Le 21 mars 2025, la conférence « Penser le présent : les 100 jours de Trump », animée par Françoise Coste et Hilary Sanders, a mis en lumière les transformations profondes et les crises que traverse la démocratie étasunienne sous la nouvelle administration Trump. L’analyse de ce cas très complexe s’est effectué sur un ensemble de points variés et concrets.

Une crise des institutions étasuniennes :
Dès son retour au pouvoir, Trump a engagé un véritable « saccage » du gouvernement fédéral, mettant en péril les institutions traditionnelles des États-Unis. Son mépris affiché pour le Congrès et la justice renforce les craintes d’une crise constitutionnelle. Il gouverne désormais par décrets, marginalisant le processus législatif traditionnel.
La question centrale soulevée lors de la conférence était celle des contre-pouvoirs : si la législature semble impuissante face à un Trump qui préfère gouverner en « roi », l’autorité judiciaire est elle aussi sous pression. Certain·e·s juges se montrent favorables au président, tandis que d’autres appellent à son impeachment. Ce climat d’incertitude juridique mine la stabilité démocratique et soulève des inquiétudes quant à la capacité des institutions à préserver l’État de droit.
Les médias et l’université sous contrainte :
Le paysage médiatique étasunien est également affecté. Si le New York Times reste une voix progressiste, une grande partie de la presse est aujourd’hui sous contrôle direct ou indirect de Trump et de ses allié·e·s. Cette domination de l’espace médiatique participe à une désinformation massive et à la polarisation de l’opinion publique.
Les universités sont quant à elles visées par des coupes budgétaires massives et des mises sous tutelle de certains départements, réduisant leur capacité à critiquer le pouvoir en place. Les départements de sciences sociales sont notamment stigmatisés pour leur supposé militantisme, tandis que les financements fédéraux se redirigent vers des programmes jugés « utiles à la nation », selon une logique idéologique conservatrice.
Une régression démocratique rapide :
Les intervenant·e·s ont comparé la régression démocratique aux évolutions observées dans d’autres pays autoritaires. En seulement 100 jours, les États-Unis auraient régressé plus rapidement que la Hongrie de Viktor Orbán. Le rythme et l’ampleur des décisions prises défient les normes constitutionnelles.
Cette situation s’accompagne d’un scandale majeur autour des déportations menées par l’ICE (Immigration and Customs Enforcement). Cette agence fédérale, créée en 2003 au sein du Department of Homeland Security, est chargée de l’application des lois migratoires et douanières.
Sous Trump, l’ICE a vu ses prérogatives étendues de manière significative. Elle opère désormais avec une quasi-impunité, y compris en dehors des procédures judiciaires classiques. Des personnes sont expulsées sur des bases arbitraires, parfois sans audience, dans un climat de peur généralisée, rappelant les méthodes d’États autoritaires.
Elon Musk : un acteur politique ambigu
Un autre point débattu fut le rôle grandissant d’Elon Musk. S’il ne peut pas se présenter à la présidence faute de nationalité étasunienne de naissance, il est pourtant omniprésent dans l’entourage de Trump, davantage même que la Première Dame, Melania Trump. Il est notamment informé de documents sensibles du Pentagone – le bâtiment qui abrite le commandement militaire
des armées des États-Unis -, ce qui soulève de vives interrogations sur la sécurité nationale. Son influence dépasse le secteur privé et s’inscrit désormais dans une logique de pouvoir politique informel, échappant à tout contrôle démocratique.
Une politique migratoire radicale :
L’administration Trump a instauré un arrêt total des admissions de réfugié·e·s et des demandes d’asile. Ces mesures s’inscrivent dans une volonté de fermeture brutale des frontières. De nombreux·ses migrant·e·s fuient aujourd’hui les États-Unis, jugés trop hostiles, notamment vers le Guatemala, le Costa Rica ou le Panama. Ce mouvement migratoire inverse traduit la violence symbolique et concrète du nouveau cadre politique.
Par ailleurs, les employeur·euse·s, bien que majoritairement républicain·e·s, s’inquiètent de ces mesures qui risquent de réduire la main-d’œuvre bon marché sur laquelle repose une large part de l’économie étasunienne. Certains secteurs économiques, tels que l’agriculture, la restauration ou le bâtiment, commencent à en ressentir les effets directs.
Une opposition démocrate en difficulté :
Face à ces bouleversements, le Parti démocrate peine à réagir. Son manque d’anticipation lors des élections, notamment avec la candidature tardive de Kamala Harris, ainsi que son incapacité à expliquer l’inflation et proposer des solutions concrètes, ont facilité la victoire de Trump. La gérontocratie du parti, incarnée par des figures vieillissantes peu connectées aux attentes des jeunes électeur·rice·s, et son attentisme, pourraient le condamner à une marginalisation durable. L’absence de renouvellement générationnel et idéologique limite sa capacité de résistance.
Conclusion :
Les 100 premiers jours de Trump confirment une tendance à l’affaiblissement des contre-pouvoirs et à une radicalisation de sa politique. La conférence a mis en lumière une véritable crise politique et sociétale, dont les conséquences à long terme restent difficilement mesurables. Il semble que l’on assiste non seulement à une érosion progressive des fondements démocratiques, mais peut-être à une mutation structurelle du système politique étasunien.
Compte rendu rédigé par Perrine Guyon Lanabras (M1 à l’IPEAT)