Les Rencontres d’Olympe

Olympe : Kaliméra, Bonjour à tous ! Nous nous retrouvons ce mois-ci pour « Les rencontres d’Olympe » !

Aujourd’hui, nous allons rencontrer Oréane, une étudiante dans le master sciences de l’Antiquité. Son sujet de mémoire était « La fonction psychopompe du cheval dans le monde indo-européen » sous la direction de Valérie Gitton.


Olympe : Kaliméra Oréane ! Merci de me rencontrer ! Peux-tu nous expliquer le choix de ton sujet d’étude ?

Oréane : Dès la licence, je savais que je ne voulais pas uniquement me cantonner à des sujets que j’avais déjà eu l’occasion d’aborder dans les différents cours que j’ai suivi. Je voulais voir un peu plus du côté de la mythologie, mise en parallèle avec des croyances et des rites attestés par les textes et l’archéologie. Comparer, observer les ressemblances et différences, comprendre les raisons pour lesquels il existe une forme d’unité dans différentes sociétés anciennes, c’était aussi ce qui m’intéressait.
Puis, assez vite, le cheval s’est imposé à moi. Pourquoi le cheval ? Parce qu’en creusant un peu, j’ai tout de suite été frappée par le contraste de la symbolique dichotomique de l’animal : un animal tantôt solaire, céleste, aérien ; tantôt chthonien, lié à la terre voire même aux enfers. De fil en aiguille, je me suis dit qu’étudier le cheval dans sa fonction de psychopompe (c’est-à-dire guide ou compagnon des âmes des défunts vers l’au-delà) serait très intéressant.

Olympe : C’est un idée originale ! Peux-tu présenter ton mémoire en quelques lignes ?

Oréane : J’étudie donc la fonction psychopompe du cheval dans diverses sociétés indo-européennes : les mondes grec et romain, gaulois, nordique, scythe et indo-iranien. Suivant les sociétés et les époques que j’étudie, je peux observer les différentes facettes de l’animal et toutes finissent par se recouper en un point ou en un autre, c’est vraiment fascinant.

Olympe : Quelles sont les sources primaires que tu as utilisées pour ton travail ?

Oréane : J’ai utilisé diverses sources primaires : des textes latins et grecs, des inscriptions latines et runiques (notamment des stèles funéraires nordiques) et beaucoup d’éléments archéologiques retrouvés proche ou directement sur des sites funéraires (ossements de chevaux, harnachements, statues et statuettes…).

Olympe : Qu’est-ce que tu as aimé pendant ta recherche ?

Oréane : Ce que j’apprécie le plus dans ma recherche, c’est de faire quelque chose de plus ou moins innovant. Lorsqu’on évoque le terme « indo-européen », c’est généralement dans un contexte philologique, linguistique. Toutefois, il ne faut pas penser que les sociétés indo-européennes sont uniquement réduites aux langues : elles avaient des croyances, des pratiques, des échanges divers et variés, tout comme nous en fait ! Certes, il y a parfois des difficultés à surmonter, mais rien n’est impossible, et c’est ce qui me plaît.
Quelque part, ça rejoint un second point que j’aime particulièrement dans la recherche : avoir une piste, trouver une information qui pourrait nous amener plus loin vers un début de réponse. Lorsqu’on passe un long moment pour chercher quelque chose et qu’on finit par trouver, il y a comme une sorte d’adrénaline qui monte. Puis il faut se reprendre pour traiter l’information et avancer (rire).

Olympe : Quelles ont été les difficultés de ta recherche ?

Oréane : Ma plus grosse difficulté a été de trouver des éléments pour prouver qu’un cheval était considéré comme un psychopompe dans une société qui l’admet implicitement. C’est le cas dans le monde grec : que ce soit dans la littérature ou bien les vestiges archéologiques, on peut retrouver des chevaux sacrifiés pour un défunt, des représentations de chevaux ailés sur des sites funéraires, mais à aucun moment, on ne lira quoi que ce soit qui dit explicitement que le cheval (ou sa représentation) est là pour que le défunt trouve son chemin vers l’Hadès… Contrairement aux sociétés nordiques qui le stipulent très clairement dans les textes épigraphiques, par exemple.

Olympe : Au cours de tes recherches, as-tu été conduit à entrer en contact avec des chercheurs ou des établissements (musées, collections…) étrangers ? Si oui, qu’est-ce que ça à amener à ton mémoire ?

Oréane : J’ai pu entrer en contact avec des chercheurs (ou enseignants-chercheurs) dont je possédais une publication par exemple, et je pouvais leur demander d’éclaircir un passage douteux, de me guider dans ma recherche avec des sources par exemple. J’ai aussi pu entrer en contact avec divers musées à l’étranger (Autriche et Grèce) qui possédait un objet que j’étudiais. Quand j’avais difficilement accès à des photos ou des descriptions, je pouvais leur écrire afin qu’ils m’aident à les obtenir. Parfois, ils me donnaient même plus d’éléments que ce dont j’avais besoin !
Dans tous les cas, avoir une réponse, quelle qu’elle soit, est une véritable aide pour le mémoire. Ça nous permet de creuser, d’aller plus loin, de chercher là où on n’aurait pas pensé à chercher ; ou bien de s’arrêter là car il n’y a rien de plus à faire ou à dire.

Olympe : Pour conclure, j’aimerai te poser une question personnelle, qu’est-ce que ton mémoire t’a apporté personnellement ?

Oréane : Sans qu’on ne s’en rende forcément compte, un travail comme le mémoire apporte beaucoup – qu’on se dirige vers la recherche ou non d’ailleurs. Chercher et écrire un mémoire apportent forcément de la rigueur et l’esprit de synthèse et l’esprit critique (surtout ce dernier point d’ailleurs). On découvre tout un monde lorsqu’on met les pieds pour la première fois dans cette expérience qu’est la recherche, la rédaction scientifique, la justification (bonjour les notes de bas de page.) Et on apprend aussi à reconnaître lorsqu’une voie est sans issue. Conclure qu’il n’y a rien, c’est déjà savoir quelque chose, ce n’est pas un échec !

Olympe : Merci d’avoir pris le temps de me rencontrer Oréane ! Je suis heureux d’avoir pu recevoir la Présidente de Périples en 2025 ! La prochaine fois, nous rencontrerons Ewan.