsea and their representations in myths, mainly through the association of women to chthonian powers and dragons.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\"><strong>Key-words: <\/strong>fantasy &#8211; feminism &#8211; hybridism &#8211; female figures &#8211; metaphor<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr>\n<\/div>\n<div id=\"menuSommaire\">\n<h2>Sommaire<\/h2>\n<p><a href=\"#sect1\">1. Femme et pouvoir chthonien<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect2\">2. Femme et dragon&nbsp;: l\u2019hybridit\u00e9 de Therru et Orm Irian, entre monstruosit\u00e9 et m\u00e9taphore de libert\u00e9<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect3\">Notes <\/a><br \/>\n<a href=\"#sect4\">Bibliographie&nbsp;<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"colDroite\">\n<div class=\"contenuArticle\">\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Les premiers cycles de Fantasy \u00e9crits dans les ann\u00e9es 60-70 suite au succ\u00e8s du <em>Seigneur des Anneaux<\/em> de Tolkien mettent majoritairement en sc\u00e8ne des univers masculins o\u00f9 la femme tient une place mineure ou st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e. Princesse \u00e0 sauver, amante du h\u00e9ros ou sorci\u00e8re et redoutable s\u00e9ductrice, les personnages f\u00e9minins de la <em>Fantasy<\/em> tendent \u00e0 assumer l\u2019ensemble des clich\u00e9s de la f\u00e9minit\u00e9. Cette propension semble confiner le genre \u00e0 une dynamique machiste et r\u00e9actionnaire qui reconduit les r\u00f4les traditionnels accord\u00e9s \u00e0 la femme sans les interroger, alors que les \u00c9tats-Unis sont en pleine vague f\u00e9ministe. C\u2019est dans ce contexte qu\u2019en 1968, Ursula K. Le Guin entame un cycle de <em>Fantasy<\/em>, <em>Terremer<\/em> (<em>Earthsea<\/em>), d\u2019abord con\u00e7u comme une trilogie dont la figure centrale est encore un personnage masculin. Cependant, \u00e0 partir de 1990, la romanci\u00e8re compl\u00e8te le cycle par deux autres romans et un recueil de nouvelles dans lesquels la place de la femme est interrog\u00e9e. <em>Tehanu<\/em>, en particulier, probl\u00e9matise le statut de la femme dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles de la <em>Fantasy<\/em>, rejoignant ainsi les r\u00e9flexions f\u00e9ministes. Traditionnelle exclue de la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale, la femme appara\u00eet comme l\u2019Autre incompr\u00e9hensible dont se d\u00e9fient les hommes. Le pouvoir f\u00e9minin, associ\u00e9 aux forces chthoniennes, constitue une menace pour l\u2019ordre patriarcal qui cherche \u00e0 maintenir la femme dans une position inf\u00e9rieure. D\u00e8s lors, la figure de la femme se construit en figure par excellence de l\u2019Autre, monstre, ou hybride, tels les personnages de Therru\/<em>Tehanu<\/em> et Orm Irian, mi-femmes, mi-dragons, rejet\u00e9es hors des marges de la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 travers la reconfiguration de la femme dans l\u2019hybridation, et la peur qu\u2019elle inspire, Ursula K. Le Guin th\u00e9matise sous l\u2019angle de la <em>Fantasy<\/em> la traditionnelle dichotomie polaris\u00e9e dans l\u2019imaginaire occidental par les figures d\u2019\u00c8ve et de Lilith. Quelle est donc cette part obscure que repr\u00e9senterait la femme et dont se d\u00e9fient les hommes de <em>Terremer<\/em>&nbsp;? N\u2019est-elle pas une construction n\u00e9e de la peur face \u00e0 l\u2019\u00e9tranget\u00e9 et \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019Autre&nbsp;?<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Comme le montre l\u2019interrogation d\u2019Alouette (<em>Lark<\/em>) dans <em>Tehanu<\/em>, la peur semble bien \u00eatre le c\u0153ur du probl\u00e8me&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\">\u201cFear\u201d, she said. \u201cWhat are we so afraid of&nbsp;? Why do we let \u2019em tell us we\u2019re afraid&nbsp;? What is it they\u2019re afraid of&nbsp;?\u201d She picked up the stocking she had been darning, turned it in her hands, was silent awhile&nbsp;; finally she said, \u201cWhat are they afraid of us for&nbsp;?\u201d<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Alouette sous-entend ainsi que la peur que les hommes cherchent \u00e0 inspirer aux femmes pour asseoir leur domination trouverait son origine dans la peur qu\u2019ils ont eux-m\u00eames des femmes. \u00ab&nbsp;What are they afraid of us for&nbsp;?&nbsp;\u00bb C\u2019est \u00e0 partir de cette interrogation qui donne son titre \u00e0 cette communication que nous analyserons les figures de la femme dans <em>Terremer<\/em>. Nous nous appuierons pour cela principalement sur les romans du cycle centr\u00e9s sur des personnages f\u00e9minins&nbsp;: <em>Les Tombeaux d\u2019Atuan<\/em> (<em>The Tombs of Atua<\/em>n), deuxi\u00e8me tome de la trilogie d\u2019origine, et <em>Tehanu<\/em>, ainsi que sur la nouvelle \u00ab&nbsp;Libellule&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Dragonfly&nbsp;\u00bb) du recueil des <em>Contes de Terremer<\/em>. Nous examinerons en premier lieu l\u2019association dysphorique entre femme et pouvoir chthonien afin de mettre en \u00e9vidence la caract\u00e9risation n\u00e9gative de la femme dans les repr\u00e9sentations culturelles des soci\u00e9t\u00e9s de <em>Terremer<\/em>, ces derni\u00e8res offrant un miroir \u00e0 nos propres repr\u00e9sentations, et afin de souligner la n\u00e9cessit\u00e9 pour la femme de se rebeller face \u00e0 ces repr\u00e9sentations. Puis, nous verrons comment l\u2019hybridit\u00e9 des personnages de Therru et Orm Irian, unissant la femme et le dragon, s\u2019articule entre monstruosit\u00e9 et m\u00e9taphore de libert\u00e9.<\/p>\n<h2 class=\"western\"><a name=\"sect1\"><\/a>1. Femme et pouvoir chthonien<\/h2>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019exception des <em>Tombeaux d\u2019Atuan<\/em>, la trilogie d\u2019origine de <em>Terremer<\/em> est marqu\u00e9e par la relative absence de figures f\u00e9minines. Les rares personnages \u00e0 appara\u00eetre dans <em>Le Sorcier de Terremer<\/em> (<em>A Wizard of Earthsea<\/em>) et <em>L\u2019Ultime Rivage<\/em> (<em>The Farthest Shore<\/em>) tiennent une place relativement mineure dans l\u2019intrigue. Seules les femmes de pouvoir, comme la tante de Ged, sorci\u00e8re de village, et Serret, la Dame de la Cour de Terrenon, jouent un r\u00f4le important dans le parcours de Ged, la premi\u00e8re en d\u00e9couvrant le don du h\u00e9ros pour la magie, devenant ainsi son premier ma\u00eetre, la seconde en tenant le r\u00f4le de tentatrice invitant Ged \u00e0 se lier aux forces obscures. Vers\u00e9e dans la magie, cette derni\u00e8re s\u2019est attach\u00e9 aux Anciennes Puissances (<em>the Old Powers<\/em>), puissances chthoniennes inqui\u00e9tantes plus anciennes que toutes les cr\u00e9atures de <em>Terremer<\/em> et apparent\u00e9es \u00e0 l\u2019Ombre mal\u00e9fique qui pourchasse Ged, et que la jeune femme croit pouvoir ma\u00eetriser. L\u2019\u00e9pisode de la Pierre de Terrenon<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/sup>, lieu tellurique de communication entre les Anciennes Puissances et le monde des hommes, constitue l\u2019une des premi\u00e8res instances de ces Puissances dans le cycle, et signe le lien entre femme et pouvoir chthonien, \u00e0 travers Serret, \u00e0 la fois servante et victime des forces obscures. Celles-ci apparaissent explicitement sous un jour mal\u00e9fique, qui ne peut que jeter un voile inqui\u00e9tant sur le deuxi\u00e8me volet de <em>Terremer<\/em>, Les <em>Tombeaux d\u2019Atuan<\/em>, o\u00f9 leur culte est au c\u0153ur de l\u2019intrigue et o\u00f9 leur lien avec les femmes est encore plus explicite. Si, avec Serret, se cristallise l\u2019association du f\u00e9minin \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9, le deuxi\u00e8me roman s\u2019empare de cette association pour mieux r\u00e9v\u00e9ler qu\u2019elle est le fruit d\u2019une mise \u00e0 distance de la femme par les hommes, mise \u00e0 distance contre laquelle il s\u2019agit de se rebeller.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Contrairement au Sorcier de <em>Terremer<\/em>, le personnage principal des <em>Tombeaux d\u2019Atuan<\/em> est une jeune femme, Tenar, devenue sous le nom d\u2019Arha, la D\u00e9vor\u00e9e (<em>the Eaten On<\/em>e), la Grande Pr\u00eatresse des Innommables (<em>the High Priestess of the Nameless Ones<\/em>), r\u00e9sidant au Lieu sacr\u00e9 des <em>Tombeaux \u00e0 Atuan,<\/em> dans l\u2019Empire kargade<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/sup>. Symboliquement d\u00e9vor\u00e9e par les Anciennes Puissances, la vie d\u2019Arha appartient au Lieu et est attach\u00e9e \u00e0 un pouvoir inqui\u00e9tant qui lie obscurit\u00e9 et silence, entour\u00e9 d\u2019un culte myst\u00e9rieux visiblement s\u00e9par\u00e9 du pouvoir masculin de l\u2019Empire. Bien qu\u2019Arha soit la pr\u00eatresse la plus \u00e9lev\u00e9e de la hi\u00e9rarchie religieuse kargue, servant les \u00ab&nbsp;divinit\u00e9s&nbsp;\u00bb les plus puissantes et les plus \u00e9nigmatiques, elle n\u2019a pourtant aucune v\u00e9ritable autorit\u00e9 en dehors du Lieu des Tombeaux et de son labyrinthe de t\u00e9n\u00e8bres. Dirig\u00e9 par un Dieu-Roi, Kargad est essentiellement r\u00e9gi par un pouvoir masculin. Le Lieu o\u00f9 seuls vivent des femmes et des eunuques est de fait le seul endroit de Kargad o\u00f9 semble s\u2019exprimer un pouvoir f\u00e9minin mais ce pouvoir est maintenu en un lieu isol\u00e9, coup\u00e9 du reste du monde (dans le d\u00e9sert), ce qui n\u2019est jamais qu\u2019une autre fa\u00e7on de le juguler en le tenant \u00e0 distance, de sorte qu\u2019il n\u2019interf\u00e8re pas dans le jeu politique. De fait, le Lieu est une prison pour ses pr\u00eatresses. Arha, la pr\u00eatresse \u00e9ternellement r\u00e9incarn\u00e9e en elle-m\u00eame, \u00e0 laquelle on a d\u00e9rob\u00e9 son v\u00e9ritable nom, est une prisonni\u00e8re qui s\u2019ignore et, plus encore, ignore la servitude dans laquelle elle est plac\u00e9e vis-\u00e0-vis des hommes en raison de son isolement. Sa rencontre avec Ged, l\u2019\u00e9tranger, lui permet de reconsid\u00e9rer son monde et de le critiquer en confrontant son savoir \u00e0 celui de l&rsquo;archipel. Gr\u00e2ce \u00e0 cette rencontre, il lui est possible de se rebeller et de se lib\u00e9rer des cha\u00eenes invisibles qui la lient au Lieu. Pour devenir femme, adulte, elle doit suivre un chemin diff\u00e9rent de celui suivi par Ged dans le premier tome&nbsp;: non pas se conformer au r\u00f4le que la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle elle vit attend d\u2019elle, mais au contraire s\u2019arracher \u00e0 ce r\u00f4le pour retrouver son nom, Tenar, et avec lui, sa singularit\u00e9 en tant qu\u2019individu unique et non r\u00e9duplication d\u2019une pr\u00eatresse toujours r\u00e9incarn\u00e9e en elle-m\u00eame. Ceci implique de s\u2019arracher au Lieu des Tombeaux et de se d\u00e9gager du lien qui la lie aux Puissances obscures.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Comme l\u2019explique Ursula K. Le Guin dans son article de 1973 \u00ab&nbsp;Dreams Must Explain Themselves&nbsp;\u00bb, <em>Les Tombeaux d\u2019Atuan<\/em> raconte \u00ab&nbsp;<em>a feminine coming of age. Birth, rebirth, destruction, freedom are the themes<\/em><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a><\/sup>.&nbsp;\u00bb De tels th\u00e8mes, chez une romanci\u00e8re qui s\u2019affirme f\u00e9ministe, invitent \u00e0 consid\u00e9rer le passage \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte d\u2019une femme comme devant n\u00e9cessairement passer par une forme de r\u00e9bellion face \u00e0 un ordre o\u00f9 les femmes doivent se conformer \u00e0 des r\u00f4les pr\u00e9\u00e9tablis. En cela, Tenar est davantage une r\u00e9volutionnaire que les personnages masculins du cycle. Son propre parcours dans <em>Les Tombeaux d\u2019Atuan<\/em> constitue la remise en cause d\u2019un ordre, celui d\u2019une religion qui v\u00e9n\u00e8re des Puissances qui n\u2019ont nul besoin d\u2019\u00eatre v\u00e9n\u00e9r\u00e9es mais seulement accept\u00e9es, malgr\u00e9 leur caract\u00e8re inqui\u00e9tant, comme composante de l\u2019univers, et celui de la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale de Kargad qui voue les pr\u00eatresses \u00e0 ces Puissances, r\u00e9v\u00e9lant une m\u00eame d\u00e9fiance<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\">5<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">La sortie de Tenar hors des Tombeaux et de l\u2019obscurit\u00e9 constitue une remont\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re et \u00e0 la vie qui s\u2019apparente \u00e0 une nouvelle naissance, comme si la jeune femme accouchait d\u2019elle-m\u00eame. Le Lieu des Tombeaux et son Labyrinthe est en somme tout \u00e0 la fois une prison et un lieu symbolique de gestation, rappelant l\u2019obscurit\u00e9 de la matrice originelle. Tenar quitte un pays o\u00f9 les femmes n\u2019ont pas droit de parole pour un autre \u00e0 la culture apparemment moins superstitieuse et plus tol\u00e9rante (du moins la culture de l\u2019Archipel appara\u00eet-elle ainsi \u00e0 travers le personnage de Ged)<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\">6<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Mais l\u2019Archipel se m\u00e9fie \u00e9galement du pouvoir f\u00e9minin, le tenant \u00e0 distance en s\u2019en moquant comme le montre le dicton \u00ab&nbsp;<em>Weak as women\u2019s magic, wicked as women\u2019s magic \u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a><\/sup>. Pens\u00e9e explicitement moins puissante que la magie des hommes, d\u00e9valu\u00e9e (les femmes ne sont pas admises \u00e0 Roke, l\u2019\u00e9cole des mages), la magie des femmes est implicitement inqui\u00e9tante pour les hommes, d\u2019une part parce qu\u2019elle permet \u00e0 celles qui la pratiquent de s\u2019\u00e9manciper partiellement des r\u00f4les attribu\u00e9s \u00e0 la femme et donc d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la domination masculine, d\u2019autre part parce que son fonctionnement \u00e9chappe \u00e0 l\u2019homme. En maintenant la femme dans des r\u00f4les pr\u00e9\u00e9tablis, les hommes de <em>Terremer<\/em> r\u00e9duisent l\u2019insupportable alt\u00e9rit\u00e9 de la femme, ce qui leur permet de faire l\u2019\u00e9conomie de la confrontation au myst\u00e8re f\u00e9minin qui est aussi confrontation au myst\u00e8re organique de la vie. Les t\u00e2ches allou\u00e9es sp\u00e9cifiquement aux femmes sont con\u00e7ues comme inf\u00e9rieures et impures, ce qui suppose, par extension, une conception impure de la femme, en raison de son lien avec la naissance et la mort. La femme vient rappeler les origines organiques de la vie. Dans cette perception de la femme impure et potentiellement mena\u00e7ante pour le pouvoir masculin, la double figure d\u2019\u00c8ve et de Lilith, la M\u00e8re des hommes par qui le p\u00e9ch\u00e9 arrive et la M\u00e8re des d\u00e9mons qui a refus\u00e9 la soumission (sexuelle) \u00e0 l\u2019homme, n\u2019est pas loin, m\u00eame si le monde de <em>Terremer<\/em> ne fait aucune r\u00e9f\u00e9rence explicite \u00e0 cet imaginaire occidental jud\u00e9o-chr\u00e9tien. La femme n\u2019est jamais plus mena\u00e7ante que lorsqu\u2019elle s\u2019arrache \u00e0 la domination de l\u2019homme pour se construire en \u00eatre ind\u00e9pendant<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\">8<\/a><\/sup>, sapant les fondements de l\u2019ordre patriarcal qui veut que la femme soit la possession de l\u2019homme, chair de sa chair, n\u00e9e de l\u2019une de ses c\u00f4tes (pour reprendre la conception biblique).<\/em><\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">L\u2019association du pouvoir f\u00e9minin \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9 et aux racines du monde renvoie \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9 de la Matrice originelle&nbsp;: la cr\u00e9ation, la vie, qui na\u00eet de l\u2019obscurit\u00e9. Dans <em>La Cr\u00e9ation d\u2019\u00c9a,<\/em> po\u00e8me archip\u00e9lien relatant la cr\u00e9ation du monde de <em>Terremer<\/em>, il est dit que Segoy tira les \u00eeles de l\u2019obscurit\u00e9 et de l\u2019eau (<em>Only in silence the word<\/em><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\">9<\/a><\/sup>). Obscurit\u00e9 et humidit\u00e9 sont deux termes traditionnellement associ\u00e9s au corps f\u00e9minin, l\u2019ut\u00e9rus d\u2019o\u00f9 s\u2019extirpe la vie. Ainsi on retrouve \u00e0 travers ces deux aspects le symbolisme de la Terre M\u00e8re qui, parce qu\u2019elle donne la vie, peut aussi la reprendre, symbolisme pr\u00e9sent dans de nombreuses mythologies \u00e0 travers le lien entre D\u00e9esse M\u00e8re et D\u00e9esse Mort mais aussi dans la figure des divinit\u00e9s du Destin. Les Parques de la mythologie gr\u00e9co-romaine repr\u00e9sentent chacune trois \u00e2ges de la vie incarn\u00e9s par les trois \u00e2ges de la femme&nbsp;: Clotho, la vierge (la naissance), Lachesis, la femme m\u00fbre\/la m\u00e8re (le milieu de la vie), Atropos, l\u2019a\u00efeule (la vieillesse et la mort). On peut aussi \u00e9voquer, dans le panth\u00e9on hindou, Kali la Noire, un des aspects de la d\u00e9esse Parvati, \u00e9pouse du dieu Shiva, et qui repr\u00e9sente la D\u00e9esse M\u00e8re destructrice et cr\u00e9atrice<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\">10<\/a><\/sup>. Toutes ces figures ne sont pas si \u00e9loign\u00e9es de la Lilith jud\u00e9o-chr\u00e9tienne dans leur caract\u00e8re inqui\u00e9tant et le lien qu\u2019elles impliquent entre femme, pouvoir de vie et pouvoir de mort. Vie et mort sont li\u00e9es par le rappel de l\u2019organicit\u00e9 de la vie qui signe l\u2019appartenance de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 la mati\u00e8re p\u00e9rissable, et la femme appara\u00eet comme la d\u00e9tentrice du myst\u00e8re de la vie et de la mort que l\u2019homme ne peut ma\u00eetriser. C\u2019est ainsi que nombre de cultures jugent impures les menstruations car celles-ci constituent un signe ambivalent de vie et mort, faisant de la femme tout \u00e0 la fois un \u00eatre sacr\u00e9 et impur, conception essentielle pour comprendre le statut ambigu de Tenar, alias Arha, dans la soci\u00e9t\u00e9 kargue, \u00e0 la fois r\u00e9v\u00e9r\u00e9e pour son lien avec les Anciennes Puissances et isol\u00e9e du reste du monde.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">L\u2019impuret\u00e9 suppos\u00e9e de la femme et des t\u00e2ches qui lui sont r\u00e9serv\u00e9es dans <em>Terremer<\/em> refl\u00e8te cet imaginaire qui, loin de se retrouver uniquement dans des soci\u00e9t\u00e9s primitives ou non-occidentales, continue d\u2019organiser profond\u00e9ment les repr\u00e9sentations f\u00e9minines dans l\u2019imagerie occidentale, notamment \u00e0 travers la figure de Lilith, la premi\u00e8re femme selon le folklore juif, traditionnellement con\u00e7ue comme d\u00e9mon femelle au corps monstrueux et devenue pour les f\u00e9ministes une figure de la femme libre. Dans ces conditions, on ne peut pas ne pas remarquer une lointaine parent\u00e9 entre cette derni\u00e8re et ces deux hybrides mi-femmes, mi-dragons que sont Therru\/<em>Tehanu<\/em> et Orm Irian.<\/p>\n<h2 class=\"western\"><a name=\"sect2\"><\/a>2. Femme et dragon&nbsp;: l\u2019hybridit\u00e9 de Therru et Orm Irian, entre monstruosit\u00e9 et m\u00e9taphore de libert\u00e9<\/h2>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Le myst\u00e8re entourant la nature d\u2019Orm Irian et de Therru est respectivement au c\u0153ur de la nouvelle \u00ab&nbsp;Dragonfly&nbsp;\u00bb et du roman <em>Tehanu<\/em> o\u00f9 chacune appara\u00eet comme un \u00eatre anormal, rejet\u00e9 ou du moins, dans le cas d\u2019Orm Irian, ne trouvant pas sa place dans la soci\u00e9t\u00e9 de <em>Terremer<\/em>. Chaque r\u00e9cit se cl\u00f4t par la r\u00e9v\u00e9lation de la nature double du personnage, humain et dragon, r\u00e9v\u00e9lation qui est d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9e dans <em>Tehanu<\/em> par le r\u00e9cit de la Femme de Kemay, relat\u00e9 par Tenar, et dans la nouvelle, par le titre m\u00eame qui est aussi le nom usuel d\u2019Orm Irian<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\">11<\/a><\/sup>. La traduction fran\u00e7aise de \u00ab&nbsp;Dragonfly&nbsp;\u00bb perd malheureusement cet effet d\u2019annonce puisque <em>Dragonfly<\/em> devient Libellule, nom qui n\u2019\u00e9voque plus, par homophonie, le vol du dragon.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Le lien \u00e9tabli entre femme et dragon \u00e0 travers l\u2019hybridit\u00e9 d\u2019Orm Irian et de Therru n\u2019est pas innocent. En effet, tout comme les femmes, les dragons de <em>Terremer<\/em> sont des \u00eatres en marge de la soci\u00e9t\u00e9 des hommes. Cr\u00e9atures anciennes, magiques par essence, \u00e9chappant \u00e0 la compr\u00e9hension des hommes, les dragons sont per\u00e7us comme des monstres dont il faut se d\u00e9fier, bien qu\u2019ils soient cependant parents des hommes, comme le r\u00e9v\u00e8le le r\u00e9cit de la Femme de Kemay. Le passage au premier plan des femmes et des dragons dans <em>Tehanu<\/em> constitue un renversement par rapport \u00e0 la trilogie d\u2019origine de <em>Terremer<\/em> o\u00f9, comme l\u2019observe Maria do Rosari\u00f2 Monteiro, \u00ab&nbsp;d<em>ragons, women and death remained in the periphery of the plot. They intervene, they act, but Ged, mages and society as a whole do not know them, do not understand their nature&nbsp;\u00bb<\/em><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\">12<\/a><\/sup>. Le renversement de la figure n\u00e9gative du dragon, d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9 \u00e0 la fin de <em>L\u2019Ultime Rivage<\/em>, accompagne ainsi la critique de la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale et la revalorisation des femmes. De plus, la nature mi-dragon, mi-femme de Therru et Orm Irian confirme la nature chthonienne et tellurique de la femme et de son pouvoir pressentie par leur association au culte des Innommables dans les romans pr\u00e9c\u00e9dents, un pouvoir diff\u00e9rent de celui des hommes et d\u00e9fini par la sorci\u00e8re Mousse (Moss) comme \u00ab&nbsp;d<em>eeper than the sea, older than the raising of the lands [\u2026] No one knows, no one knows, no one can say what I am, what a woman is, a woman of power, a woman\u2019s power, deeper than the roots of trees, deeper than the roots of islands, older than the Making, older than the moon<\/em> [\u2026] \u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\">13<\/a><\/sup> L\u2019anciennet\u00e9 du pouvoir f\u00e9minin, qui serait plus ancien encore que la Cr\u00e9ation, renforce le lien entre femme et dragon, les dragons \u00e9tant le peuple le plus ancien de <em>Terremer<\/em> et le dragon Kalessin \u00e9tant appel\u00e9 Segoy par Therru<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\">14<\/a><\/sup>, autrement dit le nom du myst\u00e9rieux cr\u00e9ateur qui tira les \u00eeles de l\u2019oc\u00e9an primordial et les nomma. Le lien entre femme, dragon et cr\u00e9ation nous ram\u00e8ne par ailleurs \u00e0 Lilith, la femme primordiale, dont le corps hybride est un prototype du corps f\u00e9minin comme hybridit\u00e9, signe de monstruosit\u00e9. Lilith combine en effet corps f\u00e9minin, reptilien et batracien<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\">15<\/a><\/sup>. Elle est le corps qui rassemble les contraires en une unit\u00e9 impossible, qui nie la distinction des sexes<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\">16<\/a><\/sup>, n\u00e9gation inqui\u00e9tante et probl\u00e9matique pour une soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur la distinction des sexes et des r\u00f4les sexuels puisqu\u2019elle suppose une subversion des r\u00f4les traditionnels masculin et f\u00e9minin<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\">17<\/a><\/sup>. Il n\u2019est donc pas anodin que les dragons de <em>Terremer<\/em> soient en apparence asexu\u00e9s (nul ne sait par exemple si Kalessin est m\u00e2le ou femelle), ni non plus qu\u2019Orm Irian se travestit temporairement en gar\u00e7on pour entrer \u00e0 Roke, m\u00eame si ce d\u00e9guisement est imm\u00e9diatement perc\u00e9 \u00e0 jour. Par leur nature hybride, Therru et Orm Irian remettent en question la place accord\u00e9e \u00e0 la femme dans la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale de <em>Terremer<\/em>. Mais, dans le m\u00eame temps, leur hybridit\u00e9 recombine l\u2019inqui\u00e9tude et la m\u00e9fiance du patriarcat \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Le caract\u00e8re hybride de Therru et Orm Irian est effectivement \u00e0 double tranchant. Le rapprochement entre femme et dragon ne peut pas ne pas se colorer d\u2019une face n\u00e9gative et sinistre. Si ce rapprochement se trouve justifi\u00e9 par le fait que les dragons sont des cr\u00e9atures autres, exclues elles aussi du syst\u00e8me patriarcal de <em>Terremer<\/em>, les dragons restent cependant une force indomptable, repr\u00e9sentant une menace potentielle porteuse de chaos. Le dragon est l\u2019\u00e9tranger, l\u2019absolument Autre qui s\u2019oppose \u00e0 l\u2019homme. Symbole du chaos, il est le monstre que doit traditionnellement abattre le h\u00e9ros pour pr\u00e9server l\u2019ordre cosmique. Il est aussi le monstre informe, le grand ver, serpent primordial que le dieu tue pour instaurer cet ordre cosmique. Dans les mythes assyro-babyloniens et grecs, ce serpent primordial est de nature f\u00e9minine&nbsp;: Tiamat, la m\u00e8re originelle, tu\u00e9e par Mardouk<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\">18<\/a><\/sup>&nbsp;; Python, tu\u00e9e par Apollon \u00e0 Delphes<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote19sym\" name=\"sdfootnote19anc\">19<\/a><\/sup>. Il est int\u00e9ressant de noter, \u00e0 ce sujet, que la Pythie, pourtant proph\u00e9tesse d\u2019Apollon, porte un nom qui rappelle \u00e9tymologiquement celui de Python. Le nom de la Pythie est ainsi ambivalent&nbsp;: messag\u00e8re de la sagesse d\u2019Apollon, son nom \u00e9voque pourtant l\u2019\u00eatre chthonien primordial que le dieu solaire ouranien a vaincu. Ainsi le rapprochement entre femme et dragon dans <em>Terremer<\/em> fait \u00e9cho, dans l\u2019imaginaire occidental, au lien entre femme et cr\u00e9ature ophidienne. La sagesse f\u00e9minine tout comme la sagesse du dragon renvoie d\u00e8s lors \u00e0 un savoir primordial, ce savoir qui a trait \u00e0 l\u2019origine m\u00eame de la vie et son organicit\u00e9, comme nous avons d\u00e9j\u00e0 pu le constater en premi\u00e8re partie.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">La tradition jud\u00e9o-chr\u00e9tienne voit dans le dragon une figure du Serpent tentateur de la Gen\u00e8se<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote20sym\" name=\"sdfootnote20anc\">20<\/a><\/sup>, ce serpent qui \u00e9voquerait par sa forme phallique la sexualit\u00e9, con\u00e7ue comme un p\u00e9ch\u00e9. Joseph Campbell propose toutefois une interpr\u00e9tation alternative \u00e0 la signification du Serpent, en lien avec le symbole de l\u2019ouroboros, ce serpent qui se mord la queue et que l\u2019on retrouve dans l\u2019imagerie de nombreuses civilisations. Selon lui, ce qui fait du Serpent un symbole n\u00e9gatif dans la Gen\u00e8se est moins son caract\u00e8re phallique, que sa capacit\u00e9 \u00e0 changer de peau et sa forme qui rappelle aussi le tube digestif&nbsp;: le serpent r\u00e9v\u00e8le \u00e0 l\u2019homme par son apparence m\u00eame le caract\u00e8re terrifiant de la vie dans toute sa crudit\u00e9 en mat\u00e9rialisant l\u2019image de la vie qui se nourrit de la vie et ne cesse de rena\u00eetre d\u2019elle-m\u00eame, abandonnant les g\u00e9n\u00e9rations pass\u00e9es<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote21sym\" name=\"sdfootnote21anc\">21<\/a><\/sup>. Vie et mort sont li\u00e9es. Pour continuer \u00e0 vivre, il faut se nourrir, autrement dit ing\u00e9rer d\u2019autres \u00eatres vivants, une r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il n\u2019est pas toujours ais\u00e9 de reconna\u00eetre et accepter, comme le montre le ph\u00e9nom\u00e8ne du v\u00e9g\u00e9tarisme.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Ces rapprochements entre dragon et serpent permettent d\u2019expliquer le lien profond entre femme et cr\u00e9ature ophidienne dans l\u2019imaginaire. La femme, pourvoyeuse de vie, rejoint la symbolique du serpent ou dragon primordial car elle est symboliquement le chaos dont il faut sortir pour donner forme \u00e0 la vie<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote22sym\" name=\"sdfootnote22anc\">22<\/a><\/sup>. Ce faisant elle partage aussi le savoir primordial du dragon, d\u2019o\u00f9 la compr\u00e9hension mutuelle entre Tenar et Kalessin, qui se passe de mots lors de leur rencontre<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote23sym\" name=\"sdfootnote23anc\">23<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Cette ambivalence se retrouve dans la figure m\u00eame du dragon dans <em>Terremer<\/em>. Dans <em>Le Sorcier de Terremer<\/em>, le dragon Yevaud ressemble encore beaucoup au monstre reptilien traditionnel de l\u2019imagerie occidentale&nbsp;: gigantesque reptile ail\u00e9 semant la terreur dans les villages de Low Torning et qui a fait de l\u2019\u00eele de Pendor sa demeure, il veille sur un immense tr\u00e9sor et se caract\u00e9rise par son avidit\u00e9. Son langage trompeur le rapproche du F\u00e1fnir de la <em>V\u00f6lsunga Saga<\/em>. Au contraire, les autres dragons du cycle, Orm Embar, et plus particuli\u00e8rement Kalessin offrent une image beaucoup plus ambivalente du dragon, les rapprochant plut\u00f4t des dragons chinois que du monstre que les Beowulf, Sigurd et autres Saint George s\u2019en vont combattre. Kalessin, pr\u00e9sent\u00e9 comme le plus ancien (<em>the elder<\/em>), ne se caract\u00e9rise ni par l\u2019avidit\u00e9, ni par l\u2019avarice, ni par une langue trompeuse mais par sa sagesse. Qui plus est, l\u2019image des dragons est d\u2019autant plus transform\u00e9e dans les derniers romans du cycle qu\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e la parent\u00e9 des humains et des dragons, qui, \u00e0 l\u2019origine, ne formaient qu\u2019une seule esp\u00e8ce, la division de l\u2019esp\u00e8ce originelle entre dragon et humain redoublant la distinction entre femme et homme, les deux parts de l\u2019humanit\u00e9. Cette r\u00e9v\u00e9lation est confirm\u00e9e \u00e0 travers les trois \u00eatres hybrides que sont la Femme de Kemay, Therru elle-m\u00eame et Orm Irian. Comme on l\u2019a vu, il n\u2019est pas anodin que ces trois hybrides soient aussi trois femmes puisque dragons et femmes ont en commun l\u2019image n\u00e9gative que les hommes ont forg\u00e9e d\u2019eux alors m\u00eame qu\u2019ils appartiennent \u00e0 la m\u00eame esp\u00e8ce. En fondant les figures de la femme et du dragon dans ces trois personnages, Ursula K. Le Guin met en relief la peur irraisonn\u00e9e des hommes et le statut probl\u00e9matique de la femme dans un syst\u00e8me patriarcal. Therru, en particulier, concentre sur elle l\u2019ensemble des injustices faites aux femmes&nbsp;: enfant battue et abus\u00e9e sexuellement par ses parents avant de finir \u00e0 moiti\u00e9 br\u00fbl\u00e9e vive et irr\u00e9m\u00e9diablement d\u00e9figur\u00e9e et mutil\u00e9e, Therru est une victime de la violence des hommes. On ne peut pas ne pas songer, en lisant son histoire, \u00e0 ces femmes br\u00fbl\u00e9es \u00e0 l\u2019acide pour avoir port\u00e9 atteinte \u00e0 l\u2019honneur de leur famille ou de leur \u00e9poux. La question r\u00e9currente que posent les habitants de Gont, et en particulier les personnages masculins, \u00ab&nbsp;Mais qu\u2019a-t-elle bien pu faire pour qu\u2019on la mutile ainsi&nbsp;?&nbsp;\u00bb, renvoie au pr\u00e9suppos\u00e9 sous-jacent que la victime est coupable d\u2019une faute inavouable. En d\u2019autres termes, la femme viol\u00e9e ou battue est responsable du pr\u00e9judice port\u00e9 \u00e0 son encontre. Porteuse de ces stigmates qui l\u2019identifient en victime, Therru fait peur et r\u00e9vulse. Sa nature hybride de dragon symbolise cependant sa force int\u00e9rieure, cette capacit\u00e9 \u00e0 se reconstruire face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9. Le dragon en elle est une force lib\u00e9ratrice.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">En effet, les dragons de <em>Terremer<\/em> sont aussi un symbole de libert\u00e9. Le vol du dragon repr\u00e9sente l\u2019aspiration de la femme \u00e0 la libert\u00e9. La description du vol de Kalessin lors de sa rencontre avec Tenar le montre bien. Lors de son approche, de loin, Kalessin appara\u00eet \u00e0 Tenar comme un oiseau&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>It was not a gull, for it flew steadily, and too high to be a pelican. Was it a wild goose, or an albatross, the great, rare voyager of the open sea, come among the islands&nbsp;?<\/em> \u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote24sym\" name=\"sdfootnote24anc\">24<\/a><\/sup> Kalessin est \u00e0 nouveau compar\u00e9 \u00e0 un oiseau lorsqu\u2019il dispara\u00eet au loin (\u00ab&nbsp;<em>till it was no larger than a wild goose or a gull.<\/em> <sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote25sym\" name=\"sdfootnote25anc\">25<\/a><\/sup>) Le dragon est successivement compar\u00e9 \u00e0 une mouette (<em>gull<\/em>), un p\u00e9lican, une oie sauvage (<em>wild goose<\/em>) et un albatros, tous oiseaux caract\u00e9ris\u00e9s par leurs longues ailes et leur vol majestueux mais ayant une allure pataude \u00e0 terre, \u00e0 l\u2019instar de Therru, d\u00e9figur\u00e9e et laide sous sa forme humaine mais qui prendra la forme d\u2019un superbe dragon en vol \u00e0 la fin du<em> Vent d\u2019ailleurs<\/em>. D\u00e9gag\u00e9 de la pesanteur de la terre, libre, le vol du dragon constitue une r\u00e9ponse \u00e0 la possessivit\u00e9 de l\u2019homme \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la femme, de la terre et de ses tr\u00e9sors. Le dragon qui vole, c\u2019est l\u2019\u00eatre libre et sans attache, celui qui n\u2019appartient \u00e0 personne et ne poss\u00e8de rien ni personne, l\u2019\u00eatre qui va o\u00f9 il d\u00e9sire sans crainte, sans \u00eatre jug\u00e9. Bien plus, \u00e9tant une cr\u00e9ature de feu, de lumi\u00e8re et d\u2019air, magique par essence, le dragon m\u00e9taphorise le pouvoir de l\u2019imagination, cette capacit\u00e9 de l\u2019esprit humain traditionnellement associ\u00e9e au caract\u00e8re suppos\u00e9ment fantasque et irraisonn\u00e9 de la femme, alors que la raison a toujours \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e comme une qualit\u00e9 masculine. Cette association se justifie par celle unissant la femme \u00e0 la nature, voyant dans la femme un \u00eatre plus naturel que l\u2019homme, association que l\u2019anthropologue et f\u00e9ministe Colette Guillaumin consid\u00e8re comme une pi\u00e8ce ma\u00eetresse de l\u2019oppression des femmes. \u00ab&nbsp;Selon elle, c\u2019est parce que les femmes sont appropri\u00e9es, et donc constitu\u00e9es en choses, qu\u2019elles peuvent \u00eatre dans le m\u00eame temps per\u00e7ues comme des choses naturelles [\u2026] \u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote26sym\" name=\"sdfootnote26anc\">26<\/a><\/sup> Dans le m\u00eame mouvement, l\u2019id\u00e9e que les femmes seraient plus naturelles que les hommes redouble l\u2019id\u00e9e que la domination des hommes sur les femmes serait fond\u00e9e en nature. Or, dans <em>Terremer<\/em>, le lien qui se cr\u00e9e entre femme, dragon, nature et imagination est revaloris\u00e9 et subverti pour ne plus \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment possible d\u2019oppression mais un instrument de libert\u00e9. Contre la suppos\u00e9e raison masculine et son savoir qui s\u2019av\u00e8rent de fait nourris par la peur et les pr\u00e9jug\u00e9s, la femme et le dragon opposent la communaut\u00e9 des c\u0153urs<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote27sym\" name=\"sdfootnote27anc\">27<\/a><\/sup> et la libert\u00e9 d\u2019\u00eatre soi, malgr\u00e9 l\u2019adversit\u00e9. \u00c0 l\u2019\u00e9conomie de la possession, ils opposent celle de la reconnaissance mutuelle des individus libres. Enfin, face \u00e0 l\u2019homme (mage) besogneux qui tente de s\u2019octroyer des pouvoirs qu\u2019il n\u2019a pas, et, en particulier, le pouvoir de cr\u00e9er, le dragon se d\u00e9finit comme un artiste naturel. Comme le dit Ged&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>We men do dreams, we work magic, we do good, we do evil. The dragons do not dream. They are dreams. They do not work magic: it is their substance, their being. They do not do, they are \u00bb<\/em><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote28sym\" name=\"sdfootnote28anc\">28<\/a><\/sup>. En cela, la figure ambivalente du dragon se fait figure positive, figure de l\u2019id\u00e9al, et transcende la figure f\u00e9minine parce qu\u2019elle est un espoir de libert\u00e9 mais aussi un rappel du simple droit de chacun \u00e0 exister.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Dans un article intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Why Are Americans Afraid of Dragons&nbsp;?&nbsp;\u00bb, Ursula K. Le Guin lie explicitement le pouvoir de l\u2019imagination, la libert\u00e9 et l\u2019image du dragon dans un passage qui entre en r\u00e9sonance avec la figure du dragon dans les derniers tomes de <em>Terremer<\/em>, figure de libert\u00e9 qui, \u00e0 travers les personnages hybrides de Therru et Orm Irian, remet en question les pr\u00e9jug\u00e9s des soci\u00e9t\u00e9s patriarcales de <em>Terremer<\/em>&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\">For <em>Fantasy<\/em> is true, of course. It isn\u2019t factual, but it is true. Children know that. Adults know it too, and that is precisely why many of them are afraid of fantasy. They know that its truth challenges, even threatens, all that is false, all that is phony, unnecessary, and trivial in the life they have let themselves be forced into living. They are afraid of dragons, because they are afraid of freedom.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote29sym\" name=\"sdfootnote29anc\">29<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">L\u2019imaginaire est une voie pour la libert\u00e9, et dans <em>Terremer<\/em>, la figure intrins\u00e8quement imaginaire du dragon, dans ces hybrides que sont Therru et Orm Irian, repr\u00e9sente la femme qui s\u2019\u00e9mancipe enfin et prend son envol.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">En prenant pour th\u00e8mes principaux la question de la femme et de l\u2019hybridit\u00e9, <em>Tehanu<\/em> est bien un roman pivot dans le cycle de <em>Terremer<\/em> et l\u2019on peut voir, \u00e0 la suite de Maria do Ros\u00e1rio Monteiro, dans le questionnement f\u00e9ministe de Tenar, une qu\u00eate pour d\u00e9couvrir ce qu\u2019est la vraie nature des femmes, cette nature qui effraie tant les hommes, et o\u00f9 r\u00e9side le pouvoir f\u00e9minin. Pourtant, le roman, pas plus que les nouvelles des <em>Contes de Terremer<\/em> ou le cinqui\u00e8me et dernier roman du cycle, n\u2019apporte de r\u00e9ponse stable et d\u00e9finitive \u00e0 la question de ce que serait la nature intrins\u00e8que de la femme et ce que devrait \u00eatre son r\u00f4le v\u00e9ritable. Bien au contraire, par le biais du rapprochement entre femmes et dragons et leur hybridation dans le personnage de Therru, le roman privil\u00e9gie la mise en \u00e9vidence de la construction de la figure f\u00e9minine op\u00e9r\u00e9e par les pr\u00e9jug\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale, et l\u2019interrogation du statut de la femme. Il s\u2019agit moins pour Ursula K. Le Guin de probl\u00e9matiser le statut de la femme dans les \u0153uvres de <em>Fantasy<\/em> que d\u2019interroger la place de la femme dans nos repr\u00e9sentations culturelles, tout en apportant des \u00e9l\u00e9ments de subversion \u00e0 celles-ci. Cette probl\u00e9matisation se trouve d\u00e9j\u00e0 en creux dans le deuxi\u00e8me roman du cycle, <em>Les Tombeaux d\u2019Atuan,<\/em> et fait de <em>Terremer<\/em> non seulement une \u0153uvre majeure de la <em>Fantasy<\/em> mais aussi une \u0153uvre intrins\u00e8quement f\u00e9minine et f\u00e9ministe.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"contenuArticle\">\n<hr>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"notesBasPage\">\n<p><a name=\"sect3\"><\/a><\/p>\n<h3>Notes<\/h3>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> &#8211;&nbsp; Le Guin (Ursula K.), <em>The Earthsea Quarte<\/em>t, Londres, Penguin Books, 1993 (1968, 1972, 1973, 1990 pour les \u00e9ditions originales des quatre volumes s\u00e9par\u00e9s), p.651&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u201cLa peur,\u201d dit-elle. \u201cDe quoi avons-nous si peur&nbsp;? Pourquoi les laissons-nous nous dire que nous avons peur&nbsp;? De quoi ont-ils peur, eux&nbsp;?\u201d Elle reprit le bas qu\u2019elle \u00e9tait en train de repriser, le tourna dans ses mains, resta silencieuse un moment&nbsp;; enfin elle dit, \u201cPourquoi ont-ils peur de nous&nbsp;?\u201d&nbsp;\u00bb (notre traduction)<\/p>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> &#8211;&nbsp; <em>The Earthsea Quartet, <\/em>p.104-116<\/p>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> &#8211;&nbsp; Le monde de <em>Terremer<\/em> est divis\u00e9 g\u00e9opolitiquement entre l\u2019Archipel, conf\u00e9d\u00e9ration d\u2019\u00eeles o\u00f9 les habitants ont la peau sombre et o\u00f9 la magie est pratiqu\u00e9e, et les Terres kargades, empire dont la population a la peau blanche et o\u00f9 la magie est prohib\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> &#8211;&nbsp; Le Guin (Ursula K.), <em>The Language of the Night, Essays in Fantasy and Science Fiction<\/em>, \u00e9dition et introductions de Susan Wood, \u00e9dition r\u00e9vis\u00e9e par Ursula K. Le Guin, Londres, The Women\u2019s Press, 1989, p.44-45&nbsp;: \u00ab&nbsp;une version f\u00e9minine du passage \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Naissance, renaissance, destruction, libert\u00e9 en sont les th\u00e8mes.&nbsp;\u00bb (notre traduction)<\/p>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> &#8211;&nbsp; Voir Bernardo (Susan M.) et Murphy (Graham J.), Ursula K. Le Guin, <em>A Critical Companion<\/em>, Westport, Connecticut et Londres, Greenwood Press, coll. Critical Companions to Popular Contemporary Writers, Kathleen Gregory Klein Series Editor, 2006, p.110&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Elizabeth Cummins, in her article \u201cThe Land-Lady\u2019s Homebirth&nbsp;: Revisiting Ursula K. Le Guin\u2019s Worlds\u201d, says of Tenar that \u201cshe cannot become a wizard or a king. But Tenar is more of a revolutionary than either Ged or Arren. Whereas Ged and Arren mature so as to assume socially-approved roles, she has had to rebel against the society which nurtured her.<\/em>\u201d&nbsp;\u00bb\u00ab&nbsp;Elizabeth Cummins, dans son article \u201cThe Land-Lady\u2019s Homebirth&nbsp;: Revisiting Ursula K. Le Guin\u2019s Worlds\u201d, dit de Tenar qu\u2019elle \u201cne peut pas devenir mage ou roi. Mais Tenar est davantage une r\u00e9volutionnaire que Ged ou Arren. Alors que Ged et Arren m\u00fbrissent afin d\u2019assumer des r\u00f4les socialement approuv\u00e9s, elle a d\u00fb se rebeller contre la soci\u00e9t\u00e9 qui l\u2019a \u00e9lev\u00e9e.\u201d&nbsp;\u00bb (notre traduction)<\/p>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> &#8211;&nbsp; L\u2019id\u00e9e que la soci\u00e9t\u00e9 kargue est beaucoup plus oppressive pour les femmes que la soci\u00e9t\u00e9 archip\u00e9lienne est \u00e9galement sugg\u00e9r\u00e9e dans <em>Le Vent d\u2019ailleurs<\/em> (<em>The Other Wind<\/em>), dernier roman du cycle, avec la princesse kargue Seserakh qui porte le feyag, une sorte d\u2019\u00e9quivalent fictif du voile int\u00e9gral islamique.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> &#8211;&nbsp; \u00ab&nbsp;Faible comme la magie des femmes, mauvaise comme la magie des femmes.&nbsp;\u00bb (notre traduction)<\/p>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> &#8211;&nbsp; On notera que la r\u00e9bellion de Tenar dans <em>Les Tombeaux d\u2019Atuan<\/em> aboutit d\u2019ailleurs \u00e0 la destruction du Lieu dans un tremblement de terre.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> &#8211;&nbsp; The Eathsea Quartet p. 12&nbsp;: \u00ab&nbsp;Seulement dans le silence le mot&nbsp;\u00bb (notre traduction) Il s\u2019agit du premier vers du po\u00e8me liminaire du cycle.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> &#8211;&nbsp; Voir Varenne (Jean), \u00ab&nbsp;Kali&nbsp;\u00bb, <em>Encyclopaedia Universalis<\/em> en ligne, consult\u00e9 le 23 mai 2011 sur <a class=\"lien\" title=\"Aller \u00e0 'http:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/kali\/'\" href=\"http:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/kali\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">universalis-edu.com<\/a>. Dans l\u2019iconographie, Kali est repr\u00e9sent\u00e9e portant un collier de cr\u00e2nes, la bouche ensanglant\u00e9e. Sur le caract\u00e8re ambivalent de la D\u00e9esse M\u00e8re, voir Eliade (Mircea), \u00ab&nbsp;Mythologies (dieux et d\u00e9esses&nbsp;\u00bb, <em>Encyclopaedia Universalis<\/em> en ligne, consult\u00e9 le 23 mai 2011 sur <a class=\"lien\" title=\"Aller \u00e0 'http:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/mythologies-dieux-et-d\u00c8esses\/'\" href=\"http:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/mythologies-dieux-et-d%C3%88esses\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">universalis-edu.com<\/a> : \u00ab&nbsp;L\u2019hymne hom\u00e9rique \u00e0 Gaia (Terre) exalte \u201cla Terre, m\u00e8re universelle aux solides assises, a\u00efeule v\u00e9n\u00e9rable qui nourrit tout ce qui existe [\u2026]. C\u2019est \u00e0 toi qu\u2019il appartient de donner la vie aux mortels, comme de la leur reprendre [\u2026].\u201d C\u2019est la raison pour laquelle la grande d\u00e9esse, la Terre-M\u00e8re, est consid\u00e9r\u00e9e non seulement comme la source dela vie et dela fertilit\u00e9, mais aussi comme la ma\u00eetresse du destin et la d\u00e9esse de la mort. Dans l\u2019Inde, Durga-Kali est \u00e0 la fois cr\u00e9atrice et destructrice, principe de la vie et de la mort.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a> &#8211;&nbsp; Contrairement aux Kargues, les Archip\u00e9liens ont deux noms, un nom usuel, et leur vrai nom qui leur est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 au cours de la c\u00e9r\u00e9monie du Passage par un mage ou une sorci\u00e8re. La magie pratiqu\u00e9e \u00e0 <em>Terremer<\/em> \u00e9tant bas\u00e9e sur la connaissance du vrai nom des \u00eatres et des choses, ce nom vrai doit rester secret.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a> &#8211;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Humans and Dragons&nbsp;: Coming in Terms with Inner and Outer Otherness&nbsp;<\/em>\u00bb, communication pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la conf\u00e9rence Beasts\/Ecrire l\u2019animal, Londres, Metropolitan University, 2004, consult\u00e9 le 30 mars 2011 sur <a class=\"lien\" title=\"Aller \u00e0 'http:\/\/www.fcsh.unl.pt\/docentes\/rmonteiro\/'\" href=\"http:\/\/www.fcsh.unl.pt\/docentes\/rmonteiro\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">fcsh.unl.pt<\/a>: \u00ab&nbsp;les dragons, les femmes et la mort restent \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de l\u2019intrigue. Ils interviennent, ils agissent, mais Ged, les mages et la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble ne les connaissent pas, ne comprennent pas leur nature.&nbsp;\u00bb (notre traduction) Cette observation m\u00e9rite toutefois d\u2019\u00eatre nuanc\u00e9e&nbsp;: la question de la mort est centrale dans le troisi\u00e8me roman de <em>Terremer<\/em>, <em>L\u2019Ultime Rivage<\/em>, et le deuxi\u00e8me roman, <em>Les Tombeaux d\u2019Atuan<\/em>, est, comme, on l\u2019a vu, centr\u00e9 sur le personnage de Tenar. N\u00e9anmoins, c\u2019est un homme, Ged, qui aide Tenar \u00e0 prendre conscience de la r\u00e9alit\u00e9 de sa situation et si les croyances kargues relatives aux Innommables sont remises en question, le statut de la femme n\u2019est pas encore v\u00e9ritablement interrog\u00e9.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a> &#8211;&nbsp; <em>The Earthsea Quartet<\/em>, p.528&nbsp;: \u00ab&nbsp;Plus [profond] que l\u2019oc\u00e9an, plus [ancien] que l\u2019\u00e9mergence des terres. [\u2026] Nul ne sait, nul ne sait, nul ne peut dire ce que je suis, ce qu\u2019une femme est, une femme de pouvoir, le pouvoir d\u2019une femme, plus profond que les racines des arbres, plus profond que les racines des \u00eeles, plus ancien que la Cr\u00e9ation, plus ancien que la lune. [\u2026]&nbsp;\u00bb (notre traduction)<\/p>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a> &#8211;&nbsp; t<em>The Earthsea Quartet<\/em>, p.688<\/p>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a> &#8211;&nbsp; On soulignera au passage le caract\u00e8re tellurique et aquatique de ce corps.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote16\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a> &#8211;&nbsp; Voir Rousseau (Vanessa), \u00ab&nbsp;Lilith&nbsp;: une androgynie oubli\u00e9e&nbsp;\u00bb, <em>Archives de sciences sociales des religions<\/em> [en ligne], 123, juillet-septembre 2003, mis en ligne le 17 novembre 2005, consult\u00e9 le 30 mars 2011 sur <a class=\"lien\" title=\"Aller \u00e0 'http:\/\/assr.revues.org\/1067'\" href=\"http:\/\/assr.revues.org\/1067\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">revues.org<\/a><\/p>\n<div id=\"sdfootnote17\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a> &#8211;&nbsp; Il est int\u00e9ressant de noter que le principe de subversion des r\u00f4les sexuels passant par un refus de la distinction masculin\/f\u00e9minin se trouve au c\u0153ur de la probl\u00e9matique transgenre, et alimente en partie la th\u00e9orie f\u00e9ministe anti-essentialiste qui refuse le postulat selon lequel la distinction des sexes serait fond\u00e9e en nature. Pour une introduction g\u00e9n\u00e9rale aux questions de genre, voir Bereni (Laure), Chauvin (S\u00e9bastien), Jaunait (Alexandre), Revillard (Anne), <em>Introduction aux Gender Studies,<\/em><em>Manuel des \u00e9tudes sur le genre,<\/em> Bruxelles, De Boeck, coll. Ouvertures politiques, 2008<\/p>\n<div id=\"sdfootnote18\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote18anc\" name=\"sdfootnote18sym\">18<\/a> &#8211;&nbsp; Tiamat appara\u00eet dans le po\u00e8me babylonien de la cr\u00e9ation, En\u00fbma Elish, o\u00f9 elle incarne la d\u00e9esse primordiale des eaux sal\u00e9es. Oppos\u00e9e \u00e0 Mardouk dans le conflit entre les divinit\u00e9s primordiales et les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations divines, elle s\u2019entoure de monstres ophidiens (dragons, serpents,\u2026). Mardouk la tue et organise le cosmos \u00e0 partir de son corps&nbsp;: une moiti\u00e9 devient la vo\u00fbte c\u00e9leste et l\u2019autre devient la terre. Bien qu\u2019elle ne soit pas explicitement pr\u00e9sent\u00e9e comme une cr\u00e9ature serpentine dans le po\u00e8me, de nombreuses repr\u00e9sentations iconographiques de l\u2019\u00e9poque assyro-babylonienne montrant un h\u00e9ros tuant un dragon ou serpent monstrueux ont \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9es comme des illustrations du mythe de Tiamat et de Mardouk. Voir \u00ab&nbsp;Tiamat&nbsp;\u00bb, <em>Encyclopedia Mythica<\/em>, Encyclopedia Mythica Online, consult\u00e9 le 23 mai 2011 sur <a class=\"lien\" title=\"Aller \u00e0 'http:\/\/www.pantheon.org\/articles\/t\/tiamat.html'\" href=\"http:\/\/www.pantheon.org\/articles\/t\/tiamat.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">pantheon.org<\/a>. Ren\u00e9 Labat observe que le \u00ab&nbsp;r\u00e9cit commence au d\u00e9but m\u00eame du monde alors que tout n\u2019\u00e9tait encore que chaos. Il \u00e9voque l\u2019apparition successive des dieux et le conflit qui finit par opposer le premier ordre divin, o\u00f9 r\u00e9gnaient le silence, les t\u00e9n\u00e8bres et l\u2019immobilit\u00e9, aux plus jeunes g\u00e9n\u00e9rations divines, g\u00e9n\u00e9ratrices de bruit, de mouvement et de lumi\u00e8re.&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Assyro-babyloniens (litt\u00e9rature)&nbsp;\u00bb, Encyclopaedia Universalis tome 2, p.959). La caract\u00e9risation de ce premier ordre divin n\u2019est pas sans rappeler le culte des Innommables dans <em>Les Tombeaux d\u2019Atuan<\/em>. Mircea Eliade, quant \u00e0 lui, note que Tiamat \u00ab&nbsp;cumulait toutes les images exemplaires du Chaos&nbsp;: il \u00e9tait \u00e0 la fois Oc\u00e9an primordial, dragon femelle, \u00eatre androgyne, monstre et embryon.&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Cr\u00e9ation (Les mythes de la Cr\u00e9ation)&nbsp;\u00bb, <em>Encyclopaedia Universalis<\/em> en ligne, consult\u00e9 le 23 mai 2011 sur <a href=\"http:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/creation-les-mythes-de-la-creation\/\">universalis-edu.com<\/a><\/p>\n<div id=\"sdfootnote19\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote19anc\" name=\"sdfootnote19sym\">19<\/a> &#8211;&nbsp; Pythonest un monstre femelle engendr\u00e9 par Ga\u00efa, la Terre m\u00e8re. Sa mise \u00e0 mort par Apollon est relat\u00e9e dans l\u2019Hymne hom\u00e9rique consacr\u00e9 au dieu. Selon les textes, Python est tant\u00f4t pr\u00e9sent\u00e9e comme un serpent, tant\u00f4t comme un dragon. Une version en ligne de la traduction de Leconte de Lisle de l\u2019Hymne peut \u00eatre consult\u00e9e sur <a class=\"lien\" title=\"Aller \u00e0 'http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Hymes_hom\u00c8riques\/\u00bf_Apollon'\" href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Hymes_hom%C3%88riques\/%C2%BF_Apollon\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">wikisource.org<\/a>. Il est probable que Python \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine une ancienne divinit\u00e9 chthonienne locale associ\u00e9e au site de Delphes (dont l\u2019ancien nom est Pytho) dont le culte, li\u00e9 \u00e0 la divination, aurait \u00e9t\u00e9 par la suite supplant\u00e9 par celui d\u2019Apollon, ce dont t\u00e9moignerait le mythe.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote20\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote20anc\" name=\"sdfootnote20sym\">20<\/a> &#8211;&nbsp; Lui-m\u00eame associ\u00e9 \u00e0 une figure f\u00e9minine, \u00c8ve.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote21\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote21anc\" name=\"sdfootnote21sym\">21<\/a> &#8211;&nbsp; Voir Campbell (Joseph), <em>Puissance du mythe<\/em> (<em>Power of Myth<\/em>), avec la collaboration de Bill Moyers, traduction de Jazenne Tanzac, [s.l.], J\u2019ai lu, 1991 (1988), p.89-92. Joseph Campbell souligne que les cultures en contact avec la civilisation h\u00e9bra\u00efque connaissaient le serpent comme symbole de vie et de fertilit\u00e9.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote22\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote22anc\" name=\"sdfootnote22sym\">22<\/a> &#8211;&nbsp; En illustration de cette id\u00e9e, on peut \u00e9voquer la l\u00e9gende m\u00e9di\u00e9vale fran\u00e7aise de M\u00e9lusine, mi-femme, mi-serpent, pr\u00e9sent\u00e9e comme l\u2019anc\u00eatre de la Maison des Lusignan dans le roman de Jean d\u2019Arras. M\u00e9lusine a \u00e9t\u00e9 rapproch\u00e9e des figures de souverainet\u00e9 celtes et son caract\u00e8re ophidien en ferait l\u2019incarnation de la fertilit\u00e9 du sol. Voir Morris (Matthew), \u00ab&nbsp;Les origines de la l\u00e9gende de M\u00e9lusine et ses d\u00e9buts dans la litt\u00e9rature du Moyen \u00c2ge&nbsp;\u00bb, dans Bouloumi\u00e9 (Arlette) et Behar (Henri), <em>M\u00e9lusine&nbsp;: moderne et contemporaine<\/em>, Paris, L\u2019\u00c2ge d\u2019homme, 2001, p.13-20. (Nous remercions Jean-Michel Caralp qui nous a indiqu\u00e9 cette r\u00e9f\u00e9rence.)<\/p>\n<div id=\"sdfootnote23\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote23anc\" name=\"sdfootnote23sym\">23<\/a> &#8211;&nbsp; <em>The Earthsea Quartet,<\/em> p.515-518<\/p>\n<div id=\"sdfootnote24\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote24anc\" name=\"sdfootnote24sym\">24<\/a> &#8211;&nbsp; <em>op.cit<\/em>. p.515&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce n\u2019\u00e9tait pas une mouette, car il volait r\u00e9guli\u00e8rement, et trop haut pour \u00eatre un p\u00e9lican. \u00c9tait-ce une oie sauvage, ou un albatros, le grand, rare voyageur de la haute mer, venu dans les \u00eeles&nbsp;?&nbsp;\u00bb (notre traduction)<\/p>\n<div id=\"sdfootnote25\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote25anc\" name=\"sdfootnote25sym\">25<\/a> &#8211;&nbsp;<em>&nbsp;Op.cit.<\/em> p.518&nbsp;: \u00ab&nbsp;jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ne fut pas plus grand qu\u2019une oie sauvage ou une mouette.&nbsp;\u00bb (notre traduction)<\/p>\n<div id=\"sdfootnote26\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote26anc\" name=\"sdfootnote26sym\">26<\/a> &#8211;&nbsp; <em>Introduction aux Gender Studies, op.cit<\/em>. p.22<\/p>\n<div id=\"sdfootnote27\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote27anc\" name=\"sdfootnote27sym\">27<\/a> &#8211;&nbsp; Nous empruntons cette expression au titre de l\u2019ouvrage de Warren G. Rochelle, <em>Communities of the Heart&nbsp;: The Rhetoric of Myth in the Fiction of Ursula K. Le Guin<\/em>, Liverpool University Press, 2001.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote28\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote28anc\" name=\"sdfootnote28sym\">28<\/a> &#8211;&nbsp; <em>The Earthsea Quartet,<\/em> p.335&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous les hommes faisons des r\u00eaves, nous utilisons la magie, nous faisons le bien, nous faisons le mal. Les dragons ne r\u00eavent pas. Ils sont des r\u00eaves. Ils n\u2019utilisent pas la magie&nbsp;: c\u2019est leur substance, leur \u00eatre. Ils ne font pas, ils sont.&nbsp;\u00bb (notre traduction)<\/p>\n<div id=\"sdfootnote29\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote29anc\" name=\"sdfootnote29sym\">29<\/a> &#8211;&nbsp; <em>The Language of the Night,<\/em> p.&nbsp;36&nbsp;: \u00ab&nbsp;Car l\u2019Imaginaire est vrai, bien s\u00fbr. Il n\u2019est pas factuel, mais il est vrai. Les enfants le savent. Les adultes le savent aussi, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pourquoi tant d\u2019entre eux ont peur de l\u2019imaginaire. Ils savent que sa v\u00e9rit\u00e9 met en question, menace m\u00eame, tout ce qui est faux, tout ce qui est en toc, inutile, et trivial dans la vie qu\u2019ils se sont laiss\u00e9s forcer \u00e0 vivre. Ils ont peur des dragons, parce qu\u2019ils ont peur de la libert\u00e9.&nbsp;\u00bb (notre traduction)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr>\n<h2><a name=\"sect4\"><\/a>Bibliographie<\/h2>\n<p class=\"article\"><strong>\u0152uvres<\/strong><\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Anonyme. <em>Hymne hom\u00e9rique \u00e0 Apollon. <\/em>Traduction de Leconte de Lisle.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">Anonyme. <em>V\u00f6lsunga saga<\/em> (<em>The saga of the V\u00f6lsungs<\/em>). Traduction et introduction de Jesse L. Byock, Berkeley et Los Angeles, Californie : University of California Press, 1990<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">LE GUIN Ursula K.&nbsp; <em>The Earthsea Quartet<\/em> (comprenant <em>A Wizard of Earthsea, The Tombs of Atuan, The Farthest Shore<\/em>, et <em>Tehanu<\/em>). Londres : Penguin Books, 1993 (1968, 1972, 1973 et 1990 pour les premi\u00e8res \u00e9ditions respectives des quatre volumes s\u00e9par\u00e9s)<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\"><em>Tales from Earthsea. <\/em>Londres : Orion, 2003 (2001 pour la premi\u00e8re \u00e9dition chez Harcourt, \u00c9tats-Unis)<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\"><em>The Other Wind<\/em>. Londres : Orion, 2003 (2001 pour la premi\u00e8re \u00e9dition chez Harcourt, \u00c9tats-Unis)<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\"><strong>Ouvrages critiques<\/strong><\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">BERENI Laure, CHAUVIN S\u00e9bastien, JAUNAIT Alexandre, REVILLARD Anne. <em>Introduction aux Gender Studies, manuel des \u00e9tudes sur le genre. <\/em>Bruxelles : De Boeck, coll. Ouvertures politiques, 2008, 358p.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">BERNARDO Susan M., MURPHY Graham J., LE GUIN Ursula K. <em>A Critical Companion<\/em>. Westport, Connecticut et Londres : Greenwood Press, coll. Critical Companions to Popular Contemporary Writers, Kathleen Gregory Klein Series Editor, 2006, 216p.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">CAMPBELL Joseph<em>. Puissance du mythe<\/em> (<em>Power of Myth<\/em>). J\u2019ai lu, 1991 (1988), 373p.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">ELIADE Mircea. \u00ab&nbsp;Cr\u00e9ation (Les mythes de la Cr\u00e9ation)&nbsp;\u00bb. <em>Encyclopaedia Universalis<\/em> [en ligne], consult\u00e9 le 23 mai 2011 sur <a href=\"http:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/creation-les-mythes-de-la-creation\/\">universalis-edu.com<\/a><\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">\u00ab&nbsp;Mythologies (Dieux et d\u00e9esses)&nbsp;\u00bb, <em>Encyclopaedia Universalis<\/em> [en ligne], consult\u00e9 le 23 mai 2011 sur <a class=\"lien\" title=\"Aller \u00e0 'http:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/mythologies-dieux-et-d\u00c8esses\/'\" href=\"http:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/mythologies-dieux-et-d%C3%88esses\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">universalis-edu.com<\/a><\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">LABAT Ren\u00e9. \u00ab&nbsp;Assyro-babyloniens (litt\u00e9rature)&nbsp;\u00bb. <em>Encyclopaedia Universalis<\/em>, tome 2, p.957-961.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">LE GUIN Ursula K. <em>The Language of the Night, Essays<\/em> on <em>Fantasy<\/em> <em>and Science Fiction. <\/em>Londres : The Women\u2019s Press, 1989 (1979 pour l\u2019\u00e9dition non r\u00e9vis\u00e9e \u00e0 New York chez GP Putman\u2019s Sons), 210p.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">MORRIS Matthew. \u00ab&nbsp;Les origines de la l\u00e9gende de M\u00e9lusine et ses d\u00e9buts dans la litt\u00e9rature du Moyen \u00c2ge&nbsp;\u00bb, dans Bouloumi\u00e9 (Arlette) et Behar (Henri), <em>M\u00e9lusine&nbsp;: moderne et contemporaine<\/em>, Paris, L\u2019\u00c2ge d\u2019homme, 2001, p.13-20.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">ROSARIO MONTEIRO Maria. \u00ab&nbsp;Humans and Dragons&nbsp;: Coming in Terms with Inner and Outer Otherness&nbsp;\u00bb, papier pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la conf\u00e9rence Beasts\/Ecrire l\u2019animal, Londres, Metropolitan University, 2004, consult\u00e9 le 30 mars 2011 sur <a class=\"lien\" title=\"Aller \u00e0 'http:\/\/www.fcsh.unl.pt\/docentes\/rmonteiro\/'\" href=\"http:\/\/www.fcsh.unl.pt\/docentes\/rmonteiro\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">fcsh.unl.pt<\/a><\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">ROUSSEAU Vanessa. \u00ab&nbsp;Lilith&nbsp;: une androgynie oubli\u00e9e&nbsp;\u00bb.&nbsp; <em>Archives de sciences sociales des religions<\/em> [en ligne], 123, juillet-septembre 2003, consult\u00e9 le 30 mars 2011 sur <a class=\"lien\" title=\"Aller \u00e0 'http:\/\/assr.revues.org\/1067'\" href=\"http:\/\/assr.revues.org\/1067\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">revues.org<\/a><\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">ROCHELLE Warren G. <em>Communities of the Heart&nbsp;: The Rhetoric of Myth in the Fiction of Ursula K. Le Guin. <\/em>Liverpool University Press, 2001, 208p.<\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">\u00ab&nbsp;Tiamat&nbsp;\u00bb, <em>Encyclopedia Mythica<\/em>, Encyclopedia Mythica Online, consult\u00e9 le 23 mai 2011 sur <a class=\"lien\" title=\"Aller \u00e0 'http:\/\/www.pantheon.org\/articles\/t\/tiamat.html'\" href=\"http:\/\/www.pantheon.org\/articles\/t\/tiamat.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">pantheon.org<\/a><\/p>\n<p class=\"article\" style=\"text-align: justify\">VARENNE Jean. \u00ab&nbsp;Kali&nbsp;\u00bb. <em>Encyclopaedia Universalis<\/em> [en ligne], consult\u00e9 le 23 mai 2011 sur <a class=\"lien\" title=\"Aller \u00e0 'http:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/kali\/'\" href=\"http:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/kali\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">universalis-edu.com<\/a><\/p>\n<div id=\"liens_bp\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Viviane Bergue Doctorante en Lettres Modernes, Sp\u00e9cialit\u00e9 Litt\u00e9rature Compar\u00e9e, LLA-CR\u00c9ATIS, Universit\u00e9 Toulouse &#8211; Jean Jaur\u00e8s &#x76;&#x69;&#x76;&#x69;&#97;&#110;e&#46;b&#x65;&#x72;&#x67;&#x75;&#x65;&#64;&#102;ree&#x2e;&#x66;&#x72; Pour citer cet article : Bergue, Viviane, \u00ab \u201cWhat are they afraid of us for ?\u201d, Autre, exclue, monstre ou hybride, figures de la femme dans \u201cTerremer\u201d d\u2019Ursula K. Le Guin. \u00bb, Litter@ Incognita [En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46549],"tags":[46742,46731,46732,46733,46711,46734,46555,46741,46743],"class_list":["post-775","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","tag-earthsea","tag-fantasy","tag-feminisme","tag-figures-du-feminin","tag-hybridite","tag-metaphore","tag-n4","tag-terremer","tag-ursula-k-le-guin","post-preview"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/775","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=775"}],"version-history":[{"count":31,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/775\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4124,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/775\/revisions\/4124"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=775"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=775"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=775"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}