 {"id":811,"date":"2023-07-13T22:55:21","date_gmt":"2023-07-13T20:55:21","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/?p=811"},"modified":"2023-08-09T21:08:36","modified_gmt":"2023-08-09T19:08:36","slug":"polychromie-et-reception-de-lantiquite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/2023\/07\/13\/polychromie-et-reception-de-lantiquite\/","title":{"rendered":"Polychromie et r\u00e9ception de l&rsquo;Antiquit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><em>Texte d\u2019Adeline Grand-Cl\u00e9ment, Universit\u00e9 Toulouse \u2013 Jean Jaur\u00e8s, Laboratoire PLH<\/em><\/p>\n<p>Le terme \u00ab\u00a0polychromie\u00a0\u00bb n\u2019existe pas en grec ancien. C\u2019est un mot qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la toute fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00e0 partir de deux termes qui, eux, existaient bien en grec (<em>polu<\/em>, \u00ab\u00a0plusieurs, beaucoup\u00a0\u00bb, et <em>chr\u00f4ma<\/em>, \u00ab\u00a0couleur\u00a0\u00bb). Le mot sert \u00e0 d\u00e9signer l\u2019application de couleurs \u00e0 la sculpture et \u00e0 l\u2019architecture, soit par le recours \u00e0 la peinture (polychromie dite \u00ab\u00a0artificielle\u00a0\u00bb), soit par l\u2019assemblage de mat\u00e9riaux diff\u00e9rents (polychromie dite \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb). Il est important de souligner que les premiers usages de ce terme \u00e9mergent en lien direct avec l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0: on le voit appara\u00eetre dans les d\u00e9bats du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui ont divis\u00e9 les savants \u00e0 propos de la coloration des statues et \u00e9difices des Grecs et des Romains.<\/p>\n<p>En effet, si personne ne doute plus aujourd\u2019hui du fait que les \u0153uvres de sculpture et d\u2019architecture antiques \u00e9taient polychromes, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9vident aux \u00e9rudits europ\u00e9ens de l\u2019accepter, car cela remettait en cause l\u2019image qu\u2019ils se faisaient de l\u2019esth\u00e9tique des temps classiques et du go\u00fbt \u00e9pur\u00e9 qu\u2019ils pr\u00eataient aux Grecs et aux Romains, pr\u00e9sent\u00e9s comme des mod\u00e8les \u00e0 imiter. Depuis la Renaissance, les antiquaires (\u00e9rudits de l\u2019\u00e9poque moderne s\u2019int\u00e9ressant aux <em>realia <\/em>antiques), les collectionneurs et les savants ont projet\u00e9 sur l\u2019art antique leur propre pr\u00e9f\u00e9rence pour le blanc, cr\u00e9ant ainsi le mirage d\u2019une Antiquit\u00e9 marmor\u00e9enne\u00a0; ceci ne va d\u2019ailleurs pas sans implications id\u00e9ologiques<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Ajoutons que si ce sont principalement les effets du temps et les conditions atmosph\u00e9riques qui ont entra\u00een\u00e9 l\u2019alt\u00e9ration ou la disparition de la polychromie d\u2019origine des \u0153uvres antiques, les hommes ont aussi leur part de responsabilit\u00e9. Les dommages caus\u00e9s par les nettoyages m\u00e9ticuleux que les premiers arch\u00e9ologues ont fait subir aux artefacts lors de leur d\u00e9couverte ont contribu\u00e9 \u00e0 faire dispara\u00eetre les vestiges de coloration\u00a0: on voulait des \u0153uvres \u00ab\u00a0propres\u00a0\u00bb \u00e0 exposer. N\u00e9anmoins, depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, les chercheurs traquent les couleurs qui ont malgr\u00e9 tout subsist\u00e9, parfois sous la forme de traces infimes. Les analyses ne cessent de progresser, gr\u00e2ce \u00e0 des programmes de restauration et des moyens d\u2019investigation de plus en plus perfectionn\u00e9s. Cela permet aux chercheurs de redonner vie aux couleurs de la sculpture et de l\u2019architecture grecques et romaines, en proposant des reconstitutions \u2013lesquelles suscitent parfois des r\u00e9actions mitig\u00e9es de la part du public et des sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Une lente et difficile acceptation\u00a0: renoncer \u00e0 l\u2019id\u00e9al n\u00e9o-classique<\/strong><\/p>\n<p>Tout au long du Moyen \u00c2ge, les vestiges antiques, qui ne sont plus entretenus, finissent de perdre leur parure color\u00e9e. Leur aspect contraste alors avec la polychromie vive des productions m\u00e9di\u00e9vales. Lorsque la Renaissance cherche \u00e0 renouer avec l\u2019Antiquit\u00e9, elle a sous les yeux pour l\u2019essentiel des \u0153uvres blanchies par le temps\u00a0; en s\u2019imposant, le mod\u00e8le antique fait donc triompher la monochromie. Et tr\u00e8s vite, le courant que l\u2019on appelle \u00ab\u00a0n\u00e9o-classique\u00a0\u00bb consacre la blancheur comme un crit\u00e8re d\u2019excellence et de beaut\u00e9, les moulages en pl\u00e2tre contribuant \u00e0 diffuser l\u2019image d\u2019un id\u00e9al antique d\u00e9pourvu de couleur. Une part de la responsabilit\u00e9 revient \u00e0 son th\u00e9oricien, Winckelmann (1717-1768), lorsqu\u2019il pose les fondements de l\u2019histoire de l\u2019art antique. S\u2019il a parfaitement conscience de la pr\u00e9sence de couleurs sur certaines \u0153uvres qui commencent \u00e0 \u00eatre d\u00e9couvertes, en particulier \u00e0 Herculanum et Pomp\u00e9i, il ne consid\u00e8re pas la polychromie comme un crit\u00e8re d\u2019analyse significatif pour \u00e9tablir une typologie et une chronologie des \u0153uvres. Il faut attendre la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle pour que le d\u00e9veloppement des voyages, puis des fouilles arch\u00e9ologiques, conduise les \u00e9rudits \u00e0 prendre la mesure de son importance.<\/p>\n<p>Il revient \u00e0 Quatrem\u00e8re de Quincy (1755-1849) d\u2019employer le premier le terme de \u00ab\u00a0polychrome\u00a0\u00bb pour qualifier la sculpture grecque et romaine, dans un ouvrage publi\u00e9 en 1814\u00a0: <em>Le Jupiter Olympien.<\/em> Son \u00e9tude, magistrale, marque un jalon essentiel dans l\u2019histoire de l\u2019acceptation de la polychromie de l\u2019art grec par les savants europ\u00e9ens, en d\u00e9pit de r\u00e9sistances qui se prolongent au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. L\u2019ouvrage de Quatrem\u00e8re de Quincy rassemble essentiellement la documentation \u00e9crite relative \u00e0 la mise en couleurs des statues\u00a0; l\u2019arch\u00e9ologie n\u2019en est encore qu\u2019\u00e0 ses d\u00e9buts.<\/p>\n<div id=\"attachment_883\" style=\"width: 483px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-883\" class=\"wp-image-883 size-full\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-1-1.jpg\" alt=\"\" width=\"473\" height=\"599\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-1-1.jpg 473w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-1-1-237x300.jpg 237w\" sizes=\"auto, (max-width: 473px) 100vw, 473px\" \/><p id=\"caption-attachment-883\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 1. Proposition de reconstitution polychrome de la statue de Zeus \u00e0 Olympe. Planche aquarell\u00e9e, servant de frontispice \u00e0 Quatrem\u00e8re de Quincy, <em>Le Jupiter Olympien<\/em>, 1814.<\/p><\/div>\n<p>Le frontispice de l\u2019ouvrage (fig. 1<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>) est \u00e9loquent et correspond bien au titre\u00a0: le savant a choisi d\u2019y proposer une reconstitution graphique en couleurs de la statue monumentale de Zeus qui avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par Phidias pour le temple d\u2019Olympie. La technique utilis\u00e9e pour cette \u0153uvre tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre dans l\u2019Antiquit\u00e9 \u00e9tait dite \u00ab\u00a0chrys\u00e9l\u00e9phantine\u00a0\u00bb\u00a0: plaques d\u2019or (pour la chevelure, les attributs et les v\u00eatements, sertis de verres color\u00e9s) et d\u2019ivoire (pour la peau) \u00e9taient assembl\u00e9s sur une \u00e2me de bois<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. C\u2019\u00e9tait la forme de polychromie la plus prestigieuse selon les Grecs, car elle consistait \u00e0 allier deux mati\u00e8res pr\u00e9cieuses et exotiques, appr\u00e9ci\u00e9es pour leurs qualit\u00e9s lumineuses durables et charg\u00e9es de valeurs symboliques. Cette technique \u00e9tait tout particuli\u00e8rement utilis\u00e9e pour les statues des dieux plac\u00e9es dans les temples.<\/p>\n<p>L\u2019image, aquarell\u00e9e \u00e0 la main, ne s\u2019appuie pas sur des \u00e9vidences arch\u00e9ologiques\u00a0: la statue a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite \u00e0 la fin de l\u2019Antiquit\u00e9. Nous avons donc affaire ici \u00e0 une proposition tr\u00e8s libre. Le choix de certaines couleurs, comme le bleu pour le fond de la base, n\u2019est cependant pas arbitraire\u00a0: le savant a utilis\u00e9 le t\u00e9moignage de Pausanias, qui d\u00e9crit l\u2019apparence de la statue lorsqu\u2019il visite le sanctuaire au d\u00e9but du II<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ap. J.-C. Comme le p\u00e9ri\u00e9g\u00e8te ne d\u00e9taille pas une \u00e0 une les couleurs des mati\u00e8res et des pigments utilis\u00e9s (cela ne l\u2019int\u00e9resse pas, et peut-\u00eatre m\u00eame avait-il du mal \u00e0 les identifier tous, vu la taille du colosse\u00a0!), Quatrem\u00e8re de Quincy a combl\u00e9 les manques selon ce qu\u2019il jugeait vraisemblable. Gageons que les chercheurs aujourd\u2019hui ne se risqueraient pas aussi facilement \u00e0 une telle part d\u2019extrapolation\u2026 Il est aussi significatif de noter que le frontispice met en avant un exemple de polychromie \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb\u00a0: \u00e0 l\u2019\u00e9poque, celle-ci est jug\u00e9e plus noble que le recours \u00e0 des pigments, qui masquent les surfaces et rel\u00e8vent de l\u2019artifice. En insistant sur la technique chrys\u00e9l\u00e9phantine, Quatrem\u00e8re de Quincy cherche donc \u00e0 pr\u00e9server le caract\u00e8re noble de l\u2019art grec, bien \u00e9loign\u00e9 de tout \u00ab\u00a0barbouillage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est Hittorff (1792-1867) qui va plus loin, en parlant de la peinture des \u00e9difices. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 des fouilles effectu\u00e9es en Sicile en 1823-1824, \u00e0 Agrigente et S\u00e9linonte, que cet architecte franco-allemand eut la \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb de l\u2019\u00ab\u00a0usage g\u00e9n\u00e9ral adopt\u00e9 par les anciens de colorier leurs \u00e9difices\u00a0\u00bb (selon ses propres termes). On connaissait d\u00e9j\u00e0, par certains textes, des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la peinture. Rappelons par exemple qu\u2019\u00e0 Ath\u00e8nes, le jeune Alcibiade va jusqu\u2019\u00e0 s\u00e9questrer pendant trois mois Agatharcos, pour qu\u2019il orne sa maison de peintures (Plutarque, <em>Vie d\u2019Alcibiade<\/em>, 16). Hittorff fut le premier \u00e0 rassembler les preuves arch\u00e9ologiques de la pr\u00e9sence de couleurs sur les \u00e9difices grecs, pour les croiser avec les t\u00e9moignages \u00e9crits, afin d\u2019en proposer une interpr\u00e9tation syst\u00e9matique. Son ouvrage majeur, paru en 1851, s\u2019intitule <em>Restitution du temple d&rsquo;Emp\u00e9docle \u00e0 S\u00e9linonte. <\/em>On y trouve davantage de reconstitutions color\u00e9es que chez Quatrem\u00e8re de Quincy, puisqu\u2019il b\u00e9n\u00e9ficie des progr\u00e8s techniques qui permettent depuis les ann\u00e9es 1830 d\u2019imprimer des chromolithographies en s\u00e9rie. Hittorff propose des images tr\u00e8s audacieuses, sur lesquelles on voit un temple enti\u00e8rement recouvert de peintures, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur (fig. 2 a, 2b et 2c<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"> [4]<\/a>).<\/p>\n<div id=\"attachment_890\" style=\"width: 752px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-890\" class=\"wp-image-890 size-large\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie.-fig-2a-742x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"742\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie.-fig-2a-742x1024.jpg 742w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie.-fig-2a-217x300.jpg 217w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie.-fig-2a-768x1060.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie.-fig-2a-1112x1536.jpg 1112w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie.-fig-2a.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 742px) 100vw, 742px\" \/><p id=\"caption-attachment-890\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 2a. Proposition de reconstitution de la polychromie d\u2019un temple de l\u2019acropole de S\u00e9linonte (Sicile). Planches de chromolithographie tir\u00e9es de Hittorff, Restitution du temple d\u2019Emp\u00e9docle \u00e0 S\u00e9linonte, ou l\u2019Architecture polychrome chez les Grecs, 1851. \u00c9l\u00e9vation principale.<\/p><\/div>\n<div id=\"attachment_891\" style=\"width: 795px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-891\" class=\"wp-image-891 size-large\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-2b-785x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"785\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-2b-785x1024.jpg 785w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-2b-230x300.jpg 230w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-2b-768x1002.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-2b-1178x1536.jpg 1178w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-2b.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 785px) 100vw, 785px\" \/><p id=\"caption-attachment-891\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 2b. Coupe transversale.<\/p><\/div>\n<div id=\"attachment_894\" style=\"width: 870px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-894\" class=\"wp-image-894 size-large\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-2c-1024x876.jpg\" alt=\"\" width=\"860\" height=\"736\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-2c-1024x876.jpg 1024w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-2c-300x257.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-2c-768x657.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-2c.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 860px) 100vw, 860px\" \/><p id=\"caption-attachment-894\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 2c. Coupe longitudinale.<\/p><\/div>\n<p>Il faut l\u00e0 encore prendre ces images pour ce qu\u2019elles sont\u00a0: pour une bonne part le produit de l\u2019imagination du savant, qui y m\u00e9lange all\u00e8grement des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor architectoniques document\u00e9s arch\u00e9ologiquement, et des peintures murales analogues \u00e0 celles des tombes \u00e9trusques ou aux images des vases grecs. Le choix des couleurs est rarement attest\u00e9 scientifiquement\u2026 Voil\u00e0 pourquoi les propositions d\u2019Hittorff trouv\u00e8rent un large \u00e9cho en France et au-del\u00e0, en d\u00e9clenchant d\u00e9bats et controverses. Parmi ses principaux adversaires figure un autre savant, philologue et arch\u00e9ologue, Raoul-Rochette, qui reproche \u00e0 Hittorff son manque de rigueur et ses restitutions exag\u00e9r\u00e9ment color\u00e9es. Dans le milieu des artistes, l\u2019accueil est plus favorable\u00a0: Ingres, par exemple, trouve dans les d\u00e9couvertes d\u2019Hittorff mati\u00e8re \u00e0 nourrir ses tableaux<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Par la suite, les attestations arch\u00e9ologiques de polychromie s\u2019accumulent\u00a0: ainsi, les d\u00e9couvertes des statues de jeunes filles (<em>korai<\/em>) de l\u2019Acropole d\u2019Ath\u00e8nes dans les ann\u00e9es 1880 d\u00e9montrent que des \u0153uvres en marbre pouvaient \u00eatre peintes comme celles en calcaire. Pour autant, les savants ren\u00e2clent encore \u00e0 imaginer le marbre couvert de couleurs. Henri Lechat, membre de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise d\u2019Ath\u00e8nes au moment des d\u00e9couvertes, puis professeur d\u2019histoire de l\u2019art \u00e0 Lyon (et de 1898 \u00e0 1925 responsable du mus\u00e9e des Moulages de la facult\u00e9 des lettres de Lyon inaugur\u00e9 en 1899), estime dans un article paru en 1890 que seules les \u0153uvres r\u00e9alis\u00e9es en bois ou en calcaire local (tuf), une pierre de moins bonne qualit\u00e9 que le marbre, \u00e9taient enti\u00e8rement peintes (il parle \u00ab\u00a0d\u2019enluminure\u00a0\u00bb des images sculpt\u00e9es). On d\u00e9c\u00e8le dans son propos une sorte de d\u00e9dain pour les couleurs, propices \u00e0 susciter l\u2019admiration des esprits faibles<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Les id\u00e9es re\u00e7ues ont la vie dure\u2026<\/p>\n<p><strong>Un \u00e9cho aux pratiques artistiques contemporaines<\/strong><\/p>\n<p>Les d\u00e9couvertes relatives aux couleurs de la sculpture et de l\u2019architecture antiques s\u2019inscrivent dans un mouvement plus g\u00e9n\u00e9ral de valorisation de la polychromie chez une partie des artistes europ\u00e9ens\u00a0: le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle est \u00e9galement marqu\u00e9 par un int\u00e9r\u00eat pour le gothique m\u00e9di\u00e9val et ses couleurs. C\u2019est donc surtout au sein des milieux artistiques que les recherches de savants tels Quatrem\u00e8re de Quincy ou Hittorff trouvent un \u00e9cho favorable. Des architectes et sculpteurs comme Charles Garnier y voient l\u2019occasion de renouveler leurs propres pratiques\u00a0: la r\u00e9f\u00e9rence antique sert de caution \u00e0 l\u2019exploration de nouvelles techniques pour produire des effets polychromes. Hittorff lui-m\u00eame introduit de la couleur sur les r\u00e9alisations architecturales dont il orne Paris, en particulier sur les fa\u00e7ades des Cirques (Cirque d\u2019\u00e9t\u00e9, 1838\u00a0; Cirque d\u2019hiver, 1852), qui arborent une polychromie analogue \u00e0 celle qu\u2019il pr\u00eate au temple de S\u00e9linonte. Il met aussi \u00e0 profit les nouvelles techniques industrielles pour explorer les possibilit\u00e9s d\u2019une polychromie plus durable que la peinture, en ext\u00e9rieur\u00a0: pour l\u2019\u00e9glise Saint-Vincent de Paul, il d\u00e9cide de recourir \u00e0 des plaques de lave \u00e9maill\u00e9 \u00e9voquant des sc\u00e8nes bibliques. Cette intrusion de la couleur, trop sensuelle, sous le porche de l\u2019\u00e9difice, d\u00e9pla\u00eet n\u00e9anmoins au pr\u00e9fet de Paris, le Baron Haussmann, qui oblige l\u2019architecte \u00e0 enlever ces \u00e9l\u00e9ments. On censure la couleur\u00a0! C\u2019est seulement depuis peu que la ville a d\u00e9cid\u00e9 de les remettre \u00e0 l\u2019honneur\u00a0: la couleur n\u2019a plus la mauvaise presse qu\u2019elle avait alors, et on peut d\u00e9sormais les admirer \u00e0 leur emplacement d\u2019origine (fig. 3). On peine \u00e0 imaginer que ces quelques plaques, finalement noy\u00e9es dans une fa\u00e7ade blanche, aient pu faire scandale\u2026<\/p>\n<div id=\"attachment_885\" style=\"width: 870px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-885\" class=\"wp-image-885 size-large\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-3-1024x767.png\" alt=\"\" width=\"860\" height=\"644\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-3-1024x767.png 1024w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-3-300x225.png 300w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-3-768x576.png 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-3.png 1325w\" sizes=\"auto, (max-width: 860px) 100vw, 860px\" \/><p id=\"caption-attachment-885\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 3. Porche de l\u2019\u00e9glise Saint-Vincent de Paul \u00e0 Paris, avec les plaques de lave \u00e9maill\u00e9e r\u00e9alis\u00e9es par Hittorff. Etat actuel apr\u00e8s restauration, photographie A. Grand-Cl\u00e9ment (2020).<\/p><\/div>\n<p>D\u2019autres artistes exp\u00e9rimentent \u00e9galement. Certains sculpteurs s\u2019essaient \u00e0 la peinture sur marbre et tentent de retrouver les gestes des artisans antiques, qui enduisaient de cire les statues, selon un proc\u00e9d\u00e9 connu sous le nom de <em>gan\u00f4sis<\/em>\u00a0: le britannique John Gibson expose lors d\u2019une Exposition universelle \u00e0 Londres en 1862 une audacieuse <em>Tinted Venus<\/em> qui fait scandale, en raison de la sensualit\u00e9 qui se d\u00e9gage de son corps l\u00e9g\u00e8rement color\u00e9. Le peintre fran\u00e7ais G\u00e9r\u00f4me (1824-1904), qui appartient au groupe des \u00ab\u00a0pompiers\u00a0\u00bb, donne \u00e0 voir dans certains tableaux la mise en couleur de statues ou de statuettes. Par exemple, sur le tableau intitul\u00e9 (en latin, pour faire antique) \u00ab\u00a0La peinture insuffle la vie \u00e0 la sculpture\u00a0\u00bb, l\u2019artiste a mis en sc\u00e8ne l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un atelier de production de figurines en terre cuite (fig. 4a<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>).<\/p>\n<div id=\"attachment_886\" style=\"width: 870px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-886\" class=\"wp-image-886 size-large\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-4a-1024x739.jpg\" alt=\"\" width=\"860\" height=\"621\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-4a-1024x739.jpg 1024w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-4a-300x217.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-4a-768x555.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-4a.jpg 1130w\" sizes=\"auto, (max-width: 860px) 100vw, 860px\" \/><p id=\"caption-attachment-886\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 4a. <em>Sculpturae vitam insufflat pictura<\/em>. Toile peinte de Jean-L\u00e9on G\u00e9r\u00f4me, 1893. Art Gallery of Ontario.<\/p><\/div>\n<p>Il a choisi de repr\u00e9senter une <em>femme<\/em> peintre, sans doute en vertu des affinit\u00e9s qui existent, dans l\u2019imaginaire europ\u00e9en moderne, entre la couleur, li\u00e9e \u00e0 l\u2019artifice et la parure, et le f\u00e9minin, mais aussi parce qu\u2019il s\u2019agit ici d\u2019un travail de pr\u00e9cision, minutieux. Par ce choix de mettre \u00e0 l\u2019honneur ces petites mains et une production en s\u00e9rie, loin de la grande sculpture en marbre habituellement mise \u00e0 l\u2019honneur, le peintre semble inverser la hi\u00e9rarchie de valeurs\u00a0; ici, le coloris prime sur la forme, et la mise en couleurs n\u2019est pas un simple habillage superficiel, puisque le titre affirme que c\u2019est elle qui anime les \u0153uvres plastiques \u2013 n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 des savants comme Lechat. Ce tableau t\u00e9moigne aussi de la vogue qu\u2019ont connue les figurines en terre cuite produites en B\u00e9otie entre 340 et 200 av. J.-C. et qui viennent d\u2019\u00eatre d\u00e9couvertes en nombre dans les n\u00e9cropoles de Tanagra, en cette fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. L\u2019image de ces femmes drap\u00e9es, baptis\u00e9es \u00ab\u00a0les Tanagr\u00e9ennes\u00a0\u00bb, est devenue populaire dans toute l\u2019Europe. Les postures dynamiques, mais aussi la vivacit\u00e9 des couleurs encore conserv\u00e9es, ont contribu\u00e9 \u00e0 faire \u00e9voluer la vision canonique de l\u2019art grec. De telles productions antiques influencent G\u00e9r\u00f4me au point qu\u2019il s\u2019oriente vers la sculpture polychrome \u00e0 la fin de sa vie\u00a0: l\u2019une des derni\u00e8res \u0153uvres est une statue en marbre nomm\u00e9e <em>Tanagra<\/em>, conserv\u00e9e au mus\u00e9e d\u2019Orsay. Elle a malheureusement perdu ses couleurs d\u2019origine, mais a \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 l\u2019honneur lors d\u2019une exposition r\u00e9cente\u00a0: on y voit une femme grandeur nature, assise, tenant une Tanagr\u00e9enne dans sa main (fig. 4b<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>).<\/p>\n<div id=\"attachment_887\" style=\"width: 622px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-887\" class=\"wp-image-887 size-large\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-4b-612x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"612\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-4b-612x1024.jpg 612w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-4b-179x300.jpg 179w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-4b-768x1285.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-4b-918x1536.jpg 918w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-4b-1224x2048.jpg 1224w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-4b.jpg 1261w\" sizes=\"auto, (max-width: 612px) 100vw, 612px\" \/><p id=\"caption-attachment-887\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 4b. Tanagra. Marbre peint et cir\u00e9 de Jean-L\u00e9on G\u00e9r\u00f4me, 1892. Mus\u00e9e d\u2019Orsay.<\/p><\/div>\n<p><strong>Comment mieux conna\u00eetre et rendre compte de ces couleurs en grande partie perdues\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Les recherches entreprises depuis les ann\u00e9es 1990 ont contribu\u00e9 \u00e0 accro\u00eetre consid\u00e9rablement notre connaissance de la polychromie des \u0153uvres d\u2019art antiques. La principale source d\u2019informations provient d\u00e9sormais des objets eux-m\u00eames. La vigilance des arch\u00e9ologues et conservateurs de mus\u00e9e permet en effet de pr\u00e9munir les artefacts nouvellement exhum\u00e9s de nettoyages abusifs, qui finiraient de d\u00e9caper les vestiges de couleur ayant surv\u00e9cu aux effets du temps et aux conditions d\u2019enfouissement. On peut alors observer, derri\u00e8re les concr\u00e9tions, des traces de pigments \u2013 avec l\u2019aide de nouvelles technologies d\u2019investigation. Le recours \u00e0 la micro-photographie ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019imagerie multi-spectrale permet de rep\u00e9rer et d\u2019enregistrer avec pr\u00e9cision la r\u00e9partition des couleurs sur une \u0153uvre, y compris lorsque rien n\u2019est visible \u00e0 l\u2019\u0153il nu. Lorsqu\u2019il est possible de proc\u00e9der \u00e0 des micro-pr\u00e9l\u00e8vements, les scientifiques sont aussi en mesure d\u2019identifier les pigments utilis\u00e9s. Les coupes stratigraphiques fournissent \u00e9galement des renseignements sur les techniques picturales et les jeux de superposition d\u2019aplats. Pour les pigments d\u2019origine organique (en fait des teintures comme la garance ou la pourpre, utilis\u00e9es sous forme de laque), ainsi que les compos\u00e9s utilis\u00e9s comme liants (cas\u00e9ine, \u0153uf, r\u00e9sine\u2026), il faut utiliser la spectrom\u00e9trie de masse et la chromatographie gazeuse \u2013 des m\u00e9thodes destructives et co\u00fbteuses, auxquelles on recourt avec parcimonie.<\/p>\n<p>Plusieurs \u00e9quipes de scientifiques europ\u00e9ens ont initi\u00e9 des programmes de recherche d\u2019ampleur visant \u00e0 mieux conna\u00eetre la polychromie de l\u2019art antique\u00a0: par exemple \u00e0 la glyptoth\u00e8que de Munich, autour de\u00a0V. Brinkmann\u00a0(<a href=\"http:\/\/www.stiftung-archaeologie.de)\">http:\/\/www.stiftung-archaeologie.de)<\/a> ; \u00e0 la glyptoth\u00e8que Ny Carlsberg de Copenhague, avec J. S. \u00d8stergaard (<a href=\"http:\/\/trackingcolour.com)\">http:\/\/trackingcolour.com)<\/a>\u2026 Un r\u00e9seau de recherches s\u2019est ainsi constitu\u00e9\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.ancientpolychromynetwork.com\/\">http:\/\/www.ancientpolychromynetwork.com\/<\/a>. Au mus\u00e9e du Louvre, les \u00e9tudes entreprises par Brigitte Bourgeois et Violaine Jeammet sur les figurines grecques en terre cuite consacr\u00e9es dans les sanctuaires ou d\u00e9pos\u00e9es dans les tombes se sont av\u00e9r\u00e9es fructueuses. La surface poreuse de l\u2019argile a assur\u00e9 une bonne conservation des pigments, appliqu\u00e9s sur un engobe blanc ou directement sur l\u2019objet. Les chercheuses ont observ\u00e9 un usage soutenu de dorure ainsi que d\u2019une couleur rose vif (qui semble caract\u00e9ristique de l\u2019esth\u00e9tique hell\u00e9nistique) sur les carnations et les v\u00eatements, un ph\u00e9nom\u00e8ne peut-\u00eatre li\u00e9 \u00e0 l\u2019engouement pour la teinture pourpre<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, d\u2019autres programmes de recherche se sont int\u00e9ress\u00e9s aux \u00e9difices. Les sites de Pomp\u00e9i et d\u2019Herculanum, ensevelis en 79 ap. J.-C. apr\u00e8s l\u2019\u00e9ruption du V\u00e9suve, constituent \u00e0 cet \u00e9gard des terrains d\u2019enqu\u00eate privil\u00e9gi\u00e9s. On sait que leurs \u00e9difices publics et leurs maisons poss\u00e9daient un d\u00e9cor polychrome\u00a0: au sol, des pavements de marbres color\u00e9s ou des mosa\u00efques, qui commenc\u00e8rent \u00e0 investir les murs et les niches\u00a0; sur les parois et les plafonds, un d\u00e9cor peint richement color\u00e9\u00a0; sur le mobilier, un travail de marqueterie raffin\u00e9. Les statues \u00e9galement \u00e9taient peintes\u00a0: en t\u00e9moigne une t\u00eate d\u2019Amazone en marbre, d\u00e9couverte en 2006 \u00e0 Herculanum, et dont les cheveux, les yeux et les cils \u00e9taient rehauss\u00e9s de peinture. Il faut donc imaginer des quartiers d\u2019habitation pleins de couleur. Le programme VESUVIA, men\u00e9 par l\u2019historienne de l\u2019art romain, Alexandra Dardenay, a justement permis de reconstituer l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une <em>domus<\/em> herculan\u00e9enne, avec toute sa parure color\u00e9e et une partie de son mobilier\u00a0: il a fallu pour cela un travail patient de reconstitution des pi\u00e8ces du puzzle, en confrontant objets, peintures et fragments d\u2019enduits conserv\u00e9s au Mus\u00e9e de Naples, et archives des diff\u00e9rents fouilleurs qui se sont succ\u00e9d\u00e9s depuis le XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p>Toutes ces avanc\u00e9es ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des synth\u00e8ses, comme celle que Vinzenz Brinkmann a consacr\u00e9e \u00e0 la polychromie de la sculpture grecque archa\u00efque, ou Clarissa Blume \u00e0 celle de l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, mais elles ont aussi \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9es assez largement au grand public sous la forme de reconstitutions plus ou moins audacieuses. Ces derni\u00e8res peuvent prendre la forme de dessins, de copies plastiques color\u00e9es, de maquettes, ou d\u2019images virtuelles en 2 et 3D. Par exemple, le programme VESUVIA dont il a \u00e9t\u00e9 question plus haut a fait le choix d\u2019un mod\u00e8le virtuel, qui offre l\u2019avantage aussi de permettre une v\u00e9ritable immersion dans la Maison de Neptune et d\u2019Amphitrite, \u00e0 Herculanum.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>D\u00e9bats en cours sur la polychromie antique et les essais de reconstitutions modernes<\/strong><\/p>\n<p>Toutes ces restitutions de polychromies antiques pr\u00e9sent\u00e9es au grand public, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019expositions ou sur internet, donnent une id\u00e9e de l\u2019aspect originel des \u0153uvres antiques, mais conservent un caract\u00e8re tr\u00e8s hypoth\u00e9tique, car de nombreuses incertitudes demeurent. Il faut donc prendre ces essais pour ce qu\u2019ils sont, \u00e0 savoir des exp\u00e9rimentations \u00e0 valeur heuristique<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. En effet, l\u2019\u00e9tat d\u2019origine des artefacts antiques \u00e9tant irr\u00e9m\u00e9diablement perdu pour nous, on ne peut ressusciter une polychromie \u00ab\u00a0authentique\u00a0\u00bb. L\u2019int\u00e9r\u00eat des mod\u00e8les \u2013 graphiques, plastiques ou virtuels \u2013 propos\u00e9s consiste donc, d\u2019une part, \u00e0 nous permettre d\u2019imaginer les effets des dispositifs chromatiques (contrastes, saturation, jeux de lumi\u00e8re\u2026) recherch\u00e9s et appr\u00e9ci\u00e9s des Anciens\u00a0; d\u2019autre part, \u00e0 saisir, par l\u2019arch\u00e9ologie exp\u00e9rimentale, les probl\u00e8mes et contraintes li\u00e9s \u00e0 la mise en couleurs d\u2019une surface ou d\u2019un objet, en tentant de retrouver les gestes des artisans et la mat\u00e9rialit\u00e9 des couleurs.<\/p>\n<p>Plusieurs questions subsistent encore. Par exemple, dans le cas des temples grecs, il reste \u00e0 savoir si toutes les parties de l\u2019\u00e9difice recevaient un traitement polychrome. Les parois int\u00e9rieures \u00e9taient-elles orn\u00e9es de panneaux peints et les colonnes recouvertes d\u2019un enduit color\u00e9\u00a0? Un autre point discut\u00e9 concerne les statues. Les Grecs et les Romains leur donnaient-ils forc\u00e9ment une carnation imitant les couleurs du vivant\u00a0? Sur les \u0153uvres en pierre tendre, on peut encore parfois distinguer les traces d\u2019une coloration ros\u00e9e ou brun-rouge. Mais il est plus difficile de se prononcer pour les statues en marbre. Les vestiges de polychromie observables se concentrent principalement dans les plis des v\u00eatements ou le creux des m\u00e8ches de la chevelure. Mais les parties d\u00e9nud\u00e9es pr\u00e9sentent une surface lisse et polie, sur laquelle il y a peu de chance de trouver des traces d\u2019un \u00e9ventuel enduit originel, surtout si la couche \u00e9tait tr\u00e8s fine. Il reste donc difficile de d\u00e9terminer si une convention chromatique pr\u00e9valait en terme de carnation.<\/p>\n<p>Enfin, on continue de s\u2019interroger sur les modes d\u2019application de la couleur\u00a0: les peintres apposaient-ils des aplats de mani\u00e8re uniforme ou modelaient-ils les teintes avec des jeux d\u2019ombre et de lumi\u00e8re\u00a0? Les surfaces picturales \u00e9taient-elles opaques, ou laissaient-elles appara\u00eetre la qualit\u00e9 du mat\u00e9riau en dessous\u00a0? Quel \u00e9tait le rendu final\u00a0? ajoutait-on une couche de cire fine pour prot\u00e9ger et faire briller les enduits peints\u00a0? Difficile de r\u00e9pondre de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 toutes ces questions\u00a0: il est probable que les proc\u00e9dures ont vari\u00e9 dans le temps et dans l\u2019espace, en fonction des contextes d\u2019exposition des \u0153uvres et des effets recherch\u00e9s. Il faut donc examiner avec attention chaque indice de polychromie, au cas par cas.<\/p>\n<div id=\"attachment_888\" style=\"width: 778px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-888\" class=\"wp-image-888 size-large\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-5-768x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"768\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-5-768x1024.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-5-225x300.jpg 225w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/07\/Polychromie-5.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><p id=\"caption-attachment-888\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 5. Deux propositions de reconstitutions de la polychromie de la kor\u00e8 au peplos, par V. Brinkmann et U. Koch-Brinkmann.<\/p><\/div>\n<p>Qu\u2019on emploie des outils graphiques, plastiques ou num\u00e9riques, il est important de ne pas fermer le champ des propositions, voire de proposer plusieurs hypoth\u00e8ses concurrentes pour une m\u00eame \u0153uvre ou un m\u00eame b\u00e2timent. C\u2019est par exemple ce que proposent les arch\u00e9ologues Vinzenz Brinkmann et Ulrich Koch-Brinkmann, pour l\u2019une des <em>korai <\/em>de l\u2019Acropole d\u2019Ath\u00e8nes, celle dite \u00ab\u00a0au peplos\u00a0\u00bb\u00a0: au fur et \u00e0 mesure de leurs investigations et des expositions organis\u00e9es dans diff\u00e9rents mus\u00e9es en Europe et ailleurs, les restitutions en pl\u00e2tre ou marbre synth\u00e9tique peints se sont enrichies de nouvelles propositions (fig. 5<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>). Le choix d\u2019Alexandra Dardenay, pour la Maison de Neptune et Amphitrite \u00e0 Herculanum, est \u00e0 cet \u00e9gard exemplaire, car non seulement il est \u00e9volutif et peut sans cesse \u00eatre r\u00e9actualis\u00e9 en fonction de l\u2019avanc\u00e9e des recherches, mais il vise aussi \u00e0 fournir de mani\u00e8re transparente les clefs des d\u00e9ductions qui ont conduit \u00e0 proposer telle ou telle restitution.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Longtemps n\u00e9glig\u00e9e, ou envisag\u00e9e de fa\u00e7on assez fantaisiste, la polychromie des arts grec et romain est aujourd\u2019hui prise tr\u00e8s au s\u00e9rieux par les arch\u00e9ologues. En documentant de mieux en mieux son \u00e9tendue, ses champs d\u2019application, sa vari\u00e9t\u00e9, ils admettent que la mise en couleurs poss\u00e9dait des implications culturelles fortes et contribuait \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 visuelle des \u0153uvres et des monuments antiques. C\u2019est donc d\u00e9sormais une donn\u00e9e incontournable pour qui cherche \u00e0 interpr\u00e9ter la signification des productions mat\u00e9rielles des Grecs et des Romains. L\u2019\u00e9tude de la polychromie d\u00e9borde ainsi le champ de l\u2019histoire de l\u2019art\u00a0; elle nous invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au r\u00f4le des couleurs dans la sensibilit\u00e9 des Anciens. Les reconstitutions polychromes qui circulent par diff\u00e9rents canaux, scientifiques ou plus \u00ab\u00a0populaires\u00a0\u00bb, concourent assur\u00e9ment \u00e0 nous faire prendre conscience de l\u2019effet visuel que peut provoquer la couleur sur une statue ou un monument. Parfois, elles versent dans le \u00ab\u00a0sensationnel\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0tape-\u00e0-l\u2019\u0153il\u00a0\u00bb. Voil\u00e0 pourquoi il faut \u00e9tudier ces images avec circonspection, en tentant de saisir la mani\u00e8re dont elles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es, les objectifs qu\u2019elles servent, et surtout les preuves historiques sur lesquelles elles s\u2019appuient. Cela permet de faire le tri dans un vivier iconographique de plus en plus foisonnant.<\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><strong>Pour aller plus loin<\/strong><\/p>\n<p>BOURGEOIS, Brigitte, dir., <em>Les couleurs de l\u2019Antique. Actes de la 8e\u00a0table ronde sur la polychromie de la sculpture et de l\u2019architecture antique<\/em>. Num\u00e9ro sp\u00e9cial de la revue <em>Techn\u00e8<\/em>, 48, 2019.<\/p>\n<p>GRAND-CL\u00c9MENT, Adeline, \u00ab\u00a0Couleur et esth\u00e9tique classique au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00a0: l\u2019art grec antique pouvait-il \u00eatre polychrome\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>\u013athaca. Quaderns Catalans de Cultura Cl\u00e0ssica<\/em>, 21, 2005, p. 146-157. <a href=\"http:\/\/publicacions.iec.cat\/repository\/pdf\/00000007\/00000016.pdf\">http:\/\/publicacions.iec.cat\/repository\/pdf\/00000007\/00000016.pdf<\/a><\/p>\n<p>GRAND-CL\u00c9MENT, Adeline, \u00ab\u00a0Les marbres antiques retrouvent des couleurs\u00a0: apport des recherches r\u00e9centes et d\u00e9bats en cours\u00a0\u00bb, <em>Anabases<\/em>, 10, 2009, p. 243-250. <a href=\"http:\/\/anabases.revues.org\/721?lang=fr\">http:\/\/anabases.revues.org\/721?lang=fr<\/a><\/p>\n<p>JEAMMET, Violaine, <em>Tanagras. De l\u2019objet de collection \u00e0 l\u2019objet arch\u00e9ologique<\/em>, Paris, Mus\u00e9e du Louvre, 2007.<\/p>\n<p>JOCKEY, Philippe, <em>Le mythe de la Gr\u00e8ce blanche, Histoire d&rsquo;un r\u00eave occidental<\/em>, Paris, Belin, 2013.<\/p>\n<p>MULLIEZ, Maud, dir., <em>Restituer les couleurs. Le r\u00f4le de la restitution dans les recherches sur la polychromie, en sculpture, architecture et peinture murale<\/em>, Bordeaux, Ausonius, 2019.<\/p>\n<p><em>Paris-Rome-Ath\u00e8nes, le Voyage en Gr\u00e8ce des architectes fran\u00e7ais aux XIX<sup>e<\/sup> et XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles<\/em>, Paris, \u00c9cole Nationale des Beaux-Arts, Paris, 1982.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Cf. Philippe Jockey, <em>Le mythe de la Gr\u00e8ce blanche, Histoire d&rsquo;un r\u00eave occidental<\/em>, Belin, Paris, 2013.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <a href=\"https:\/\/fr.m.wikipedia.org\/wiki\/Fichier:Le_Jupiter_Olympien_ou_l%27art_de_la_sculpture_antique.jpg\">https:\/\/fr.m.wikipedia.org\/wiki\/Fichier:Le_Jupiter_Olympien_ou_l%27art_de_la_sculpture_antique.jpg<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Parmi les autres \u0153uvres colossales de Phidias les plus c\u00e9l\u00e8bres, et ex\u00e9cut\u00e9es selon la m\u00eame technique,\u00a0figure l\u2019Ath\u00e9na Parth\u00e9nos, conserv\u00e9e sur l\u2019Acropole d\u2019Ath\u00e8nes.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> <a href=\"https:\/\/www.royalacademy.org.uk\/art-artists\/book\/restitution-du-temple-dempedocle-a-selinonte-ou-larchitecture-polychrome\">https:\/\/www.royalacademy.org.uk\/art-artists\/book\/restitution-du-temple-dempedocle-a-selinonte-ou-larchitecture-polychrome<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Adeline Grand-Cl\u00e9ment, \u00ab\u00a0Hittorff, Raoul-Rochette et Ingres : \u00e0 chacun sa peinture grecque\u00a0\u00bb, in S. Alexandre, Ch. Ribeyrol, N. Philippe (\u00e9d.), <em>Inventer la peinture grecque antique<\/em>, Paris, ENS-Editions, 2011, p. 149-162.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> \u00ab\u00a0Pour des hommes demi-civilis\u00e9s la forme isol\u00e9e, toute nue, ne satisfait point les yeux\u00a0; ils ne la comprennent que sous le v\u00eatement de la couleur. L&rsquo;idole, peinte et par\u00e9e, produit sur eux une impression plus vive. L&rsquo;image grossi\u00e8re de pierre ou de bois s&rsquo;anime apr\u00e8s l&rsquo;enluminure\u00a0; elle devient pour ses adorateurs plus vivante et plus belle. \u00bb\u00a0: Henri Lechat, \u00ab\u00a0Observations sur les statues archa\u00efques de type f\u00e9minin du mus\u00e9e de l\u2019Acropole. Polychromie\u00a0\u00bb, <em>Bulletin de Correspondance Hell\u00e9nique<\/em>, 14, 1890, p. 552-572, ici p. 556.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a><a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:G%C3%A9r%C3%B4me_-_Painting_Breathes_Life_into_Sculpture_v1.jpg\">https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:G%C3%A9r%C3%B4me_-_Painting_Breathes_Life_into_Sculpture_v1.jpg<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fichier:G%C3%A9r%C3%B4me--Tanagra-marble-1890--photogravure_Goupil_c1892--2.jpg\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fichier:G%C3%A9r%C3%B4me&#8211;Tanagra-marble-1890&#8211;photogravure_Goupil_c1892&#8211;2.jpg<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Brigitte Bourgeois et Violaine Jeammet, \u00ab\u00a0La polychromie des terres cuites grecques\u00a0: approche mat\u00e9rielle d\u2019une culture picturale\u00a0\u00bb, <em>Revue arch\u00e9ologique<\/em>, 2020\/1, p. 3-28.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Alexandra Dardenay, dossier \u00ab\u00a0Restituer Herculanum II. Des archives de fouilles aux restitutions 3D\u00a0\u00bb, dans <em>Anabases<\/em>, 27, 2018.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Vinzenz Brinkmann, <em>Die Polychromie der archaischen und fr\u00fchklassischen Skulptur<\/em>, Munich, Biering and Brinkmann, 2003; Clarissa Blume, <em>Polychromie hellenistischer Skulptur. Ausf\u00fchrung, Instandhaltung und Botschaften<\/em>, Petersberg, Michael Imhof Verlag, 2015.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Voir par exemple les d\u00e9bats suscit\u00e9s par une exposition au Metropolitan Museum de New York\u00a0: https:\/\/www.lejournaldesarts.fr\/patrimoine\/une-exposition-au-met-anime-le-debat-sur-la-polychromie-antique-162177.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fichier:NAMABG-Peplos_Kore_as_Artemis.JPG#\/media\/Fichier:Istanbul_-_Museo_archeologico_-_Mostra_sul_colore_nell'antichit%C3%A0_01_-_Foto_G._Dall'Orto_28-5-2006.jpg\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fichier:NAMABG-Peplos_Kore_as_Artemis.JPG#\/media\/Fichier:Istanbul_-_Museo_archeologico_-_Mostra_sul_colore_nell&rsquo;antichit%C3%A0_01_-_Foto_G._Dall&rsquo;Orto_28-5-2006.jpg<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte d\u2019Adeline Grand-Cl\u00e9ment, Universit\u00e9 Toulouse \u2013 Jean Jaur\u00e8s, Laboratoire PLH Le terme \u00ab\u00a0polychromie\u00a0\u00bb n\u2019existe pas en grec ancien. C\u2019est un mot qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la toute fin du XVIIIe si\u00e8cle, \u00e0 partir de deux termes qui, eux, existaient bien en grec (polu, \u00ab\u00a0plusieurs, beaucoup\u00a0\u00bb, et chr\u00f4ma, \u00ab\u00a0couleur\u00a0\u00bb). Le mot sert \u00e0 d\u00e9signer l\u2019application de couleurs \u00e0 la sculpture [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1264,"featured_media":894,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_members_access_role":[],"_members_access_error":""},"categories":[22,32,25,19,29,30,53,27,24,11,57],"tags":[],"class_list":["post-811","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-antiquite","category-arts-plastiques","category-contemporain","category-fresque","category-histoire","category-histoire-de-lart","category-images-et-reception-de-lantiquite","category-lettres-classiques","category-moderne","category-peinture","category-sculpture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/811","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1264"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=811"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/811\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":895,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/811\/revisions\/895"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/media\/894"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=811"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=811"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=811"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}