On trouvera l’article complet à :

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Université Toulouse Le Mirail

© Daniel WELZER-LANG

dwl@univ-tlse2.fr

Version 2011

 

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Les hommes, les femmes et les autres :

les identités sexuées et sexuelles

un exemple de cours sur le genre

 

 

 

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Pour citer ce texte : Welzer-Lang Daniel, 2011, Les hommes, les femmes et les autres, les identités sexuées et sexuelles, un exemple de cours sur le genre, Université Toulouse Le-Mirail,

 

 

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Pour accéder à un certains articles,àA partir de l’ENT (une fois identifié-e):

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© Daniel WELZER-LANG

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Version 2011

 

Les hommes, les femmes, et les autres : les identités sexuées et sexuelles[1]

 

A priori, quand on arrive en première année à l’Université, quelle que soit notre origine universitaire, sociale, ou sexuelle, on sait ce que signifie être un homme ou une femme. Chacun, chacune peut en définir des caractéristiques physiologiques. Nous nous intéresseront ici dans ce texte destiné aux étudiants et étudiantes de 1ère année de sociologie aux caractéristiques sociales. Elles aussi sont manifestes. Sans même voir ce qui fonde la différence biologique, quand on voit une personne, on la définit comme un garçon ou une fille[2]. Et sans même s’en apercevoir, chacun, chacune associe des qualités ou des défauts à chaque sexe biologique.

 

[Exercice[3] : établir de manière individuelle ou collective (par groupe de sexe) les qualités et défauts que l’on pense associés à chaque sexe]

 

Dans la mesure où ces caractéristiques associées à chaque sexe sont fluctuantes en fonction des sociétés[4], des époques, nous parlerons de « genre » pour définir le sexe social[5], autrement dit les définitions sociales associées au sexes dits biologiques et censées le représenter. Dans les études genre (multiples à l’Université du Mirail), le genre est de plus en plus défini comme un « système » politique qui permet de classer et hiérarchiser les sexes.

En 2011, j’ai ainsi défini le genre :

« Le genre est défini comme le système socio-politique qui construit, organise et hiérarchise la pseudo naturalité des catégories sociales de sexe (le sexe dit biologique) en légitimant la domination masculine hétéronormative. En ce sens les rapports sociaux de sexe analysent la domination masculine et ses évolutions, les positions sociales respectives des hommes et des femmes. Les rapports sociaux de genre s’intéressent à l’hétéronormalisation des positions des personnes définies comme hommes ou femmes, la domination des sexualités définies comme minoritaires ».[6]

 

En sociologie aujourd’hui, nous étudions ce que vivent les hommes et les femmes, mais surtout les rapports qui les lient entre eux et elles et les construisent comme des êtres sexués ou genrés, ce que l’on nomme les « rapports sociaux de sexe ». Nous considérons alors les hommes et les femmes comme des catégories de sexe, des groupes (voire des classes) et les problématiques sociologiques mettent en évidence les rapports sociaux de sexe qui, au niveau interindividuel comme au niveau collectif, créent, produisent et reproduisent les inégalités entre les hommes et les femmes.  Ces rapports sont caractérisés comme des formes d’oppression, de subordination, ou plus généralement de domination. C’est une véritable rupture qu’induit une telle approche, issue du féminisme, qui affirme que « les catégories de sexe ne sont plus des en-soi séparés, mais qu’elles se définissent dans et par leur relation. »[7]. Bien sûr, les recherches nous montrent que la domination masculine varie, qu’elle ne reproduit pas à l’identique. Les travaux en sociologie du genre contribuent à en caractériser les changements.

 

Aussi curieux que cela puisse paraître, cela n’a pas toujours été le cas. Longtemps, les sociologues ont étudié les hommes, le général, le normal et à côté les femmes, comme des formes particulières. « Il n’y a pas toujours eu deux sexes en sociologie. Au contraire, on était en présence, d’une part, d’un être général, porteur des caractéristiques de l’humanité, représentant même de cette humanité, être général qui se confondait avec l’être masculin, et d’autre part, d’un être sexué particulier, la femme » (Devreux, 1985).

L’androcentrisme, le fait de se centrer et/ou de privilégier l’analyse des hommes, des dominants et invisibiliser[8] ou sous-estimer les femmes (ce qu’elles font, ce qu’elles vivent, ce qu’elles pensent) est un biais majeur[9] — parfois encore présent — dans de nombreuses études sociologiques. L’androcentrisme a été présenté par Nicole-Claude Mathieu :  « La majorité des écrits théoriques ou descriptifs généraux (par exemple, exposé général sur la sociologie de la connaissance, analyse économique globale de la production, etc.) ne font pas référence aux catégories de sexe. Un y étudie un processus humain dans sa généralité sans distinction de sexe entre les individus. Ceci est parfaitement justifié du point de vue méthodologique, et personne, en effet, ne songerait que l’appartenance sexuée ait quoi que ce soit à voir avec le problème traité … Pourtant, il est extrêmement fréquent qu’apparaisse dans ces ouvrages une « remarque » réorientant tout le problème en fonction de  la catégorisation sexuelle  « nous sommes moins bien renseignés en ce qui concerne les femmes… » ou « il serait également utile d’étudier, en ce qui concerne les femmes … » Le lecteur devient alors perplexe quant à la généralité de ce qu’il avait lu jusque là, d’autant qu’il ne lui avait pas été précisé que l’on parlait des hommes, et que de fait, méthodologiquement, le problème n’était pas étudié par l’auteur en référence (du moins consciente) à une éventuelle catégorie « homme » ». (Mathieu, 1971 : 16).

L’enjeu de cette analyse qui intègre les deux groupes (ou classes de sexe) et prend comme acquis que le genre est d’abord produit par l’oppression et la domination masculines est de refuser les présupposés naturalistes qui définissent le sexe social comme produit du sexe biologique. Si cette proposition théorique est facile à étayer et à démontrer, elle provoqua de nombreuses discussions et de violents débats tant il est difficile de penser cette inversion. D’une manière générale tout système d’oppression (pensons à l’Apartheid en Afrique du Sud) s’appuie sur des conceptions dites naturelles des différences au lieu d’analyser comment ce sont les divisions politiques et sociales qui créent elles-mêmes des catégories hiérarchisées pour penser et vivre ces différences.

Cette manière de déconstruire la domination masculine, les situations des hommes et des femmes ont produit d’importantes pistes de recherche qui se caractérisaient par un décloisonnement tant des disciplines que des champs sous-disciplinaires. Une des voies les plus prometteuses était celle qui se proposait d’articuler les rapports sociaux entre les  sexes avec les autres rapports de domination – notamment de classe, de génération et de « Race » ou inter-ethniques[10] –  tout en posant d’emblée que cette articulation n’est pas hiérarchisée : « il n’y a ni front principal, ni ennemi principal. Un rapport social ne peut pas être un peu plus vivant qu’un autre, il est ou il n’est pas » dit Danièle Kergoat (1984).

 

[Exercice : montrer à travers l’étude comparative entre les situations des hommes et des femmes maghrébines vivant dans les quartiers populaires comment leurs situations objectives sont le produit de rapports sociaux multiples]

 

Attention  : dernièrement, suite aux incitations officielles, de plus en plus d’études se réclament du genre, pourtant seules les femmes y sont étudiées, comme si les hommes n’existaient pas, ou comme si les hommes étaient eux-mêmes un groupe homogène. De véritables études genre prennent pour postulat que femmes et hommes n’existent que dans leur relation, dans les rapports sociaux qui les constituent comme hommes ou femmes.

 

 

De manière parallèle aux études sociologiques, et à partir des luttes féministes luttant contre la domination masculine qui ont influencées elles-mêmes les analyses des sociologues, ont été contestés l’enfermement des femmes dans le travail domestique[11], leur dépendance économique aux hommes (à leurs maris), leur inégalité de statut et de salaire dans la sphère professionnelle[12] et les violences masculines qu’elles subissent dans la maison (Welzer-Lang, 1991, 2005a,b), au travail et dans l’espace public.

 

 

[Exercice :comparer les tableaux suivants concernant le traitement différentiel des hommes et des femmes au travail, dans la famille………

 

Tableau n°1

Emploi du temps quotidien sur 7 jours des conjoints

des familles dont le père a moins de 45 ans

Peres

Meres

actives

Meres

au foyer

Nombre d’enfants

1

2

3 ou +

1

2

3 ou +

1

2

3 ou +

Travail professionnel

(y. c. trajets)

Travail domestique

dont :

•    Cuisine, vaiselle

•    Ménage

•    Lessive, repassage

•    Couture, bricolage, course

•    Soins aux enfants

Temps contraint

Temps physiologique

dont sommeil

Temps libre

dont télévision

6h21′

3h02′

24′

6′

1′

1h27′

21′

9h23′

11h19

8h24′

3h18′

1h35′

6h33′

2h58′

23′

7′

1′

1h24′

22′

9h31′

11h08

8h16′

3h21′

1h33′

6h39′

2h42′

19′

5′

0′

1h23′

16′

9h21′

11h07

8h16′

3h22′

1h40′

5h15′

5h05′

1h24′

39′

26′

59′

55′

10h20

11h16

8h32′

2h24′

1h05′

4h52′

5h24′

1h32′

44′

28′

1h04′

56′

10h16

11h16

8h29′

2h28′

1h04′

4h02′

5h57′

1h49′

50′

33′

1h05′

57′

9h59′

11h30

8h15′

2h31′

57′

14′

7h58′

2h07′

58′

38′

1h14′

2h08′

8h12′

12h06

9h13′

3h42′

1h04′

12′

8h44′

2h18′

1h13′

33′

1h28′

2h01′

8h56′

11h37

8h46′

3h27′

1h30′

7′

9h13′

2h36′

1h22′

51′

1h26′

2h03′

9h20′

11h26

8h40′

3h14′

1h33′

Source : INSEE, enquête « Emploi du temps » 1985-86 in Caroline Roy, « 92 minutes de vaiselle », Informations sociales, Union Nationale des Caisses d’Allocations Familiales, n° 1987/5, p. 33. Cette enquête est la dernière disponible sur le sujet. Les durées indiquées correspondent à des durées hebdomadaires converties en      s quotidiennes (Bihr, Pfefferkorn, 1996 : 71) .

 

 

On trouvera des chiffres récents à :

www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1377/ip1377.pdf

 

 

 

Malheureusement, seules quatre enquêtes « emploi du temps » ont été réalisées par l’Insee depuis cinquante ans (1966, 1974, 1986 et 1999). Ceci ne permet pas de mesurer précisément les variations, notamment pour les personnes plus jeunes élevées dans la mixité. On lire toutefois un article fort intéressant sur les hommes et le travail domestique : Clémence Ledoux et Benoît Thuillier « Du travail domestique masculine au travail domestique des hommes », Terrains & travaux 1/2006 (n° 10), p. 56-76.
URL : www.cairn.info/revue-terrains-et-travaux-2006-1-page-56.htm.

Qui se conclue ainsi :

« […] les pratiques domestiques des hommes ne sont pas uniformes. Pour interpréter ces nombreuses différences, l