 {"id":338,"date":"2023-03-27T10:14:36","date_gmt":"2023-03-27T08:14:36","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/?p=338"},"modified":"2023-06-12T17:09:11","modified_gmt":"2023-06-12T15:09:11","slug":"le-portrait-dans-le-monde-grec-ve-ier-s-av-j-c","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/2023\/03\/27\/le-portrait-dans-le-monde-grec-ve-ier-s-av-j-c\/","title":{"rendered":"Le portrait dans le monde grec (Ve &#8211; Ier s. av. J.-C.)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><em>Texte d&rsquo;Estelle Galbois, Universit\u00e9 Toulouse &#8211; Jean Jaur\u00e8s, Laboratoire PLH<\/em><\/p>\n<h2>Qu\u2019est-ce qu\u2019un portrait\u00a0?<\/h2>\n<p>D\u00e8s son origine, le portrait, en fixant les traits d\u2019un individu, a un pouvoir mn\u00e9monique. L\u2019anecdote de Pline l\u2019Ancien sur l\u2019invention \u00e0 Corinthe du portrait en argile \u00e0 partir d\u2019un profil dessin\u00e9 sur un mur le montre clairement\u00a0(<em>Histoire Naturelle,<\/em> 35,151, Croisille (trad.), 2002) :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>En utilisant lui aussi la terre, le potier Butad\u00e8s de Sicyone d\u00e9couvrit le premier l\u2019art de modeler des portraits en argile\u00a0; cela se passait \u00e0 Corinthe et il dut son invention \u00e0 sa fille, qui \u00e9tait amoureuse d\u2019un jeune homme\u00a0; celui-ci partant pour l\u2019\u00e9tranger, elle entoura d\u2019une ligne l\u2019ombre de son visage projet\u00e9e sur le mur par la lumi\u00e8re d\u2019une lanterne\u00a0; son p\u00e8re appliqua de l\u2019argile sur l\u2019esquisse, en un relief qu\u2019il mit \u00e0 durcir au feu avec le reste de ses poteries, apr\u00e8s l\u2019avoir fait s\u00e9cher\u00a0; cette \u0153uvre, dit-on, fut conserv\u00e9e au Nymphaeum jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque du sac de Corinthe par Mummius.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour autant, le portrait ne saurait se r\u00e9sumer \u00e0 une simple affaire de ressemblance du mod\u00e8le, car plusieurs facteurs entrent en jeu dans sa conception\u00a0: le mat\u00e9riau, le format, le style de l\u2019artiste, l\u2019air du temps et le souci d\u2019id\u00e9alisation pour donner \u00e0 la personne repr\u00e9sent\u00e9e une image harmonieuse. C\u2019est bien cette image harmonieuse\u00a0que cherche \u00e0 retranscrire le peintre Apelle\u00a0lorsqu\u2019il peint de trois quarts Antigone le Borgne (382-301 avant J.-C.), le fondateur de la dynastie des Antigonides, \u00ab\u00a0de telle sorte que ce qui manquait r\u00e9ellement \u00e0 l\u2019original semblait plut\u00f4t manquer dans le tableau et qu\u2019il ne montra du visage que le c\u00f4t\u00e9 susceptible d\u2019\u00eatre montr\u00e9 en entier\u00a0\u00bb (Pline, <em>Histoire Naturelle<\/em>, XXXV, 36. trad. J.-M. Croisille).<\/p>\n<h2>La naissance du portrait grec<\/h2>\n<p>Le portrait, en tant qu\u2019image ressemblante du mod\u00e8le, fait son apparition dans le monde grec au d\u00e9but du v<sup>e <\/sup>s. avant J.-C. \u00c0 l\u2019\u00e9poque archa\u00efque, en effet, c\u2019est moins l\u2019apparence individuelle qui retient l\u2019attention des sculpteurs que le souci de montrer la classe d\u2019\u00e2ge ou encore le statut social du personnage repr\u00e9sent\u00e9 (voir par exemple la st\u00e8le d\u2019Aristion mettant en sc\u00e8ne un soldat barbu, un hoplite, arm\u00e9 d\u2019armes d\u00e9fensives lourdes ; Ath\u00e8nes, mus\u00e9e arch\u00e9ologique national, vers 520-510 avant J.-C.<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les premiers portraits reproduisent les traits de strat\u00e8ges ou de po\u00e8tes. On note sur ces statues-portraits une volont\u00e9 manifeste de donner au mod\u00e8le une physionomie individuelle tout en inscrivant ces effigies dans une typologie bien d\u00e9finie. Prenons par exemple le portrait du strat\u00e8ge grec P\u00e9ricl\u00e8s (vers 495-429 avant J.-C.). Cr\u00e9silas le repr\u00e9sente barbu, portant un casque corinthien sur la t\u00eate, qui ne qualifie pas uniquement le statut de strat\u00e8ge du mod\u00e8le. En effet, Plutarque, dans la <em>Vie de P\u00e9ricl\u00e8s<\/em> (III. 3-4), nous apprend que celui-ci\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Bien conform\u00e9 quant au reste du corps, il avait cependant une t\u00eate tr\u00e8s allong\u00e9e, d\u2019une grosseur disproportionn\u00e9e. C\u2019est pourquoi les artistes qui l\u2019ont repr\u00e9sent\u00e9 le montrent presque tous avec un casque, par d\u00e9sir, semble-t-il de ne pas souligner ce d\u00e9faut. Mais les po\u00e8tes attiques l\u2019appellent schinoc\u00e9phale (\u00ab t\u00eate d\u2019oignon \u00bb).<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette malformation cr\u00e2nienne \u00e9tait source de raillerie pour les po\u00e8tes, comme l\u2019indique encore Plutarque dans le portrait qu\u2019il dresse de l\u2019homme fort d\u2019Ath\u00e8nes. Le sculpteur ne pouvant donner une image risible de P\u00e9ricl\u00e8s, il a dissimul\u00e9 la forme atypique du cr\u00e2ne sous un casque corinthien<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi \u00e0 cette \u00e9poque que l\u2019on assiste \u00e0 l\u2019essor de portraits imaginaires. Le portrait d\u2019Hom\u00e8re du type \u00ab \u00c9pim\u00e9nide \u00bb en est un tr\u00e8s bon exemple : le Po\u00e8te, aveugle, est figur\u00e9 les yeux ferm\u00e9s (Glyptoth\u00e8que de Munich, inv. 273. Copie romaine d\u2019un original grec que v<sup>e<\/sup> s. avant J.-C.<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>). Mentionnons enfin le portrait de Pindare, mort peu apr\u00e8s 446 avant J.-C. Le po\u00e8te th\u00e9bain est immortalis\u00e9 de mani\u00e8re fort r\u00e9aliste avec un visage maigre marqu\u00e9 par le temps, comme l\u2019indiquent les nombreuses rides sillonnant son visage, ainsi que les poches sous ses yeux (Naples, mus\u00e9e arch\u00e9ologique national . Copie romaine d\u2019un original grec du v<sup>e<\/sup> s. avant J.-C.<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>)<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>L\u2019essor du portrait honorifique<\/h2>\n<p>Au cours du iv<sup>e<\/sup> s. avant J.-C., les strat\u00e8ges, les philosophes et les athl\u00e8tes sont de plus en plus souvent repr\u00e9sent\u00e9s dans l\u2019espace public. Conon (vers 444-388) fut ainsi le premier strat\u00e8ge \u00e0 \u00eatre honor\u00e9 de son vivant d\u2019une statue\u00a0; celle-ci fut \u00e9rig\u00e9e sur l\u2019agora en 394-393 avant J.-C. \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle de son alli\u00e9 \u00c9vagoras, roi de Chypre, dont la victoire d\u00e9cisive sur Sparte a permis de restaurer l\u2019ind\u00e9pendance d\u2019Ath\u00e8nes. Le iv<sup>e<\/sup> s. avant J.-C. conna\u00eet un d\u00e9veloppement de la culture honorifique qui a pour cons\u00e9quence la multiplication des statues dans la cit\u00e9. L\u2019octroi d\u2019une statue fait partie des <em>megistai timai<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire les \u00ab\u00a0tr\u00e8s grands honneurs\u00a0\u00bb au m\u00eame titre que les privil\u00e8ges de la nourriture au prytan\u00e9e<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> et de la pro\u00e9drie<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. C\u2019est ainsi que trois portraits de l\u2019orateur Isocrate (436-388) furent \u00e9rig\u00e9s en son honneur \u00e0 l\u2019initiative d\u2019amis, de disciples ou de membres de sa famille, \u00e0 Ath\u00e8nes et \u00c9leusis (Attique). Plusieurs effigies d\u2019un m\u00eame individu pouvaient se dresser dans une cit\u00e9, voire dans un m\u00eame lieu, comme l\u2019agora, un des endroits les plus fr\u00e9quent\u00e9s de l\u2019espace civique. Cette prolif\u00e9ration de statues-portraits, pour l\u2019essentiel perdues, s\u2019explique \u00e9galement par l\u2019essor de la statuaire comm\u00e9morative mettant \u00e0 l\u2019honneur les h\u00e9ros du pass\u00e9. Ainsi, Miltiade, rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre pour avoir men\u00e9 les Grecs \u00e0 la victoire dans la plaine de Marathon en 490 avant J.-C., se voit-il honor\u00e9 d\u2019une premi\u00e8re statue destin\u00e9e \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e dans le sanctuaire d\u2019Apollon \u00e0 Delphes au V<sup>e<\/sup> s. avant J.-C. Une nouvelle statue de lui fut dress\u00e9e \u00e0 Ath\u00e8nes au iv<sup>e<\/sup> s. avant J.-C. (Pausanias, X, 10, 1).<\/p>\n<p>Les effigies de D\u00e9m\u00e9trios de Phal\u00e8re offrent une nouvelle dimensions aux statues-portraits honorifiques. Nomm\u00e9 gouverneur d&rsquo;Ath\u00e8nes (ou \u00e9pim\u00e9l\u00e8te) par le roi mac\u00e9donien Cassandre en 317 avant J.-C., il fut en effet gratifi\u00e9 d\u2019innombrables portraits. On peut lire sous la plume de Diog\u00e8ne La\u00ebrce que \u00ab\u00a0[D\u00e9m\u00e9trios de Phal\u00e8re] fut jug\u00e9 digne de trois cent soixante effigies en bronze, dont la plupart \u00e9taient \u00e0 cheval, sur des chars et des attelages \u00e0 deux chevaux, qui furent achev\u00e9es en moins de trois cents jours\u00a0: \u00e0 tel point il suscitait l\u2019empressement.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Bien que ces chiffres ne doivent pas \u00eatre pris pour argent comptant, ils mettent en \u00e9vidence le caract\u00e8re tout \u00e0 fait in\u00e9dit du ph\u00e9nom\u00e8ne de prolif\u00e9ration de l\u2019image du l\u00e9gislateur ath\u00e9nien qui saturait l\u2019espace civique. En 307 avant J.-C., lorsque le roi D\u00e9m\u00e9trios Poliorc\u00e8te \u00ab\u00a0lib\u00e9ra\u00a0\u00bb Ath\u00e8nes de la domination de Cassandre, D\u00e9m\u00e9trios de Phal\u00e8re fut contraint de fuir la cit\u00e9 pour sauver sa vie. Les Ath\u00e9niens, faute de pouvoir lyncher le l\u00e9gislateur d\u00e9chu, s\u2019en prirent violemment \u00e0 ses statues, objets de diff\u00e9rents outrages\u00a0: elles furent jet\u00e9es dans la mer, fondues ou transform\u00e9es en pots de chambre. Apr\u00e8s cet \u00e9pisode d\u2019une violence inou\u00efe, l\u2019octroi de statues honorifiques fut davantage r\u00e9gul\u00e9.<\/p>\n<h2>Les portraits d\u2019Alexandre le Grand et des souverains hell\u00e9nistiques<\/h2>\n<p>Au c\u00f4t\u00e9 des statues-portraits honorant les hommes illustres des cit\u00e9s grecques, les portraits d\u2019Alexandre le Grand et des rois hell\u00e9nistiques forment une autre cat\u00e9gorie d\u2019effigies bien pr\u00e9sente dans le paysage visuel des Anciens. Le genre du portrait royal prend naissance \u00e0 la cour mac\u00e9donienne de Philippe II (382-336) qui accueille peintres et sculpteurs de renom. La commande d\u2019un groupe familial sculpt\u00e9 expos\u00e9 dans une rotonde, connue sous le nom de Philippeion, \u00e0 Olympie, a fait date. Ce groupe g\u00e9n\u00e9alogique royal, le premier du genre, fut con\u00e7u par le sculpteur L\u00e9ochar\u00e8s \u00e0 la demande de Philippe II. Il comprenait les statues chrys\u00e9l\u00e9phantines, c\u2019est-\u00e0-dire faites d\u2019or et d\u2019ivoire, de Philippe, d\u2019Amyntas et d\u2019Eurydice (les parents de Philippe), d\u2019Olympias (\u00e9pouse de Philippe et m\u00e8re d\u2019Alexandre) et d\u2019Alexandre.<\/p>\n<p>Le r\u00e8gne d\u2019Alexandre III, dit le Grand, marque un tournant dans la diffusion des statues-portraits. Les sculptures du jeune conqu\u00e9rant mac\u00e9donien et les effigies sur d\u2019autres m\u00e9dias (peinture, mosa\u00efque, pierres grav\u00e9es) se multiplient et sont diss\u00e9min\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un tr\u00e8s vaste royaume s\u2019\u00e9tendant de la Cyr\u00e9na\u00efque (Lybie) aux confins de l\u2019Inde. Les sources \u00e9crites et les rares statues-portraits conserv\u00e9es r\u00e9v\u00e8lent que le souverain \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 en cavalier, cuirass\u00e9 ou avec une lance fich\u00e9e en terre (voir l\u2019\u00e9tude d\u2019une statue-portrait : \u00ab\u00a0Alexandre \u00e0 la lance de Lysippe\u00a0\u00bb, dans ce m\u00eame dossier sur l\u2019image antique sur Utpictura 18). S\u2019il n\u2019y a pas de \u00ab\u00a0normalisation\u00a0\u00bb des portraits du Mac\u00e9donien, on observe n\u00e9anmoins des tendances iconographiques de fond \u2013 juv\u00e9nilit\u00e9, chevelure mi-longue aux m\u00e8ches souples, double boucle au-dessus du front (<em>anastol\u00e8<\/em>). Les portraits des successeurs d\u2019Alexandre, aussi bien les diadoques que les \u00e9pigones, ne semblent pas non plus avoir respect\u00e9 de fa\u00e7on rigide les mod\u00e8les \u00e9labor\u00e9s dans les ateliers officiels. Dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du II<sup>e<\/sup> s. avant J.-C., on constate n\u00e9anmoins dans le royaume d\u2019\u00c9gypte l\u2019existence d\u2019images se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 un mod\u00e8le identique.<\/p>\n<p>Peu de portraits sculpt\u00e9s de souverains hell\u00e9nistiques nous sont finalement parvenus. Et de ces portraits sculpt\u00e9s, il ne reste malheureusement trop souvent que des corps sans t\u00eate ou des t\u00eates sans corps. Les statues royales en bronze ont pour ainsi dire compl\u00e8tement disparu. Nous savons toutefois, gr\u00e2ce aux sources textuelles et aux portraits fragmentaires, que le roi pouvait \u00eatre figur\u00e9 nu, arm\u00e9 ou \u00e0 cheval. Sur ses images, le souverain arbore g\u00e9n\u00e9ralement le diad\u00e8me, fine bandelette aux extr\u00e9mit\u00e9s parfois frang\u00e9es qualifiant sa fonction royale, et porte la chlamyde mac\u00e9donienne, une courte cape fix\u00e9e sur l\u2019\u00e9paule droite par une fibule, de couleur pourpre. En outre, il \u00e9tait muni d\u2019attributs divins, d\u00e9truits sur les portraits en marbre, mais conserv\u00e9s sur des statuettes en bronze, et bien pr\u00e9sents dans les images miniatures (portraits grav\u00e9s ou bustes d\u00e9corant des pi\u00e8ces de vaisselle, de mobilier). Les reines \u00e9taient diad\u00e9m\u00e9es, couronn\u00e9es de la <em>st\u00e9phan\u00e8 <\/em>(couronne m\u00e9tallique en arc-de-cercle pouvant \u00eatre agr\u00e9ment\u00e9e de pierres pr\u00e9cieuses) et, souvent voil\u00e9es, ce qui indiquait leur statut d\u2019\u00e9pouse. Elles \u00e9taient, comme les rois, munies d\u2019attributs divins. Les portraits miniatures offrent une plus large diversit\u00e9 iconographique que les repr\u00e9sentations de la grande plastique. Ainsi, le couple royal \u00e9tait-il assimil\u00e9 \u00e0 de nombreuses divinit\u00e9s du panth\u00e9on grec\u00a0: Apollon, Dionysos, Herm\u00e8s pour les rois, Aphrodite, Ath\u00e9na, D\u00e9m\u00e9ter, Tych\u00e8 pour les reines. Dans le royaume d\u2019\u00c9gypte, les souverains reprennent les codes de repr\u00e9sentation et les insignes du pouvoir de tradition pharaonique \u2013 tout particuli\u00e8rement la couronne de Haute et de Basse \u00c9gypte, appel\u00e9e <em>pschent<\/em>, et le cache-perruque (<em>n\u00e9m\u00e8s<\/em>).<\/p>\n<h2>Fonctions du portrait grec<\/h2>\n<p>Les statues-portraits des hommes illustres dans le monde grec ont le plus souvent une fonction honorifique (<em>e\u00eekon<\/em>). Elles sont en bronze et sont \u00e9rig\u00e9es dans l\u2019espace public, \u00e0 l\u2019air libre. En revanche, les statues-portraits des rois et des reines hell\u00e9nistiques sont soit honorifiques, soit cultuelles (<em>agalma<\/em>). Expos\u00e9es dans les temples, elles sont alors en marbre polychrome. Enfin, les portraits miniatures ont \u00e9t\u00e9 employ\u00e9s dans diff\u00e9rents contextes. Ils pouvaient \u00eatre utilis\u00e9s dans les bureaux de la chancellerie pour sceller les documents administratifs, dans le cadre de relations diplomatiques o\u00f9 ils \u00e9taient donn\u00e9s en cadeaux, ainsi que dans le cadre du culte royal \u2013 les portraits apparaissent sur des objets du mat\u00e9riel cultuel (coupes \u00e0 libation et \u0153nocho\u00e9s), ainsi que sur des couronnes de pr\u00eatresses. On en a \u00e9galement retrouv\u00e9 dans des tombes de particuliers.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Le portrait grec s\u2019inscrit donc dans un processus long et complexe, fond\u00e9 sur la ressemblance ou l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0effet de r\u00e9el\u00a0\u00bb dans le cas des portraits imaginaires, puisque ces images mat\u00e9rialisent la mani\u00e8re dont les Anciens se repr\u00e9sentaient les hommes du pass\u00e9. Le portrait r\u00e9sulte aussi d\u2019un m\u00e9lange de r\u00e9alisme et de formes g\u00e9n\u00e9riques, dans la mesure o\u00f9 il s\u2019inscrit dans une \u00e9poque particuli\u00e8re. D\u00e8s lors, il appara\u00eet comme une image construite. De ce point de vue, l\u2019imagerie royale v\u00e9hicule des messages conformes \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie royale en vigueur. Le portrait royal montre un individu, qui cherche \u00e0 donner de lui une image n\u00e9cessairement positive. Le souverain s\u2019affiche, en effet, comme un chef militaire victorieux, garant de la paix et de la prosp\u00e9rit\u00e9 du royaume et de ses sujets, pour ne citer que deux th\u00e8mes centraux de l\u2019id\u00e9ologie royale \u00e0 l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique.<\/p>\n<h2>Bibliographie indicative<\/h2>\n<p>GALBOIS, Estelle, <em>Images du pouvoir et pouvoir de l\u2019image. Les \u00ab\u00a0m\u00e9daillons-portraits\u00a0\u00bb miniatures des Lagides<\/em>, Scripta Antiqua 113, Bordeaux, 2018.<\/p>\n<p>QUEYREL, Fran\u00e7ois et von den Hoff, Ralf, dir., <em>La vie des portraits grecs. Statues-portraits du v<sup>e<\/sup> au i<sup>er<\/sup> si\u00e8cle av. J.-C. Usages et re-contextualisations<\/em>, Hermann, Paris, 2017.<\/p>\n<p>ROLLEY, Claude, <em>La sculpture grecque 1. Des origines au milieu du Ve si\u00e8cle<\/em>, 1994\u00a0; <em>La sculpture grecque. 2. La p\u00e9riode classique, <\/em>1999.<\/p>\n<p>VON DEN HOFF, Ralf, QUEYREL, Fran\u00e7ois et PERRIN-SAMINADAYAR, \u00c9ric, dir., Eikones. <em>Portraits en contexte. Recherches nouvelles sur les portraits grecs du v<sup>e<\/sup> au i<sup>er<\/sup> si\u00e8cle av. J.-C., <\/em>Osanna, Venosa, 2016.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <a href=\"https:\/\/collections.louvre.fr\/ark:\/53355\/cl020503822\">https:\/\/collections.louvre.fr\/ark:\/53355\/cl020503822<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.britishmuseum.org\/collection\/object\/G_1805-0703-91\">https:\/\/www.britishmuseum.org\/collection\/object\/G_1805-0703-91<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fichier:Homeros_Glyptothek_Munich_273.jpg.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pindare.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Claude Rolley, <em>La sculpture grecque. 2. La p\u00e9riode classique, <\/em>1999, p. 297-298, fig. 308.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Chaque cit\u00e9 grecque poss\u00e9dait un prytan\u00e9e, \u00e9difice \u00e0 la fois civil et religieux, qui comportait un autel d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la d\u00e9esse Hestia. Les citoyens qui avaient mis la cit\u00e9 \u00e0 l\u2019honneur, comme les athl\u00e8tes victorieux aux concours panhell\u00e9niques ou les bienfaiteurs (\u00e9verg\u00e8tes), \u00e9taient nourris aux frais de la cit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> La pro\u00e9drie est le privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre assis au premier rang lors des concours organis\u00e9s par la cit\u00e9. Le droit de pro\u00e9drie concerne certains pr\u00eatres et magistrats, et peut \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 titre honorifique aux bienfaiteurs de la cit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Diog\u00e8ne La\u00ebrce, 5. 75. Trad. M. Narcy, in M.-O. Goulet-Caz\u00e9 (dir.), <em>Diog\u00e8ne La\u00ebrce, Vies et doctrines des philosophes illustres<\/em>, La Pochoth\u00e8que, Le Livre de poche, Paris, 1999.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte d&rsquo;Estelle Galbois, Universit\u00e9 Toulouse &#8211; Jean Jaur\u00e8s, Laboratoire PLH Qu\u2019est-ce qu\u2019un portrait\u00a0? D\u00e8s son origine, le portrait, en fixant les traits d\u2019un individu, a un pouvoir mn\u00e9monique. L\u2019anecdote de Pline l\u2019Ancien sur l\u2019invention \u00e0 Corinthe du portrait en argile \u00e0 partir d\u2019un profil dessin\u00e9 sur un mur le montre clairement\u00a0(Histoire Naturelle, 35,151, Croisille (trad.), 2002) : &nbsp; En utilisant [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1264,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_members_access_role":[],"_members_access_error":""},"categories":[22,29,30,52,27,57],"tags":[],"class_list":["post-338","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-antiquite","category-histoire","category-histoire-de-lart","category-image-antique","category-lettres-classiques","category-sculpture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/338","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1264"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=338"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/338\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":340,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/338\/revisions\/340"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=338"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=338"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=338"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}