Lettre ouverte à la présidence de l’Université Toulouse – Jean Jaurès / Soutenir la jeunesse en lutte : notre responsabilité collective

Madame la Présidente,
Depuis plusieurs semaines, les lycéen·nes se mobilisent pour dénoncer leurs conditions d’études et, plus largement, les conséquences de décennies de dégradation des services publics de
l’enseignement. Leur mobilisation s’organise dans un contexte de répression policière et de violences documentées, alors même que leurs revendications restent toujours sans réponse.
Ces lycéen·nes sont nos futur·es étudiant·es. À ce titre, notre université exerce envers eux et elles une responsabilité particulière.
C’est d’ailleurs en soutien à leur mobilisation que des étudiant·es de notre université se sont
engagé·es dans la lutte. Le 1er octobre, ils et elles ont bloqué le campus et occupé le Gai Savoir. Face à cette mobilisation, vous avez choisi de faire intervenir les forces de l’ordre, ici, sur notre campus, notre lieu de travail et de vie collective. Et cela, alors même que les personnels du Gai Savoir, réunis en AG, avaient exprimé leur opposition totale à toute intervention policière. Les images et témoignages de la violence de cette évacuation tournent aujourd’hui en boucle sur les réseaux sociaux. Aussi, nous exigeons que soit rendu public le processus de médiation (a-t-il seulement eu lieu ?) qui a mené à l’intervention policière.
Depuis, vos communications présentent la suspension des activités comme la seule conséquence du blocage étudiant, sans rappeler que ce mouvement s’inscrit dans une succession d’événements et de décisions, notamment l’intervention policière au Gai Savoir et les fermetures administratives décidées par la présidence, visant à dissuader les étudiant·es et les personnels de venir sur le campus. Alors que celui-ci continue à vivre, par et pour la mobilisation.
De plus, dans votre dernier message, vous affirmez que « nous aspirons collectivement » à retrouver notre lieu d’études et de travail et à reprendre les activités dans les meilleurs délais. Dans le même temps, vous dites reconnaître la légitimité des revendications lycéennes et étudiantes.
Mais de quoi parlez-vous ?
Comment prétendre soutenir les lycéen·nes et nos étudiant·es, qui se mobilisent pour de meilleures conditions d’études, et, en même temps, reprendre les activités normalement, ou presque ? Le retour à la normale que vous préconisez mettra de facto fin à la mobilisation telle qu’elle se déploie aujourd’hui sur notre campus. Chacun·e le sait.
Nous, personnels mobilisés et réunis en assemblée générale, le rappelons avec force : notre
responsabilité collective, dans ce moment historique pour la jeunesse est de soutenir cette jeunesse.
Cette responsabilité implique de reconnaître la légitimité et l’autonomie du mouvement étudiant et lycéen, mais aussi de lui donner concrètement les moyens de durer. Elle ne saurait se réduire à des déclarations de soutien sans conséquence sur le fonctionnement de notre université.
Notre opposition à la reprise des enseignements ne signifie pas que nous souhaitons un campus
fermé et déserté. Bien au contraire, nous travaillons à faire vivre un campus ouvert à la mobilisation, au débat, à la solidarité et à la transmission des savoirs sous d’autres formes.
À ce titre, nous invitons l’ensemble de la communauté universitaire à participer aux assemblées
générales, aux cours alternatifs, aux débats et aux actions de terrain, à ouvrir les services de restauration de l’UT2J, dans le respect des personnels qui y interviennent, et à libérer des espaces de travail et de discussion.
Ainsi, Madame la Présidente, notre responsabilité collective n’est pas de reprendre les cours et nos activités administratives et pédagogiques ou de recherche comme si de rien n’était. Non ! Notre responsabilité est de soutenir sans faille – aucune – notre jeunesse en lutte et nous appelons l’ensemble de la communauté à se réunir autour de ce projet pour notre futur à tous et toutes.

Assemblée générale des personnels, le 12 octobre 2026

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