 {"id":487,"date":"2023-04-11T12:20:40","date_gmt":"2023-04-11T10:20:40","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/?p=487"},"modified":"2023-06-12T20:18:50","modified_gmt":"2023-06-12T18:18:50","slug":"etude-dun-camee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/2023\/04\/11\/etude-dun-camee\/","title":{"rendered":"Etude d&rsquo;un cam\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00c9tude d\u2019un cam\u00e9e<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><strong>Le Grand Cam\u00e9e de France\u00a0: <\/strong><strong>la question de la transmission dynastique en images<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><em>Texte d\u2019\u00c9velyne Prioux, <\/em><em>CNRS Paris-Nanterre, UMR 7041 ArScAn, \u00e9quipe LIMC<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>Connu pour repr\u00e9senter la famille imp\u00e9riale autour de l&rsquo;Empereur Tib\u00e8re tr\u00f4nant en majest\u00e9, le Grand Cam\u00e9e de France (fig. 1<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> et 2) est presque syst\u00e9matiquement repr\u00e9sent\u00e9 dans les manuels scolaires de Latin (de niveau 3<sup>e<\/sup> en particulier) et d&rsquo;Histoire (niveaux 6<sup>e<\/sup> et 2<sup>de<\/sup>). Per\u00e7u \u00e0 juste titre comme un monument important de l&rsquo;art romain, comme une \u0153uvre majeure du patrimoine national et comme une repr\u00e9sentation dynastique, il est pourtant rare que sa symbolique et sa signification soient clairement expliqu\u00e9es. C&rsquo;est pourquoi nous proposons ici d&rsquo;en \u00e9tudier les diff\u00e9rents personnages, tout en essayant de rendre compte des intentions de la commande et du contexte dans lequel il a pu \u00eatre con\u00e7u. De plus, il s&rsquo;agit d&rsquo;une image structur\u00e9e en trois registres diff\u00e9rents, ce qui n&rsquo;est pas rare dans l&rsquo;art antique, mais ne va pas de soi pour le spectateur d&rsquo;aujourd&rsquo;hui\u00a0: chaque registre est dot\u00e9 d&rsquo;une valeur symbolique diff\u00e9rente que nous expliciterons.<\/p>\n<div id=\"attachment_435\" style=\"width: 509px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-435\" class=\"wp-image-435 size-full\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/04\/Grand-Camee-de-France.jpg\" alt=\"\" width=\"499\" height=\"576\" \/><p id=\"caption-attachment-435\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 1. Grand Cam\u00e9e de France, sardoine \u00e0 cinq couches, BnF, MMA, cam\u00e9e n\u00b0 264 \u00a9 BnF<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Un objet pr\u00e9cieux destin\u00e9 \u00e0 susciter l&rsquo;\u00e9merveillement<\/strong><\/p>\n<p>Conserv\u00e9 au d\u00e9partement des Monnaies, m\u00e9dailles et antiques de la Biblioth\u00e8que nationale de France (cam\u00e9e n\u00b0\u00a0264), le Grand Cam\u00e9e de France est une sardoine de cinq couches (brune, blanche, rousse, blanche et roux fonc\u00e9) dont les dimensions maximales sont de 310 mm x 265 mm, ce qui en fait un <strong>cam\u00e9e<\/strong>* \u00ab\u00a0hors normes\u00a0\u00bb. Ce format extraordinaire incite \u00e0 penser qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un objet destin\u00e9 \u00e0 susciter l\u2019\u00e9merveillement de ses spectateurs non seulement en raison de la gravure et de la composition du champ figur\u00e9, mais aussi en raison de la valeur m\u00eame de cette sardoine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le contexte historique<\/strong><\/p>\n<p>Ce cam\u00e9e, appel\u00e9 aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0Grand cam\u00e9e de France\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Gemma Tiberiana\u00a0\u00bb au xvii<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, fut certainement grav\u00e9 sous Tib\u00e8re. Comme tr\u00e8s souvent dans l&rsquo;art antique, l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus important de l&rsquo;image est dispos\u00e9 au centre et, de fait, l&#8217;empereur r\u00e9gnant tr\u00f4ne au centre du champ figur\u00e9, tandis que gravitent autour de lui d&rsquo;autres personnages, identifiables pour les uns, anonymes pour les autres. Red\u00e9couvert en 1620 par l\u2019\u00e9rudit Claude-Nicolas Fabri de Peiresc dans le tr\u00e9sor de la Sainte-Chapelle, ce cam\u00e9e pr\u00e9sente trois registres peupl\u00e9s de vingt-cinq figures qui ont donn\u00e9 lieu, depuis Peiresc, aux tentatives d&rsquo;identification les plus diverses. Par son iconographie et ses dimensions extraordinaires, ce cam\u00e9e semble avoir \u00e9t\u00e9 con\u00e7u dans un jeu d\u2019allusions au grand cam\u00e9e de Vienne<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, cam\u00e9e qui glorifiait \u00e0 la fois Auguste et Tib\u00e8re, pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019h\u00e9ritier l\u00e9gitime de l\u2019empereur r\u00e9gnant. Quelques d\u00e9cennies plus tard, le Grand Cam\u00e9e de France met en images la question de la transmission du pouvoir de Tib\u00e8re vers l\u2019un ou l\u2019autre de ses h\u00e9ritiers potentiels.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me empereur de la dynastie julio-claudienne, Tib\u00e8re \u00e9tait le fils de Livie, l&rsquo;\u00e9pouse d&rsquo;Auguste.\u00a0 Lorsque Auguste adopta Tib\u00e8re en 4 ap. J.-C., faisant de lui son h\u00e9ritier potentiel, Tib\u00e8re, \u00e0 son tour, adopta Germanicus, le petit-fils d&rsquo;Octavie, s\u0153ur d&rsquo;Auguste. \u00c0 l&rsquo;accession de Tib\u00e8re au pouvoir, en 14 ap. J.-C., celui-ci avait donc deux h\u00e9ritiers potentiels\u00a0: son fils adoptif, Germanicus, qui allait mourir en 19 ap. J.-C. \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 33 ans, et son fils biologique, Drusus le Jeune (Drusus II), qui allait mourir en 23 ap. J.-C. \u00e0 pr\u00e8s de 37 ans. Apr\u00e8s la mort de Drusus II, deux groupes d&rsquo;h\u00e9ritiers potentiels se dessinaient\u00a0: d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les trois fils de Germanicus (Nero Julius Caesar, Drusus III et Caligula, qui, en 23, avaient respectivement autour de 17, 16 et 11 ans) et, de l&rsquo;autre, les deux jumeaux de Drusus II, Tiberius Gemellus et Tiberius Germanicus II qui n&rsquo;avaient que quatre ans. L&rsquo;interpr\u00e9tation du Grand Cam\u00e9e de France d\u00e9pend donc de l&rsquo;identification des diff\u00e9rentes figures qui peut partiellement se baser sur les autres portraits connus de ces personnages et parfois sur des portraits mon\u00e9taires. Selon que tel ou tel personnage figure dans le registre central, qui est celui des vivants de la famille imp\u00e9riale, ou dans le registre c\u00e9leste, qui est celui des dieux et des morts, l&rsquo;interpr\u00e9tation du grand cam\u00e9e varie. Sommes-nous apr\u00e8s ou avant la mort de Germanicus\u00a0? Apr\u00e8s ou avant celle de Drusus II\u00a0? Cette image cherche-t-elle \u00e0 favoriser un h\u00e9ritier contre un autre\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les trois registres de l&rsquo;image et leurs personnages<\/strong><\/p>\n<p>Comme nous l&rsquo;avons soulign\u00e9, l&rsquo;image est structur\u00e9e en trois registres\u00a0: celui c\u00e9leste, des dieux et des morts\u00a0; celui, central, de la cour imp\u00e9riale et des membres vivants de la dynastie\u00a0; celui, inf\u00e9rieur, des barbares vaincus qui servent \u00e0 exalter le pouvoir imp\u00e9rial et la domination de Rome assur\u00e9e par la valeur militaire de Tib\u00e8re et de ses h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>Dans la partie sup\u00e9rieure du Grand Cam\u00e9e de France, un registre c\u00e9leste repr\u00e9sente, autour d\u2019Auguste divinis\u00e9 (n\u00b0\u00a04), deux autres d\u00e9funts dispos\u00e9s sym\u00e9triquement autour de lui (n\u00b0\u00a01 et 5). L&rsquo;identit\u00e9 du prince voil\u00e9 et coiff\u00e9 d&rsquo;une couronne radi\u00e9e qui occupe le milieu de ce registre (n\u00b0\u00a04) est aujourd&rsquo;hui assur\u00e9e, gr\u00e2ce \u00e0 la comparaison avec le portrait d&rsquo;Auguste du type Prima Porta<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Comme l&rsquo;a rapidement per\u00e7u Peiresc et comme l&rsquo;ont aussi compris ses diff\u00e9rents correspondants, ce registre repr\u00e9sente notamment l&rsquo;apoth\u00e9ose d&rsquo;un personnage (n\u00b0\u00a05) rejoignant sur le dos de P\u00e9gase (n\u00b0\u00a02) le domaine des cieux et Auguste (n\u00b0\u00a04), le fondateur de la dynastie. Un consensus se dessine aujourd&rsquo;hui pour reconna\u00eetre, dans ce personnage en cours d&rsquo;apoth\u00e9ose, la figure de Germanicus (n\u00b0\u00a05).<\/p>\n<p>Le registre m\u00e9dian est lui aussi centr\u00e9 sur une figure imp\u00e9riale\u00a0: celle du successeur d&rsquo;Auguste, l&#8217;empereur Tib\u00e8re (n\u00b0\u00a011) assis sur un tr\u00f4ne double (<em>bisellium<\/em>) aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;une figure f\u00e9minine (n\u00b0\u00a012) qui ne peut \u00eatre, logiquement, que sa m\u00e8re Livie, la veuve d&rsquo;Auguste. Si l&#8217;empereur porte l&rsquo;\u00e9gide de Jupiter, sa m\u00e8re est implicitement compar\u00e9e \u00e0 C\u00e9r\u00e8s par l&rsquo;\u00e9pi et les pavots qu&rsquo;elle tient dans sa main droite. Diff\u00e9rents membres de la famille imp\u00e9riale se trouvent rassembl\u00e9s autour du \u00ab\u00a0couple\u00a0\u00bb Tib\u00e8re-Livie\u00a0: trois femmes (n\u00b0\u00a07, 10 et 14), dont deux, assises, encadrent la composition \u00e0 gauche et \u00e0 droite (n\u00b07 et 14), ainsi que deux jeunes gens et un enfant que le tailleur de gemmes a repr\u00e9sent\u00e9s, de mani\u00e8re singuli\u00e8re, en habit militaire (n\u00b0\u00a08, 9 et 13). Par la pr\u00e9sence de ces jeunes gens autour de l&#8217;empereur r\u00e9gnant, ce registre semble aborder la question de la succession possible de Tib\u00e8re et mettre en avant les figures qui pourront assurer la continuit\u00e9 dynastique malgr\u00e9 le d\u00e9c\u00e8s r\u00e9cent de Germanicus en 19 ap. J.-C. (n\u00b0\u00a05). Les \u00e2ges probables de ces jeunes gens et leur nombre invitent \u00e0 les identifier avec les trois fils de Germanicus\u00a0: Nero Julius Caesar (n\u00b0\u00a09), Drusus III (n\u00b0\u00a013) et Caligula (n\u00b0\u00a08).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;a\u00een\u00e9 des trois fr\u00e8res (n\u00b0\u00a09) assume un r\u00f4le de premier plan dans la mesure o\u00f9 il se pr\u00e9sente, coiff\u00e9 d&rsquo;un casque orn\u00e9 d&rsquo;une t\u00eate d&rsquo;aigle, face \u00e0 l&#8217;empereur r\u00e9gnant. L&rsquo;importance de ce personnage et le caract\u00e8re crucial de sa rencontre avec Tib\u00e8re sont marqu\u00e9s par un <em>Pathosformel<\/em>, autrement dit par une posture corporelle destin\u00e9e \u00e0 mettre en \u00e9vidence l&rsquo;intensit\u00e9 \u00e9motionnelle d&rsquo;une sc\u00e8ne\u00a0: en l&rsquo;occurrence, l&rsquo;un des pieds de Nero Julius Caesar est l\u00e9g\u00e8rement sur\u00e9lev\u00e9 et s&rsquo;appuie sur un petit rocher dispos\u00e9 de mani\u00e8re tr\u00e8s artificielle \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du repose-pieds imp\u00e9rial. Or, le pied en position sur\u00e9lev\u00e9e sur un rocher est une convention iconographique couramment employ\u00e9e par les artistes antiques\u00a0: l&rsquo;attitude de Nero Julius Caesar indiquait au spectateur antique le caract\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9 de la relation qui devait l&rsquo;unir \u00e0 Tib\u00e8re et son empressement \u00e0 vouloir le servir. La place pr\u00e9\u00e9minente que le graveur a accord\u00e9e \u00e0 ces trois fr\u00e8res et particuli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;a\u00een\u00e9 peut livrer des indices sur les intentions avec lesquelles fut r\u00e9alis\u00e9 le Grand Cam\u00e9e et sur l\u2019identit\u00e9 de son commanditaire, peut-\u00eatre une figure proche du pouvoir qui entendait soutenir tel h\u00e9ritier potentiel plut\u00f4t que tel autre.<\/p>\n<p>Le registre inf\u00e9rieur repr\u00e9sente quant \u00e0 lui des barbares vaincus. Assis au milieu de leurs armes, le regard dirig\u00e9 vers le sol, ces derniers font \u00e9cho, par leur posture, \u00e0 l&rsquo;une des figures du registre central\u00a0: celle qui, v\u00eatue d&rsquo;habits orientaux (n\u00b0\u00a015), se tient assise, dans une position de prostration au pied du tr\u00f4ne de Livie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les intentions de la commande<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>S&rsquo;il ne fait gu\u00e8re de doute que le destinataire d&rsquo;un tel chef-d&rsquo;\u0153uvre n&rsquo;\u00e9tait autre que l&#8217;empereur lui-m\u00eame et que le Grand Cam\u00e9e nous livre une repr\u00e9sentation dynastique, les savants qui ont analys\u00e9 ce joyau ne s&rsquo;accordent pas sur l&rsquo;identit\u00e9 et les intentions de son commanditaire. Jean-Baptiste\u00a0Giard estime par exemple qu&rsquo;il ne peut s&rsquo;agir que d&rsquo;une repr\u00e9sentation exaltant l&rsquo;unit\u00e9 et la majest\u00e9 de la famille imp\u00e9riale<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. On pourrait objecter \u00e0 cette lecture que la repr\u00e9sentation dynastique qui est ici donn\u00e9e est certainement partisane, comme le laisse entendre la mise en valeur de certains membres de la famille imp\u00e9riale aux d\u00e9pens d\u2019autres. Aussi pourrait-il s&rsquo;agir d\u2019un somptueux pr\u00e9sent offert \u00e0 l\u2019empereur par l\u2019un de ses proches dans l\u2019intention d\u2019asseoir l\u2019influence et la l\u00e9gitimit\u00e9 de certains h\u00e9ritiers potentiels\u00a0: tel est le sens de la lecture r\u00e9cemment propos\u00e9e par Luca\u00a0Giuliani<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La datation du cam\u00e9e d\u00e9pend des identifications propos\u00e9es pour les diff\u00e9rents personnages, mais aussi de la mani\u00e8re dont on con\u00e7oit le rapport entre l&rsquo;image et la chronologie des \u00e9v\u00e9nements. Pour l&rsquo;interpr\u00e9ter, il convient de partir des quelques figures dont l&rsquo;interpr\u00e9tation est assur\u00e9e par des parall\u00e8les iconographiques clairs et de proc\u00e9der par d\u00e9duction pour l&rsquo;identification des figures restantes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les identifications suivantes paraissent assur\u00e9es\u00a0: Auguste divinis\u00e9 (n\u00b0\u00a04), Tib\u00e8re (n\u00b0\u00a011), Livie (n\u00b0\u00a012). Confirm\u00e9es par des parall\u00e8les iconographiques, elles s&rsquo;\u00e9tayent aussi les unes les autres, puisqu\u2019au r\u00e8gne d&rsquo;Auguste succ\u00e9da celui de son fils adoptif Tib\u00e8re qui \u00e9tait aussi le fils biologique de Livie, l\u2019\u00e9pouse de l&#8217;empereur d\u00e9funt. Si deux personnages rejoignent Auguste dans les cieux et ne peuvent donc plus succ\u00e9der \u00e0 Tib\u00e8re, les jeunes gens du registre m\u00e9dian sont logiquement les h\u00e9ritiers potentiels du tr\u00f4ne. Le plus \u00e2g\u00e9 d&rsquo;entre eux (n\u00b0\u00a09), qui se pr\u00e9sente devant l&#8217;empereur et sur lequel se concentrent les regards des figures n\u00b0\u00a07, 10, 11 et 12, occupe une position privil\u00e9gi\u00e9e parmi les h\u00e9ritiers possibles. Deux hypoth\u00e8ses peuvent \u00eatre envisag\u00e9es. La premi\u00e8re consiste \u00e0 consid\u00e9rer, par exemple avec Curtius, que la repr\u00e9sentation de Tib\u00e8re (n\u00b0\u00a011) est ici un hommage r\u00e9trospectif con\u00e7u sous le r\u00e8gne de l&rsquo;un de ses successeurs et que le cam\u00e9e l\u00e9gitime <em>a posteriori<\/em> un successeur de Tib\u00e8re par l&rsquo;invention d&rsquo;une sc\u00e8ne o\u00f9 ce dernier choisirait un h\u00e9ritier (le personnage n\u00b0\u00a09 serait alors l&#8217;empereur r\u00e9gnant, repr\u00e9sent\u00e9 en jeune homme devant son pr\u00e9d\u00e9cesseur). La seconde consiste au contraire \u00e0 penser que le cam\u00e9e, con\u00e7u sous le r\u00e8gne de Tib\u00e8re, cherche \u00e0 promouvoir un h\u00e9ritier possible. La premi\u00e8re de ces deux lectures para\u00eet fort peu vraisemblable, le personnage central du cam\u00e9e devant \u00eatre, pour des raisons de convenance, l&#8217;empereur r\u00e9gnant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si la r\u00e9alisation du cam\u00e9e se situe sous le r\u00e8gne de Tib\u00e8re, l&rsquo;identification des intentions de la commande et des diff\u00e9rents personnages peut s&rsquo;appuyer sur la connaissance que nous avons des hypoth\u00e8ses successivement envisag\u00e9es pour la transmission du pouvoir. Comme nous l&rsquo;avons vu, Tib\u00e8re avait, au d\u00e9but de son r\u00e8gne, deux h\u00e9ritiers possibles, Germanicus, son fils adoptif qui allait mourir en 19 ap. J.-C., et Drusus le Jeune (Drusus II), son fils biologique qui allait mourir en 23 ap. J.-C. . Apr\u00e8s la mort de Drusus II, deux groupes d&rsquo;h\u00e9ritiers pouvaient logiquement pr\u00e9tendre au pouvoir\u00a0: d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les trois fils de Germanicus et, de l&rsquo;autre, les tr\u00e8s jeunes fils jumeaux de Drusus\u00a0II.<\/p>\n<p>En admettant, avec J.-B.\u00a0Giard, l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle le personnage (n\u00b0\u00a09) qui se pr\u00e9sente devant Tib\u00e8re serait Germanicus, on pourrait associer le cam\u00e9e \u00e0 la comm\u00e9moration des succ\u00e8s de Germanicus lors des campagnes de 15-16 ap. J.-C. Une telle interpr\u00e9tation n&rsquo;est toutefois gu\u00e8re satisfaisante, puisqu&rsquo;elle pose \u00e0 la fois le probl\u00e8me des \u00e2ges respectifs des figures n\u00b0\u00a09 et 13\u00a0: la seconde est caract\u00e9ris\u00e9e comme juv\u00e9nile et ne saurait donc \u00eatre Drusus\u00a0II fils de Tib\u00e8re qui \u00e9tait plus \u00e2g\u00e9 que Germanicus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on estime au contraire que la r\u00e9alisation du cam\u00e9e se situe apr\u00e8s la mort de Germanicus et de Drusus le Jeune, une analyse coh\u00e9rente de l&rsquo;ensemble des figures devient possible. Comme l&rsquo;ont successivement soulign\u00e9 Curtiu<strong>s<\/strong> et Giuliani, les traits de la figure n\u00b0\u00a01 s&rsquo;accordent avec le profil de Drusus II fils de Tib\u00e8re tel que nous le connaissons par les monnaies<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. De ce fait, Germanicus, l&rsquo;autre h\u00e9ritier possible de Tib\u00e8re, se confondrait avec le cavalier chevauchant P\u00e9gase (n\u00b0\u00a05). Selon cette interpr\u00e9tation, les deux personnages qui entourent la figure d&rsquo;Auguste divinis\u00e9 ne sont autres que les fils biologique et adoptif de Tib\u00e8re. La pr\u00e9sence dans le registre c\u00e9leste de ces deux h\u00e9ritiers possibles met l&rsquo;accent sur la question de la transmission du pouvoir et de la p\u00e9rennit\u00e9 de la dynastie. Si deux membres de la famille ont d\u00e9j\u00e0 rejoint le registre c\u00e9leste, l&rsquo;un de mani\u00e8re remarquable sur un cheval ail\u00e9, et l&rsquo;autre en flottant dans les airs, nous nous situons, au plus t\u00f4t en 23 ap. J.-C., et le commanditaire du cam\u00e9e devient, logiquement, un personnage qui souhaite promouvoir le parti de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des groupes d&rsquo;h\u00e9ritiers. Dans cette perspective, les trois jeunes gens qui entourent Tib\u00e8re (n\u00b0\u00a08, 9 et 13) ne sauraient \u00eatre que les trois fils de Germanicus, tandis que les deux petits jumeaux de Drusus le Jeune (Tiberius Gemellus et Tiberius Germanicus II) auraient \u00e9t\u00e9 volontairement omis de cette repr\u00e9sentation de la famille imp\u00e9riale. Cette interpr\u00e9tation nous livre du m\u00eame coup une fourchette de datation du cam\u00e9e. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, il ne peut qu&rsquo;\u00eatre post\u00e9rieur \u00e0 la mort de Drusus le Jeune, fils de Tib\u00e8re (n\u00b0\u00a01), en 23 apr. J.-C. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, le cam\u00e9e est forc\u00e9ment ant\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e 29 o\u00f9 Agrippine l\u2019A\u00een\u00e9e (veuve de Germanicus) et de son fils a\u00een\u00e9 Nero Julius Caesar (n\u00b0\u00a09), ici mis en avant comme h\u00e9ritier potentiel, font l&rsquo;objet d&rsquo;une disgr\u00e2ce.\u00a0 Dans la mesure o\u00f9 le d\u00e9bat relatif \u00e0 la succession \u00e0 venir dut s&rsquo;ouvrir peu de temps apr\u00e8s la mort de Drusus le Jeune, il est m\u00eame probable que nous nous situions en 23 ou 24 ap. J.-C.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il est donc tentant de suivre la lecture de Charbonneaux qui reconna\u00eet dans le cam\u00e9e une mise en images de la situation de l\u2019ann\u00e9e 23 ap. J.-C.\u00a0: la mort de Drusus le Jeune, fils de Tib\u00e8re, posa alors avec acuit\u00e9 le probl\u00e8me de la transmission \u00e0 venir du pouvoir et de l\u2019identit\u00e9 de l\u2019h\u00e9ritier de Tib\u00e8re. Le choix consistant \u00e0 repr\u00e9senter les trois fils de Germanicus en habit militaire (alors que leurs exploits dans ce domaine ne relevaient encore que du v\u0153u) devait permettre de rendre hommage \u00e0 la valeur de leur p\u00e8re et de souligner qu&rsquo;ils sauraient, le moment venu, \u00eatre ses dignes h\u00e9ritiers. De la m\u00eame fa\u00e7on, les vaincus repr\u00e9sent\u00e9s dans le registre inf\u00e9rieur ne sauraient renvoyer \u00e0 une hypoth\u00e9tique victoire d\u00e9j\u00e0 remport\u00e9e par les fils de Germanicus, qui sont encore trop jeunes pour avoir fait la d\u00e9monstration de leur valeur effective\u00a0: la fonction, purement symbolique, de ces barbares consiste plut\u00f4t \u00e0 rappeler les exploits pass\u00e9s du d\u00e9funt p\u00e8re des trois jeunes gens et \u00e0 annoncer les succ\u00e8s que ces h\u00e9ritiers possibles de Tib\u00e8re pourraient remporter \u00e0 l&rsquo;avenir. Dans le registre central, l&rsquo;un des fils de Germanicus offre ses services \u00e0 l&#8217;empereur r\u00e9gnant\u00a0; au vu du registre inf\u00e9rieur, son engagement est explicitement repr\u00e9sent\u00e9 comme la promesse d&rsquo;une victoire \u00e0 venir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;a soulign\u00e9 L.\u00a0Giuliani, une datation du cam\u00e9e en 23 ou 24 ap. J.-C. pourrait \u00e9galement s\u2019accorder avec le d\u00e9tail de la <em>barbula<\/em> (favoris arbor\u00e9s par les jeunes Romains apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie de la <em>depositio barbae<\/em>, offrande de la premi\u00e8re barbe, qui advenait autour de la vingti\u00e8me ann\u00e9e) dont la pr\u00e9sence ou l\u2019absence permet de distinguer entre eux les deux jeunes gens qui entourent les trois figures centrales du registre m\u00e9dian. Cette <em>barbula<\/em>, repr\u00e9sent\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 de fines incisions recourb\u00e9es, orne les tempes et la pommette du jeune homme casqu\u00e9 qui se pr\u00e9sente en pieds devant Tib\u00e8re. Selon L.\u00a0Giuliani, sa pr\u00e9sence serait \u00e9galement sugg\u00e9r\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la couleur brune du cam\u00e9e qui tranche, en cet endroit, avec la chair blanche du visage. La pr\u00e9sence de ce d\u00e9tail pourrait sugg\u00e9rer qu\u2019il s\u2019agit du fils a\u00een\u00e9 de Germanicus, tandis que le personnage qui se tient derri\u00e8re Livie serait son cadet (Drusus III), dont la joue ne pr\u00e9sente pas une telle tache de couleur, mais seulement quelques l\u00e9g\u00e8res incisions destin\u00e9es \u00e0 repr\u00e9senter le duvet (<em>lanugo<\/em>) d&rsquo;un tout jeune homme. \u00c0 la mort de Drusus le Jeune, en 23 ap. J.-C., Nero Julius Caesar, le fils a\u00een\u00e9 de Germanicus, devait avoir 17 ou 18 ans, et son jeune fr\u00e8re, Drusus III, 15 ou 16 ans.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;ensemble de cette lecture sugg\u00e8re que le commanditaire du cam\u00e9e pourrait \u00eatre Agrippine l\u2019A\u00een\u00e9e ou quelqu\u2019un qui aurait d\u00e9fendu ses int\u00e9r\u00eats et ceux de ses fils et aurait, en cons\u00e9quence, offert ce chef-d\u2019\u0153uvre \u00e0 Tib\u00e8re. Une telle interpr\u00e9tation se heurte n\u00e9anmoins \u00e0 une objection qui n&rsquo;est peut-\u00eatre pas d\u00e9cisive\u00a0: sur le cam\u00e9e, Germanicus, qui, mort avant Drusus le Jeune, semble en cours d\u2019apoth\u00e9ose alors que Drusus le Jeune (n\u00b0\u00a01) se trouve d\u00e9j\u00e0 au ciel aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Auguste. L&rsquo;objection peut \u00eatre lev\u00e9e si l&rsquo;on consid\u00e8re que le cheval ail\u00e9 a d&rsquo;abord pour fonction de valoriser, visuellement, la figure de Germanicus (n\u00b0\u00a03) par rapport \u00e0 celle de Drusus le Jeune (n\u00b0\u00a01), dont les jumeaux, petits-fils biologiques de Tib\u00e8re, n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s dans le registre central. Les regards d&rsquo;Auguste (n\u00b0\u00a04), du personnage n\u00b0\u00a03, de l&rsquo;Amour (n\u00b0\u00a06) et de Drusus le Jeune (n\u00b0\u00a01) convergent en effet vers Germanicus qui fait l&rsquo;objet, dans le registre c\u00e9leste, d&rsquo;une attention comparable \u00e0 celle que re\u00e7oit son fils a\u00een\u00e9, Nero Julius Caesar (n\u00b0\u00a09), dans le registre terrestre. Par le caract\u00e8re emphatique du v\u00e9hicule d&rsquo;apoth\u00e9ose qu&rsquo;est le cheval P\u00e9gase, par ces jeux de regards et par la composition en chiasme des deux registres, le couple Nero Julius Caesar (n\u00b0\u00a09)\/Tib\u00e8re (n\u00b0\u00a09) occupe, parmi les vivants, une position comparable \u00e0 celle du couple Auguste (n\u00b0\u00a04)\/Germanicus (n\u00b0\u00a05) parmi les d\u00e9funts. La composition de l&rsquo;image dessine ainsi deux lign\u00e9es\u00a0: celle qui associe Auguste et Tib\u00e8re et celle qui lie Germanicus et son fils a\u00een\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le registre m\u00e9dian est compl\u00e9t\u00e9 par une s\u00e9rie de figures f\u00e9minines dont l&rsquo;identification est plus difficile. Giuliani estime, logiquement, qu&rsquo;aux trois d\u00e9funts du registre c\u00e9leste, correspondent trois veuves repr\u00e9sent\u00e9es parmi les figures assises du registre m\u00e9dian\u00a0: Livie veuve d&rsquo;Auguste (n\u00b0\u00a012) et Agrippine et Livilla. La figure n\u00b0\u00a07 a \u00e9t\u00e9 fortement retravaill\u00e9e dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 tardive comme l&rsquo;a montr\u00e9 l&rsquo;analyse technique de Giuliani\u00a0: il s&rsquo;agissait \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une figure voil\u00e9e et il est impossible de tirer aujourd&rsquo;hui argument de ses traits pour proposer une identification. Sa proximit\u00e9 avec le petit Caligula (n\u00b0\u00a08) pourrait plaider en faveur d&rsquo;une identification avec sa m\u00e8re Agrippine l&rsquo;A\u00een\u00e9e, mais Giuliani propose plut\u00f4t d&rsquo;y reconna\u00eetre Livilla, la veuve de Drusus le Jeune, dans la mesure o\u00f9 la figure n\u00b0\u00a014 pr\u00e9sente une ressemblance avec les portraits mon\u00e9taires d&rsquo;Agrippine l&rsquo;A\u00een\u00e9e. Son regard, dirig\u00e9, comme celui de son deuxi\u00e8me fils (n\u00b0\u00a013), vers le registre c\u00e9leste et vers la figure d&rsquo;Auguste, pourrait signaler qu&rsquo;elle descend en ligne directe de l&#8217;empereur divinis\u00e9. \u00c0 l&rsquo;appui des identifications propos\u00e9es par Giuliani, on pourrait aussi souligner que chaque veuve se situerait ainsi en correspondance de son \u00e9poux d\u00e9funt\u00a0: Livilla refermerait la composition \u00e0 gauche, comme son \u00e9poux Drusus le Jeune, tandis qu&rsquo;Agrippine l&rsquo;A\u00een\u00e9e occuperait le c\u00f4t\u00e9 droit, \u00e0 l&rsquo;instar de Germanicus. L&rsquo;analyse de L.\u00a0Giuliani peut \u00e9galement \u00eatre suivie pour l&rsquo;identification de la figure n\u00b0\u00a010\u00a0: repr\u00e9sent\u00e9e debout, contrairement aux autres femmes, elle n&rsquo;occupe peut-\u00eatre pas un rang aussi \u00e9lev\u00e9. Il pourrait s&rsquo;agir de Iulia, la jeune \u00e9pouse du fils a\u00een\u00e9 de Germanicus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parmi les figures dont l&rsquo;interpr\u00e9tation demeure en suspens, celle des deux figures coiff\u00e9es de bonnets phrygiens des registres c\u00e9leste (n\u00b0\u00a03, voir Bechtold 2011) et terrestre (n\u00b0\u00a015) demeure tr\u00e8s difficile. Pour ce qui est du n\u00b0\u00a015, il est difficile de d\u00e9cider s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une personnification ou d&rsquo;une figure de barbare captif. M\u00eame si son couvre-nuque cache sa chevelure, sa position prostr\u00e9e et son v\u00eatement rappelle l&rsquo;iconographie des Amazones vaincues\u00a0; on croit aussi deviner, sous le menton, la ligne d&rsquo;un sein, ce qui en ferait une figure f\u00e9minine. On croit en effet distinguer, aupr\u00e8s de la figure, ses armes\u00a0: un bouclier pos\u00e9 contre le tr\u00f4ne de Livie, et, sous le visage, peut-\u00eatre le manche d&rsquo;une hache. Son v\u00eatement (un pantalon moulant ou \u00ab\u00a0collant\u00a0\u00bb dit \u00abanaxyride\u00bb et une tunique courte sur justaucorps \u00e0 manches) est commun \u00e0 de tr\u00e8s nombreuses repr\u00e9sentations d&rsquo;Orientaux et d&rsquo;Amazones\u00a0; il correspond \u00e0 celui port\u00e9 par plusieurs personnifications g\u00e9ographiques\u00a0: <em>Armenia<\/em>, <em>Parthia<\/em> et <em>Scythia<\/em>. L&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;Arm\u00e9nie, d&rsquo;abord \u00e9cart\u00e9e par Jean Charles Balty (Balty 1984), parce que l&rsquo;iconographie de cette Nation vaincue s&rsquo;est constitu\u00e9e en corpus coh\u00e9rent \u00e0 la suite des campagnes de Trajan en 114 apr. J.-C. et parce qu&rsquo;elle int\u00e8gre alors syst\u00e9matiquement la repr\u00e9sentation de la tiare tronconique (et non du bonnet phrygien) m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre r\u00e9examin\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de la d\u00e9couverte, \u00e0 Aphrodisias, d&rsquo;une repr\u00e9sentation plus ancienne de l&rsquo;Arm\u00e9nie personnifi\u00e9e. En effet, le d\u00e9cor sculpt\u00e9 n\u00e9ronien du <em>S\u00e9basteion<\/em> comprend une repr\u00e9sentation de N\u00e9ron et de l&rsquo;Arm\u00e9nie qui joue sur le sch\u00e9ma iconographique du couple Achille-Penth\u00e9sil\u00e9e\u00a0: l&rsquo;Arm\u00e9nie, identifi\u00e9e de mani\u00e8re certaine par l&rsquo;inscription \u1f08\u03c1\u03bc\u03b5\u03bd\u03af\u03b1, est repr\u00e9sent\u00e9e sous la forme d&rsquo;une Amazone vaincue, au torse nu. Cette repr\u00e9sentation d&rsquo;Arm\u00e9nie, qui fait \u00e9cho \u00e0 l&rsquo;invasion de l&rsquo;Arm\u00e9nie par Corbulon en 58 ap. J.-C., ne la montre pas coiff\u00e9e de la <em>tiara<\/em> \u2013\u00a0bonnet tronconique \u00e0 sommet plat qui passait pour \u00eatre l&rsquo;attribut caract\u00e9ristique des Arm\u00e9niens\u00a0\u2013, mais coiff\u00e9e du bonnet phrygien \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une Amazone. Ses armes (arc et carquois) sont typiques des repr\u00e9sentations de guerriers arm\u00e9niens attest\u00e9es dans le corpus mon\u00e9taire romain depuis la p\u00e9riode august\u00e9enne. Cet exemple sugg\u00e8re que l&rsquo;iconographie d&rsquo;<em>Armenia<\/em> que nous connaissons \u00e0 partir du r\u00e8gne de Trajan (avec bonnet tronconique, arc et carquois) n&rsquo;\u00e9tait pas encore fix\u00e9e sous N\u00e9ron. On peut d\u00e8s lors se demander si le type de l&rsquo;Amazone vaincue n&rsquo;avait pas servi, dans d&rsquo;autres contextes que celui du <em>S\u00e9basteion<\/em> d&rsquo;Aphrodisias et plus particuli\u00e8rement dans le registre central du Grand Cam\u00e9e, \u00e0 repr\u00e9senter cette m\u00eame personnification. Sur le cam\u00e9e, une personnification de l&rsquo;Arm\u00e9nie aurait en effet pu permettre de faire allusion \u00e0 la r\u00e9organisation par Germanicus des provinces d&rsquo;Asie et plus pr\u00e9cis\u00e9ment des relations avec le royaume client d&rsquo;Arm\u00e9nie en 18-19 ap. J.-C. En ce cas, le cam\u00e9e rappellerait \u00e9galement le r\u00f4le \u00e9minent et d\u00e9cisif tenu par Germanicus dans l&rsquo;administration de l&rsquo;Empire et dans l&rsquo;organisation des provinces d&rsquo;Asie. Ce rappel permettait d&rsquo;appuyer l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle il convenait de confier, un jour, l&rsquo;h\u00e9ritage dynastique \u00e0 l&rsquo;un des fils de Germanicus plut\u00f4t qu&rsquo;aux enfants de Drusus le Jeune.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Pour aller plus loin<\/strong><\/p>\n<p>BALTY, Jean-Charles<\/p>\n<p>BECHTOLD,<\/p>\n<p>CURTIUS,<\/p>\n<p>GIARD, Jean-Baptiste, <em>Le Grand cam\u00e9e de France<\/em>, Paris, Biblioth\u00e8que nationale de France, 1998.<\/p>\n<p>GIULIANI, Luca, <em>Ein Geschenk f\u00fcr den Kaiser : das Geheimnis des Grossen Kameo<\/em>, M\u00fcnchen, C.H. Beck, 2010.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Site de la BnF\u00a0: <a href=\"https:\/\/medaillesetantiques.bnf.fr\/ws\/catalogue\/app\/collection\/record\/ark:\/12148\/c33gbcsv8\">https:\/\/medaillesetantiques.bnf.fr\/ws\/catalogue\/app\/collection\/record\/ark:\/12148\/c33gbcsv8<\/a> Pour pouvoir visualiser le Grand Cam\u00e9e avec un effet grossissant\u00a0: <a href=\"https:\/\/panoramadelart.com\/analyse\/grand-camee-de-france\">https:\/\/panoramadelart.com\/analyse\/grand-camee-de-france<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> KHM, inv. n<sup>o<\/sup>ANSA IXa 79 [lien \u00e0 int\u00e9grer].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Voir le site des Mus\u00e9es du Vatican\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.museivaticani.va\/content\/museivaticani\/fr\/collezioni\/musei\/braccio-nuovo\/Augusto-di-Prima-Porta.html\">https:\/\/www.museivaticani.va\/content\/museivaticani\/fr\/collezioni\/musei\/braccio-nuovo\/Augusto-di-Prima-Porta.html<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Jean-Baptiste Giard, <em>Le Grand cam\u00e9e de France<\/em>, Paris, Biblioth\u00e8que nationale de France, 1998.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Luca Giuliani, <em>Ein Geschenk f\u00fcr den Kaiser : das Geheimnis des Grossen Kameo<\/em>, M\u00fcnchen, C.H. Beck, 2010.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a><strong>Curtius <\/strong><strong>1934<\/strong>\u00a0; Luca Giuliani, <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a016.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9tude d\u2019un cam\u00e9e\u00a0Le Grand Cam\u00e9e de France\u00a0: la question de la transmission dynastique en images\u00a0 Texte d\u2019\u00c9velyne Prioux, CNRS Paris-Nanterre, UMR 7041 ArScAn, \u00e9quipe LIMC \u00a0\u00a0Introduction Connu pour repr\u00e9senter la famille imp\u00e9riale autour de l&rsquo;Empereur Tib\u00e8re tr\u00f4nant en majest\u00e9, le Grand Cam\u00e9e de France (fig. 1[1] et 2) est presque syst\u00e9matiquement repr\u00e9sent\u00e9 dans les manuels scolaires de Latin (de niveau [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1264,"featured_media":435,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_members_access_role":[],"_members_access_error":""},"categories":[22,29,30,52,27],"tags":[],"class_list":["post-487","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-antiquite","category-histoire","category-histoire-de-lart","category-image-antique","category-lettres-classiques"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/487","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1264"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=487"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/487\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":524,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/487\/revisions\/524"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/media\/435"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=487"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=487"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=487"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}