Compte rendu : Retour sur la COP16, biodiversité de Cali

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Marie-Gabrielle Piketty est docteure en sciences économiques de l’Université Panthéon-Sorbonne, et chercheuse agronome au Centre de coopération Internationale pour la Recherche Agronomique et le Développement durable (CIRAD). C’est dans le cadre de cette fonction qu’elle a pu participer à la 16e Conférence de Coopération de la Biodiversité à Cali (Colombie), expérience qu’elle est venue présenter le mercredi 19 mars 2025 dans le cadre de la Fête des Amériques de l’Université Toulouse-Jean Jaurès et l’IPEAT.

Dans un premier temps, elle a rappelé les axes autour desquels les objectifs de la COP16 se sont structurés : la conservation, la disponibilité, le développement et l’action. Concrètement, cela se traduit par des discussions entre acteurs internationaux et locaux, gouvernementaux et privés, afin d’élaborer et faciliter un plan pour permettre la restauration de 30 % des terres, mers et landes dégradées au niveau mondial, tout en agissant pour la qualité de vie des personnes affectées par les projets mis en place. Elle a également insisté sur l’importance pour les participant·es de mettre en valeur les contributions des acteurs locaux (institutions gouvernementales, associations, agriculteur.ice.s…).

            Dans un second temps, Marie-Gabrielle Piketty a fait part de son expérience personnelle comme intervenante de la COP. Elle y était présente en tant que représentante du CIRAD pour porter le bilan de sa participation au sein du projet de développement durable et inclusif de l’Amazonie, nommé TerrAmaz. Ainsi, elle est revenue sur sur la conception et les résultats d’une initiative de restauration productive en Amazonie brésilienne auquel elle avait participé, et qu’elle avait donc dû présenter à la COP. Cette initiative, basée sur la restructuration de l’élevage bovin en divisant les parcelles des éleveurs afin de permettre au bétail de brouter de l’herbe à un niveau de maturité précis, avait pour but de diminuer les émissions de gaz à effet de serre liées à la digestion des troupeaux, tout en adaptant la gestion du terrain pour permettre la restauration progressive de la végétation dans les zones de pâturage. Sa présentation a également décrypté la centralité de la concertation avec les institutions gouvernementales qui l’ont financé, mais aussi et surtout avec les agriculteur.ice.s, pour qui l’élevage représente une source de revenus des plus fiables en Amazonie brésilienne, territoire isolé, difficile d’accès et au climat équatorial chaud et humide. Une partie importante de son rôle pendant cette initiative était donc d’assurer le lien entre les agriculteur.ice.s et les institutions ou organisations internationales, afin de trouver et appliquer des solutions pour rendre l’élevage bovin dans cette région plus durable et soutenable pour les écosystèmes et les travailleur.se.s.

            Dans un troisième temps, la docteure Piketty a fourni des détails plus concrets et personnels relatifs à l’organisation de la COP16. Parmi eux, on peut mentionner la division de l’évènement en deux zones, l’une dite verte, ouverte à tout le monde et avec une multitude de stands d’organisations très variées, ainsi que beaucoup d’espaces dédiés aux débats et aux discussions. L’autre, dite bleue à l’accès contrôlé, clairement séparé de celui de l’autre zone et limité aux membres d’une liste définie de représentant·es d’organisations locales et internationales. Dans ce temps de parole, elle a également pu aborder un certain nombre de débats de fond, centraux dans les discussions mondiales de lutte contre l’effondrement de la biodiversité. Elle a mentionné comme exemple les éventuelles tensions entre les représentant·es de pays du Nord aux réflexes moralisateurs et celles et ceux de pays du Sud, qui leur fournissent les matières premières auxquels le Nord est dépendant. Elle a également abordé l’importance d’inclure les communautés autochtones dans les discussions portant sur les transformations profondes des territoires qu’elles habitent, qui sont nécessaires à la protection de la biodiversité mais qui peuvent aussi être à la source d’importantes tensions. Dans ce cas, l’inclusion au débat devient ainsi le meilleur outil pour assurer l’efficacité des décisions prises au niveau international car elle en augmente la légitimité démocratique et diminue donc les dissensions face à l’urgence environnementale.

            La docteure Piketty a terminé en revenant sur le bilan de la COP 16, à savoir la création d’un nouvel organe pour la concertation avec les populations autochtones, la création d’un fonds Cali pour le renforcement de la protection de la biodiversité, avec une feuille de route claire pour les investissements, en plus d’engagements de nombreux pays à étendre leur action dans la matière. Un bilan globalement assez positif, bien qu’elle y a apposé certaines réserves. La principale portait au niveau de la séparation de la conférence en deux zones, nécessaire pour des raisons de sécurité mais regrettable car imposant une séparation trop nette entre les participants selon leur statut et leur présence sur la liste d’invités à la zone bleue ou non.

            Pour conclure, l’intervention de Gabrielle Piketty a pu être l’occasion de découvrir les coulisses de l’une des principales instances de coopération internationale en matière de biodiversité. Elle nous a fourni le point de vue concret et pratique d’une spécialiste intervenante. Mais elle a aussi  exposé une partie des dynamiques politiques et sociales qui entourent un tel évènement, tout en soulevant des thématiques centrales à la mise en œuvre de la coopération et la préservation efficace de la biodiversité : concertation, respect, et ouverture.

Compte rendu rédigé par Basile Vial (M1 à l’IPEAT)