 {"id":773,"date":"2023-07-06T18:55:03","date_gmt":"2023-07-06T16:55:03","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/?page_id=773"},"modified":"2023-08-04T15:31:38","modified_gmt":"2023-08-04T13:31:38","slug":"les-regimes-de-perception-des-risques-de-sante-environnementale-pour-une-pragmatique-de-lexpertise-citoyenne","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/les-regimes-de-perception-des-risques-de-sante-environnementale-pour-une-pragmatique-de-lexpertise-citoyenne\/","title":{"rendered":"Les r\u00e9gimes de perception des risques de sant\u00e9 environnementale. Pour une pragmatique de l\u2019expertise citoyenne"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-accordion gb-block-accordion\"><details><summary class=\"gb-accordion-title\">Introduction<\/summary><div class=\"gb-accordion-text\">\n<p>De nombreux\u00b7es habitant\u00b7es de la vall\u00e9e de l\u2019Orbiel invoquent les questions de sant\u00e9 (notamment les maladies chroniques comme les cancers ou les maladies neuro-d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives) et questionnent leurs liens de \u00ab\u00a0cause \u00e0 effet\u00a0\u00bb avec des nuisances li\u00e9es aux pollutions de leur environnement de vie. Plus ou moins explicites \u2013 jug\u00e9es certaines ou incertaines par les habitant\u00b7es \u2013 ces mises en cause participent \u00e0 alimenter les exp\u00e9riences de sant\u00e9 (de soi et des proches). Elles surgissent, de fa\u00e7ons variables, dans les r\u00e9cits de vie, comme des prises permettant de donner sens au d\u00e9c\u00e8s et \u00e0 la maladie, pass\u00e9s, pr\u00e9sents et \u00e0 venir. Elles illustrent des dynamiques diff\u00e9renci\u00e9es de mises en relation \u2013 des pollutions, de l\u2019impr\u00e9gnation, de la contamination et de la survenue de probl\u00e8mes de sant\u00e9 \u2013 ne rendant pas compte d\u2019un r\u00e9gime unique de perception des risques de sant\u00e9 environnementale. Une variation dans la fabrique des risques per\u00e7us de sant\u00e9 environnementale qui s\u2019observe dans le jeu variable des appuis et des logiques d\u2019argumentation mobilis\u00e9s par les habitant\u00b7es pour en \u00e9tablir la (ou les) r\u00e9alit\u00e9(s).<\/p>\n\n\n\n<p>Les risques per\u00e7us s\u2019\u00e9loignent, ainsi et souvent, de la seule \u00e9valuation quantitative des risques sanitaires. Ils ne s\u2019accommodent pas, de fa\u00e7on lin\u00e9aire, d\u2019une caract\u00e9ristique des risques \u00e9labor\u00e9e sur la seule \u00e9valuation, d\u00e9terministe ou probabiliste, d\u2019un danger (d\u2019un agent probable de risque), de liens dose-effet (d\u2019un danger quantifiable selon la dose) et de l\u2019exposition au danger (au regard de l\u2019\u00e2ge des individus ou de leurs pratiques). La r\u00e9alit\u00e9 des risques per\u00e7us \u00e9chappe en ce sens \u00e0 la froideur des chiffres, des protocoles et des r\u00e9sultats. Que l\u2019expertise m\u00e9dicale et l\u2019expertise de sant\u00e9 publique rejettent tout risque de sant\u00e9 environnementale \u2013 ou qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse elles les \u00e9tablissent \u2013 importe peu parfois. Les chiffres n\u2019ont pas de monopole de la r\u00e9alit\u00e9-v\u00e9rit\u00e9, v\u00e9cue-\u00e9prouv\u00e9e par les habitant\u00b7es.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019explication de la survenue de la maladie, voire du d\u00e9c\u00e8s \u2013 et surtout l\u2019explicitation des risques de sant\u00e9 environnementale \u2013 rel\u00e8vent d\u2019un processus inh\u00e9rent au fait \u00ab\u00a0d\u2019habiter la pollution\u00a0\u00bb en d\u2019autres termes de \u00ab&nbsp;vivre avec le trouble&nbsp;\u00bb (pour reprendre l\u2019expression de Donna Haraway, 2020<sup>[1]<\/sup>). La maladie et le d\u00e9c\u00e8s prennent ainsi sens au regard d\u2019histoires de vie toujours singuli\u00e8res&nbsp;: quand maladies et d\u00e9c\u00e8s sont mis en lien avec l\u2019histoire personnelle ou familiale (avoir par exemple un parent ancien mineur d\u00e9c\u00e9d\u00e9, \u00eatre soit m\u00eame malade, ou avoir v\u00e9cu la maladie ou le d\u00e9c\u00e8s d\u2019un proche, etc.), avec des exp\u00e9riences professionnelles (\u00eatre confront\u00e9 par exemple \u00e0 la maladie du fait d\u2019\u00eatre personnel soignant et d\u00e9velopper ainsi son expertise), avec des r\u00e9seaux de relations interpersonnelles (identifier des d\u00e9c\u00e8s suspects ou au contraire remarquer la long\u00e9vit\u00e9 de ses voisins). Les mises en cause peuvent aussi se nourrir, faire \u00e9cho ou s\u2019opposer parfois, aux revendications des mobilisations associatives que les habitant\u00b7es aient particip\u00e9 \u00e0 des r\u00e9unions d\u2019information et \u00e0 des campagnes citoyennes d\u2019impr\u00e9gnation ou qu\u2019ils\u00b7elles y soient confront\u00e9\u00b7es <em>via<\/em> les m\u00e9dias (articles de presse, \u00e9missions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, etc.). Elles peuvent tout autant \u00eatre relativis\u00e9es par une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des pr\u00e9dispositions g\u00e9n\u00e9tiques familiales, par des expertises scientifiques ou m\u00e9dicales pond\u00e9rant le risque, par l\u2019absence de maladie ou de d\u00e9c\u00e8s observ\u00e9s dans son environnement social ou par le constat d\u2019une long\u00e9vit\u00e9 des personnes les plus \u00e2g\u00e9es dans sa famille ou son voisinage, par la confiance que l\u2019on a dans les pouvoirs publics, ou par le fait simplement d\u2019habiter le territoire et de savoir se prot\u00e9ger des pollutions dans le cadre de ses activit\u00e9s (jardiner, p\u00eacher, etc.), etc.<\/p>\n\n\n\n<p>La pollution de l\u2019environnement est rarement ni\u00e9e par les habitant\u00b7es rencontr\u00e9\u00b7es. A l\u2019inverse, l\u2019exposition et l\u2019impr\u00e9gnation des corps \u2013 quand celles-ci ne font pas d\u00e9j\u00e0 l\u2019objet de doute \u2013 sont souvent pr\u00e9sent\u00e9es comme une cause soumise \u00e0 questionnement lors de la survenue des maladies et des d\u00e9c\u00e8s. Les habitant\u00b7es en explorent les \u00ab&nbsp;preuves&nbsp;\u00bb. La prise en compte des conduites individuelles \u00e0 risque (tabac, cumul de pratiques favorisant l\u2019exposition) et\/ou des conditions d\u00e9grad\u00e9es de travail des anciens mineurs (absence d\u2019\u00e9quipement individuel de protection augmentant l\u2019exposition, etc. pouvant expliquer les d\u00e9c\u00e8s) peuvent \u00eatre des arguments mobilis\u00e9s par les habitant\u00b7es pour circonscrire le risque \u00e0 l\u2019espace de l\u2019activit\u00e9 professionnelle pass\u00e9e et des conduites individuelles, et l\u2019\u00e9loigner ainsi de la population g\u00e9n\u00e9rale, ici et maintenant. A l\u2019inverse, pour d\u2019autres habitant\u00b7es, tout concourt \u00e0 d\u00e9signer les pollutions environnementales comme une r\u00e9alit\u00e9 actuelle non discutable et un risque futur de sant\u00e9 av\u00e9r\u00e9, le nombre jug\u00e9 \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9c\u00e8s d\u2019anciens mineurs, dans son environnement social ou familial, pouvant en administrer la preuve. Les mises en causes environnementales peuvent \u00eatre donc tour \u00e0 tour relativis\u00e9es par un d\u00e9placement du spectre de la sant\u00e9 \u2013 de l\u2019\u00e9chelle environnementale pour tout un chacun, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle familiale, individuelle ou professionnelle \u2013 ou au contraire \u00eatre amplifi\u00e9es par une contraction, des liens entre sant\u00e9 et environnement de vie, faisant d\u2019un pass\u00e9 malheureux (souvent celui des mineurs), un pr\u00e9sent anxiog\u00e8ne et un futur accablant (pour soi et les g\u00e9n\u00e9rations futures).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette variation de l\u2019appr\u00e9hension des risques de sant\u00e9 environnementale nous rappelle alors l\u2019importance premi\u00e8re de l\u2019exp\u00e9rience et son r\u00f4le dans le processus de construction sociale des savoirs situ\u00e9s. C\u2019est en pratiquant des activit\u00e9s sur leur territoire de vie pollu\u00e9, en observant la nature, en diagnostiquant les risques environnementaux, en questionnant les \u00e9tudes environnementales et sanitaires, en interagissant avec leur voisinage, en \u00e9tant malade, en \u00e9prouvant la maladie ou le d\u00e9c\u00e8s d\u2019un proche, &#8230; que l\u2019exp\u00e9rience des risques se fa\u00e7onne, que les risques se per\u00e7oivent et sont \u00e9valu\u00e9s par les habitant\u00b7es. La perception ne rel\u00e8ve pas d\u2019une vision de l\u2019esprit d\u2019habitant\u00b7es peu rationnel\u00b7les ou peu qualifi\u00e9\u00b7es pour op\u00e9rer un travail d\u2019expertise. PRIOR montre, au contraire, que les risques per\u00e7us de sant\u00e9 environnementale, tels qu\u2019ils sont <em>exp\u00e9rienc\u00e9s<\/em> par des habitant\u00b7es \u2013 quand ces dernier\u00b7\u00e8res font face \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la pollution \u2013 rel\u00e8vent d\u2019un travail d\u2019expertise qui vaut autant (voire peut \u00eatre plus) que toute \u00e9valuation quantitative des risques sanitaires. Un travail d\u2019expertise \u2013 sensible au pluralisme \u00e9tiologique (<em>i.e.<\/em> au pluralisme explicatif) de la maladie et du d\u00e9c\u00e8s, du risque d\u2019exposition ou d\u2019impr\u00e9gnation \u2013 qui fait monde pour les habitant\u00b7es. On utilise ici la notion d\u2019\u00e9tiologie dans un sens \u00e9tendu, qui ne se r\u00e9sume pas \u00e0 l\u2019expression nosographique de la maladie, mais qui qualifie les formes sociales que prennent les raisons invoqu\u00e9es par les habitant\u00b7es pour qualifier \u00ab\u00a0leur sant\u00e9 environnementale\u00a0\u00bb. La notion de sant\u00e9 environnementale, telle que nous l\u2019envisageons ici, renvoie aux relations singuli\u00e8res que les habitant\u00b7es tissent entre leur environnement de vie et leur sant\u00e9, aux r\u00e9cits des risques per\u00e7us et de leurs impacts sur la sant\u00e9. C\u2019est en ce sens que la sant\u00e9 environnementale peut \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 des r\u00e9gimes de perception qui permettent de lier exp\u00e9riences et jugements situ\u00e9s des risques encourus. La notion de r\u00e9gime de perception permet de rendre compte des situations probl\u00e9matiques, v\u00e9cues et d\u00e9crites par les habitant\u00b7es, telles qu\u2019ils\u00b7elles les per\u00e7oivent. Elle permet aussi de relier ces situations \u00e0 des <em>agirs perceptuels<\/em> qui donnent sens, dans et par l\u2019action, aux risques de sant\u00e9 environnementale. Les <em>agirs perceptuels<\/em> impliquent ainsi que les savoirs et les connaissances se fabriquent (autant qu\u2019ils orientent) l\u2019\u00e9preuve situ\u00e9e de sant\u00e9 environnementale (parfois par des agencements entre un pass\u00e9 revisit\u00e9, un pr\u00e9sent v\u00e9cu et un futur projet\u00e9&nbsp;; parfois par un questionnement sur l\u2019authenticit\u00e9 des \u00e9tudes sanitaires men\u00e9es&nbsp;; parfois par un d\u00e9placement du probl\u00e8me vers le diagnostic environnemental et des adaptations de pratiques qui permettent d\u2019\u00e9chapper aux risques). Une \u00e9preuve de sant\u00e9 situ\u00e9e \u00e9troitement li\u00e9e, pour les habitant\u00b7es, \u00e0 des r\u00e9cits de vie marqu\u00e9s par des exp\u00e9riences de la pollution et de l\u2019habiter li\u00e9es aux lieux, \u00e0 leurs trajectoires de vie, \u00e0 l\u2019histoire industrielle du territoire, etc. C\u2019est \u00e0 la crois\u00e9e de ces exp\u00e9riences que les risques per\u00e7us de sant\u00e9 environnementale s\u2019\u00e9laborent, qu\u2019ils s\u2019ancrent dans un ou plusieurs r\u00e9gimes de perception, en d\u2019autres termes que les jugements sur la situation v\u00e9cue, les responsabilit\u00e9s et les attentes se fa\u00e7onnent, et que l\u2019expertise citoyenne se constitue. L\u2019analyse situ\u00e9e des risques per\u00e7us de sant\u00e9 environnementale nous conduit, \u00e0 la suite des entretiens men\u00e9s aupr\u00e8s des habitant\u00b7es de la vall\u00e9e (N=55), \u00e0 identifier trois principaux r\u00e9gimes de perception sensibles aux conditions de production des \u00ab&nbsp;preuves&nbsp;\u00bb et aux usages qui en sont faits, en d\u2019autres termes sensibles \u00e0 une pragmatique de l&rsquo;expertise citoyenne (Bidet <em>et.al.<\/em>, 2015<sup>[2]<\/sup>) orient\u00e9e par des savoirs situ\u00e9s et des agirs perceptuels&nbsp;: le catastrophisme critique, le scepticisme attentif, et l\u2019actionnisme pratique. Cette cat\u00e9gorisation d\u2019analyse impose cependant une certaine vigilance m\u00e9thodologique. Dans les r\u00e9cits sur les risques de sant\u00e9 environnementale, aucun\u00b7e habitant\u00b7e ne se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un seul r\u00e9gime de perception. Un r\u00e9gime de perception est un ensemble de preuves et d\u2019\u00e9preuves auxquelles la sant\u00e9 environnementale se confronte. Un\u00b7e m\u00eame habitant\u00b7e peut puiser dans le r\u00e9gime de perception du catastrophisme critique, dans celui du scepticisme attentif ou de l\u2019actionnisme pratique pour rendre compte des risques de sant\u00e9 environnementale qu\u2019il\u00b7elle per\u00e7oit, m\u00eame si certaines combinaisons sont plus ais\u00e9es. Nous reviendrons sur ce point dans la conclusion de cette partie ainsi que sur les tensions entre actions et savoirs dans la fabrique de la perception des risques de sant\u00e9 environnementale. Avant cela, pr\u00e9sentons ces principaux r\u00e9gimes de perception.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[1] Haraway, D.-J., 2020, <em>Vivre avec le trouble<\/em>, Vaulx-en-Velin, Les \u00e9ditions des mondes \u00e0 faire, Trad. de l\u2019anglais (\u00c9-U) par Vivien Garc\u00eda.<em> Staying with the Trouble&nbsp;: Making Kin in the Chthulucene<\/em>, Durham et Londres, Duke University Press, 2016.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[2] Bidet, A., Boutet, M. Chave, F., Gayet-Viaud, C., et E. Le M\u00e9ner, 2015, \u00ab&nbsp;Publicit\u00e9, sollicitation, intervention&nbsp;\u00bb, <em>SociologieS<\/em> [En ligne], consult\u00e9 le 05 f\u00e9vrier 2023, <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/sociologies\/4941\">http:\/\/journals.openedition.org\/sociologies\/4941<\/a>, DOI&nbsp;: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/sociologies.4941\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/sociologies.4941<\/a><\/p>\n<\/div><\/details><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-accordion gb-block-accordion\"><details><summary class=\"gb-accordion-title\">Le r\u00e9gime de perception du catastrophisme critique<\/summary><div class=\"gb-accordion-text\">\n<div class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-accordion gb-block-accordion\"><details><summary class=\"gb-accordion-title\">Synth\u00e8se<\/summary><div class=\"gb-accordion-text\">\n<p>Le catastrophisme critique se construit sur la tangibilit\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e des impacts sanitaires actuels et futurs des pollutions li\u00e9es \u00e0 l\u2019ancienne activit\u00e9 mini\u00e8re, au travers de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de maladies ou de d\u00e9c\u00e8s jug\u00e9s suspects et \u00e9rig\u00e9s en incarnations des probl\u00e8mes de sant\u00e9 li\u00e9s \u00e0 la pollution des milieux aux m\u00e9taux lourds. Dans ce r\u00e9gime de perception, une version consolid\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 est \u00e9nonc\u00e9e&nbsp;: les effets sanitaires (maladies, d\u00e9c\u00e8s) sont consid\u00e9r\u00e9s comme acquis, quand bien m\u00eame certaines incertitudes demeurent sur la nature exacte des pathologies (d\u00e8s lors que ces derni\u00e8res ne sont pas encore survenues). Les critiques sont exacerb\u00e9es. L\u2019irresponsabilit\u00e9 des acteurs \u00e9conomiques (anciens exploitants) et l\u2019inaction des pouvoirs publics sont \u00e9rig\u00e9es en accusations&nbsp;: suspicions de dissimulation sur le territoire de d\u00e9chets inconnus toujours pr\u00e9sents et hautement toxiques pour la sant\u00e9 des riverains, dissimulations des impacts de sant\u00e9 par les autorit\u00e9s publiques pour \u00e9viter ainsi le versement d\u2019indemnit\u00e9s et devoir s\u2019engager dans des travaux de d\u00e9pollution radicale (excavation), pr\u00e9gnance des enjeux \u00e9conomiques sur les enjeux de sant\u00e9, etc. La posture critique est \u00e0 ce point forte que la prise en charge m\u00eame par les pouvoirs publics des situations probl\u00e9matiques (travaux de r\u00e9habilitation pour contenir les polluants, recommandations sanitaires, \u2026) fait l\u2019objet de suspicions syst\u00e9matiques. La posture est \u00e0 la d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis des acteurs \u00e9conomiques (anciens exploitants) mais surtout vis-\u00e0-vis des autorit\u00e9s publiques. La confiance se reporte alors vers les acteurs associatifs ou certaines figures locales, consid\u00e9r\u00e9s comme des lanceurs d\u2019alerte, ceux jug\u00e9s \u00e0 m\u00eame de dire la r\u00e9alit\u00e9 sanitaire des pollutions, en contrepoint d\u2019une action publique jug\u00e9e au mieux erratique, au pire complice de la situation. Ces acteurs seraient seuls capables, en d\u00e9confinant la prise charge des probl\u00e8mes de sant\u00e9 environnementale, de publiciser \u201cla r\u00e9alit\u00e9 catastrophique\u201d de la situation v\u00e9cue par les habitant\u00b7es et de demander r\u00e9paration. Cette \u201cr\u00e9alit\u00e9 catastrophique\u201d implique pour certain\u00b7es habitant\u00b7es rencontr\u00e9\u00b7es de s\u2019engager dans la critique (participer \u00e0 des r\u00e9unions publiques, adh\u00e9rer \u00e0 des associations militantes ou \u00e0 leurs revendications, le cas \u00e9ch\u00e9ant manifester, participer \u00e0 des \u00e9tudes d\u2019impr\u00e9gnation, &#8230;), \u00e0 r\u00e9interroger leurs exp\u00e9riences du d\u00e9c\u00e8s ou de la maladie (la leur, celle d\u2019un parent ou d\u2019une connaissance) \u00e0 l\u2019aune des risques de sant\u00e9 environnementale publicis\u00e9s, tout cela afin d\u2019administrer la preuve des risques encourus. Tout concourt alors \u00e0 \u00e9noncer l\u2019\u00e9vidence des risques de sant\u00e9 environnementale. Les liens de \u00ab\u00a0cause \u00e0 effet\u00a0\u00bb, ainsi fortement \u00e9tablis, peuvent amener certain\u00b7es habitant\u00b7es \u00e0 opter pour un l\u2019arr\u00eat total de certaines pratiques (comme le jardinage), \u00e0 \u00e9noncer aussi le d\u00e9m\u00e9nagement (le leur, ou celui d\u2019autres habitant\u00b7es) comme une cons\u00e9quence des peurs v\u00e9cues. La r\u00e9f\u00e9rence ici au r\u00e9gime de perception du catastrophisme critique rend difficile les possibilit\u00e9s d\u2019\u00e9changes contradictoires sur les liens entre pollution, impr\u00e9gnation-contamination et probl\u00e8mes de sant\u00e9. Elle favorise au contraire l\u2019expression d\u2019un jugement radical n\u00e9gatif sur l\u2019irresponsabilit\u00e9 d\u2019autres habitant\u00b7es moins convaincu\u00b7es par le catastrophisme de la situation v\u00e9cue et les soup\u00e7ons pesant sur l\u2019expertise publique (accus\u00e9e de vouloir cacher la r\u00e9alit\u00e9). Une irresponsabilit\u00e9 crois\u00e9e, largement v\u00e9hicul\u00e9e par les associations locales les plus militantes.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"background-color:#f2f2f2;color:#32373c\" class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-testimonial left-aligned gb-font-size-14 gb-block-testimonial\"><div class=\"gb-testimonial-text\"><p><em>\u00ab Entre autres reproche qu&rsquo;on nous fait\u2026 Quand je r\u00e9ponds \u00ab\u00a0on a effectu\u00e9 des analyses sur nos propres deniers, on a fait analyser tel et tel m\u00e9taux\u00a0\u00bb on nous dit \u00ab\u00a0vous n\u2019avez pas fait analyser celui-l\u00e0, celui-l\u00e0\u00a0\u00bb. On retrouve toujours une r\u00e9ponse n\u00e9gative par rapport \u00e0 une d\u00e9marche positive. Y compris ce qu&rsquo;on fait aujourd&rsquo;hui [l\u2019exp\u00e9rimentation moutarde], je suis s\u00fbr qu&rsquo;il y a des gens qui vont dire\u2026 [\u2026] [J\u2019aimerai] sortir de ce face \u00e0 face st\u00e9rile \u00bb <\/em><\/p><\/div><div class=\"gb-testimonial-info\"><h2 class=\"gb-testimonial-name\" style=\"color:#32373c\">Jardinier du collectif de Conques-sur-Orbiel<\/h2><small class=\"gb-testimonial-title\" style=\"color:#32373c\"><\/small><\/div><\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-color:#f2f2f2;color:#32373c\" class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-testimonial left-aligned gb-font-size-14 gb-block-testimonial\"><div class=\"gb-testimonial-text\"><p><em>\u00ab&nbsp;\u00ab\u00a0D\u00e9ni total\u00a0\u00bb La population n&rsquo;a pas l&rsquo;air de s&rsquo;offusquer de ce scandale sanitaire. \u00ab J&rsquo;ai toujours mang\u00e9 des salades arros\u00e9es \u00e0 l&rsquo;eau de l&rsquo;Orbiel et je vais bien \u00bb, entend-on souvent ici. \u00ab Les gens vivent dans un d\u00e9ni total \u00bb, soupire Fran\u00e7ois Espuche, pr\u00e9sident de Gratte Papiers, l&rsquo;une des trois associations locales (hyper)actives sur la question de la pollution, avec Terres d&rsquo;Orbiel, et l&rsquo;Association de d\u00e9fense des riverains de Salsigne. Le d\u00e9ni vire parfois la caricature : St\u00e9phane Barthas, maire de Salsigne, \u00ab refuse de prononcer le mot qui commence par \u00ab\u00a0p\u00a0\u00bb \u00bb et ne parle donc pas de la pollution mais des \u00ab effets \u00bb de la mine et de l&rsquo;usine.&nbsp;\u00bb <\/em><\/p><\/div><div class=\"gb-testimonial-info\"><h2 class=\"gb-testimonial-name\" style=\"color:#32373c\">Le Monde, Horizons, samedi 8 d\u00e9cembre 2018, \u00ab La vall\u00e9e de l&rsquo;Orbiel min\u00e9e par l&rsquo;arsenic \u00bb, Par Henri Seckel<\/h2><small class=\"gb-testimonial-title\" style=\"color:#32373c\"><\/small><\/div><\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-color:#f2f2f2;color:#32373c\" class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-testimonial left-aligned gb-font-size-14 gb-block-testimonial\"><div class=\"gb-testimonial-text\"><p><em>\u00ab&nbsp;Le d\u00e9ni \u2026 pour seule r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019urgence. Pourtant, l\u2019Etat en vient \u00e0 \u00a0\u00bb normaliser \u00a0\u00bb ce qui ne peut l\u2019\u00eatre, comme ne pas pouvoir profiter des l\u00e9gumes cultiv\u00e9s dans son jardin, ou ne pas laisser ses enfants jouer en toute qui\u00e9tude. Le pr\u00e9fet n\u2019y voit que des teneurs d\u2019arsenic \u00a0\u00bb comparables \u00e0 celle mesur\u00e9es r\u00e9guli\u00e8rement depuis plusieurs ann\u00e9e \u00ab\u00a0, ajoutant \u00a0\u00bb comme \u00e0 chaque crue de l\u2019Orbiel, des s\u00e9diments concentr\u00e9s en arsenic ont pu se d\u00e9poser sur des jardins potagers \u00ab\u00a0. Pour certains, la r\u00e9currence vaudrait norme ! Et le d\u00e9ni est renforc\u00e9 par l\u2019ARS, pour qui \u00a0\u00bb la voie cutan\u00e9e est une voie mineure d\u2019absorption de l\u2019arsenic et qu\u2019ainsi il n\u2019y a pas de risque en cas de baignade dans l\u2019Orbiel ou de manipulation de boue d\u00e9plac\u00e9e pendant les inondations \u00ab\u00a0. Sur quelles bases scientifiques s\u2019appuie l\u2019ARS ? La question vient de lui \u00eatre pos\u00e9e3, la r\u00e9ponse \u2013 si r\u00e9ponse il y a un jour \u2013 ne manquera pas d\u2019\u00eatre auscult\u00e9e par Annie Th\u00e9baud-Mony, directeur de recherche honoraire INSERM, et d\u2019autres scientifiques reconnus sur la sc\u00e8ne internationale. [\u2026] Le manque de cr\u00e9dibilit\u00e9 du pr\u00e9fet de l\u2019Aude et de l\u2019ARS. Des services de l\u2019Etat ou des chercheurs et experts ind\u00e9pendants, qui croire ? Pour les habitants de la vall\u00e9e de l\u2019Orbiel, la question ne se pose m\u00eame pas !&nbsp;\u00bb &nbsp;<\/em><\/p><\/div><div class=\"gb-testimonial-info\"><h2 class=\"gb-testimonial-name\" style=\"color:#32373c\">Communiqu\u00e9 de presse, Mercredi 10 avril 2019, cosign\u00e9e par Terres d\u2019Orbiel, Gratte papiers et l\u2019association de d\u00e9fense des riverains et de protection de l\u2019environnement des mines et usines de Salsigne et de la combe du saut<\/h2><small class=\"gb-testimonial-title\" style=\"color:#32373c\"><\/small><\/div><\/div>\n\n\n\n<div style=\"background-color:#f2f2f2;color:#32373c\" class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-testimonial left-aligned gb-font-size-14 gb-block-testimonial\"><div class=\"gb-testimonial-text\"><p><em>&nbsp;\u00ab&nbsp;Terres d\u2019Orbiel, GrattePapiers et l\u2019\u00e9quipe du Cabard\u00e8s du Secours Catholique jugent inutile l\u2019\u00e9tude qui vise \u00e0 mesurer l\u2019impr\u00e9gnation \u00e0 l\u2019arsenic des enfants de la vall\u00e9e. Et invitent \u00e9lus et population \u00e0 ne pas y participer.&nbsp;Le terme, gu\u00e8re flatteur, suffit \u00e0 r\u00e9sumer le sentiment des associations de d\u00e9fense des riverains et de l\u2019environnement de la vall\u00e9e de l\u2019Orbiel : une \u00e9tude \u00ab bidon \u00bb. Voil\u00e0 comment Terres d\u2019Orbiel, Gratte Papiers et l\u2019\u00e9quipe du Cabard\u00e8s du Secours Catholique ont choisi hier de qualifier l\u2019enqu\u00eate d\u2019impr\u00e9gnation sur les enfants de 3 \u00e0 11 ans que doit mener le laboratoire montpelli\u00e9rain HydroSciences en cette rentr\u00e9e 2020. \u00bb <\/em><\/p><\/div><div class=\"gb-testimonial-info\"><h2 class=\"gb-testimonial-name\" style=\"color:#32373c\">L\u2019INDEPENDANT, 9 septembre 2020, \u00ab VALL\u00c9E DE L\u2019ORBIEL, Une fin de non-recevoir \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019ARS \u00bb<\/h2><small class=\"gb-testimonial-title\" style=\"color:#32373c\"><\/small><\/div><\/div>\n\n\n\n<p>Le rapport au temps \u2013 dans la fabrique du discours sur les risques de sant\u00e9 per\u00e7us dans le catastrophisme critique \u2013 rappelle les travaux de Chollet et Felli sur les discours \u00e9cologiques autour du changement climatique \u00ab&nbsp;<em>[\u2026] ce n\u2019est pas parce que les discours [\u2026] se construisent prioritairement par rapport au futur qu\u2019ils oublient ou n\u2019entretiennent aucun rapport avec le pass\u00e9 et, surtout, avec le pr\u00e9sent<\/em>&nbsp;\u00bb (Chollet et Felli, 2015<sup>[1]<\/sup>). Le r\u00e9gime de perception du catastrophisme critique s\u2019appuie en ce sens sur un r\u00e9cit des probl\u00e8mes de sant\u00e9 environnementale qui fait syst\u00e8me&nbsp;: une r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 les risques sanitaires \u00e0 venir (quand ils ne sont pas d\u00e9j\u00e0 survenus pour soi ou ses proches) sont jug\u00e9s tangibles au regard d\u2019une lecture imbriqu\u00e9e \u2013 s\u2019\u00e9grenant au fil des r\u00e9cits \u2013 de situations probl\u00e9matiques pr\u00e9sentes et pass\u00e9es (personnelles, familiales ou territoriales). Cette lecture alimente l\u2019\u00e9vidence d\u2019une catastrophe environnementale et sanitaire qui fait de la peur le moteur principal de la perception des risques. Ce r\u00e9sultat d\u2019analyse rejoint les travaux de Catherine Larr\u00e8re et de Rapha\u00ebl Larr\u00e8re pour qui le catastrophisme rel\u00e8ve sans conteste du \u00ab&nbsp;r\u00e9gime de la peur&nbsp;\u00bb (Larr\u00e8re et Larr\u00e8re, 2015a<sup>[2]<\/sup>). <em>Quelle sens accorder \u00e0 cette peur&nbsp;? <\/em>Selon Bernard S\u00e8ve (S\u00e8ve, 1993<sup>[3]<\/sup>), dans un usage <em>heuristique<\/em>, la peur peut \u00eatre mobilis\u00e9e comme un outil de la connaissance, elle favoriserait l\u2019enqu\u00eate et le questionnement. Dans l\u2019usage <em>rh\u00e9torique<\/em>, elle est mobilis\u00e9e comme un instrument visant \u00e0 convaincre \u00ab&nbsp;l\u2019autre&nbsp;\u00bb d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle on adh\u00e8re. Tout concourt dans le r\u00e9gime de perception du catastrophisme critique \u00e0 positionner le curseur de la peur sur un usage principalement <em>rh\u00e9torique<\/em>. La peur n\u2019est en rien simul\u00e9e ou calcul\u00e9e. Elle vise plut\u00f4t, ici et dans une plus grande mesure, \u00e0 donner un sens aux r\u00e9cits sur les risques et la catastrophe (\u00e0 la constituer et \u00e0 la porter comme une cause), qu\u2019\u00e0 g\u00e9n\u00e9rer une connaissance au service de sa mise en d\u00e9bat et de sa prise en charge collective. Une vision du monde plus dysphorique qu\u2019euphorique \u2013 pour reprendre la distinction op\u00e9r\u00e9e par Nataly Botero dans ses travaux sur le double statut de la peur dans le catastrophisme en \u00e9cologie (Botero, 2017<sup>[4]<\/sup>) \u2013 qui v\u00e9hicule selon nous, dans le catastrophisme critique, un sentiment perceptible d\u2019injustice environnemental. Ce sentiment d\u2019injustice est \u00e0 la fois une force, il permet de solidariser des collectifs autour d\u2019une cause, et de la porter mais il peut apparaitre aussi comme une faiblesse. Le catastrophisme critique s\u2019\u00e9loigne ainsi du \u00ab&nbsp;catastrophisme \u00e9clair\u00e9&nbsp;\u00bb de Jean-Pierre Dupuy (Dupuy, 2002<sup>[5]<\/sup>)&nbsp;: le sentiment d\u2019injustice d\u00e9pla\u00e7ant l\u2019action sociale d\u2019une \u00ab&nbsp;logique de projet&nbsp;\u00bb multipartite \u2013 qui a pour vertu de renforcer les capacit\u00e9s collectives de mobilisation, de coordination et d\u2019action permettant d\u2019\u00e9chapper \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>une proph\u00e9tie de malheur<\/em>&nbsp;\u00bb (pour reprendre l\u2019expression de Hans Jonas, 1990<sup>[6]<\/sup>) \u2013 \u00e0 une logique de crise, face \u00e0 une proph\u00e9tie de la catastrophe d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le passage pour certain\u00b7es habitant\u00b7es \u2013 et les associations militantes locales \u2013 \u00e0 une perception des risques de sant\u00e9 environnementale centr\u00e9e sur le r\u00e9gime du catastrophisme critique est sans conteste associ\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire des mobilisations locales mais aussi aux inondations de 2018. L\u2019\u00e9v\u00e8nement climatique, en g\u00e9n\u00e9rant l\u2019accident \u2013 <em>i.e.<\/em> le transfert des pollutions chroniques vers les lieux de vie et notamment les \u00e9coles \u2013 a permis un plus fort basculement des perceptions du risque de sant\u00e9 vers le catastrophisme critique o\u00f9 la pollution aigu\u00eb et concentr\u00e9e r\u00e9v\u00e8le une situation de crise pr\u00e9sente et aussi \u00e0 venir (face aux inondations futures et \u00e0 leurs impacts). Le basculement vers le catastrophisme critique explique que certain\u00b7es habitant\u00b7es adh\u00e8rent aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019urgence de solutions totales (d\u00e9pollution par excavation des sols, etc.) et c\u00e8dent parfois \u00e0 l\u2019impatience. D\u2019autres, moins confiant\u00b7es en l\u2019avenir, consid\u00e8rent que les probl\u00e8mes, notamment de sant\u00e9, ont peu de chance d\u2019\u00eatre reconnus et les solutions totales de d\u00e9pollution mises en \u0153uvre, face aux enjeux financiers et \u00e9conomiques qu\u2019elles impliquent. Un r\u00e9sultat qui nous rappelle que face \u00e0 la crise certain\u00b7es habitant\u00b7es, dans le r\u00e9gime de perception du catastrophisme critique, peuvent \u00e9galement se ranger derri\u00e8re un certain fatalisme (<em>business as usual<\/em>)&nbsp;: <em>quoi esp\u00e9rer puisqu\u2019on n\u2019y peut finalement rien&nbsp;?<\/em> Dans tous les cas, le basculement dans le catastrophisme critique favorise l\u2019\u00e9mergence d\u2019un r\u00e9gime de justification de l\u2019action plus centr\u00e9 (pour certain\u00b7es habitant\u00b7es et pour les associations militantes) sur la judiciarisation de la pollution et la qu\u00eate de responsabilit\u00e9 que sur la participation \u00e0 des dispositifs collectifs et pluralistes de gouvernance des probl\u00e8mes (participation \u00e0 laquelle pourraient adh\u00e9rer celles et ceux dont les r\u00e9cits situ\u00e9s de la pollution s\u2019ancrent dans les r\u00e9gime de perception du scepticisme attentif et de l\u2019actionnisme pratique). Finalement, catastrophisme critique et scepticisme attentif s\u2019oppose radicalement dans la perception des risques de sant\u00e9 environnementale. Dans le catastrophisme critique, les victimes-habitant\u00b7es \u2013 celles et \u00ab&nbsp;c<em>eux qui en souffrent et qui en sont les moins responsables<\/em>&nbsp;\u00bb (Larr\u00e8re et Larr\u00e8re, 2015b<sup>[7]<\/sup>, p286.) \u2013 sont en qu\u00eate d\u2019une justice corrective des risques de sant\u00e9 environnementale (mise en responsabilit\u00e9 et r\u00e9paration). Dans le scepticisme attentif, mais aussi dans l\u2019actionnisme pratique, les habitant\u00b7es sont dans une plus grande mesure en qu\u00eate d\u2019explication (am\u00e9lioration des connaissances sur la pollution ou sur l\u2019efficacit\u00e9 des pratiques adapt\u00e9es) et de justice distributive&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>si responsabilit\u00e9 il y a, elle porte sur ce que l\u2019on peut faire d\u00e9sormais<\/em>&nbsp;\u00bb (Larr\u00e8re et Larr\u00e8re, <em>op.cit.<\/em>, p.286). Penchons-nous plus en d\u00e9tail sur le r\u00e9gime du scepticisme attentif.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette synth\u00e8se est issue de l&rsquo;analyse de l&rsquo;ensemble des donn\u00e9es de l&rsquo;enqu\u00eate. Pour acc\u00e9der \u00e0 cette analyse d\u00e9taill\u00e9e, vous pouvez vous reporter \u00e0 la partie ci-apr\u00e8s \u00ab\u00a0Pr\u00e9sentation d\u00e9taill\u00e9e. <em>Le r\u00e9gime de perception du catastrophisme critique<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[1] Chollet, A. et R. Felli, 2015, \u00ab&nbsp;Le catastrophisme \u00e9cologique contre la d\u00e9mocratie&nbsp;\u00bb, <em>VertigO &#8211; la revue \u00e9lectronique en sciences de l&rsquo;environnement<\/em> [En ligne], Volume 15 Num\u00e9ro 2&nbsp;|&nbsp;Septembre 2015, mis en ligne le 05 octobre 2015, consult\u00e9 le 01 f\u00e9vrier 2023. URL&nbsp;: http:\/\/journals.openedition.org\/vertigo\/16427&nbsp;;&nbsp;DOI&nbsp;: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/vertigo.16427\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/vertigo.16427<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[2] Larr\u00e8re, C. et R. Larr\u00e8re, 2015a, \u00ab&nbsp;Peut-on \u00e9chapper au catastrophisme&nbsp;?&nbsp;\u00bb, in Catherine Larr\u00e8re et Rapha\u00ebl Larr\u00e8re (\u00e9ds),<em> Penser et agir avec la nature. Une enqu\u00eate philosophique<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, pp. 239-262.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[3] S\u00e8ve B., 1993, \u00ab&nbsp;La peur comme proc\u00e9d\u00e9 heuristique et comme instrument de persuasion&nbsp;\u00bb, in Gilbert Hottois (\u00e9d.), <em>Aux fondements d&rsquo;une \u00e9thique contemporaine. H. Jonas et H.T. Engelhardt en perspective<\/em>, Paris, Vrin, 1993, 107-125.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[4] Botero, N., 2017, \u00ab&nbsp;Catastrophisme en \u00e9cologie : le double statut narratif de la peur&nbsp;\u00bb, in Zinna A. et I. Darrault-Harris (\u00e9ds), <em>Formes de vie et modes d\u2019existence \u00ab\u00a0durables\u00a0\u00bb<\/em>, Collection Actes, Toulouse, \u00c9ditions CAMS\/O, p. 41-65 <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/hal.science\/hal-03126063\" target=\"_blank\">\u27e8hal-03126063\u27e9<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[5] Dupuy, J-P., 2002, <em>Pour un catastrophisme \u00e9clair\u00e9. Quand l\u2019impossible est certain<\/em>, Paris, Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[6] Jonas, H., [1979] 2003, <em>Le principe responsabilit\u00e9. Une \u00e9thique pour la civilisation technologique<\/em>, trad. Jean Greisch, Paris, Champs Flammarion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[7] Larr\u00e8re, C. et R. Larr\u00e8re, 2015b, \u00ab&nbsp;Quelle justice environnementale&nbsp;?&nbsp;\u00bb, in Catherine Larr\u00e8re et Rapha\u00ebl Larr\u00e8re (\u00e9ds),<em> Penser et agir avec la nature. Une enqu\u00eate philosophique<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, pp. 279-300.<\/p>\n<\/div><\/details><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-accordion gb-block-accordion\"><details><summary class=\"gb-accordion-title\">Pr\u00e9sentation d\u00e9taill\u00e9e<\/summary><div class=\"gb-accordion-text\">\n<p><em><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/le-regime-de-perception-du-catastrophisme-critique-analyse\/\">Le r\u00e9gime de perception du catastrophisme critique<\/a><\/em><\/p>\n<\/div><\/details><\/div>\n<\/div><\/details><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-accordion gb-block-accordion\"><details><summary class=\"gb-accordion-title\">Le r\u00e9gime de perception du scepticisme attentif<\/summary><div class=\"gb-accordion-text\">\n<div class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-accordion gb-block-accordion\"><details><summary class=\"gb-accordion-title\">Synth\u00e8se<\/summary><div class=\"gb-accordion-text\">\n<p>A l\u2019inverse du catastrophisme critique, les effets sanitaires des pollutions font l\u2019objet de questionnements et de doutes. Le scepticisme attentif se construit sur l\u2019incertitude des expertises scientifiques ou techniques, et de leurs dispositifs de mesure, \u00e0 dire les risques de sant\u00e9 environnementale des pollutions li\u00e9es \u00e0 l\u2019ancienne activit\u00e9 mini\u00e8re. Les \u00e9tudes ou tests d\u2019impr\u00e9gnation (protocoles et r\u00e9sultats) \u2013 qui viseraient \u00e0 \u00e9tablir la pr\u00e9sence-toxicit\u00e9 de l\u2019arsenic dans les corps \u2013 sont largement critiqu\u00e9s. Ils seraient jug\u00e9s non-explicatifs des risques de sant\u00e9 encourus. La question du ou des seuils, au-dessus desquels le risque de toxicit\u00e9 serait av\u00e9r\u00e9, serait jug\u00e9e trop incertaine. Certaines mesures diff\u00e9renci\u00e9es entre enfants et parents d\u2019une m\u00eame famille, certaines variations inexpliqu\u00e9es entre communes de r\u00e9sidence ou lieux d\u2019habitation g\u00e9n\u00e8reraient un trouble sur la capacit\u00e9 explicative des tests \u00e0 mesurer les risques. L\u2019absence d\u2019un suivi sur un temps long des taux d\u2019impr\u00e9gnation (<em>versus<\/em> des mesures ponctuelles en p\u00e9riode de crise) et l\u2019absence parfois d\u2019une population t\u00e9moin \u2013 vivant hors du territoire de la vall\u00e9e et \u00e0 laquelle les r\u00e9sultats pourraient \u00eatre compar\u00e9s \u2013 renforcent le doute quant \u00e0 la pertinence de l\u2019usage des mesures d\u2019impr\u00e9gnation et de leur l\u2019efficacit\u00e9 \u00e0 dire les risques. Les tests d\u2019impr\u00e9gnation seraient alors jug\u00e9s, par certain\u00b7es habitant\u00b7es, plus pol\u00e9miques que capables d\u2019\u00e9lucider pleinement la question sanitaire \u2013 ils g\u00e9n\u00e8reraient parfois des \u00ab&nbsp;<em>fantasmes&nbsp;<\/em>\u00bb, pour reprendre le terme d\u2019un habitant enqu\u00eat\u00e9, sur les risques de sant\u00e9, notamment des plus jeunes \u2013.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le scepticisme attentif, la non-observation significative de pathologies canc\u00e9reuses \u2013 en nombre plus important de cas ou directement imputables \u00e0 une exposition chronique aux m\u00e9taux lourds \u2013 favorise une mise \u00e0 distance des risques de sant\u00e9 environnementale en population g\u00e9n\u00e9rale. La pr\u00e9sence d\u2019une population \u00e2g\u00e9e dans la vall\u00e9e et l\u2019exp\u00e9rience, pour soi ou les autres, d\u2019une absence de maladie dans son entourage semblent rendre les liens de causalit\u00e9, entre sant\u00e9 et pollutions environnementales d\u2019apr\u00e8s-mine, peu plausibles. Quand bien m\u00eame des cas de cancer peuvent \u00eatre identifi\u00e9s ou probables \u2013 et que l\u2019environnement est \u00e9nonc\u00e9 comme un facteur de risque \u2013, les sceptiques attentifs consid\u00e8rent dans une tr\u00e8s grande mesure que les probl\u00e8mes de cancer sont g\u00e9n\u00e9raux et non sp\u00e9cifiques aux pollutions mini\u00e8res de la vall\u00e9e et que les risques de vivre dans une grande ville sont <em>a priori<\/em> plus \u00e9lev\u00e9s (notamment au regard des pollutions atmosph\u00e9riques). Certes, des cas des cancers ont pu, ou peuvent survenir localement mais, dans le scepticisme attentif, les situations sont r\u00e9solument circonscrites. Ils peuvent \u00eatre reconnus pour d\u2019anciens mineurs \u2013 ayant occup\u00e9 des postes de travail \u00e0 risque soumis \u00e0 des conditions de travail, \u00e0 l\u2019\u00e9poque moins pr\u00e9cautionneuses \u2013. Ils peuvent \u00eatre aussi associ\u00e9s \u00e0 des modes de vie ou \u00e0 des pratiques \u00e0 risques accrus de sant\u00e9&nbsp;: certaines communaut\u00e9s (<em>e.g.<\/em> gitanes) pourraient se confronter de fa\u00e7on plus r\u00e9guli\u00e8re \u00e0 un environnement pollu\u00e9 (eau vive, poussi\u00e8re, alimentation). La consommation de tabac ou d\u2019alcool serait par ailleurs pr\u00e9sent\u00e9e comme un facteur de risque non n\u00e9gligeable \u2013 comme le fait de vivre au plus pr\u00e8s des anciens lieux d\u2019exploitation ou au plus proche des zones inond\u00e9es-inondables et d\u2019y cultiver-consommer ses l\u00e9gumes \u2013. Ils peuvent \u00eatre aussi associ\u00e9s \u00e0 un environnement pollu\u00e9 par les produits phytosanitaires, utilis\u00e9s en viticulture, qui pr\u00e9senteraient un facteur de risque accru de maladies, plus que les pollutions mini\u00e8res. Plus encore, la toxicit\u00e9 de l\u2019arsenic pr\u00e9sent dans l\u2019environnement peut \u00eatre \u00e9valu\u00e9e de fa\u00e7on diff\u00e9renci\u00e9e selon son caract\u00e8re naturel ou non, ses formes sp\u00e9cifiques et leur niveau variable de bioaccessibilit\u00e9 ou de biodisponibilit\u00e9 pour l\u2019homme, voire selon le m\u00e9tabolisme et la g\u00e9n\u00e9tique de chacun\u00b7e.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout concourt finalement, dans le scepticisme attentif, \u00e0 ne pas faire des pollutions d\u2019apr\u00e8s-mine et de la d\u00e9pollution du territoire de la vall\u00e9e (revendiqu\u00e9e comme solution dans le catastrophisme critique), l\u2019alpha et l\u2019om\u00e9ga des risques de sant\u00e9 environnementale. Pour autant, la pr\u00e9sence de m\u00e9taux lourds dans l\u2019environnement, la capacit\u00e9 des dispositifs de mesure \u00e0 en appr\u00e9cier la pr\u00e9sence dans les corps, les effets canc\u00e9rig\u00e8nes de l\u2019exposition-impr\u00e9gnation \u00e0 l\u2019arsenic et les facteurs connexes des pathologies canc\u00e9reuses\u2026 font l\u2019objet d\u2019une forte r\u00e9flexivit\u00e9. Il ne s\u2019agit pas, en ce sens, dans le scepticisme attentif, de mettre \u00e0 distance les risques sans les questionner. Il s\u2019agit pour une grande part des sceptiques attentifs de mobiliser une expertise exp\u00e9rientielle des lieux et du territoire, dans lesquels ils\u00b7elles vivent, pour critiquer et fa\u00e7onner leurs propres savoirs et leurs points de vue sur la situation v\u00e9cue. Les sceptiques sont ainsi attentifs \u00e0 ce que les \u00e9tudes et recherches, celles disponibles, soient plus accessibles et diffus\u00e9es aupr\u00e8s des populations de la vall\u00e9e, et que les savoirs d\u2019expertise soient renforc\u00e9s (suivi de la contamination des milieux&nbsp;; \u00e9largissement de la mesure \u00e0 d\u2019autres polluants&nbsp;; mesure plus r\u00e9guli\u00e8re de l\u2019impr\u00e9gnation et de ses risques&nbsp;; appr\u00e9ciation plus fine des liens entre consommation des produits du jardin et sant\u00e9). Ils consid\u00e8rent les expertises \u2013 leur \u00e9largissement et leur facilit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s \u2013 comme n\u00e9cessaires pour permettre, \u00e0 tout un chacun, de s\u2019\u00e9manciper des pol\u00e9miques et de fabriquer son propre point de vue en croisant sa propre expertise des situations v\u00e9cues et celles des expert\u00b7es scientifiques et techniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le r\u00e9gime du scepticisme attentif, le temps n\u2019est pas \u00e0 la d\u00e9fiance-m\u00e9fiance envers les pouvoirs publics. Au contraire, les sceptiques sont en attente d\u2019\u00e9lucidation, de travail collaboratif avec les expert\u00b7es scientifiques et techniques afin que certaines \u00e9nigmes autour des pollutions et de leurs effets sanitaires soient document\u00e9es, voire que les probl\u00e8mes soient tranch\u00e9s, si cela est possible. Les sceptiques attentifs s\u2019av\u00e8rent finalement plus critiques vis-\u00e0-vis des pol\u00e9miques soulev\u00e9es par certaines associations locales militantes. Si ces derni\u00e8res ont permis aux probl\u00e8mes d\u2019\u00eatre soulev\u00e9s (d\u2019\u00eatre mis \u00e0 l\u2019agenda des autorit\u00e9s publiques), une trop grande accusation de l\u2019\u00c9tat, sa mise en responsabilit\u00e9 syst\u00e9matique, enfermerait le d\u00e9bat dans un espace clivant peu propice \u00e0 l\u2019\u00e9lucidation des situations probl\u00e9matiques et \u00e0 la co-construction de solutions partag\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le r\u00e9gime du scepticisme attentif, les habitant\u00b7es s\u2019inscrivent r\u00e9solument sur <strong>un axe dialogique de perception <\/strong>orient\u00e9 vers la connaissance et l\u2019hybridation des savoirs, en d\u2019autres termes vers la co-construction des probl\u00e8mes dans leurs phases de d\u00e9finition et de r\u00e9solution. Dans le scepticisme attentif, la synergie de formes d\u2019expertises compl\u00e9mentaires pour d\u00e9finir les situations probl\u00e9matiques v\u00e9cues est donc souhait\u00e9e&nbsp;: <em>une expertise profane li\u00e9e aux savoirs locaux<\/em> issus de l\u2019exp\u00e9rience des lieux, des territoires dans lesquels les habitant\u00b7es vivent et de leur parcours de vie&nbsp;; et <em>une expertise scientifique et techniques issue des savoirs professionnels<\/em> (Corburn, 2005 <sup>[1]<\/sup>). Dans ce r\u00e9gime, les habitant\u00b7es se positionnent, de fa\u00e7on originale, \u00e0 l\u2019intersection de ces savoirs professionnels et locaux ou exp\u00e9rientiels. Ces derniers sont mobilis\u00e9s-activ\u00e9s de fa\u00e7on <em>ad hoc<\/em> pour r\u00e9soudre des troubles que les savoirs professionnels favorisent, malgr\u00e9 eux, quand ils n\u2019arrivent pas pleinement \u00e0 \u00e9lucider les risques de sant\u00e9 environnementale encourus et que les habitant\u00b7es se confrontent \u00e0 une lecture \u00ab&nbsp;catastrophique et critique&nbsp;\u00bb de la situation \u2013 v\u00e9hicul\u00e9e par les associations locales les plus militantes et les m\u00e9dias \u2013 dans laquelle ils\u00b7elles ne se retrouvent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu de recherche en sociologie de l\u2019environnement et de la sant\u00e9 souligne une telle dynamique. <em>Quel sens accorder au r\u00e9gime de perception du scepticisme attentif&nbsp;?<\/em> Les recherches nord-am\u00e9ricaines sur la Justice Environnementale (JE) ont largement document\u00e9 des mouvements sociaux qui m\u00ealent g\u00e9n\u00e9ralement des questions de sant\u00e9 environnementale et de droits civiques des minorit\u00e9s. Elles s\u2019appuient sur des \u00ab&nbsp;r\u00e9cits&nbsp;\u00bb de l\u2019exposition et des impacts sur la sant\u00e9 des populations vuln\u00e9rables (noires et\/ou \u00e0 faible revenu) \u00e0 la pollution de l\u2019industrie chimique (Bryant et Mohai<sup>[2]<\/sup>, 1992&nbsp;; Bullard, 1994<sup>[3]<\/sup>&nbsp;; Capek, 1993<sup>[4]<\/sup>&nbsp;; Taylor, 2000<sup>[5]<\/sup>&nbsp;; Walker, 2009<sup>[6]<\/sup>). La notion d\u2019expertise profane, dans le domaine de la sant\u00e9 environnementale, a ainsi \u00e9merg\u00e9 dans la recherche, initialement nord-am\u00e9ricaine, comme une \u00ab\u00a0dynamique de prise collective\u00a0\u00bb sur les probl\u00e8mes permettant \u00e0 des mobilisations citoyennes de type <em>grass-roots<\/em> (ou communautaires) de contester les r\u00e9sultats des enqu\u00eates men\u00e9es par les autorit\u00e9s publiques, notamment quand celles-ci ne permettent pas d\u2019\u00e9tablir la r\u00e9alit\u00e9 per\u00e7ue des dommages de sant\u00e9 caus\u00e9s par les pollutions environnementales. Ils ont ouvert le d\u00e9bat, et des r\u00e9flexions se sont d\u00e9velopp\u00e9es en France, pour attirer l\u2019attention sur le lien entre justice sociale, probl\u00e8mes environnementaux et action publique (Busca et Lewis, 2015<sup>[7]<\/sup>). Pour autant dans le scepticisme attentif, les dynamiques sociales de l\u2019expertise profane n\u2019adoptent pas la m\u00eame trajectoire.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>En premier lieu, le r\u00e9gime de perception du scepticisme attentif regroupe des citoyen\u00b7nes (constituant une \u00ab\u00a0communaut\u00e9 informelle d\u2019attention\u00a0\u00bb) \u2013 non-\u00e9rig\u00e9\u00b7es en public (au sens de Dewey, 2010) \u2013 qui se trouvent dans l\u2019incapacit\u00e9 de porter leurs attentes d\u2019\u00e9lucidation dans l\u2019espace public du d\u00e9bat et aupr\u00e8s des autorit\u00e9s publiques.<\/li>\n\n\n\n<li>De fa\u00e7on concomitante, et en deuxi\u00e8me lieu, l\u2019expertise profane des sceptiques attentifs \u2013 et les savoirs exp\u00e9rientiels sur lesquels elle se fonde \u2013 est au stade de la pr\u00e9-configuration ou de la fabrique individuelle, un stade de pr\u00e9-enqu\u00eate et non d\u2019enqu\u00eate qui advient seulement quand le public se constitue, s\u2019allie avec des expert\u00b7es et s\u2019impose comme un interlocuteur des autorit\u00e9s publiques. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019habitant\u00b7es qui enqu\u00eatent (ou contre-enqu\u00eatent) collectivement et qui s\u2019organisent, mais qui \u2013 sur la base d\u2019une critique du discours jug\u00e9 clivant des associations locales les plus militantes et de la difficult\u00e9 des autorit\u00e9s publiques \u00e0 mesurer les risques \u2013 \u00e9laborent des hypoth\u00e8ses et mettent \u00e0 l\u2019\u00e9preuve les savoirs professionnels et les discours d\u2019alerte des associations locales pour \u00e9laborer leur jugement.<\/li>\n\n\n\n<li>Troisi\u00e8mement, le r\u00e9sultat de la pr\u00e9-enqu\u00eate, dans le r\u00e9gime du scepticisme attentif, ne conduit pas g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 un processus de victimisation mais \u00e0 un processus de probl\u00e9matisation r\u00e9flexive portant sur la complexit\u00e9 de la situation v\u00e9cue et une attente de r\u00e9ponse collective, processus \u00e9loign\u00e9 de ce qui est g\u00e9n\u00e9ralement observ\u00e9 dans le travail de pr\u00e9-enqu\u00eate (Akrich <em>et.al.<\/em>, 2010<sup>[8]<\/sup>). C\u2019est bien parce que les troubles ne peuvent atteindre l\u2019espace public du d\u00e9bat que les attentes d\u2019\u00e9lucidation se fabriquent, et c\u2019est bien parce que le catastrophisme critique sature l\u2019espace public \u2013 par des effets de bulles de filtrage (Parisier, 2011<sup>[9]<\/sup>) \u2013 que le scepticisme se d\u00e9veloppe comme une forme de r\u00e9activit\u00e9 du social \u00e0 une situation probl\u00e9matique de clivage. Cette situation d\u2019\u00e9lucidation non satisfaite g\u00e9n\u00e8re des troubles qui demeurent confin\u00e9s dans l\u2019espace priv\u00e9, ce que Cefa\u00ef nomme des \u00ab&nbsp;<em>malaises v\u00e9cus en silence (private troubles)<\/em>&nbsp;\u00bb (Cefa\u00ef, 1996<sup>[10]<\/sup>, p.57). Ces troubles peuvent, \u00e0 terme, se transformer en critique, s\u2019ils n\u2019arrivent pas \u00e0 atteindre l\u2019espace public du d\u00e9bat et\/ou s\u2019ils s\u2019amplifient au gr\u00e9 des situations m\u00e9diatis\u00e9es de crise.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Cette synth\u00e8se est issue de l&rsquo;analyse de l&rsquo;ensemble des donn\u00e9es de l&rsquo;enqu\u00eate. Pour acc\u00e9der \u00e0 cette analyse d\u00e9taill\u00e9e, vous pouvez vous reporter \u00e0 la partie ci-apr\u00e8s \u00ab\u00a0Pr\u00e9sentation d\u00e9taill\u00e9e. <em>Le r\u00e9gime de perception du <em>scepticisme attentif<\/em><\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[1] On retrouve notamment cette cat\u00e9gorisations des savoirs et une analyse de leur imbrication dans les travaux de Jason Corburn. Corburn, J., 2005, <em>Street Science : Community Knowledge and Environmental Health Justice<\/em>, Cambridge, MIT Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[2] Bryant, B., and P. Mohai, eds, 1992, <em>The Incidence of Environmental Hazards. A Time for Discourse,<\/em> Boulder, CO: Westview Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[3] Bullard, R. D., 1994, <em>Dumping in Dixie. Race, Class, and Environmental Quality<\/em>, Boulder, CO: Westview Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[4] Capek, S. M., 1993, \u201cThe \u2018Environmental Justice\u2019 Frame: A Conceptual Discussion and an Application.\u201d <em>Social Problems<\/em>, 40 (1), Special Issue on Environmental Justice, 5\u201324.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[5] Taylor, D. E., 2000, \u201cThe Rise of the Environmental Justice Paradigm: Injustice Framing and the Social Construction of Environmental Discourses.\u201d, <em>American Behavioral Scientist<\/em>, 43 (4), 508\u2013580.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[6] Walker, G., 2009, \u201cBeyond Distribution and Proximity: Exploring the Multiple Spatialities of Environmental Justice.\u201d <em>Antipode<\/em>, 41 (4), 614\u2013636.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[7] Busca, D. et N. Lewis, 2015, \u00ab&nbsp;The territorialization of environmental Governance. Governing the environment based on just inequalities?&nbsp;\u00bb, <em>Environmental Sociology<\/em> (Routledge), vol. 1, n\u00b01, pp. 18-26.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Akrich, M., Barthe, Y. et C. R\u00e9my (dir.), 2010, <em>Sur la piste environnementale : Menaces sanitaires et mobilisations profanes<\/em>, Paris, Presses des Mines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[9] Pariser, E., 2011, <em>The Filter Bubble : How the New Personalized Web is Changing What We Read and How We Thin<\/em>k, Londres, Penguin Books, cit\u00e9 par Badouard R., Mabi C. et L. Monnoyer-Smith, 2016, \u00ab&nbsp;Le d\u00e9bat et ses ar\u00e8nes&nbsp;\u00bb, <em>Questions de communication<\/em>, n\u00b030.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[10] Cefa\u00ef, D., 1996, \u00ab&nbsp;La construction des probl\u00e8mes publics. D\u00e9finitions de situations dans des ar\u00e8nes publiques&nbsp;\u00bb, <em>R\u00e9seaux<\/em>, vol. 14, n\u00b075, pp. 43-66<\/p>\n<\/div><\/details><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-accordion gb-block-accordion\"><details><summary class=\"gb-accordion-title\">Pr\u00e9sentation d\u00e9taill\u00e9e<\/summary><div class=\"gb-accordion-text\">\n<p><em><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/le-regime-de-perception-du-scepticisme-attentif\/\">Le r\u00e9gime de perception du scepticisme attentif<\/a><\/em><\/p>\n<\/div><\/details><\/div>\n<\/div><\/details><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-accordion gb-block-accordion\"><details><summary class=\"gb-accordion-title\">Le r\u00e9gime de l\u2019actionnisme pratique<\/summary><div class=\"gb-accordion-text\">\n<div class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-accordion gb-block-accordion\"><details><summary class=\"gb-accordion-title\">Synth\u00e8se<\/summary><div class=\"gb-accordion-text\">\n<p>Dans le r\u00e9gime de perception de l\u2019actionnisme pratique \u2013 plus que dans les r\u00e9gimes du catastrophisme critique et du scepticisme attentif \u2013 le temps est \u00e0 l\u2019action adaptative pour r\u00e9pondre \u00e0 la difficult\u00e9 des autorit\u00e9s publiques et des mobilisations associatives \u00e0 accorder un sens collectif aux risques environnementaux et sanitaires. Les actionnistes-pratiques ont pour point commun de vouloir ma\u00eetriser leurs risques d\u2019exposition-impr\u00e9gnation aux m\u00e9taux lourds, en modifiant leurs pratiques de consommation, de jardinage, de cueillette en pleine nature, de bricolage, de balade sur le territoire de la vall\u00e9e, d\u2019\u00e9ducation-protection de leurs enfants, etc. Les adaptations relat\u00e9es dans le r\u00e9gime de l\u2019actionnisme pratique sont \u00e9troitement associ\u00e9es \u00e0 un <strong><em>agir perceptuel <\/em><\/strong>attach\u00e9 aux \u00e9preuves sensorielles, \u00e0 la mesure, aux consignes environnementales et de sant\u00e9 publique. Elles sont orient\u00e9es par des diagnostics environnementaux (\u00e9tat des milieux et des voies d\u2019exposition les plus \u00e0 risque) que les habitant\u00b7es \u00e9laborent. L\u2019actionnisme pratique est marqu\u00e9 par les \u00e9v\u00e8nements climatiques. La crue de 2018 a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la capacit\u00e9 des habitant\u00b7es \u00e0 int\u00e9grer les risques d\u2019exposition li\u00e9s \u00e0 leurs pratiques, \u00e0 s\u2019adapter afin de mettre \u00e0 distance les risques sanitaires, ceux relay\u00e9s par les pouvoirs publics ou les mobilisations locales.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019originalit\u00e9 de l\u2019actionnisme pratique r\u00e9side ainsi dans un accord sur la r\u00e9alit\u00e9 des pollutions des milieux. Il diagnostique le milieu de vie afin de mieux d\u00e9finir l\u2019espace de mise en relations probl\u00e9matiques de l\u2019homme \u00e0 son environnement. Un espace de relations dans lequel les habitant\u00b7es peuvent agir. Dans le r\u00e9gime de l\u2019actionnisme pratique, le diagnostic environnemental sert donc d\u2019appui \u00e0 l\u2019action. Il prend aussi appui sur des moyens probatoires permettant d\u2019identifier les pollutions-probl\u00e9matiques et d\u2019y r\u00e9pondre par l\u2019action. Ces moyens probatoires rel\u00e8vent \u00e0 la fois du sensoriel et de la mesure, mais aussi de la conformit\u00e9 aux consignes environnementales et sanitaires produites par les autorit\u00e9s publiques. Revenons plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur les moyens probatoires activ\u00e9s par les habitant\u00b7es pour \u00ab\u00a0\u00e9valuer la pollution\u00a0\u00bb et y \u00ab\u00a0faire face\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le diagnostic environnemental de la situation v\u00e9cue peut se fonder sur <em>l\u2019exp\u00e9rience sensorielle<\/em> de la pollution. C\u2019est le cas lorsque des habitant\u00b7es vigilant\u00b7es relatent avoir observ\u00e9 des changements dans la nature qui les environne \u2013 un changement de la couleur d\u2019une plante, du sol, de l\u2019eau du robinet ou de la rivi\u00e8re, un champignon \u00e0 la taille inhabituelle, etc. \u2013&nbsp;; ou avoir ressenti une autre forme de g\u00eane sensorielle \u2013 li\u00e9e par exemple, \u00e0 une odeur d\u00e9rangeante (provenant d\u2019une lagune de r\u00e9tention des eaux proche d\u2019un ancien site minier) ou li\u00e9e \u00e0 l\u2019empreinte visuelle troublante d\u2019un ancien site (ou de ce qu\u2019il en reste dans le paysage de la vall\u00e9e).<\/p>\n\n\n\n<p>Le diagnostic environnemental peut se fonder aussi <em>sur l\u2019exp\u00e9rience de la mesure<\/em> de la pollution&nbsp;: par l\u2019activation de dispositifs <em>ad hoc<\/em> (\u00e9quipement technique de mesure de la pollution, exp\u00e9rimentation) permettant d\u2019\u00e9valuer la contamination de son environnement de vie, \u00e9valuation \u00e0 laquelle participent les analyses de sol ou des l\u00e9gumes du jardin que les habitant\u00b7es commanditent, ou les \u00e9tudes environnementales et sanitaires dont ils\u00b7elles se saisissent (et auxquelles ils participent, parfois).<\/p>\n\n\n\n<p>Le diagnostic environnemental peut se fonder sur <em>l\u2019exp\u00e9rience des consignes<\/em> <em>environnementales et sanitaires<\/em>&nbsp;: le fait que ces consignes soient formul\u00e9es par les autorit\u00e9s publiques l\u00e9gitimes, le fait qu\u2019elles soient diffus\u00e9es au moment des crises (inondations de 2018) et qu\u2019elles fassent l\u2019objet parfois de reconduction dans le temps, favorisant l\u2019alerte, activant la vigilance des habitant\u00b7es et leur volont\u00e9 de se prot\u00e9ger des risques annonc\u00e9s. Elle les rend r\u00e9els, car saisissables dans leur \u00e9nonc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le diagnostic environnemental peut aussi se fonder sur <em>l\u2019exp\u00e9rience des trajectoires de vie, <\/em>notamment r\u00e9sidentielle, quand les habitant\u00b7es se saisissent d\u2019une exposition \u00e0 des pollutions, ailleurs et par le pass\u00e9, pour mieux \u00e9valuer la pollution de la vall\u00e9e, ici et maintenant, et orienter leurs choix en limitant leur consommation de poisson notamment, ou en se prot\u00e9geant d\u2019un air, qu\u2019ils respirent et qu\u2019ils jugent charg\u00e9 de particules \u00e0 risque pour la sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les sens \u00e9prouv\u00e9s, les dispositifs et les analyses <em>ad hoc<\/em> mis en \u0153uvre, les \u00e9tudes environnementales mobilis\u00e9es, les consignes environnementales et sanitaires auxquelles les habitant\u00b7es se conforment g\u00e9n\u00e9ralement, les \u00e9l\u00e9ments de la trajectoire personnelle\u2026 peuvent \u00eatre analys\u00e9s comme autant d\u2019artefacts ou d\u2019indices de la pollution, au sens o\u00f9 \u00ab\u00a0ils en disent quelque chose de toujours singulier\u00a0\u00bb (pour la notion d\u2019indice se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Peirce, 1978, cit\u00e9 par Nicola\u00ef, 2017<sup>[1]<\/sup>). Ces indices, de fa\u00e7on isol\u00e9e ou cumul\u00e9e, sont saisis-\u00e9nonc\u00e9s et interpr\u00e9t\u00e9s par les actionnistes-pratiques pour \u00e9valuer \u00e0 la fois, le niveau de contamination des milieux \u2013 des sols de leur jardin, des arbres, des v\u00e9g\u00e9taux pr\u00e9lev\u00e9s dans la nature, des espaces publics \u2013 mais aussi, la capacit\u00e9 de transfert entre les contaminants et le corps par l\u2019ingestion, par le contact de la peau ou par les inhalations de poussi\u00e8re \u2013 dans le but d\u2019orienter les adaptations de pratique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le diagnostic environnemental est ainsi fondamentalement situ\u00e9, une pollution \u00e9valu\u00e9e-situ\u00e9e au regard des lieux que les actionnistes-pratiques investissent et des pratiques qui s\u2019y d\u00e9roulent de fa\u00e7on singuli\u00e8re&nbsp;: les moyens probatoires, relevant du sensoriel et de la conformit\u00e9 aux consignes environnementales et sanitaires, \u00e9tant souvent mobilis\u00e9s pour \u00e9valuer l\u2019empreinte des pollutions sur les milieux pour les promeneurs, les sportifs amateur\u00b7trices, les cueilleurs et les parents de jeunes enfants&nbsp;; ceux, relevant de l\u2019exp\u00e9rimentation ou de la mesure, se concentrant plus ais\u00e9ment dans l\u2019espace domestique du jardin et de la famille (quand les parents font tester l\u2019impr\u00e9gnation aux m\u00e9taux lourds de leurs enfants).<\/p>\n\n\n\n<p>Le diagnostic environnemental n\u2019\u00e9value pas ainsi <em>une pollution en soi<\/em> \u2013 \u00e0 partir d\u2019un ensemble de donn\u00e9es ou de r\u00e9f\u00e9rences qui se suffiraient \u00e0 elles-m\u00eames pour d\u00e9finir la pollution dans son essence (sa port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale pour tout un chacun) \u2013, mais <em>une pollution pour soi<\/em> \u2013 au sens o\u00f9 le diagnostic participe \u00e0 donner existence \u00e0 la pollution, de fa\u00e7on situ\u00e9e, au regard des probl\u00e8mes singuliers auxquels les habitant\u00b7es se confrontent dans leurs pratiques \u2013. C\u2019est ainsi, dans le r\u00e9gime de l\u2019actionnisme pratique, que le diagnostic environnemental de la pollution s\u2019entend. Il est associ\u00e9 \u00e0 des pratiques que le diagnostic permet de mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la pollution, \u00e0 une \u00e9valuation des situations probl\u00e9matiques auxquelles les cueilleur\u00b7euses, les promeneur\u00b7euses ou les sportif\u00b7ives, les bricoleur\u00b7euses, les jardinier.\u00e8res amateur\u00b7trices ou les parents\u2026 tentent de r\u00e9pondre. C\u2019est ainsi que le diagnostic environnemental est aussi \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 l\u2019action, \u00e0 la pratique comme exp\u00e9rience de la pollution, et \u00e0 l\u2019adaptation des pratiques face \u00e0 un probl\u00e8me identifi\u00e9&nbsp;: celle de porter un masque pour \u00e9viter d\u2019inhaler des poussi\u00e8res quand on perce un mur constitu\u00e9 de remblais jug\u00e9s contamin\u00e9s ou quand on observe des poussi\u00e8res sur les arbres de son jardin&nbsp;; celle d\u2019adopter des gestes barri\u00e8res, par exemple porter des bottes \u2013 et les stocker dans le coffre de sa voiture\u2013 ou jeter ses v\u00eatements quand on va nettoyer les d\u00e9g\u00e2ts occasionn\u00e9s par les crues de 2018, afin de confiner la pollution&nbsp;; celle d\u2019\u00e9viter les zones proches de l\u2019Orbiel ou des anciens sites miniers pour pr\u00e9lever des herbes aromatiques, des champignons ou des asperges sauvages&nbsp;; celle de d\u00e9localiser sa pratique de la cueillette ou de la course \u00e0 pied dans des lieux jug\u00e9s moins contamin\u00e9s&nbsp;; celle d\u2019excaver-gratter une partie du sol de son jardin pour \u00e9liminer la pollution&nbsp;; celle de cultiver les parties hautes de son jardin pour \u00e9viter de jardiner dans les zones basses jug\u00e9es plus pollu\u00e9es par les effets du ruissellement ou par la proximit\u00e9 de la rivi\u00e8re&nbsp;; celle de limiter l\u2019exposition de ses enfants aux m\u00e9taux lourds, contenus dans les sols quand ils jouent en ext\u00e9rieur, par un contr\u00f4le du respect des gestes barri\u00e8res et le lavage des mains&nbsp;; celle de se prot\u00e9ger d\u2019un r\u00e9-envol de poussi\u00e8re en fermant la fen\u00eatre de sa voiture quand on circule \u00e0 proximit\u00e9 des anciens sites miniers&nbsp;; celle de renoncer au contact de l\u2019eau de la rivi\u00e8re quand la peau est bless\u00e9e&nbsp;; etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les moyens probatoires sont divers, le diagnostic environnemental que les habitant\u00b7es \u00e9laborent n\u2019est pas pour autant stabilis\u00e9&nbsp;: il est \u00e9volutif et d\u00e9pend des connaissances, auxquelles les actionnistes-pratiques acc\u00e8dent, et des savoirs exp\u00e9rientiels qui se fa\u00e7onnent au gr\u00e9 de leurs pratiques et des adaptations qu\u2019ils exp\u00e9rimentent. Il en est de m\u00eame pour les adaptations. Elles demeurent r\u00e9ellement vari\u00e9es et montrent toute l\u2019inventivit\u00e9 du social et la capacit\u00e9 des habitant\u00b7es, qui vivent la pollution, \u00e0 tenter de la contr\u00f4ler. Elles peuvent aussi se modifier, se r\u00e9adapter au gr\u00e9 de leur mise en \u0153uvre ou de l\u2019\u00e9volution du diagnostic environnemental des situations probl\u00e9matiques que les habitant\u00b7es \u00e9prouvent par des exp\u00e9riences nouvelles de la pollution (de nouvelles mesures, de nouveaux troubles sensoriels, de nouveaux \u00e9v\u00e9nements climatiques, de nouvelles \u00e9tudes, de nouvelles pol\u00e9miques, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 une telle variabilit\u00e9, le couplage entre diagnostics et adaptations des pratiques n\u2019est pas toujours ais\u00e9. Il peut \u00eatre source de troubles pour les actionnistes-pratiques. Les troubles peuvent porter sur des \u00e9l\u00e9ments de diagnostic environnemental dont l\u2019incompl\u00e9tude r\u00e9interroge la pertinence des adaptations adopt\u00e9es \u2013 c\u2019est le cas d\u2019un habitant qui s\u2019interroge sur l\u2019eau d\u2019irrigation de son puits, comme vecteur de transfert des polluants, alors qu\u2019il cultive sur les hauteurs de sa parcelle pour \u00e9loigner sa production de la pollution \u2013&nbsp;; sur l\u2019exag\u00e9ration, \u00e0 l\u2019inverse, des adaptions mises en \u0153uvre quand de nouvelles exp\u00e9rimentations apportent la preuve qu\u2019elles ne seraient pas si n\u00e9cessaires \u2013 c\u2019est le cas notamment d\u2019un habitant qui renonce \u00e0 sa serre hydroponique consid\u00e9rant, suite \u00e0 une exp\u00e9rimentation, que les poussi\u00e8res et l\u2019eau de pluie auraient peu d\u2019effet contaminant \u2013&nbsp;; sur l\u2019effacement dans le temps des pratiques adaptatives et des gestes barri\u00e8res \u2013 quand les consignes environnementales et sanitaires diffus\u00e9es par arr\u00eat\u00e9s pr\u00e9fectoraux disparaissent de l\u2019espace public, et ce faisant, de la m\u00e9moire des habitants\u00b7es et de leur espace de calcul-ma\u00eetrise des risques \u2013&nbsp;; sur l\u2019incertitude qui p\u00e8se parfois, de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, sur l\u2019efficacit\u00e9, en moyen et en finalit\u00e9, des adaptions adopt\u00e9es \u2013 quand des doutes \u00e9mergent sur la capacit\u00e9, r\u00e9elle et enti\u00e8re, des pratiques modifi\u00e9es \u00e0 \u00e9loigner les risques de sant\u00e9 li\u00e9s \u00e0 la contamination des l\u00e9gumes du jardin que l\u2019on consomme, par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le r\u00e9gime de perception de l\u2019actionnisme pratique, c\u2019est vers l\u2019authentification (Chateauraynaud, 2004<sup>[2]<\/sup>) des adaptations conc\u00e9d\u00e9es-imagin\u00e9es et vers, implicitement, leur capacit\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger les habitant\u00b7es des risques de sant\u00e9 que le trouble se d\u00e9place. Le probl\u00e8me ne r\u00e9side pas alors dans la capacit\u00e9 des adaptations \u00e0 \u00e9voluer \u2013 l\u2019exp\u00e9rimentation et l\u2019essai-erreur sont inh\u00e9rents au r\u00e9gime de l\u2019actionnisme pratique \u2013 mais sur la peur que les habitant\u00b7es ont de \u00ab\u00a0mal faire, sans le savoir\u00a0\u00bb. La peur ici est heuristique (S\u00e8ve, 1993,<em> op. cit,<\/em> p.45). Elle invite \u00e0 l\u2019\u00e9change sur les pratiques adaptatives et les diagnostics environnementaux qui les fondent. L\u2019expertise citoyenne, celle qui lie \u00e9troitement le diagnostic \u00e0 l\u2019adaptation des pratiques, est ainsi fondamentalement relationnelle. Et, les relations sont diverses. Elles lient les habitant\u00b7es \u00e0 leur propre histoire, les habitant\u00b7es entre eux \u2013 au sein du jardin, au sein de la famille, dans le voisinage, dans l\u2019\u00e9change avec un\u00b7e expert\u00b7e, etc \u2013. Elles lient aussi les habitant\u00b7es avec des entit\u00e9s non-humaines (l\u2019eau, le sol, les v\u00e9g\u00e9taux, la poussi\u00e8re, la boue\u2026), avec des objets permettant la mesure de la pollution, avec des \u00e9tudes et des consignes mises \u00e0 l\u2019\u00e9crit par les autorit\u00e9s publiques l\u00e9gitimes. Les relations fa\u00e7onnent l\u2019expertise, le diagnostic et les adaptations, et leur stabilisation \u00e9loigne le trouble et la peur \u00ab\u00a0de mal faire\u00a0\u00bb&nbsp;: le couplage probl\u00e8me-solution apparaissant alors justifi\u00e9 car en coh\u00e9rence avec la situation v\u00e9cue-\u00e9valu\u00e9e de la pollution et les fa\u00e7ons de s\u2019en prot\u00e9ger. C\u2019est bien la d\u00e9stabilisation partielle de ces relations qui fragilise l\u2019expertise citoyenne dans sa capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019adapter aux situations probl\u00e9matiques de la pollution. Les actionnistes pratiques ne s\u2019y trompent pas. Leurs attentes de mise en relation est forte. Elles peuvent porter sur la formalisation et l\u2019institutionnalisation des \u00e9changes, au sein de communaut\u00e9s de pratique (communaut\u00e9s de jardinier.\u00e8res, de randonneur\u00b7euses, de p\u00eacheur\u00b7euses, etc.), afin de permettre au diagnostic environnemental et aux adaptions de s\u2019allier de fa\u00e7on pratique et partag\u00e9e. Elles peuvent aussi porter sur l\u2019amplification d\u2019\u00e9tudes et d\u2019expertises scientifiques appliqu\u00e9es permettant d\u2019alimenter les adaptations d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9es, les rendre plus robustes, les \u00e9quiper ou les faire \u00e9voluer en \u00e9cho. Elles peuvent aussi s\u2019orienter vers une demande de partenariats avec les expert\u00b7es scientifiques et les expert\u00b7es professionnel\u00b7elles, \u00e0 la condition que les expertises produites renvoient \u00e0 des probl\u00e8mes pratiques et demeurent sensibles \u00e0 l\u2019expertise citoyenne issue des adaptations \u00e9prouv\u00e9es, ceci afin d\u2019optimiser les retours et les partages d\u2019exp\u00e9rience (hybridation des expertises), afin aussi d\u2019\u00e9riger les communaut\u00e9s de pratique en partenaires de l\u2019action publique (hybridation des espaces d\u2019expertise et d\u2019action). L\u2019actionnisme pratique nous renseigne, de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, sur la fabrique de l\u2019expertise citoyenne dans ses dimensions pragmatique et prax\u00e9ologique&nbsp;: les indices de la pollution, permettant d\u2019\u00e9valuer-diagnostiquer les situations probl\u00e9matiques, se fabriquent tout autant pour orienter l\u2019action adaptative face aux risques qu\u2019ils se reconfigurent \u00ab&nbsp;pratique faisant&nbsp;\u00bb. La vari\u00e9t\u00e9 des dynamiques d\u2019articulation et de stabilisation des indices (<em>indexalit\u00e9<\/em>) \u2013 en tant qu\u2019elle rend compte des logiques et des capacit\u00e9s diversifi\u00e9es des pratiques-adapt\u00e9es \u00e0 r\u00e9pondre aux enjeux de la pollution \u2013 visibilisent des <em>savoirs exp\u00e9rientiels<\/em> \u00e0 l\u2019\u0153uvre, saisissables par les liens qui les articulent \u00e0 l\u2019action. Par ailleurs, l\u2019expertise citoyenne, dans sa dimension \u00e9cologique, rend compte d\u2019une attention plus forte des habitant\u00b7es (<em>r\u00e9flexivit\u00e9<\/em>) \u00e0 la \u00ab&nbsp;<em>transformation de l\u2019espace de la gouvernance des risques induit par cette vari\u00e9t\u00e9 des positions [au-del\u00e0 de ce que les expertises scientifiques et techniques disent]<\/em>&nbsp;\u00bb (Barbier et.al., 2013<sup>[3]<\/sup>, p.15), une transformation plus en lien avec les communaut\u00e9s de pratique \u2013 qui font d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 face aux pollutions et y r\u00e9pondent \u2013 et qui pourraient \u00eatre \u00e9rig\u00e9es en publics l\u00e9gitimes des autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette synth\u00e8se est issue de l&rsquo;analyse de l&rsquo;ensemble des donn\u00e9es de l&rsquo;enqu\u00eate. Pour acc\u00e9der \u00e0 cette analyse d\u00e9taill\u00e9e, vous pouvez vous reporter \u00e0 la partie ci-apr\u00e8s \u00ab\u00a0Pr\u00e9sentation d\u00e9taill\u00e9e. <em>Le r\u00e9gime de perception de l&rsquo;actionnisme pratique<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[1] L\u2019indice, l\u2019indexicalit\u00e9, ici est appr\u00e9hend\u00e9e dans sa dimension pragmatique au sens o\u00f9 est pris au s\u00e9rieux le contexte de production et de r\u00e9ception des signes, et o\u00f9 les signes sont d\u00e9finis par leur action sur celui qui les mentionne et les interpr\u00e8te. \u00ab&nbsp;<em>[Un indice est] un signe ou une repr\u00e9sentation qui renvoie \u00e0 son objet non pas tant parce qu\u2019il a quelque similarit\u00e9 ou analogie avec lui ni parce qu\u2019il est associ\u00e9 avec les caract\u00e8res g\u00e9n\u00e9raux que cet objet se trouve poss\u00e9der, que parce qu\u2019il est en connexion dynamique (y compris spatiale) et avec l\u2019objet individuel d\u2019une part et avec les sens ou la m\u00e9moire de la personne pour laquelle il sert de signe, d\u2019autre part<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 158), Peirce, C. S., <em>\u00c9crits sur le signe<\/em>, \u00c9d. G. Deledalle, Paris, Seuil, 1978, cit\u00e9 par Nicola\u00ef, R, \u00ab&nbsp;Contextes et acteurs&nbsp;\u00bb, dans Nicola\u00ef, R., 2017, <em>Signifier. Essai sur la mise en signification&nbsp;: Parcours dans l\u2019espace \u00e9pist\u00e9mique et dans l\u2019espace communicationnel ordinaire<\/em>, Lyon, ENS \u00c9ditions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[2] Comme nous le rappelle Francis Chateauraynaud (2004) \u00ab&nbsp;<em>ils [les acteurs] s\u2019efforcent d\u2019ajuster leurs perceptions et leurs repr\u00e9sentations via des exp\u00e9riences marquantes fonctionnant comme des gages d\u2019authenticit\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb. Chateauraynaud, F., \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9preuve du tangible&nbsp;: exp\u00e9riences de l\u2019enqu\u00eate et surgissements de la preuve&nbsp;\u00bb, dans Chateauraynaud, F., <em>La croyance et l\u2019enqu\u00eate&nbsp;: aux sources du pragmatisme<\/em>, Paris, \u00c9ditions de l\u2019\u00c9cole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[3] Barbier, M., Cauchard, L., Joly, P., Paradeise, C. et D., Vinck, 2013, \u00ab&nbsp;Pour une Approche pragmatique, \u00e9cologique et politique de l\u2019expertise&nbsp;\u00bb, <em>Revue d\u2019anthropologie des connaissances<\/em>, vol.7, n\u00b01, pp.1-23.<\/p>\n<\/div><\/details><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-accordion gb-block-accordion\"><details><summary class=\"gb-accordion-title\">Pr\u00e9sentation d\u00e9taill\u00e9e<\/summary><div class=\"gb-accordion-text\">\n<p><em><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/le-regime-de-lactionnisme-pratique\/\">Le r\u00e9gime de l&rsquo;actionnisme pratique<\/a><\/em><\/p>\n<\/div><\/details><\/div>\n<\/div><\/details><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-genesis-blocks-gb-accordion gb-block-accordion\"><details><summary class=\"gb-accordion-title\">Transition(s) (conclusion partielle)<\/summary><div class=\"gb-accordion-text\">\n<p>Nous avons fait le choix, de ne pas utiliser le terme de \u00ab\u00a0conclusion\u00a0\u00bb pour cette partie du rapport et avons privil\u00e9gi\u00e9 le terme de \u00ab\u00a0transition(s)\u00a0\u00bb. Il nous semblait, en effet, probl\u00e9matique de cl\u00f4turer ainsi, et de fa\u00e7on aussi d\u00e9finitive, des modes d\u2019existence de la pollution et des r\u00e9gimes de perception des risques de sant\u00e9 environnementale qui ont pour propri\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00eatre extr\u00eamement fluides. <em>Comment comprendre une telle fluidit\u00e9&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les risques environnementaux et de sant\u00e9 publique, qu\u2019ils soient d\u00e9finis par les autorit\u00e9s publiques \u2013 l\u00e9gitimes \u00e0 d\u00e9cider des mesures permettant aux habitant\u00b7es de se prot\u00e9ger (confinement des pollutions, consignes sanitaires) \u2013, ou qu\u2019ils soient \u00e9nonc\u00e9s par les associations locales militantes \u2013 l\u00e9gitimes, comme toute forme de mobilisation sociale, \u00e0 contester l\u2019efficacit\u00e9 des moyens publics mis en \u0153uvre \u2013, ne sont pas \u00e9rig\u00e9s, par les habitant\u00b7es de la vall\u00e9e, en r\u00e9alit\u00e9 commune et partag\u00e9e. Le travail g\u00e9n\u00e9ral, toujours situ\u00e9, d\u2019authentification (ou de <em>v\u00e9ridiction<\/em>) de la pollution et de ses impacts sanitaires s\u2019observe de fa\u00e7on diff\u00e9renci\u00e9e dans les trois r\u00e9gimes de perception du risque de sant\u00e9 environnementale. Comme indiqu\u00e9 dans l\u2019introduction de cette partie, les r\u00e9gimes ne renvoient pas \u00e0 une typologie d\u2019acteurs mais \u00e0 une cartographie d\u2019indices et d\u2019actions \u00e0 partir de laquelle les habitant\u00b7es composent pour \u00e9laborer leur point de vue sur les risques per\u00e7us et agir (Thevenot, 2006, <em>op.cit.<\/em>). En identifiant les indices de la pollution, en d\u2019autres termes en s\u2019appuyant sur un ensemble de signes auxquels ils accordent un sens, les habitant\u00b7es \u00e9valuent-diagnostiquent les risques environnementaux ou sanitaires qu\u2019ils encourent, les authentifient, mobilisent des savoirs exp\u00e9rientiels, les confrontent parfois aux savoirs professionnels, \u00e9laborent des critiques et formulent des attentes, et s\u2019engagent dans l\u2019action. Les r\u00e9gimes de perception renvoient en ce sens \u00e0 un plan dialogique (de mise en dialogue de la pollution) qui s\u2019ordonne autour de deux axes structurants&nbsp;: celui de l\u2019<em>expertise citoyenne<\/em> et celui de l\u2019<em>action<\/em>. Ils nous renseignent sur la sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019expertise citoyenne et de l\u2019action, mais aussi sur leurs modes d\u2019articulation&nbsp;: <em>L\u2019expertise citoyenne<\/em> mobilise des savoirs exp\u00e9rientiels diff\u00e9renci\u00e9s. Des <em>savoirs exp\u00e9rientiels critiques<\/em> qui visent \u00e0 remettre en question la capacit\u00e9 des savoirs professionnels et de l\u2019action publique \u00e0 prot\u00e9ger les populations (catastrophisme critique) ou \u00e0 l\u2019inverse qui participent \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer du scepticisme vis-\u00e0-vis des \u00e9tudes sanitaires et de la r\u00e9alit\u00e9 des risques de sant\u00e9 environnementale (scepticisme attentif)&nbsp;; et des <em>savoirs exp\u00e9rientiels pratiques ou li\u00e9s \u00e0 un univers de pratiques<\/em> (jardiner, prot\u00e9ger ses enfants, se balader, cueillir, etc.) qui ordonnent et fa\u00e7onnent en retour les savoirs (actionnisme pratique). L\u2019originalit\u00e9 de ces formes d\u2019expertises est qu\u2019elles se saisissent d\u2019indices de la pollution de fa\u00e7on diff\u00e9renci\u00e9e, pour \u00e9noncer en d\u2019autres termes des r\u00e9alit\u00e9s sensiblement diff\u00e9rentes. En effet, si les indices s\u2019av\u00e8rent parfois similaires, leur interpr\u00e9tation s\u2019oppose selon les r\u00e9gimes&nbsp;. Par exemple, les d\u00e9c\u00e8s et les maladies peuvent apporter la preuve, dans l\u2019activisme critique, de l\u2019urgence sanitaire&nbsp;; \u00eatre fortement relativis\u00e9s dans leur capacit\u00e9 \u00e0 dire les risques de sant\u00e9, dans le scepticisme attentif&nbsp;; ou, \u00eatre relativement absents des indices mobilis\u00e9s pour authentifier la situation v\u00e9cue, dans l\u2019actionnisme pratique. Par ailleurs, les expertises citoyennes, dans les trois r\u00e9gimes, s\u2019articulent de fa\u00e7on diff\u00e9rente avec les expertises scientifiques et techniques (ou expertises institutionnelles). L\u00e0 o\u00f9 dans le catastrophisme critique, l\u2019expertise citoyenne entre en collision avec les expertises institutionnelles et tend \u00e0 leur remise en cause, dans les deux autres r\u00e9gimes, c\u2019est quasiment l\u2019inverse qui s\u2019observe. Dans le scepticisme attentif l\u2019expertise citoyenne est en attente de plus de connaissances sur l\u2019impact ou le non-impact des pollutions sur la sant\u00e9 environnementale des populations, dans l\u2019actionnisme pratique les expertises institutionnelles devraient, selon les attentes, accompagner les pratiques adaptatives \u00e9prouv\u00e9es par les habitant\u00b7es afin d\u2019en valider-renforcer l\u2019efficacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>L\u2019action<\/em> est alors fondamentalement cons\u00e9quentialiste. Un pas de c\u00f4t\u00e9 dans l\u2019analyse des r\u00e9gimes nous permet de saisir pleinement la cons\u00e9quence de l\u2019expertise citoyenne \u2013 au regard de sa capacit\u00e9 \u00e0 produire un niveau d\u2019interpr\u00e9tation de la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue de la pollution et de ses risques \u2013 sur les modes d\u2019action dans lesquels les habitant\u00b7es s\u2019engagent. <em>Que fait-on face \u00e0 ce que l\u2019on sait ou \u00e0 ce que l\u2019on croit&nbsp;?<\/em> L\u2019action, dans les trois r\u00e9gimes de perception, s\u2019av\u00e8re <em>in fine<\/em> r\u00e9paratrice. Mais cette recherche de r\u00e9paration prend des trajectoires diff\u00e9rentes. Dans le r\u00e9gime de perception du catastrophisme critique, l\u2019action r\u00e9paratrice s\u2019alimente d\u2019une qu\u00eate de responsabilit\u00e9 et de judiciarisation face aux pr\u00e9judices v\u00e9cus. Dans le r\u00e9gime de perception du scepticisme attentif, l\u2019urgence de la situation n\u2019est pas av\u00e9r\u00e9e, la prise en charge par les pouvoirs publics des probl\u00e8mes de pollution et, en contre-point, la mont\u00e9e en puissance des pol\u00e9miques port\u00e9es par les mobilisations associatives locales, g\u00e9n\u00e8rent un scepticisme et une action r\u00e9paratrice de mise en attente&nbsp;: une attente de recherches et d\u2019\u00e9tudes, scientifiques ou techniques, qui permettraient de stabiliser la nature r\u00e9elle des risques notamment sanitaires. Dans l\u2019actionnisme pratique l\u2019action de r\u00e9paration est performative au sens o\u00f9 l\u2019\u00e9nonciation de la r\u00e9paration s\u2019accompagne de pratiques adaptatives permettant de la r\u00e9aliser. C\u2019est dans l\u2019adaptation des pratiques au contexte de la pollution que la r\u00e9paration s\u2019op\u00e8re.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Ces tensions entre r\u00e9gimes rendent compte d\u2019une perception des risques de sant\u00e9 environnementale non stabilis\u00e9e et non partag\u00e9e, d\u2019autant plus que dans leurs r\u00e9cits, les habitant\u00b7es ne sont pas attach\u00e9\u00b7es \u00e0 un seul r\u00e9gime. S\u2019il est alors difficile de quantifier la part de chaque r\u00e9gime dans les r\u00e9cits de la pollution (approche qualitative par entretiens), il nous semble cependant que, de fa\u00e7on tendancielle, le scepticisme attentif et l\u2019actionnisme pratique sont des r\u00e9gimes de perception dans lesquels les habitant\u00b7es puisent le plus d\u2019arguments. Ces r\u00e9gimes ne renvoient pas \u00e0 des cat\u00e9gories d\u2019habitant\u00b7es, ils ont pour caract\u00e9ristique de s\u2019hybrider. Nous avons ainsi souhait\u00e9 interroger, plus en d\u00e9tail, les r\u00e9gimes de perception au regard d\u2019une pratique symptomatique, celle du jardinage. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de saisir, les raisons multivari\u00e9es qui pourraient rendre compte soit d\u2019une d\u00e9cision d\u2019arr\u00eat de la pratique du jardinage, ou \u00e0 l\u2019inverse de poursuite de cette m\u00eame activit\u00e9 (avec ou sans modification de pratique). <\/p>\n\n\n\n<p>Sur la base du questionnaire d\u2019enqu\u00eate (N=604), huit variables explicatives permettant de questionner ce choix ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es&nbsp;: elles portent sur les liens entre les pollutions li\u00e9es \u00e0 l\u2019ancienne activit\u00e9 mini\u00e8re et la sant\u00e9, et plus g\u00e9n\u00e9ralement sur la sant\u00e9 per\u00e7ue des habitant\u00b7es enqu\u00eat\u00e9\u00b7es. Nous avons par ailleurs s\u00e9lectionn\u00e9 un ensemble de six variables descriptives permettant de d\u00e9crire si \u00ab\u00a0les choix de jardinage et leurs justifications\u00a0\u00bb, pouvaient \u00eatre \u00e9clair\u00e9s par des caract\u00e9ristiques sociales des habitant\u00b7es li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e2ge, \u00e0 l\u2019\u00e2ge d\u2019arriv\u00e9e dans la commune, \u00e0 l\u2019anciennet\u00e9 de r\u00e9sidence, au genre, \u00e0 la pr\u00e9sence-absence d\u2019enfants mineur\u00b7es au sein du m\u00e9nage, ou \u00e0 la localisation g\u00e9ographique du r\u00e9pondant (zone de r\u00e9sidence)[Figure 1]. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-7.png\" rel=\"lightbox[773]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"605\" height=\"506\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-7.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-778\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-7.png 605w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-7-300x251.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 605px) 100vw, 605px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Figure 1 Variables d\u2019analyse des pratiques de jardinage<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(Zone de r\u00e9sidence <sup>1<\/sup>) Concernant la liste des communes par zones se reporter au <a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-127.png\" rel=\"lightbox[773]\">d\u00e9tail des zones<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse multivari\u00e9e s\u2019est appuy\u00e9e sur une analyse factorielle des correspondances (AFC). Elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 partir du Logiciel SPAD\u00ae et selon une m\u00e9thode de traitement et d\u2019interpr\u00e9tation des donn\u00e9es propos\u00e9e par Busca et Toutain (Busca et Toutain, 2009<sup>[1]<\/sup>). Seules les variables significatives, sur le plan statistique, apparaissent dans le graphique (ou plan factoriel P1-2<sup>[2]<\/sup>) [Figure 2]. Le graphique oppose sur l\u2019axe horizontal des abscisses deux profils (Profils 1 et 3, en jaune clair et plus fonc\u00e9, dans le graphique), et de la m\u00eame fa\u00e7on deux profils s\u2019opposent sur l\u2019axe vertical des ordonn\u00e9es (Profils 2 et 4, en bleu et gris, dans le graphique). Les oppositions identifi\u00e9es par l\u2019AFC permettent de mieux saisir les couplages entre \u00ab\u00a0les choix de jardinage et leurs justifications\u00a0\u00bb et de rendre visibles des hybridations entre r\u00e9gimes de perception des risques de sant\u00e9 environnementale, quand on applique cette lecture \u00e0 la seule pratique du jardinage. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-129.png\" rel=\"lightbox[773]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"542\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-129-1024x542.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1055\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-129-1024x542.png 1024w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-129-300x159.png 300w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-129-768x407.png 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-129.png 1088w\" sizes=\"auto, (max-width: 767px) 89vw, (max-width: 1000px) 54vw, (max-width: 1071px) 543px, 580px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Figure 2 De la perception des risques de sant\u00e9 environnementale aux pratiques de jardinage<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Soyons attentifs aux caract\u00e9ristiques de ces profils, \u00e0 ce qui les oppose ou les relie. <em>Que nous apprennent ces profils&nbsp;?<\/em> <strong>Profil 1-<\/strong> C\u2019est par le prisme du genre, de l\u2019\u00e2ge et du parcours de vie que le rapport \u00e0 la sant\u00e9, li\u00e9 aux pollutions mini\u00e8res, se d\u00e9cline ici dans la sph\u00e8re familiale. En effet, le profil des habitant\u00b7es qui expriment un trouble sur l\u2019impact potentiel des pollutions sur leur sant\u00e9 ou celle d\u2019un proche \u2013 et qui interrogent le corps m\u00e9dical ou s\u2019informent plus g\u00e9n\u00e9ralement sur le sujet \u2013 sont de fa\u00e7on descriptive des femmes \u00e2g\u00e9es de moins de 41 ans avec des enfants mineur\u00b7es&nbsp; au sein du foyer. Elles ont pu naitre sur le territoire ou y \u00eatre arriv\u00e9es au moment d\u2019un parcours de vie marqu\u00e9 par la mise en couple et l\u2019arriv\u00e9e d\u2019enfants au sein du m\u00e9nage. Le trouble est, semble-t-il, \u00e9rig\u00e9 en risque \u00e0 cette occasion \u2013 comme le r\u00e9sultat d\u2019une dynamique liant perception du risque et parcours de vie \u2013. Il est aussi \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 l\u2019action. Il conduit les habitantes (et pour partie, celles r\u00e9sidant dans la zone 2 du territoire d\u2019enqu\u00eate) \u00e0 modifier, et parfois \u00e0 interrompre, leurs pratiques de jardinage afin de se prot\u00e9ger des risques li\u00e9s \u00e0 la consommation des produits du jardin, face notamment \u00e0 des incertitudes li\u00e9es \u00e0 la nature des risques de sant\u00e9. Ce profil appelle \u00e0 une analyse genr\u00e9e d\u2019une relation \u2013 entre trajectoire familiale (mise en couple et arriv\u00e9e des enfants) et perception des pollutions environnementales sur le territoire o\u00f9 l\u2019on vit \u2013 travaill\u00e9e par la m\u00e9diation de pratiques de consommation alors jug\u00e9es potentiellement \u00e0 risque pour la sant\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Le profil 1 m\u00eale ainsi les troubles \u00e9prouv\u00e9s par les catastrophistes-critiques quand les habitant\u00b7es consultent pour avoir un avis m\u00e9dical ou stoppent leur pratique de jardinage, des attentes en termes d\u2019\u00e9lucidation des liens entre les pollutions environnementales et la sant\u00e9 (la leur et celle de leurs enfants) propres au scepticisme attentif, mais aussi parfois, par souci de pr\u00e9caution, des modifications de leur pratique du jardinage afin de contr\u00f4ler-maitriser le risque, ce qui rel\u00e8ve d\u2019une caract\u00e9ristique propre \u00e0 l\u2019actionnisme pratique. Le profil 1 s\u2019oppose, sur l\u2019axe horizontal (abscisses), au Profil 3. <strong>Profil 3-<\/strong> Dans le profil 3, les habitant\u00b7es \u00e0 l\u2019inverse rejettent fondamentalement la possibilit\u00e9 que des probl\u00e8mes de pollution puissent avoir un quelconque impact sur leur sant\u00e9. Ils\u00b7elles se disent, ni leurs proches, concern\u00e9\u00b7es par un probl\u00e8me de sant\u00e9 li\u00e9 aux pollutions mini\u00e8res. Ils\u00b7elles n\u2019\u00e9prouvent pas, ni leur proche, le besoin de consulter un m\u00e9decin concernant les risques de sant\u00e9 environnementale li\u00e9s aux pollutions des anciennes activit\u00e9s mini\u00e8res. Ils\u00b7elles se disent par ailleurs inform\u00e9\u00b7es sur l\u2019impact sanitaire des pollutions et ne cherchent pas, en ce sens, plus d\u2019information. Le diagnostic ainsi pos\u00e9 \u2013 ou l\u2019absence de doute sur les risques de sant\u00e9 \u2013 fait que les habitant\u00b7es n\u2019\u00e9prouvent pas le besoin de modifier leurs pratiques de jardinage. De fa\u00e7on descriptive, il semble que ce profil regroupe pour une plus grande part des hommes plus \u00e2g\u00e9s, arriv\u00e9s (ou revenus) sur le territoire de la vall\u00e9e \u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9, peut \u00eatre au moment de la retraite, et r\u00e9sidant pour partie en zone 3. Cela pourrait certainement expliquer qu\u2019ils se sentent suffisamment inform\u00e9s de la situation des pollutions \u2013 ayant peut-\u00eatre v\u00e9cus, eux et leur famille, dans la vall\u00e9e depuis leur plus jeune \u00e2ge \u2013, et qu\u2019ils estiment que les risques de sant\u00e9 environnementale sont faibles du fait de leur localisation dans des communes sur le territoire plus excentr\u00e9es des anciens territoires miniers. Le profil 3 m\u00eale \u00e0 la fois des traits caract\u00e9ristiques du scepticisme attentif, notamment au regard du scepticisme li\u00e9 aux risques de sant\u00e9 environnementale, mais aussi de l\u2019actionnisme pratique et ce, dans un sens in\u00e9dit \u2013 puisqu\u2019ici les modifications de pratique ne s\u2019imposent pas, les pratiques actuelles de jardinage n\u2019exposeraient pas \u00e0 des risques \u2013. Il peut donc s\u2019agir d\u2019habitant\u00b7es qui soit ont d\u00e9j\u00e0 adapt\u00e9 leurs pratiques de jardinage et consid\u00e8rent qu\u2019en l\u2019\u00e9tat ces modifications suffisent (scepticisme pratique), soit \u00e9mettent des doutes sur le diagnostic environnemental et sanitaire, en d\u2019autres termes sur la pollution des milieux et\/ou la capacit\u00e9 de cette pollution \u00e0 contaminer les produits du jardin ou \u00e0 impr\u00e9gner les corps, l\u00e0 o\u00f9 ils\u00b7elles habitent (scepticisme revendiqu\u00e9). Nous n\u2019avons pas rencontr\u00e9 d\u2019habitant\u00b7es strictement associ\u00e9s au profil du scepticisme revendiqu\u00e9. Cela est certainement li\u00e9 au fait que ces habitant\u00b7es \u00e9prouvent peu le besoin d\u2019\u00e9changer sur leur exp\u00e9rience de la pollution consid\u00e9rant certainement qu\u2019elle n\u2019est pas r\u00e9ellement probl\u00e9matique ou, qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse, les fortes pol\u00e9miques ont d\u00e9courag\u00e9 de prendre part au d\u00e9bat.<\/p>\n\n\n\n<p>De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019analyse factorielle montre une opposition sur l\u2019axe horizontal (abscisses) entre des habitants essentiellement sceptiques (proches du r\u00e9gime du scepticisme attentif mais qui s\u2019en d\u00e9tachent du fait d\u2019une position tranch\u00e9e de rejet des risques de sant\u00e9 environnementale&nbsp;; ou proches de l\u2019actionnisme pratique mais moins soucieux de voir leurs adaptations confort\u00e9es par l\u2019expertise professionnelle) (profil 3, P3)&nbsp;; et des habitantes attentives (sans pour autant \u00eatre sceptiques) qui peuvent \u00eatre parfois critiques \u2013 quand elles s\u2019inqui\u00e8tent des risques de sant\u00e9 environnementale, pour elles et leurs enfants, et arr\u00eatent parfois le jardinage \u2013, mais aussi (actionnistes) pratiques du fait qu\u2019elles peuvent continuer \u00e0 jardiner en adaptant leurs pratiques (sans pour autant que cela suffise \u00e0 att\u00e9nuer leurs interrogations sur les risques sanitaires) (profil 1, P1).<\/p>\n\n\n\n<p>De fa\u00e7on synth\u00e9tique [Figure 3], l\u2019axe horizontal oppose un scepticisme revendiqu\u00e9 ou pratique \u00e0 un attentisme pratique ou critique (ce qui souligne bel et bien un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019hybridation des r\u00e9gimes de perception).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"702\" height=\"95\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-11.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-784\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-11.png 702w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-11-300x41.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 702px) 100vw, 702px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Figure 3 Hybridation des r\u00e9gimes de perception des risques de sant\u00e9 environnemental (axe horizontal)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les oppositions sur l\u2019axe horizontal (abscisses), entre les profils 1 et 3, montrent que l\u2019attentisme se d\u00e9tache du scepticisme quand on interroge les pratiques de jardinage. L\u2019attentisme (pratique ou critique \u2013 P1) s\u2019av\u00e8re alors \u00e9troitement reli\u00e9 aux profils 2 et 4 qui apparaissent comme une d\u00e9clinaison du rapport aux risques de sant\u00e9<sup>[3]<\/sup>, l\u2019axe vertical (ordonn\u00e9es) autour duquel les profils 2 et 4 se structurent renvoyant, plus sp\u00e9cifiquement, aux liens diff\u00e9renci\u00e9s entre la sant\u00e9 per\u00e7ue et les risques environnementaux qui peuvent ou non y \u00eatre associ\u00e9s, en d\u2019autres termes entre sant\u00e9 per\u00e7ue et facteurs environnementaux de la maladie (que ceux-ci soient jug\u00e9s comme \u00e9tablis ou suspect\u00e9s par les habitant\u00b7es). Quand l\u2019attentisme bascule plus encore dans la critique (P1 \u00e0 P4), voire dans le catastrophisme critique, les pollutions dues \u00e0 l\u2019ancienne activit\u00e9 mini\u00e8re sont directement associ\u00e9es \u00e0 la d\u00e9gradation de l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 des habitant\u00b7es&nbsp;: des troubles pouvant appara\u00eetre sur les liens, non \u00e9tablis mais probables, entre la maladie des proches et leur exposition \u00e0 un environnement pollu\u00e9. Les liens g\u00e9n\u00e9raux entre pollutions de l\u2019ancienne activit\u00e9 mini\u00e8re et probl\u00e8mes de sant\u00e9 sont alors jug\u00e9s comme certains, m\u00eame si les habitant\u00b7es n\u2019\u00e9tablissent pas n\u00e9cessairement (ou du moins, pas encore) de liens directs de causalit\u00e9 pour elles-m\u00eames ou eux-m\u00eames. On retrouve cet effet de basculement dans le <strong>profil 4<\/strong> o\u00f9 les habitant\u00b7es jugent que leur sant\u00e9 per\u00e7ue se d\u00e9grade dans le temps (\u00ab&nbsp;pire \u00e0 bien pire&nbsp;\u00bb sur les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es). Et c\u2019est bien l\u2019\u00e9volution de l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 qui g\u00e9n\u00e8re la critique, voire un basculement dans le catastrophisme critique&nbsp;: le fait de ne pas jardiner, d\u2019avoir arr\u00eat\u00e9 sa pratique du jardinage ou de la modifier (toutes ces possibilit\u00e9s apparaissent dans le profil 4) ne permettant de r\u00e9soudre ni le trouble li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9gradation de son \u00e9tat de sant\u00e9, ni celui li\u00e9 \u00e0 la suspicion des liens de causalit\u00e9 entre la survenue des probl\u00e8mes de sant\u00e9 et les pollutions environnementales. De fa\u00e7on descriptive, il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019hommes (particularit\u00e9 commune avec le profil 3 des sceptiques) \u00e2g\u00e9s de 42 \u00e0 54 ans (plus jeunes que dans le profil 3) dont l\u2019\u00e2ge d\u2019arriv\u00e9e et la dur\u00e9e de r\u00e9sidence dans leur commune apparaissent plus diversifi\u00e9s&nbsp;: il peut s\u2019agir d\u2019hommes arriv\u00e9s r\u00e9cemment (\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 41 \u00e0 55 ans) ou r\u00e9sidant dans leur commune depuis 11 \u00e0 20 ans. Ils semblent habiter en zone 2 du territoire d\u2019enqu\u00eate (particularit\u00e9 commune avec le profil 1). Le <strong>profil 2 <\/strong>donne \u00e0 voir, quant \u00e0 lui, une autre dimension du lien entre probl\u00e8mes de sant\u00e9 et facteurs environnementaux&nbsp;: un glissement (P1 \u00e0 P2) de la critique vers plus de r\u00e9flexivit\u00e9. On retrouve dans le profil 2, des habitant\u00b7es d\u00e9clarant que leur \u00e9tat de sant\u00e9 est \u00ab&nbsp;<em>mauvais \u00e0 tr\u00e8s mauvais<\/em>&nbsp;\u00bb, m\u00eame si pour certain\u00b7es d\u2019entre elles\u00b7eux, il semble s\u2019\u00eatre am\u00e9lior\u00e9 durant les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. De fa\u00e7on descriptive, ce sont plut\u00f4t des femmes plus \u00e2g\u00e9es certainement n\u00e9es sur le territoire de la vall\u00e9e. Elles d\u00e9clarent avoir un probl\u00e8me de sant\u00e9 li\u00e9 aux pollutions des anciennes activit\u00e9s mini\u00e8res, et que l\u2019un de leurs proches peut rencontrer le m\u00eame probl\u00e8me. Elles, ou leur proche, ont eu l\u2019occasion de consulter un m\u00e9decin \u00e0 ce sujet. Cependant, elles ne sont pas cat\u00e9goriques sur le fait que les pollutions mini\u00e8res puissent \u00eatre associ\u00e9es \u00e0 l\u2019apparition de probl\u00e8me de sant\u00e9 (\u00ab&nbsp;peut-\u00eatre&nbsp;\u00bb). Si cette r\u00e9alit\u00e9 est jug\u00e9e \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb, pour elles ou un proche, elle ne semble pas \u00eatre si facilement g\u00e9n\u00e9ralisable, \u00e0 toutes et tous, au regard certainement de la difficult\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir le diagnostic m\u00e9dical des maladies et de ses facteurs environnementaux, ou peut-\u00eatre aussi du fait de conna\u00eetre dans son environnement de vie d\u2019autres femmes plus \u00e2g\u00e9es en bonne sant\u00e9 (attentisme r\u00e9flexif).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"692\" height=\"171\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-12.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-785\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-12.png 692w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/files\/2023\/06\/image-12-300x74.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 692px) 100vw, 692px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Figure 4 Scepticisme et attentisme \u2013 Variations li\u00e9es aux probl\u00e8mes de sant\u00e9 suspect\u00e9s ou jug\u00e9s av\u00e9r\u00e9s<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les profils 2 et 4 montrent <em>in fine<\/em> [<strong>Figure 4<\/strong>] le r\u00f4le que peuvent avoir la sant\u00e9 et la maladie que cette derni\u00e8re soit suspect\u00e9e (Profil 4), ou d\u00e9clar\u00e9e-jug\u00e9e certaine par les habitant\u00b7es (Profil 2)&nbsp;: le risque de sant\u00e9 \u00e0 venir semblant accentuer l\u2019urgence de la situation v\u00e9cue et favoriser l\u2019expression d\u2019un r\u00e9gime de perception des risques de sant\u00e9 environnementale orient\u00e9e vers le catastrophisme critique (Profil 4)&nbsp;; le risque d\u00e9clar\u00e9 de sant\u00e9 jug\u00e9 certain semblant g\u00e9n\u00e9rer de la r\u00e9flexivit\u00e9 relative au r\u00f4le des facteurs environnementaux dans la survenue des probl\u00e8mes de sant\u00e9 et une demande d\u2019\u00e9lucidation des risques sanitaires plus proche de l\u2019attentisme (Profil 2).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e selon laquelle le catastrophisme critique serait la seule forme d\u2019expression des risques de sant\u00e9 environnementale ne semble pas ainsi renvoyer \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 d\u2019analyse. Si le catastrophisme critique est le seul r\u00e9gime apparaissant (visible dans son enti\u00e8ret\u00e9) dans l\u2019AFC, cela est certainement d\u00fb \u00e0 sa plus grande difficult\u00e9 \u00e0 s\u2019hybrider&nbsp;: le catastrophisme critique \u00e9tant anim\u00e9 par des positions critiques fortes et une demande sans compromis de recherche de responsabilit\u00e9 et de r\u00e9paration. Au-del\u00e0 du catastrophisme critique, la pr\u00e9sence de deux autres r\u00e9gimes de perception des risques et leurs formes diversifi\u00e9es d\u2019hybridation montrent l\u2019importance \u00e0 accorder aux attentes d\u2019\u00e9lucidation des risques sanitaires (\u00e9tudes de sant\u00e9) et d\u2019accompagnement des pratiques adaptatives-adopt\u00e9es (\u00e9tudes environnementales) afin \u00e0 la fois que les plus sceptiques (sceptiques revendiqu\u00e9s) ne se d\u00e9sint\u00e9ressent pas (ou plus encore) des risques de sant\u00e9 environnementale mais aussi que les autres profils d\u2019habitant\u00b7es puissent \u00eatre accompagn\u00e9\u00b7es dans leur choix d\u2019adaptation et leur travail de r\u00e9flexivit\u00e9. Les attentes d\u2019\u00e9lucidation des risques et d\u2019accompagnement des pratiques (propres au scepticisme attentif et \u00e0 l\u2019actionnisme pratique), leur formulation dans ce rapport de recherche, invitent l\u2019ensemble des parties-prenantes (services de l\u2019\u00c9tat, \u00e9lus, associations, communaut\u00e9s de pratique, citoyens ordinaires, etc.) \u00e0 s\u2019engager dans un mode de gouvernance des probl\u00e8mes publics plus ouvert \u00e0 la diversit\u00e9 des points de vue, un mode de gouvernance permettant une prise en charge plus collective des pollutions (hybridation des expertises et des espaces d\u2019action) en lien avec les attentes exprim\u00e9es d\u2019\u00e9lucidation des risques de sant\u00e9 mais aussi d\u2019accompagnement des changements de pratique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la suite du rapport de recherche, dans une partie connexe intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Focus&nbsp;\u00bb, nous avons souhait\u00e9 centrer notre attention sur deux interrogations soulev\u00e9es par l\u2019analyse&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Si les probl\u00e8mes de sant\u00e9 et la maladie sont des indices des risques de sant\u00e9 environnementale qu\u2019en est-il des signes qui permettent aux habitant\u00b7es de \u00ab\u00a0dire\u00a0\u00bb les risques environnementaux d\u2019exposition aux pollutions de l\u2019ancienne activit\u00e9 mini\u00e8re&nbsp;? Les relations intersp\u00e9cifiques entre les humains et non-humains (les entit\u00e9s naturelles v\u00e9g\u00e9tales et animales), les objets et les supports de ces relations, et les pratiques qui donnent l\u2019occasion \u00e0 ces relations d\u2019exister, apparaissent, de fa\u00e7on transversale, dans chacun des r\u00e9gimes de perception des risques. Une attention particuli\u00e8re sera donc apport\u00e9e aux liens entretenus entre les habitant\u00b7es et la nature, ces liens \u00e9tant appr\u00e9hend\u00e9s comme autant de m\u00e9diations entre elles\u00b7eux et la pollution (Focus n\u00b01).<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Comment la dimension \u00ab&nbsp;pratique&nbsp;\u00bb de l\u2019activit\u00e9 de jardinage \u2013 en d\u2019autres termes l\u2019action conduisant \u00e0 exp\u00e9rimenter des alternatives \u00e0 ses pratiques afin de circonscrire les risques d&rsquo;exposition \u2013 s\u2019exprime-t-elle alors qu\u2019elle est commune \u00e0 deux profils qui semblent s\u2019opposer, celui du scepticisme pratique (P3) et celui de l\u2019attentisme pratique (P1)&nbsp;? (Focus n\u00b02)<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" id=\"transitionftn1\">[1] Busca, D. et S. Toutain, 2009, <em>Analyse factorielle simple en sociologie. M\u00e9thodes d\u2019interpr\u00e9tation et \u00e9tudes de cas<\/em>, Coll. Ouvertures sociologiques, Eds. De Boeck Sup\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[2] L\u2019AFC est stable (89,69 % de taux d\u2019inertie sur le plan factoriel P1-2, concentr\u00e9e principalement sur l\u2019axe 1).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[3] Les profils 2 et 4 viennent compl\u00e9ter les deux principaux profils (1 et 2) de la perception des risques de sant\u00e9 environnementale. Ces deux profils ont des traits propres mais aussi des caract\u00e9ristiques qui les lient principalement au profil 1 (et au profil 2 de fa\u00e7on marginale) par des variables explicatives ou descriptives communes. Ces caract\u00e9ristiques communes sont visibles dans le graphique, il s\u2019agit des variables ayant un d\u00e9grad\u00e9 de deux couleurs du fait de leurs liens \u00e0 deux des profils, et non pas \u00e0 un seul : <mark style=\"background-color:#000000\" class=\"has-inline-color has-white-color\"> 1 <\/mark> un d\u00e9grad\u00e9 bleu et jaune fonc\u00e9 pour les variables li\u00e9es aux profils 1 et 4 ; <mark style=\"background-color:#000000\" class=\"has-inline-color has-white-color\"> 2 <\/mark>  gris et jaune fonc\u00e9 pour celles li\u00e9es aux profils 1 et 2 ; et enfin <mark style=\"background-color:#000000\" class=\"has-inline-color has-white-color\"> 3 <\/mark>  jaune clair et bleu pour celles li\u00e9es aux profils 3 et 4. Les valeurs <mark style=\"background-color:#000000\" class=\"has-inline-color has-white-color\"> 1 <\/mark>  \u00e0 <mark style=\"background-color:#000000\" class=\"has-inline-color has-white-color\"> 3 <\/mark>  sont indiqu\u00e9es dans le graphique afin de mieux identifier ces variables ou caract\u00e9ristiques communes [Figure 2].<\/p>\n<\/div><\/details><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":882,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-773","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/773","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/wp-json\/wp\/v2\/users\/882"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=773"}],"version-history":[{"count":29,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/773\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1243,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/773\/revisions\/1243"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/prior\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=773"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}