
Les actions de Topophone auprès des jeunes usager·es
Dans le cadre de l’enquête école menée en 2024-2025, les étudiant·es de première année du Master Médiation de la musique de l’Université Toulouse – Jean Jaurès ont travaillé avec Topophone, pôle d’actions culturelles engagé dans l’accès à la pratique musicale.
Topophone développe des actions visant à rendre la pratique musicale plus accessible, notamment dans les quartiers prioritaires et les zones rurales en Occitanie. À travers des ateliers, des interventions et des projets collectifs, l’association cherche à favoriser la rencontre avec la musique, la pratique instrumentale, la découverte artistique et l’expression des jeunes publics.
L’enquête menée par la promotion s’est construite autour d’une problématique centrale : en quoi les actions de Topophone sont-elles vectrices de changement chez les jeunes usager·es ?
Un partenariat entre le Master et Topophone
Cette enquête école s’inscrit dans une collaboration entre les étudiant·es du Master Médiation de la musique et l’équipe de Topophone. L’objectif était de réaliser un état des lieux du dispositif, en identifiant à la fois ses points forts, ses effets sur les jeunes usager·es et les pistes d’amélioration possibles.
Le travail mené devait également permettre à Topophone d’affiner ses outils d’évaluation, en recueillant des témoignages auprès des personnes directement concernées par les actions : jeunes bénéficiaires, parents, professionnel·les, artistes et partenaires.
Initialement orientée vers les jeunes issus du quartier du Mirail, l’enquête s’est progressivement ouverte à d’autres actions menées dans différents quartiers toulousains. Cette évolution a permis d’élargir le regard porté sur le dispositif et de mieux comprendre la diversité des situations rencontrées.
Une enquête qualitative fondée sur les entretiens
Pour mener cette enquête, les étudiant·es ont suivi une formation aux techniques d’enquête sociologique afin de construire des grilles d’entretien adaptées. Le recueil de données s’est ensuite appuyé sur une méthode qualitative, permettant de donner une place importante aux paroles et aux expériences des personnes interrogées.
Deux focus groupes ont été réalisés, l’un avec des usager·es de Topophone et l’autre avec des professionnel·les du dispositif. Ces échanges collectifs ont permis de faire émerger des représentations communes, mais aussi des points de vue différenciés selon la place occupée par chacun·e dans le projet.
En complément, douze entretiens individuels semi-directifs ont été menés auprès de jeunes, de parents, de professionnel·les, d’artistes, de partenaires et de personnes extérieures à Topophone. L’ensemble de l’enquête a été mené dans le respect des principes d’anonymisation.
La pratique collective comme moteur de motivation
L’un des principaux enseignements de l’enquête concerne l’importance de la pratique collective. Les ateliers proposés par Topophone apparaissent comme des espaces où les jeunes apprennent à jouer ensemble, à s’écouter, à progresser avec les autres et à construire un rapport plus confiant à la musique.
Les activités de groupe sont apparues comme un facteur important de motivation. Elles permettent aux jeunes de s’engager non seulement auprès de l’enseignant·e, mais aussi auprès des autres musicien·nes. Le collectif favorise ainsi l’entraide, l’attention aux autres et la persévérance.
Les temps hors cours, comme les stages, les sorties ou les restitutions, ont également été valorisés par les personnes interrogées. Ils permettent aux jeunes de vivre des expériences musicales plus larges, de découvrir des lieux culturels et de se projeter dans une pratique artistique plus concrète.
Des liens sociaux au cœur du dispositif
L’enquête met aussi en évidence la dimension sociale des actions de Topophone. Les ateliers ne se limitent pas à l’apprentissage musical : ils constituent également des espaces de rencontre, de reconnaissance et de construction de liens.
Les relations entre les jeunes et les professionnel·les reposent sur la communication, l’adaptation et la confiance. Les étudiant·es ont montré que la proximité entre l’équipe de Topophone et les usager·es pouvait favoriser un climat de travail bienveillant, dans lequel les jeunes se sentent davantage légitimes pour pratiquer, essayer, se tromper et progresser.
Les liens avec les parents apparaissent eux aussi comme un enjeu important. Certains moments conviviaux, les restitutions ou les concerts permettent de créer une relation plus forte avec les familles. Ces temps donnent aussi aux parents l’occasion de voir leurs enfants sur scène, dans une situation de valorisation artistique.
Enfin, les partenariats noués par Topophone avec d’autres structures peuvent ouvrir vers de nouveaux projets. L’enquête souligne ainsi la capacité du dispositif à créer des passerelles entre les jeunes, les familles, les artistes, les structures culturelles et les acteurs du territoire.
Des changements personnels, musicaux et professionnels
Les témoignages recueillis montrent que les actions de Topophone peuvent produire plusieurs formes de changement chez les jeunes usager·es.
Sur le plan musical, la pratique régulière permet de développer des compétences instrumentales, une méthode de travail et une capacité à jouer en groupe. Elle peut aussi faire naître une motivation nouvelle, même si l’apprentissage demande du temps, de la rigueur et peut parfois être source de pression.
Sur le plan personnel, les effets relevés concernent particulièrement la confiance en soi, le dépassement de soi et les compétences sociales. Le fait de jouer avec d’autres, de se produire sur scène ou de participer à des projets collectifs peut aider certains jeunes à se sentir plus à l’aise, à prendre davantage leur place et à mieux communiquer avec les autres.
L’enquête met également en évidence des effets possibles sur les parcours professionnels. Certaines expériences, comme les stages ou la découverte des métiers de la musique et de l’événementiel, peuvent susciter des intérêts nouveaux ou contribuer à des formes de projection vers l’avenir.
Des enjeux et des défis identifiés
Si l’enquête souligne de nombreux points forts, elle permet aussi de repérer plusieurs défis pour Topophone.
Le premier concerne la prévention du décrochage. La motivation des jeunes peut fluctuer selon l’âge, le contexte familial, les contraintes matérielles ou les événements de la vie. L’adolescence apparaît notamment comme un moment où l’engagement dans la pratique musicale peut devenir plus fragile.
Un autre enjeu concerne l’adaptation des contenus pédagogiques. Les professionnel·les doivent ajuster leurs attentes aux rythmes, aux besoins et aux situations de chaque jeune. L’apprentissage collectif constitue une force du dispositif, mais il ne remplace pas toujours les apports d’un cours individuel sur le plan strictement musical.
La question des lieux d’activité apparaît également comme un point de vigilance. Lorsque les ateliers sont dispersés ou éloignés du quartier d’habitation des jeunes, cela peut rendre plus difficile la création d’habitudes, de repères et de liens sociaux durables.
Enfin, la visibilité de Topophone constitue un enjeu important. Mieux faire connaître l’association, ses actions et ses lieux d’intervention pourrait permettre de renforcer l’identification du dispositif auprès des familles, des partenaires et des publics concernés.
Un podcast pour restituer l’enquête
À partir des matériaux recueillis, les étudiant·es ont également réalisé un podcast intitulé Les voix de Topophone. Ce travail de restitution s’organise en cinq épisodes de 10 à 20 minutes, chacun consacré à une thématique issue de l’enquête :
- les publics cibles ;
- la dimension sociale de Topophone ;
- les vecteurs de changement ;
- les interactions entre professionnel·les et usager·es ;
- les motivations et les conclusions de l’enquête.
Ce format sonore a permis de prolonger l’analyse en donnant une forme vivante aux témoignages recueillis. Il constitue aussi un support de médiation à part entière, en valorisant les paroles des personnes rencontrées et les principaux résultats du travail mené par la promotion.
Une enquête au service de la réflexion et de l’action
Cette enquête école a permis aux étudiant·es du Master Médiation de la musique de mettre en pratique des outils d’enquête sociologique, d’analyse des publics et de restitution. Elle a également offert un terrain concret pour interroger les effets d’un dispositif d’action culturelle sur les parcours de jeunes usager·es.
À travers l’étude de Topophone, la promotion a pu questionner les liens entre pratique musicale, médiation, confiance en soi, collectif et transformation sociale. Le travail réalisé met en évidence la richesse d’un dispositif qui agit à la fois sur l’accès à la musique, la création de liens et l’accompagnement des jeunes dans leurs parcours.
Nous remercions l’équipe de Topophone pour sa confiance et son accompagnement, l’ensemble des participant·es à l’enquête pour leurs témoignages, ainsi que les étudiant·es et l’équipe pédagogique du Master Médiation de la musique pour leur engagement dans ce projet.

