 {"id":871,"date":"2023-08-07T17:42:29","date_gmt":"2023-08-07T15:42:29","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/?p=871"},"modified":"2023-08-07T17:54:34","modified_gmt":"2023-08-07T15:54:34","slug":"etude-dun-relief-votif-de-lathenes-classique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/2023\/08\/07\/etude-dun-relief-votif-de-lathenes-classique\/","title":{"rendered":"Etude d&rsquo;un relief votif de l&rsquo;Ath\u00e8nes classique"},"content":{"rendered":"<p><em>Texte de Sylvain Lebreton, Universit\u00e9 Toulouse \u2013 Jean Jaur\u00e8s, Laboratoire PLH \/ ERC MAP<\/em><\/p>\n<p><strong>Repr\u00e9senter les dieux et le rituel par l\u2019image et par le texte<\/strong><\/p>\n<p><em>Cette \u00e9tude de cas permet d\u2019apporter un contrepoint \u00e0 celle des Panath\u00e9n\u00e9es, \u00ab\u00a0star\u00a0\u00bb des programmes et des manuels scolaires, g\u00e9n\u00e9ralement abord\u00e9e \u00e0 travers les frises du Parth\u00e9non (V<sup>e<\/sup> s.) et l\u2019inscription relative aux Petites Panath\u00e9n\u00e9es (IV<sup>e<\/sup> s.). Il s\u2019agit ici d\u2019aborder la religion des Ath\u00e9niens de l\u2019\u00e9poque classique \u00e0 une \u00e9chelle bien plus restreinte, celle d\u2019un <\/em>oikos<em> (\u00ab\u00a0maisonn\u00e9e\u00a0\u00bb) \u00e0 travers un document que l\u2019on envisagera ici selon deux perspectives (entre bien d\u2019autres possibles)\u00a0: celle de la mise en image du rituel, au c\u0153ur de la communication entre les humains et les divinit\u00e9s, en l\u2019occurrence celui de la th\u00e9ox\u00e9nie, compl\u00e9mentaire \u00e0 celui du sacrifice animal, mieux connu\u00a0; celle de la repr\u00e9sentation du divin par l\u2019image (types iconographiques) et par le texte (noms), la probl\u00e9matique de l\u2019interaction entre les deux \u00e9tant d\u2019autant plus vive dans ce cas d\u2019\u00e9tude qu\u2019elle ouvre sur celle de la tension entre norme et originalit\u00e9 et par cons\u00e9quent sur la marge de man\u0153uvre des agents sociaux impliqu\u00e9s.<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_872\" style=\"width: 870px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-872\" class=\"wp-image-872 size-large\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-1-1024x684.jpg\" alt=\"\" width=\"860\" height=\"574\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-1-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-1-768x513.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-1-1536x1025.jpg 1536w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-1-2048x1367.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 860px) 100vw, 860px\" \/><p id=\"caption-attachment-872\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 1. Relief attique d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Zeus Epiteleios Philios, Philia et Agath\u00e8 Tych\u00e8, seconde moiti\u00e9 du IVe si\u00e8cle avant notre \u00e8re (Glyptotek Ny Carlsberg n\u00b0 inv. 1558, Domaine public. Photographie : \u00a9Marie-Lan Nguyen.<\/p><\/div>\n<h2>Repr\u00e9senter l\u2019offrande aux dieux<\/h2>\n<p>Conserv\u00e9 \u00e0 la Glyptoth\u00e8que Ny-Carlsberg de Copenhague sous le num\u00e9ro d\u2019inventaire 1558, ce bas-relief votif en marbre (fig. 1) date de la seconde moiti\u00e9 du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant notre \u00e8re et provient de l\u2019Attique, la r\u00e9gion correspondant au territoire de la cit\u00e9 d\u2019Ath\u00e8nes. Mesurant 43\u00a0cm de haut sur 58\u00a0cm de large, pour une \u00e9paisseur de 13\u00a0cm, ce relief \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine support\u00e9 par une base-pilier qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9e, l\u2019ensemble \u00e9tant vou\u00e9 \u00e0 \u00eatre expos\u00e9 dans un sanctuaire. Lequel\u00a0? La question reste ouverte puisque le contexte arch\u00e9ologique du monument, acquis sur le march\u00e9 des antiquit\u00e9s \u00e0 Ath\u00e8nes, est inconnu. \u00c0 l\u2019instar de nombreux autres reliefs attiques de la m\u00eame p\u00e9riode, il prend la forme d\u2019un \u00e9difice dont les piliers lat\u00e9raux et l\u2019\u00e9pistyle (ou architrave) qu\u2019ils supportent \u2013 lui-m\u00eame couronn\u00e9 d\u2019un toit \u2013 forment le cadre d\u2019une sc\u00e8ne \u00e9galement caract\u00e9ristique de ce type d\u2019artefact. \u00c0 gauche se trouve un groupe form\u00e9 de deux femmes et d\u2019un homme barbu \u2013 autrement dit d\u2019\u00e2ge mur \u2013 s\u2019avan\u00e7ant vers la droite et levant la main. Au centre, un \u00e9chanson puise du vin dans une amphore. \u00c0 droite se trouvent deux autres personnages, l\u2019un masculin, barbu et allong\u00e9 sur une <em>klin\u00e8<\/em> (lit de banquet), et l\u2019autre f\u00e9minin, assis. Leur grande taille (le double de celle des personnages de gauche) traduit le statut sup\u00e9rieur qui leur est attribu\u00e9, g\u00e9n\u00e9ralement surhumain (divin ou h\u00e9ro\u00efque)\u00a0; les attributs du personnage masculin le confirment, puisque celui-ci tient dans la main gauche une corne d\u2019abondance et dans la droite une pat\u00e8re, coupe \u00e0 libation qu\u2019il oriente pr\u00e9cis\u00e9ment vers le bas. Devant ce couple divin est dress\u00e9e une table garnie de fruits et de g\u00e2teaux.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne est donc claire\u00a0: trois individus rendent hommage \u00e0 un couple divin auquel est offert de la nourriture d\u00e9pos\u00e9e sur une table. Ce rituel, d\u00e9nomm\u00e9 th\u00e9ox\u00e9nie (<em>theoxenia<\/em>, litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0l\u2019hospitalit\u00e9 (offerte) aux dieux\u00a0\u00bb de <em>theos<\/em>, \u00ab\u00a0dieu\u00a0\u00bb, et <em>xenia<\/em>, \u00ab\u00a0hospitalit\u00e9\u00a0\u00bb, notamment concr\u00e9tis\u00e9e par un repas offert aux h\u00f4tes) est bien attest\u00e9 par les textes et les repr\u00e9sentations figur\u00e9es. Il s\u2019agit d\u2019un mode d\u2019offrande adress\u00e9 aux dieux et aux h\u00e9ros, diff\u00e9rent de celui, encore mieux connu, du sacrifice animal (<em>thusia<\/em>). Ce dernier est par exemple repr\u00e9sent\u00e9 sur un autre relief de la seconde moiti\u00e9 du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, provenant du sanctuaire d\u2019Art\u00e9mis \u00e0 Brauron, sur la c\u00f4te est de l\u2019Attique (fig. 2).<\/p>\n<div id=\"attachment_873\" style=\"width: 870px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-873\" class=\"wp-image-873 size-large\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-2-1024x584.jpg\" alt=\"\" width=\"860\" height=\"490\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-2-1024x584.jpg 1024w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-2-300x171.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-2-768x438.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-2-1536x876.jpg 1536w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-2-2048x1169.jpg 2048w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-2-490x280.jpg 490w\" sizes=\"auto, (max-width: 860px) 100vw, 860px\" \/><p id=\"caption-attachment-873\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 2. Relief attique d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Art\u00e9mis, ca 350-330 avant notre \u00e8re (Mus\u00e9e arch\u00e9ologique de Brauron, n\u00b0 inv. 1151.<\/p><\/div>\n<p>De fa\u00e7on semblable \u00e0 celui de Copenhague, le relief de Brauron figure ainsi un groupe humain se dirigeant de gauche \u00e0 droite vers un personnage de plus grande taille \u2013 une d\u00e9esse, ici Art\u00e9mis, propri\u00e9taire du sanctuaire. Les destinataires divins mis \u00e0 part, la diff\u00e9rence entre les deux images tient dans le rituel repr\u00e9sent\u00e9\u00a0: dans celle de Brauron, les offrants m\u00e8nent un bovin vers un autel sur lequel les os et la graisse de l\u2019animal mis \u00e0 mort seront mis \u00e0 br\u00fbler \u2013 c\u2019est la part des dieux \u2013, la viande \u00e9tant partag\u00e9e, cuite et consomm\u00e9e par les humains. Cette grammaire du partage est au centre de l\u2019\u00e9conomie du sacrifice, en ce qu\u2019elle marque la distance fondamentale entre les deux parties impliqu\u00e9es\u00a0: aux immortels la fum\u00e9e sacrificielle, aux mortels la chair animale. Qu\u2019en est-il de la th\u00e9ox\u00e9nie<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0? Sa diff\u00e9rence avec la <em>thusia<\/em>, patente, ne doit cependant pas \u00eatre surestim\u00e9e sur le plan conceptuel\u00a0: l\u2019offrande d\u2019une table garnie peut certes d\u00e9noter une plus grande proximit\u00e9 avec les interlocuteurs surhumains, m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas assur\u00e9 que les humains aient partag\u00e9 avec eux ce repas rituel et aient ainsi \u00e9t\u00e9 leurs commensaux\u00a0; d\u2019autre part, des sources attestent que sacrifice animal et table d\u2019offrande pouvaient se combiner lors d\u2019une m\u00eame f\u00eate. Les deux rituels sont donc plus compl\u00e9mentaires que strictement oppos\u00e9s. Qui plus est, les motivations du choix d\u2019une th\u00e9ox\u00e9nie pouvaient aussi \u00eatre mat\u00e9rielles\u00a0: moins co\u00fbteux, ce rituel pouvait constituer une alternative commode \u00e0 la <em>thusia<\/em> pour un groupe d\u2019offrants restreint tel que celui du relief de Copenhague, manifestement limit\u00e9 \u00e0 un <em>oikos<\/em> (une \u00ab\u00a0maisonn\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir, chez les Grecs, le groupe humain regroup\u00e9 autour d\u2019un patrimoine mat\u00e9riel et symbolique transmis selon un mode patrilin\u00e9aire) \u2013 une \u00ab\u00a0famille\u00a0\u00bb pour le dire \u2013 trop \u2013 vite.<\/p>\n<p>En revanche, ces reliefs ont en commun d\u2019\u00eatre en eux-m\u00eames des offrandes sur pierre\u00a0: l\u2019objet d\u00e9di\u00e9, l\u2019image, redouble ainsi l\u2019offrande qu\u2019elle figure \u2013 la th\u00e9ox\u00e9nie pour le relief de Copenhague, le sacrifice animal pour celui de Brauron. En repr\u00e9sentant le rituel sur un support durable, l\u2019image permet d\u2019en conserver la m\u00e9moire et ainsi d\u2019inscrire dans le temps l\u2019efficience de la communication entre mortels et immortels (le geste de libation effectu\u00e9 par l\u2019Art\u00e9mis de Brauron et par le dieu barbu \u00e0 la corne d\u2019abondance, convention iconographique commune, ne dit pas autre chose)\u00a0: c\u2019est la dimension \u00ab\u00a0verticale\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9conomie de l\u2019offrande. D\u2019autre part, par son exposition dans un sanctuaire, la st\u00e8le, d\u00fbment d\u00e9dicac\u00e9e, constitue aussi un acte de communication \u00ab\u00a0horizontale\u00a0\u00bb pr\u00e9sent dans toute offrande, sacrificielle ou non\u00a0: il s\u2019agit ici de montrer \u00e0 celles et ceux qui fr\u00e9quentent le sanctuaire que les offrants repr\u00e9sent\u00e9s se sont rendus propices ces dieux mis en image. Cette double perspective ne prend sa pleine mesure que si les deux parties de l\u2019\u00e9change votif sont pr\u00e9cis\u00e9ment identifi\u00e9es, ce que l\u2019image ne permet que partiellement. Une inscription accompagnant le relief nous en apprend plus \u00e0 ce sujet, mais surtout nous invite \u00e0 nous poser d\u2019autres questions sur la fa\u00e7on dont les Ath\u00e9niens du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle se repr\u00e9sentaient leurs dieux.<\/p>\n<h2>L\u2019image et le texte\u00a0: nommer et repr\u00e9senter les dieux<\/h2>\n<p>Sur l\u2019\u00e9pistyle du relief est en effet grav\u00e9e une d\u00e9dicace, autrement dit une inscription par laquelle un d\u00e9dicant (individu, groupe d\u2019individus ou collectivit\u00e9) offre \u00e0 une ou plusieurs divinit\u00e9s l\u2019objet sur lequel elle est incis\u00e9e (fig. 3a).<\/p>\n<div id=\"attachment_874\" style=\"width: 2570px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-874\" class=\"wp-image-874 size-full\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3a-scaled.jpg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1709\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3a-scaled.jpg 2560w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3a-300x200.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3a-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3a-768x513.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3a-1536x1025.jpg 1536w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3a-2048x1367.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><p id=\"caption-attachment-874\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 3a. Relief attique de Copenhague (cf. fig. 1) : l\u2019inscription.<\/p><\/div>\n<div id=\"attachment_876\" style=\"width: 2570px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-876\" class=\"wp-image-876 size-full\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3b-scaled.jpg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"394\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3b-scaled.jpg 2560w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3b-300x46.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3b-1024x158.jpg 1024w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3b-768x118.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3b-1536x236.jpg 1536w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-3b-2048x315.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><p id=\"caption-attachment-876\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 3b. Relief attique de Copenhague (cf. fig. 1, d\u00e9tail) : l\u2019inscription.<\/p><\/div>\n<p>En l\u2019occurrence, sa disposition particuli\u00e8re traduit la r\u00e9elle pr\u00e9occupation de son articulation avec l\u2019image (fig. 3b)\u00a0:<\/p>\n<p>Aristomach\u00e8\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9\u00f4ris\u00a0:\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 ont d\u00e9di\u00e9 (ceci) \u00e0 Zeus <em>Epiteleios<\/em> <em>Philios<\/em> et \u00e0 la m\u00e8re du dieu <em>Philia<\/em><\/p>\n<p>Olympiod\u00f4ros\u00a0:\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 et \u00e0 <em>Agath\u00e8 Tych\u00e8<\/em> la femme du dieu.<\/p>\n<p>Les signes de ponctuation (:) s\u00e9parent explicitement la partie droite et la partie gauche du texte, qui doivent donc \u00eatre lues successivement. Deux femmes et un homme ont ainsi offert le relief \u00e0 un groupe de trois divinit\u00e9s\u00a0: Zeus, qualifi\u00e9 par les \u00e9pith\u00e8tes <em>Epiteleios<\/em> (\u00ab\u00a0Qui-accomplit\u00a0\u00bb) et <em>Philios<\/em> (\u00ab\u00a0De la <em>philia<\/em>\u00a0\u00bb, l\u2019\u00ab\u00a0amiti\u00e9\u00a0\u00bb), <em>Philia<\/em> divinis\u00e9e et <em>Agath\u00e8 Tych\u00e8<\/em> (\u00ab\u00a0Bonne Fortune\u00a0\u00bb), respectivement d\u00e9sign\u00e9es comme m\u00e8re et \u00e9pouse \u00ab\u00a0du dieu\u00a0\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire de Zeus). La correspondance entre le texte et l\u2019image est, on le voit, in\u00e9gale. Elle est exacte en ce qui concerne les d\u00e9dicants, puisqu\u2019Aristomach\u00e8 (f.), Olympiod\u00f4ros (m.) et Th\u00e9\u00f4ris (f.) correspondent respectivement \u00e0 la femme la plus \u00e0 gauche, \u00e0 l\u2019homme au milieu, et \u00e0 la femme en t\u00eate du groupe rendant hommage aux dieux (fig. 4a).<\/p>\n<div id=\"attachment_878\" style=\"width: 870px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-878\" class=\"wp-image-878 size-large\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4a-1024x990.jpg\" alt=\"\" width=\"860\" height=\"831\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4a-1024x990.jpg 1024w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4a-300x290.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4a-768x743.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4a-1536x1485.jpg 1536w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4a.jpg 1691w\" sizes=\"auto, (max-width: 860px) 100vw, 860px\" \/><p id=\"caption-attachment-878\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 4a. Relief attique de Copenhague (cf. fig. 1, d\u00e9tail) : correspondance image-texte (humains).<\/p><\/div>\n<p>Cet ordre n\u2019est pas fr\u00e9quent, puisque les hommes apparaissent en premi\u00e8re position de tels groupes d\u2019offrants sur la majorit\u00e9 des reliefs comparables, par exemple celui de Brauron, dont l\u2019inscription pr\u00e9cise pourtant que c\u2019est bien une femme, Aristonik\u00e8, qui fait seule la d\u00e9dicace \u00e0 Art\u00e9mis\u00a0: il y a l\u00e0 un sympt\u00f4me, parmi bien d\u2019autres, de la forte domination masculine caract\u00e9risant les soci\u00e9t\u00e9s grecques de l\u2019Antiquit\u00e9, notamment celle d\u2019Ath\u00e8nes \u00e0 l\u2019\u00e9poque classique. Partant, la position de t\u00eate occup\u00e9e par Th\u00e9\u00f4ris n\u2019en serait que d\u2019autant plus significative au sein du groupe des d\u00e9dicants.<\/p>\n<p>La correspondance entre le texte et l\u2019image est en revanche imparfaite sur la partie droite de la pierre (fig. 4b) puisque, alors que l\u2019inscription identifie trois destinataires divins, un dieu et deux d\u00e9esses, seules deux divinit\u00e9s, une f\u00e9minine et une masculine, sont figur\u00e9es en relief<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<div id=\"attachment_879\" style=\"width: 870px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-879\" class=\"wp-image-879 size-large\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4b-1024x461.jpg\" alt=\"\" width=\"860\" height=\"387\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4b-1024x461.jpg 1024w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4b-300x135.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4b-768x346.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4b-1536x691.jpg 1536w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4b-2048x922.jpg 2048w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4b-820x370.jpg 820w\" sizes=\"auto, (max-width: 860px) 100vw, 860px\" \/><p id=\"caption-attachment-879\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 4b. Relief attique de Copenhague (cf. fig. 1, d\u00e9tail) : correspondance image-texte (divinit\u00e9s).<\/p><\/div>\n<p>Ce genre de d\u00e9calage n\u2019est pas rare sur ce type de reliefs\u00a0: nombre d\u2019entre eux \u00e9taient produits en s\u00e9rie plut\u00f4t que sur commande, et les d\u00e9dicants devaient parfois s\u2019accommoder de repr\u00e9sentations qu\u2019ils n\u2019avaient pas toujours choisies. De m\u00eame, des types iconographiques \u00e9taient r\u00e9currents, comme ici celui du dieu et de la d\u00e9esse sur des lits de banquets. Ainsi, dans le cas qui nous occupe, si les d\u00e9dicants ont pu commander au sculpteur de les repr\u00e9senter fid\u00e8lement, c\u2019est-\u00e0-dire conform\u00e9ment \u00e0 leur genre et \u00e0 leur nombre \u2013 il n\u2019est pas ici question de portrait (voir la notice \u00ab\u00a0Le portrait dans le monde grec (V<sup>e<\/sup> \u2013 I<sup>er<\/sup> s. av. J.-C.)\u00a0\u00bb*) \u2013 ils n\u2019ont pas pu contrebalancer l\u2019habitude, sinon la norme, en mati\u00e8re d\u2019iconographie divine.<\/p>\n<p>Ceci ne rend que plus remarquable la fa\u00e7on dont sont d\u00e9sign\u00e9s les destinataires divins dans l\u2019inscription, car la s\u00e9quence onomastique divine (la combinaison de noms identifiant une ou plusieurs divinit\u00e9s) \u00ab\u00a0Zeus <em>Epiteleios<\/em> <em>Philios<\/em> et la m\u00e8re du dieu <em>Philia<\/em> et <em>Agath\u00e8 Tych\u00e8<\/em> la femme du dieu\u00a0\u00bb est un cas unique. En effet, si Zeus <em>Philios<\/em> et Zeus <em>(Epi)teleios<\/em> se rencontrent dans plusieurs autres d\u00e9dicaces du m\u00eame type, si <em>Agath\u00e8 Tych\u00e8<\/em> est une d\u00e9esse tr\u00e8s pr\u00e9sente \u00e0 Ath\u00e8nes \u00e0 partir du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, si le culte de <em>Philia<\/em> est attest\u00e9 dans cette m\u00eame cit\u00e9, ces divinit\u00e9s ne sont jamais combin\u00e9es de la sorte, surtout au moyen d\u2019une formule explicitant une relation de parent\u00e9 entre elles. Cet agencement, manifestement \u00e0 l\u2019initiative des d\u00e9dicants (qui b\u00e9n\u00e9ficiaient d\u2019une plus grande marge de man\u0153uvre dans la composition du texte que de celle de l\u2019image) est la transcription, par le nom, de la fa\u00e7on qu\u2019ils avaient de concevoir le groupe divin dont ils cherchaient, \u00e0 cette occasion, la protection. La lecture de cette s\u00e9quence onomastique peut se faire dans deux directions. Celle des attentes des d\u00e9dicants, tout d\u2019abord\u00a0: dans un syst\u00e8me religieux polyth\u00e9iste tel que celui des anciens Grecs, l\u2019identit\u00e9 du ou des interlocuteurs divins, construite par les noms et les qualificatifs qui leurs sont attribu\u00e9s, correspond \u00e0 ce qui est attendu d\u2019eux. Zeus <em>Philios<\/em> est ainsi le garant de la <em>philia<\/em> que personnifie la d\u00e9esse du m\u00eame nom, \u00ab\u00a0l\u2019amiti\u00e9\u00a0\u00bb, entendue ici comme l\u2019ensemble des liens, mat\u00e9riels et symboliques autant (voire plus) qu\u2019affectifs, unissant des \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb dont la proximit\u00e9 \u00e9tait plus souvent le fait de la parent\u00e9, de l\u2019union matrimoniale ou de l\u2019appartenance communautaire que de l\u2019affinit\u00e9 \u00e9lective. Zeus <em>Epiteleios<\/em>, ou <em>Teleios<\/em>, est celui qui m\u00e8ne les choses \u00e0 leur terme\u00a0; son association \u00e0 <em>Agath\u00e8 Tych\u00e8<\/em>, la Bonne Fortune, la \u00ab\u00a0chance\u00a0\u00bb, en dit long sur ce que le cours des choses, que l\u2019on veut positif, doit \u00e0 la fois au lot assign\u00e9 \u00e0 chacun et \u00e0 l\u2019al\u00e9atoire\u00a0; ce Zeus est par ailleurs le protecteur des liens du mariage. Cette \u00ab\u00a0configuration divine\u00a0\u00bb \u2013 cet ensemble de trois divinit\u00e9s combin\u00e9es <em>ad hoc<\/em> \u2013 avait donc sans doute vocation \u00e0 assurer la solidit\u00e9 des liens (Zeus <em>Philios<\/em> et <em>Philia<\/em>) au sein d\u2019un <em>oikos<\/em> \u00e0 la suite ou en vue d\u2019un mariage (Zeus <em>Epiteleios<\/em>), que l\u2019on esp\u00e9rait heureux (<em>Agath\u00e8 Tych\u00e8<\/em>), c\u2019est-\u00e0-dire aboutissant \u00e0 la naissance d\u2019h\u00e9ritiers (m\u00e2les de pr\u00e9f\u00e9rence) permettant la p\u00e9rennit\u00e9 et la prosp\u00e9rit\u00e9 (la corne d\u2019abondance du relief) de l\u2019<em>oikos<\/em>.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi manifestement eux-m\u00eames que les d\u00e9dicants d\u00e9crivent \u00e0 travers les dieux qu\u2019ils d\u00e9nomment\u00a0; pour le dire autrement, et en suivant l\u2019ing\u00e9nieuse interpr\u00e9tation propos\u00e9e par Christian Blinkenberg il y a un pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle d\u00e9j\u00e0<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, les liens de parent\u00e9 au sein de la triade divine \u2013 Zeus fils de <em>Philia<\/em> et \u00e9poux d\u2019<em>Agath\u00e8 Tych\u00e8<\/em> \u2013 sont probablement model\u00e9s \u00e0 l\u2019image de ceux qui reliaient Olympiod\u00f4ros, Th\u00e9\u00f4ris et Aristomach\u00e8\u00a0: ces deux derni\u00e8res seraient respectivement m\u00e8re et \u00e9pouse du premier (fig. 4c).<\/p>\n<div id=\"attachment_880\" style=\"width: 870px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-880\" class=\"wp-image-880 size-large\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4c-1024x425.jpg\" alt=\"\" width=\"860\" height=\"357\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4c-1024x425.jpg 1024w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4c-300x125.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4c-768x319.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4c-1536x638.jpg 1536w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4c-2048x851.jpg 2048w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/files\/2023\/08\/Relief-votif-4c-425x175.jpg 425w\" sizes=\"auto, (max-width: 860px) 100vw, 860px\" \/><p id=\"caption-attachment-880\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 4c. Relief attique de Copenhague (cf. fig. 1, d\u00e9tail) : correspondance image-texte (humains-divinit\u00e9s).<\/p><\/div>\n<p>On touche l\u00e0 \u00e0 une des modalit\u00e9s de l\u2019anthropomorphisme, courant mais non exclusif dans la fa\u00e7on grecque de repr\u00e9senter les dieux (voir la notice \u00ab\u00a0Repr\u00e9senter les dieux\u00a0\u00bb*), qui n\u2019est pas que plastique, mais qui pr\u00eate aussi aux divinit\u00e9s des liens de parent\u00e9 et matrimoniaux analogues \u00e0 ceux qui unissent les humains. La d\u00e9dicace du relief de Copenhague t\u00e9moigne ainsi de la fa\u00e7on dont cet anthropomorphisme \u00e9tait pratiqu\u00e9 sur le vif, dans l\u2019ordinaire du rituel, et non pas seulement dans les performances po\u00e9tiques ou les cercles savants, au moyen de g\u00e9n\u00e9alogies qui pouvaient \u00eatre recompos\u00e9es \u2013 ici Zeus n\u2019est ni le fils de Rh\u00e9a ni l\u2019\u00e9poux d\u2019H\u00e9ra\u00a0! \u2013 en fonction du contexte et des attentes des agents sociaux impliqu\u00e9s. En l\u2019occurrence, il s\u2019agit pour Th\u00e9\u00f4ris, Olympiod\u00f4ros et Aristomach\u00e8 d\u2019assurer la bonne entente, la <em>philia<\/em>, entre m\u00e8re et fils, \u00e9poux et \u00e9pouse, belle-m\u00e8re et bru, pendant et au-del\u00e0 du mariage, car cet \u00e9v\u00e8nement met potentiellement en tension \u2013 affectivement, mais aussi symboliquement et mat\u00e9riellement \u2013 les composantes familiales qu\u2019il unit. Il s\u2019agit en effet de faire avec les contradictions entre deux effets des structures patriarcales de la soci\u00e9t\u00e9 ath\u00e9nienne, \u00e0 savoir la transmission patrilin\u00e9aire du patrimoine d\u2019une part, et l\u2019important \u00e9cart d\u2019\u00e2ge au mariage entre les sexes d\u2019autre part. Il \u00e9tait ainsi fr\u00e9quent qu\u2019un trentenaire \u00e9pouse une adolescente, d\u00e9calage qui explique que les veuves n\u2019\u00e9taient pas rares \u2013 la forte mortalit\u00e9 en couches \u00e9tant plus ou moins compens\u00e9e par celle du champ de bataille \u2013 qui, comme Th\u00e9\u00f4ris, se retrouvaient, une fois leur mari mort, sous la tutelle de leur fils en m\u00eame temps que leur belle-fille<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<h2>L\u2019image dans son contexte historique et historiographique<\/h2>\n<p>Le relief de Copenhague apporte donc un \u00e9clairage particuli\u00e8rement p\u00e9n\u00e9trant sur la religion \u00e0 Ath\u00e8nes au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Plus que l\u2019image en elle-m\u00eame, c\u2019est l\u2019interaction entre celle-ci et l\u2019inscription associ\u00e9e qui t\u00e9moigne de la part d\u2019initiative possiblement laiss\u00e9e aux acteurs individuels dans la construction de la repr\u00e9sentation du divin. En la mati\u00e8re, si le polyth\u00e9isme des anciens Grecs n\u2019\u00e9tait pas exempt de conformisme, il n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9gi par un dogme et laissait donc la possibilit\u00e9, aux individus comme aux communaut\u00e9s, d\u2019exp\u00e9rimenter les configurations divines plurielles les plus \u00e0 m\u00eame de r\u00e9pondre \u00e0 leurs attentes. C\u2019est ainsi que Th\u00e9\u00f4ris, Olympiod\u00f4ros et Aristomach\u00e8 se sont adress\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 Zeus <em>Epiteleios<\/em> <em>Philios<\/em> et \u00e0 la m\u00e8re du dieu <em>Philia<\/em> et \u00e0 <em>Agath\u00e8 Tych\u00e8<\/em> la femme du dieu\u00a0\u00bb, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 Zeus <em>Philios<\/em>, seul destinataire de plusieurs d\u00e9dicaces semblables pour des motifs probablement similaires dans ses sanctuaires d\u2019Ath\u00e8nes et du Pir\u00e9e, o\u00f9 le relief de Copenhague n\u2019aurait pas d\u00e9pareill\u00e9 (et d\u2019o\u00f9 l\u2019on a logiquement suppos\u00e9 qu\u2019il prov\u00eent). Comment interpr\u00e9ter cette originalit\u00e9\u00a0? Une des pistes interpr\u00e9tatives exploit\u00e9es, peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, a consist\u00e9 \u00e0 y voir l\u2019expression d\u2019une religiosit\u00e9 plus \u00ab\u00a0personnelle\u00a0\u00bb, caract\u00e9ristique du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui marquerait le d\u00e9clin, par rapport au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent, de l\u2019adh\u00e9sion aux cadres collectifs civiques et notamment religieux que constituent par exemple des grandes f\u00eates comme les Panath\u00e9n\u00e9es. Cette lecture pr\u00e9sente notamment le d\u00e9faut de faire fi de l\u2019historicit\u00e9 de la notion de personne \u2013 sans doute difficile \u00e0 appliquer en amont du christianisme \u2013 aussi bien que de la riche documentation du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle relative \u00e0 l\u2019organisation de la religion civique.<\/p>\n<p>Il est sans doute plus pertinent de se pencher sur la fa\u00e7on dont le relief de Copenhague s\u2019int\u00e8gre dans le contexte historique \u2013 religieux, mais aussi social et mat\u00e9riel \u2013 de l\u2019Ath\u00e8nes du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. La forme de la d\u00e9dicace de Th\u00e9\u00f4ris, Olympiod\u00f4ros et Aristomach\u00e8 est d\u2019abord le reflet d\u2019une pratique votive \u2013 la d\u00e9dicace de reliefs \u2013 dont l\u2019essor au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u2013 en particulier dans les ann\u00e9es 350-325 \u2013 s\u2019explique d\u2019abord par des raisons \u00e9conomiques qui ont permis une diffusion de ces artefacts sur un large spectre social. La plus grande abondance de ce type de document \u00e0 cette p\u00e9riode donne donc \u00e0 l\u2019historien un acc\u00e8s \u00e0 un degr\u00e9 d\u2019information plus important sur les pratiques votives \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des individus ou des groupes d\u2019individus, compar\u00e9es \u00e0 d\u2019autres \u00e9poques o\u00f9 les supports des offrandes pouvaient \u00eatre p\u00e9rissables, plus fragiles ou moins propices \u00e0 la conservation de donn\u00e9es iconographiques ou textuelles. Ainsi, un relief votif tel que celui de Copenhague n\u2019est pas tant le reflet d\u2019une religion personnelle oppos\u00e9e \u00e0 une religion collective, mais plut\u00f4t d\u2019une religion \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un groupe d\u2019individus, un <em>oikos<\/em> (une \u00ab\u00a0famille\u00a0\u00bb) qui n\u2019est que le mod\u00e8le r\u00e9duit de celle de groupes sociaux plus larges, jusqu\u2019\u00e0 celui de la cit\u00e9. Des collectivit\u00e9s comme les d\u00e8mes (circonscriptions de base de la cit\u00e9) lors de f\u00eates locales, des corps d\u2019arm\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion d\u2019exp\u00e9ditions militaires, des cit\u00e9s \u00e0 l\u2019issue d\u2019une guerre civile ont pu forger des ensembles de dieux tout aussi originaux mais pour autant parfaitement adapt\u00e9s aux aspirations qui \u00e9taient les leurs dans un contexte donn\u00e9. Les attentes de Th\u00e9\u00f4ris, Olympiod\u00f4ros et Aristomach\u00e8 \u00e9pousent d\u2019ailleurs pleinement celles de la cit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque classique, \u00e0 savoir afficher des relations harmonieuses \u2013 celles de la <em>philia<\/em> \u2013 n\u00e9cessaires \u00e0 la bonne marche du mariage, \u00e0 la p\u00e9rennit\u00e9 de l\u2019<em>oikos<\/em> et donc \u00e0 celle de la cit\u00e9 qui, comme l\u2019\u00e9crivait Aristote, est la somme des maisonn\u00e9es.<\/p>\n<p>En somme, si Th\u00e9\u00f4ris, Olympiod\u00f4ros et Aristomach\u00e8 ont forg\u00e9 une repr\u00e9sentation des dieux \u2013 par le nom plus que par l\u2019image, du reste \u2013 originale et sans doute unique, leur situation comme leurs attentes sont d\u2019une grande banalit\u00e9 au regard de l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 ath\u00e9nienne du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<h2>Pour aller plus loin<\/h2>\n<p><strong>Sur le relief de la Glyptoth\u00e8que Ny-Carlsberg n\u00b01558<\/strong><\/p>\n<p>BLINKENBERG, Christian, \u00ab\u00a0Un bas-relief votif grec de la Glyptoth\u00e8que Ny-Carlsberg\u00a0\u00bb, <em>Oversigt over det Kongelige Danske videnskabernes selskabs forhandlinger (Bulletin de l\u2019Acad\u00e9mie royale des Sciences et des Lettres de Danemark)<\/em>, 1916, p.203\u2011209.<\/p>\n<p><em>LIMC <\/em>(<em>Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae<\/em>, D\u00fcsseldorf, Artemis Verlag) VIII, 1997, p.\u00a0341, n\u00b0210.<\/p>\n<p><strong>Sur les th\u00e9ox\u00e9nies<\/strong><\/p>\n<p>JAMESON, Michael H., \u00ab\u00a0Theoxenia\u00a0\u00bb, in H\u00c4GG, Robin, dir., <em>Ancient Greek Cult Practice from the Epigraphical Evidence: Proceedings of the Second International Seminar on Ancient Greek Cult<\/em>, Stockholm, \u00c5str\u00f6ms, 1994, p. 35\u201157.<\/p>\n<p><strong>Sur la repr\u00e9sentation des rituels sacrificiels sur les reliefs votifs<\/strong><\/p>\n<p>VAN STRATEN, Folkert T., <em>Hier\u00e0 kal\u00e1: Images of Animal Sacrifice in Archaic and Classical Greece<\/em>, Leiden, Brill, 1995.<\/p>\n<p><strong>Sur le contexte \u00e9conomique et technique de production des reliefs votifs \u00e0 Ath\u00e8nes au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<p>LALONDE, Gerald V., <em>Horos Dios: An Athenian Shrine and Cult of Zeus<\/em>, Leiden\/Boston, Brill, 2006, notamment p. 64-67.<\/p>\n<p>Sur la religion en Gr\u00e8ce (notamment \u00e0 Ath\u00e8nes au IV<sup>e<\/sup> s.)<\/p>\n<p>BRUL\u00c9, Pierre, \u00ab\u00a0La religion, histoire et structure\u00a0\u00bb, in BRUL\u00c9, Pierre, DESCAT, Raymond, dir., <em>Le monde grec aux temps classiques. Tome 2, Le IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>, Paris, Presses universitaires de France (coll. \u00ab\u00a0Nouvelle Clio\u00a0\u00bb), 2004, p. 413-479.<\/p>\n<p>PARKER, Robert, <em>Athenian Religion: A History<\/em>, Oxford, Clarendon Press, 1996, notamment p. 231 sur le relief de Copenhague.<\/p>\n<p><strong>Sur la soci\u00e9t\u00e9 ath\u00e9nienne au IV<sup>e<\/sup> s.<\/strong><\/p>\n<p>OULHEN, Jacques, \u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 ath\u00e9nienne\u00a0\u00bb, in BRUL\u00c9, Pierre, DESCAT, Raymond, dir., <em>Le monde grec aux temps classiques. Tome 2, Le IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>, Paris, Presses universitaires de France (coll. \u00ab\u00a0Nouvelle Clio\u00a0\u00bb), 2004, p. 251\u2011351, notamment p. 331-332 sur la <em>philia<\/em>.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>Cf. Jameson 1994.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>Le personnage au centre est un \u00e9chanson dont la nudit\u00e9, dans ce contexte, traduit le tr\u00e8s probable statut servile ou, en tous cas, la condition de serviteur.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>Blinkenberg 1916.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>Le mariage grec \u00e9tait en effet virilocal, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019\u00e9pous\u00e9e allait vivre dans la maison de l\u2019\u00e9poux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de Sylvain Lebreton, Universit\u00e9 Toulouse \u2013 Jean Jaur\u00e8s, Laboratoire PLH \/ ERC MAP Repr\u00e9senter les dieux et le rituel par l\u2019image et par le texte Cette \u00e9tude de cas permet d\u2019apporter un contrepoint \u00e0 celle des Panath\u00e9n\u00e9es, \u00ab\u00a0star\u00a0\u00bb des programmes et des manuels scolaires, g\u00e9n\u00e9ralement abord\u00e9e \u00e0 travers les frises du Parth\u00e9non (Ve s.) et l\u2019inscription relative aux Petites [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1264,"featured_media":872,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_members_access_role":[],"_members_access_error":""},"categories":[46,22,29,30,52,27,57],"tags":[],"class_list":["post-871","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anthropologie","category-antiquite","category-histoire","category-histoire-de-lart","category-image-antique","category-lettres-classiques","category-sculpture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/871","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1264"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=871"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/871\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":882,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/871\/revisions\/882"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/media\/872"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=871"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=871"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/questions-d-images\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=871"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}