Lettre des étudiant·es du SED en soutien à la mobilisation

Nous étudiant.e.s à distance apportons notre soutien plein et entier à la mobilisation actuelle dans les lycées, les universités et la convergence observée depuis quelques jours. Nous souhaitons également partager notre témoignage en tant qu’étudiant.e.s en enseignement à distance.

Les personnes en enseignement à distance ont des profils différents: âges, nationalités, catégories sociales, etc. Nombre d’entre nous ont des obligations et des comptes à rendre lors de contrôles réguliers:

Les personnes au RSA n’ont pas le droit d’étudier sauf si c’est accepté par France Travail dans leur contrat d’engagement réciproque, avec présentation de justificatifs.

Les personnes en emploi sont dépendants des décisions de leurs employeurs (absence pour assister aux classes virtuelles, pose de congés pour les examens…).

Certain.e.s utilisent leur CPF sans savoir si leur projet aboutira. D’autres montent des dossiers de financement de plus en plus complexes.

Les personnes en situation de handicap devant renouveler leurs dossiers MDPH, doivent justifier d’un projet de vie et donc soumettre leur projet d’études à long terme, pour bénéficier d’un accord de leurs droits et des aides nécessaires. Cette année, les MDPH ont eu un financement pour mettre en place plus d’entretiens domiciliaires ou dans leurs locaux pour l’étude des dossiers de renouvellement, l’idée étant de les rendre obligatoires pour chacun.e. Ceci rajoute une étape fastidieuse et angoissante, d’autant que les délais de traitement des dossiers s’allongent au-delà du temps légal d’instruction.

Les personnes en situation de handicap de plus de 40 ans n’ont désormais plus droit aux bourses (pour cette année certains CROUS les accordent, d’autres non), laissant des étudiant.e.s en reconversion, ou ayant eu des parcours de vie hachant leurs études, obligé.e.s d’arrêter leur cursus en L1, L2 ou M1, faute de moyens financiers.

Les étudiant.e.s étranger.e.s subissent un tri suivant leur nationalité, leurs revenus et l’obtention d’un visa VLS-TS. Dans le même temps, les frais d’inscription augmentent et les APL sont supprimés pour certains, les obligeant à travailler dans des conditions de plus en plus précaires en plus de leurs études. 

Etc. La liste n’est pas exhaustive.

Ainsi, accéder à l’enseignement supérieur à distance relève parfois d’une stratégie à long terme soumise aux instances concernées, s’avérant être un parcours du combattants pour les plus vulnérables.

Les pouvoirs publics resserrent les modalités d’octroi des droits, comme dans tous les secteurs, et dans ce cas décrit, les personnes sont donc soumises à des contrôles de plus en plus obscures, angoissants et dont les modalités de refus sont de moins en moins motivés. Des recours existent mais peu sont ceux qui ont le courage de les saisir. 

Cette situation nous plonge dans un paradoxe, voire un jeu de dupes. Nous devons fournir des projets détaillés à long terme, prenant du temps, et restons suspendu.e.s à des décisions que nous ne pouvons pas prédire quant à notre avenir, touchant dans certains cas à nos moyens de subsistance. Dans le même temps, nous voyons la dégradation des conditions d’études, la baisse des budgets et l’augmentation de la sélectivité. Comment se projeter dans un projet à long terme dans ce contexte? Comment ainsi justifier, soutenir et défendre la pertinence d’un projet de vie et d’études devant les instances publiques et les employeurs?

Nous n’attendons pas de réponse précise, nous sommes conscients de l’incertitude dans laquelle chacun.e est plongé.e à l’heure actuelle, et combien une mobilisation d’une telle ampleur est chronophage. Nous savons aussi que le principe même de l’enseignement à distance est l’autonomie, et que les modalités d’examens nous sont la plupart du temps favorablement adaptés. Des SCUIO, des Services de médecine étudiante et nombre d’enseignant.e.s répondent présents lorsque nous les sollicitons. Nous souhaitons simplement nous signifier dans les dialogues en cours, car dans l’impossibilité d’être présent.e.s sur les campus.

Nous encourageons les personnes concernées et pouvant se rendre dans des AG, même si elles n’ont pas lieu dans leur université, à y assister. Nous soutenons la revendication que l’éducation, de l’éducation nationale à l’enseignement supérieur et de la recherche en passant par la formation professionnelle, se doit d’être ouverte et accessible à tous et toutes sans distinction aucune.

Etudiant.e.s en enseignement à distance.

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