

Introduction
« Le bruit qui court doucement sur cette vie a un goût que je ne connais pas »
Terestesa est un groupe franco-italien formé début 2020. Il est composé de quatre membres : Teresa Bertoni, Lilli Stefani, Amélie Michez et William Bonnet. S’il est difficile d’accoler un genre musical à un groupe aux influences aussi nombreuses et diverses, on peut affirmer que leur style musical mélange entre autres la pop, le rock, l’improvisation libre ou encore la musique électronique.
Dans le cadre d’une Licence de Musicologie, notre groupe d’étudiants a eu l’opportunité d’écouter et d’analyser leur dernier projet en date « Bella Faccia », et d’en apprendre plus leur musique, mais également sur leur histoire, leur démarche artistique et leurs engagements. Cet EP de six titres sorti en 2024 est né sur l’envie du groupe d’enregistrer les compositions de Teresa. L’album se plonge dans l’insolence douce de l’enfance convoquant l’imaginaire de livre pour enfant « Au pays des Monstres Sauvages » de Maurice Sendak. Et si l’objectif de ce dernier était de traverser un portail sonore vers un monde où l’enfance, l’audace et le rêve se rencontrent ?
L’interview
Partie 1
Partie 2
Partie 3
Biographie et histoire du groupe
Terestesa est un quatuor franco-italien composé de Teresa Bertoni, guitariste et chanteuse qui compose depuis ses 6 ans, Lili Stefani, multi-instrumentiste pratiquant notamment la flûte traversière, le trombone, le synthétiseur et le chant, William Bonnet à la basse et au chant, et Amélie Michez à la batterie. Leurs influences sont multiples : la pop, le rock, le punk, le jazz…
L’histoire du groupe commence à Sassuolo en Italie, où Teresa et Lili se sont rencontrées lorsqu’elles étaient enfants à l’école de musique “Olinto Pistoni”. Elles prenaient toutes les deux des cours de flûte traversière et jouaient ensemble dans un groupe local. Alors que Teresa part étudier un an à l’Académie des Beaux-Arts de Bologne, Lili fait le choix de quitter son pays natal, s’installe à Toulouse, et finit par convaincre Teresa de la rejoindre en 2019. Rapidement, l’idée de créer quelque chose ensemble germe. À Toulouse, grâce à leurs réseaux, elles rencontrent Amélie, alors étudiante en Musique à l’Université de Toulouse, puis William qui jouait déjà dans un groupe que Teresa trouve à l’époque “trop stylé” ! Quelques essais, le quatuor est formé.
Leur projet prend forme progressivement sur la scène musicale toulousaine, dans des bars et salles de concert. En parallèle, le groupe commence à fréquenter les studios et sort des premiers singles : Pozza en 2021, Grigio Piombo en 2022. Sélectionnés en 2023 parmi les trois lauréats du Focus d’Opus 2024 (dispositif d’accompagnement de projets musicaux émergents porté par le Webzine OPUS), Terestesa se lance dans la réalisation de leur premier EP Bella Faccia qui aboutiera à une sortie début 2024 et une release party au Taquin le 30 mars 2024. Né des compositions et samples de Teresa agrémenté des touches personnelles de chacun des membres, l’EP permet au groupe d’affirmer un peu plus son identité et sa sensibilité musicale, mais également de continuer son ascencion, notamment sur la scène indépendante Toulousaine, avec notamment une programmation au festival Rio Loco ! le 15 juin 2024. Depuis, Terestesa a continué de faire vivre ses compositions sur différentes scènes comme le Métronum fin 2024 ou le Rex en octobre dernier. En 2025, le groupe a également repris le chemin des studio en enregistré son nouvel album qui sortira en 2026.
Le son de Terestesa
L’importance à l’expérimentation instrumentale
Terestesa emploie quasiment toujours la même base instrumentale, formée de la guitare, la batterie, la voix, le synthétiseur et la basse. En revanche, le groupe cherche à utiliser les instruments de musique au-delà de leurs rôles et de leurs sonorités “classiques”. Dans les musiques actuelles en général nous employons le synthétiseur, la guitare et la basse pour soutenir l’harmonie par exemple. Puis, les instruments à vent ont le plus souvent un rôle mélodique. Or le groupe cherche à dépasser ces conventions. Dans l’interview, William nous indique que “Lily qui est multi-instrumentiste (elle joue de la flûte, du trombone et du synthé) arrive à mélanger et à s’intégrer dans la musique d’une manière non conventionnelle pour ces instruments-là”. Dans le morceau “Pezza”, nous pouvons par exemple entendre que la flûte traversière emploie quelquefois le flatterzunge. En quoi consiste le flatterzunge ?
Le flatterzunge est une technique instrumentale employée sur les instruments à vent. Il consiste à faire un roulement lingual qui produit un effet de trémolo. Or, il est très rare que dans les musiques populaires la flûte traversière emploie du flatterzunge.
William nous révèle qu’ il a cherché plusieurs techniques pour jouer de la basse en utilisant par exemple l’archet, qui est une technique très peu utilisée dans les musiques actuelles. Nous pouvons entendre de l’archet à la basse dans les morceaux “Reveria” et “Grigio Piombo” par exemple. William insiste notamment sur l’importance d’avoir “une réflexion sur la maîtrise de l’instrument et savoir l’utiliser pour son timbre notamment pas avec son rôle classique”.
Ainsi, si Terestesa est un groupe qui cherche à explorer les possibilités des instruments de leur rôle “classique”, c’est avant tout pour l’importance que ses membres accordent à la recherche du son. Le groupe franco-italien met l’accent sur la recherche sonore dans leurs morceaux.
Le travail en studio avec Andrea Scardovi
Pour l’EP Bella Faccia, Terestesa a collaboré avec l’ingénieur du son Andrea Scardovi. “Il savait trouver les sons qu’on voulait” nous a confié Teresa à propos d’Andrea Scardovi. Au cours de leurs sessions en studio, le groupe et l’ingénieur du son ont employés différents matériels pour trouver des sons originaux qui les inspiraient, sans se soucier de légitimité du matériel employé ou de la méthode de prise de son.
Dans “Mondocane” Teresa a utilisé un micro “premier prix” : “il a mis de la disto et j’ai crié dedans”. Andrea Scardovi a ajouté de la distorsion dans le micro de Teresa. Qu’est ce que la distorsion ? La distorsion est un effet audio qui provoque une saturation du signal en augmentant son niveau jusqu’à l’écrêtage (c’est – à – dire lorsque le signal électrique dépasse le seuil maximal de l’appareil). Contrairement à un son “propre” et clair que l’on retrouve dans une guitare sans effet, la distorsion émet un son plus agressif et granuleux. Nous le retrouvons souvent à la guitare dans les morceaux de Metal par exemple.
Dans “Mondocane”, Teresa nous apprend que l’ingénieur du son “a mis un micro dans une bouteille en plastique”. Dans “Brace”, Andrea Scardovi “a sorti sept synthés différents pour trouver vraiment les sons qu’on voulait”.
Ainsi, nous pouvons voir qu’il y a eu énormément de travail sur la recherche du son avec Andréa Scardovi. Sur quoi s’appuyait l’ingénieur du son pour trouver les sonorités que recherchaient le groupe ? Teresa nous répond : “on avait des musiques de références et on essayait de reproduire les mêmes effets”. Ainsi, le groupe faisait écouter à Andrea Scardovi des sons préexistants et parfois décrivait des “sensations sonores” qu’il souhaitait reproduire.
Une recherche du son au quotidien
Par ailleurs, la chanteuse du groupe enregistre souvent des sons de la nature et de la vie quotidienne pour les intégrer dans les morceaux. Teresa nous confie : “j’aime bien mélanger le bruit de la vie quotidienne à la musique”. Elle nous a révélé que l’idée d’intégrer des sons de la nature, de la vie quotidienne, provient de son admiration pour Bon Iver, groupe qui allie la musique électronique et les instruments acoustiques. Elle s’est inspirée de ce groupe et a voulu faire plus en ajoutant des sons préenregistrés de la nature, de la vie quotidienne.
Dans le morceau “Grigio Piombo” de 4:15 jusqu’à la fin, nous entendons le bruit de la pluie. Dans l’interview, Teresa nous confie qu’elle a elle-même enregistré le son de la pluie chez elle à la période du confinement de 2020. William a révélé “d’avoir ces dix dernières années essayé pleins de choses notamment les modulations de pédales et aussi d’autres recherches qui se rapprochent ergonomiquement et acoustiquement l’instrument. Faire l’archet sur une basse et voir comment ça sonne”. En effet, le bassiste a passé plusieurs années à chercher et à expérimenter avec des pédales d’effet, différents sons sur la guitare basse. Ainsi, William nous montre qu’il a utilisé plusieurs techniques pour chercher plusieurs sons possibles sur la guitare basse.
Les progressions harmoniques (enchaînements d’accords) que Terestesa emploie
Le groupe utilise une diversité progressions harmoniques dans leurs morceaux. Nous pouvons observer que parfois le groupe utilise des progressions d’accord en cycle des quintes. Dans le morceau “Temporale”, il y a l’enchaînement Mib majeur, Si majeur 7. Et puis, l’enchaînement Mib majeur, La mineur, et Ré mineur 7. Ainsi, de Ré à La puis de La à Mib il y a un écart de cinq notes qui forme une intervalle de quinte.
Le groupe emploie également des progressions diatoniques. La progression diatonique consiste à enchaîner des accords diatoniquement comme une gamme majeure ou mineure. Dans le couplet du morceau “Reveria”, il y a l’enchaînement de Ré majeur 7, Do # mineur 7, Si mineur 7, et La 13. Et le refrain comporte les accords Ré majeur 7, Do # mineur 7 et Si mineur 7. Ainsi la progressions Ré Do Si La est un exemple de progression diatonique.
Puis, Terestesa a employé dans le morceau Reveria, une petite progression chromatique. Qu’est ce qu’une progression chromatique ? La progression chromatique est une succession d’accords qui s’enchaîne par demi-ton. Par exemple, dans les deux premier accords dans la partie d’improvisation dans “Reveria”, nous entendons, Fa # mineur 7 puis G# diminué basse de Fa. La note de basse passe de Fa# à Fa. Il s’agit d’un mouvement en demi-ton donc c’est pour cela que nous qualifions cet enchaînement de progression chromatique.
Terestesa nous a confié qu’ils ne peuvent pas nous indiquer pourquoi ils ont choisis ces progressions parce-que selon Teresa : “en ce qui concerne la basse et la guitare, on fait tout à l’oreille”.
L’utilisation de différents modes
En effet, sur les accords mineurs Terestesa emploie plutôt le mode aéolien et dorien. Sur les accords de septième de dominante (autrement dit des accords qui apportent de la tension) le groupe utilise le mode mixolydien. Et enfin sur les accords majeurs, le groupe emploie le mode ionien et lydien en général.
Processus Créatif
Jam sessions et textes forts
Terestesa a deux manières de composer : soit en partant de jam sessions entre les quatre membres du groupe, soit en partant d’un texte proposé par Teresa. Cette manière de procéder vient de l’attachement que le groupe a pour la musique improvisée. En ce qui concerne la chanteuse Teresa, elle nous a confié en interview que son attachement pour la musique improvisée lui a été transmis par un de ses professeurs.
Parfois le groupe fait ses compositions en se basant sur « un texte qui doit porter un message fort ». Pour le groupe, le texte est extrêmement important, c’est lui qui amène la trame, l’esthétique, dont l’instrumentation ressort. De plus, le groupe est influencé par la chanson italienne, notamment par le chanteur Giorgio Poi et d’autres chanteurs des années 1970 comme Lucio Battisti. Ce sont ces artistes qui ont donné envie à Teresa de chanter en Italien, sa langue maternelle qu’elle ressent comme plus mélodique que le Français.
Une diversité de manière de créer
Terestesa sait mélanger différents styles. Dans le morceau Reveria par exemple, la rythmique mélange pop et bossa nova tout en utilisant une boîte à rythme, ce qui rappelle le musicien canadien Mac Demarco. Le groupe a également l’habitude d’ajouter des samples ou enregistrements personnels comme sur le morceau « Pezza » où on peut entendre des bruits de pas sur du gravier, et à la fin du morceau des oiseaux mais aussi des cloches qui amène un côté angélique, calme voire religieux.
Une approche libre et originale pour chaque morceau
Chaque morceau ayant son propre processus créatif, Terestesa obtient une diversité de structures, certaines parfois assez atypiques. Dans plusieurs de leur morceau comme « Pozza », nous pouvons entendre qu’un seul couplet et refrain voire aucun refrain, mais nous pouvons entendre un interlude après le refrain et un solo de cuivre en l’occurrence de saxophone sur Pozza puis une outro (fade out).
Le groupe sait aussi pratiquer l’improvisation collective comme sur Mondocane qui finit sur une improvisation collective entre la cymbale, la basse, la guitare et la voix. Cependant la structure la plus originale reste celle de Tali Luoghi car il y a une introduction au violoncelle avec une assistance ordinateur pour enchaîner avec un solo free de la flûte, puis conclure sur une outro à la guitare.
Diffusion
Terestesa est un groupe dynamique et visible, notamment sur la scène musicale toulousaine. Une partie d’entre nous les a notamment découvert en concert, que ce soit au Taquin, festival Rio Loco ou encore au Rex ! Faut-il en déduire que Terestesa est un groupe qui mise avant tout sur ses prestations scéniques pour diffuser ses oeuvres ?
Petit rappel : le secteur de la musique est actuellement marqué par une très forte concentration. Les revenus et l’attention se cristallisent sur une poignée d’artistes, le plus souvent signés chez une des quatre « Majors » (Universal Music, Sony BMG, Emi et Warner Music), tandis que la « classe moyenne » des musiciens stagne. Le streaming (Spotify, Deezer, Apple Music), bien qu’incontournable, offre une rémunération dérisoire pour les petits volumes d’écoute (souvent moins de 0,004 € par stream), rendant l’auto-financement presque impossible sans revenus annexes. La difficulté n’est plus de donner accès à sa musique, mais d’être découvert et écouté. Pour exister, un groupe doit maîtriser les codes des réseaux sociaux (TikTok, Instagram…) autant que sa musique. La visibilité dépend souvent plus de la capacité à créer du « contenu viral » que de la qualité artistique. Des dizaines de milliers de titres sortent chaque jour, noyant les nouveautés dans un océan de contenus.
Un groupe orienté vers les prestations live ?
Dans ce contexte, nous avons demandé à Terestesa s’il avait une stratégie de diffusion centrée sur le live. Réponse de Teresa : “on adore le live. Après, le groupe se divise en deux côtés, parce que, si c’était pour moi et Will, on adore la dimension live mais moi j’aimerais trop pouvoir passer plus de temps en studio et m’y pencher vraiment, mais c’est très cher.”
La réponse de William nous apporte un complément également intéressant : “Pragmatiquement, comme il y a trois intermittents dans le groupe, le meilleur moyen de subsister c’est de faire des concerts. Il y a quand même cette réalité-là qui rentre souvent en compte ; en plus du fait qu’on adore faire des concerts et qu’on a très envie de continuer là-dedans. Mais j’ai l’impression que c’est souvent quelque chose qui revient dans la vie du groupe, de se dire : comment chacun et chacune subsiste et peut se permettre de vivre. Je pense que si on avait des thunes pour se faire payer pour aller en studio, le jeu serait différent quoi.”
En résumé, le groupe ne souhaite pas privilégier plus le live ou la diffusion de leurs enregistrements studio, mais la réalité de la vie d’intermittence les amène à penser plus à la diffusion live. Cette réalité semble plus être le résultat d’une réflexion pragmatique au regard du contexte économique de la musique indépendante, que d’un choix artistique ou d’une réelle stratégie de diffusion. Il est important de rappeler que chaque membre du groupe a également sa propre vision des choses.
Une volonté de passer plus de temps en studio, mais surtout pour ouvrir des possibilités artistiques :
Un élément qui ressort des échanges avec Testesa sur la diffusion est leur volonté de privilégier de ne pas trop s’éloigner de leurs ambitions artistiques pour des raisons économiques. « Dans un cas utopique, on passerait beaucoup plus de temps à chercher des trucs et à aller se foutre dans des salles pour enregistrer.” On note une réelle volonté de proposer une plus grandes diversité de morceaux enregistrés : avec des orchestrations incluant des instruments à vent, avec des bandas, “faire des patchworks de trucs”…
La musique enregistrée diffusée via les plateformes ou supports physiques fait donc aussi partie des aspirations du groupes, même si elle est plus difficile à mettre en oeuvre, comme le résume Will : “Prioritairement, il y a beaucoup de choses qui sont tournées vers le live, mais on a quand-même toujours une roue de travail, l’envie de faire ça, puis ça puis ça. C’est une question importante, même si elle est avalée par beaucoup plus de travail pragmatique d’organisation ».
Une volonté de constamment faire évoluer le live
Pour revenir sur la proposition « live » de Terestesa, le groupe accorde de l’importance à une évolution continue, en se mettant à la place des spectateurs, comme l’illustre cette intervention de Tesera : “j’aimerais trop pouvoir donner un live toujours un peu différent. Si les personnes viennent nous voir deux fois d’affilée, qu’ils puissent voir des différences. Et c’est là où les plages d’improvisation peuvent changer, ce qu’on a fait le soir d’avant, sera peut-être différent le soir d’après.”
Finalement, le groupe n’a pas une stratégie pré-définie pour sa diffusion, mais plutôt un mode de fonctionnement à l’image de ses membres, privilégiant les rencontres, saisissant les opportunités lorsqu’elles se présentent : Focus d’Opus, soutien du Taquin pour l’EP et sa sortie…
Positionnements forts du groupe
On pourrait dire que l’EP Bella Faccia naît d’une forme de sincérité.
Cela commence par la langue : bien que le groupe évolue principalement sur la scène française, les textes sont chantés en italien. Teresa nous explique que quand elle a commencé à jouer dans ses groupes en Italie, elle chantait en anglais. Finalement, suite à des nombreuses inspirations de groupes italiens (ex Lucio Battisti cité précédemment, ou encore Iosonouncane), et poussée par ses amis à le faire, elle décide d’écrire en italien. Elle comprend à ce moment là que le meilleur moyen d’exprimer ses émotions, ses pensées, qui elle est, c’est l’italien.
Cet EP s’articule autour de textes, qui cherchent à dire quelque chose de vrai sur nous-mêmes. Bella faccia, « beau visage » , manière ironique de dire « visage de merde », quand tu te regardes le matin dans le miroir et que tu te retrouves face à toi-même. La salle de bain, dans laquelle pose le groupe, ou encore que l’on peut voir sur la pochette de L’EP, est une espèce de leïtmotiv, qui vient nous rappeler notre intimité et cette image que nous avons de nous-même. C’est un endroit dans lequel on a le droit de ne pas être dérangé, dans lequel on a le droit d’être nu, seul.
Chaque chanson est cet aspect de miroir, des facettes extrêmes de notre personnalité. Pour « SenzaNomi », Teresa nous donne cette image : « Ta chambre c’est un bordel, et t’es fatigué, et à la fois tu te rends compte que t’es encore en vie, et que les choses te tombent un peu dessus ». Sensation désagréable de se sentir dépassé par les choses qui nous traversent et nous arrivent et la rage que peut provoquer cette impuissance. « Guarda questa brutta faccia, faccia stamp” : “Regarde ce visage hideux, ce visage marqué”. Cette rage est aussi présente dans « Mondocane » littéralement “monde de chien”, expression scandée à de nombreuses reprises pendant la chanson, cette fois-ci elle reflète la colère que l’on a contre le monde, contre la situation politique dans notre pays par exemple.
Nous sommes tout de même habités par des visages plus doux, rêveurs. Dans « Reveria », c’est le rêve utopique d’une passion amoureuse sur une île idéale qui est exploré. Cette passion amoureuse devient un refuge dans lequel se blotir. « Fra le tue braccia calde mi ci butto la sera » : “dans tes bras chauds je me jette le soir ». Ce rêve d’amour peut pourtant aussi tourner à la folie, et à l’obsession envers une personne, facette explorée dans la chanson « Pezza ». Finalement, sentiment que nous ressentons tous.tes : « Brace » parle de la mélancolie.
Bella Faccia c’est oser parler de ces choses qui nous traversent tous.tes et dont nous avons pourtant parfois honte, que nous n’osons pas partager. Cette image de la tête sous terre sur la pochette de l’album représente ce monde intérieur, que nous essayons de cacher. La sincérité que nous propose Terestesa est une forme de générosité car c’est se livrer, se mettre à nu, partager cette salle de bain avec les autres pour leur montrer qu’ils ne sont pas seuls. « On veut être des personnes biens mais on ne sait pas comment faire » résume Teresa. Avec ces chansons, Terestesa essaye de faire cohabiter tous ces visages si différents, à première vue incompatibles au sein d’un même projet.

Ecouter et suivre le groupe
Préparé et rédigé par Alicia Poencin, Angélique Tergemina, Cyprien Noble, Rémy Korzec, Richard Gascons et Romain Audabram