Plaidoyer pour l’étude des interjections…

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3 octobre 2019

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… et autres mots mis à la marge de la phrase et de l’étude de la langue

Céline Vaguer était l’invitée ce 1er octobre des « Mardis de l’ITIRI » (Institut de Traducteurs, d’Interprètes et de Relations internationales de l’Université de Strasbourg).

Céline Vaguer se définit comme une linguiste-grammairienne. Maître de conférences, rattachée à l’Université Toulouse – Jean Jaurès (Département de Lettres modernes | Laboratoire CLLE-ERSS – CNRS UMR 5263), elle est également responsable éditoriale des revues Langages et Langue française (éd. Dunod/Armand Colin) et assure des missions de conseil/expertise (édition, e-business, linguistique).

Ses préoccupations de recherche ne sont jamais très éloignées de celles liées à l’enseignement ou de ses questionnements sur la langue française ; les derniers en date : vélo/bicyclette, équestre/hippique, mort/décédé sont-ils synonymes ? Comment expliquer d’un mot quitte une place dans la langue pour en occuper une autre dans le discours : En même temps, je ne suis pas d’accord avec toi. Sur ce, je te laisse ! Genre, tu ne lui as pas dit que Moe ne venait pas.

C’est ainsi qu’est né son intérêt pour les interjections (« Oh putain! »), cette partie du discours qui s’est toujours trouvée marginalisée dans les ouvrages de référence (grammaires, dictionnaires). Céline Vaguer a alors exposé à son auditoire sa mission : (i) tenter d’expliquer et de comprendre cette mise au banc de la langue et (ii) lui redonner ses lettres de noblesse. Peut-être ne vous en êtes-vous pas rendu compte, mais les interjections – comme les marqueurs discursifs (en même temps, sur ce, genre, au final…) – jouent un rôle central dans le discours : les ignorer revient donc à ignorer une bonne partie de notre langue, de nos usages, de notre culture.

Céline Vaguer avait deux heures pour nous convaincre et faire de son auditoire un défenseur de l’interjection et autres mots aux marges de la langue. Pour ce faire, elle lui a donné la boîte à outils permettant de les repérer (ses caractéristiques morphologiques, syntaxiques, prosodiques), en distinguant les interjections phonatoires (« ah », « bof », « euh », « ouf », « ouille », « zut »), les interjections lexicales (mots qui ont été détournés de leur sens primitifs comme « mince », « flûte », « mon œil », « mon cul », « putain », « par Jupiter ») et les onomatopées (« hi-han », « meuh », « glou-glou », « atchoum »). Puis, elle a guidé notre réflexion en rapprochant les interjections d’autres constructions qui elles aussi sont aux marges de la phrase, qui ont un rôle expressif, qui mettent en relief la subjectivité langagière du locuteur, son existence/sa présence réelle/effective, son émotivité et son attitude notamment à l’égard de ce qui est dit ; autrement dit, toutes ces constructions qui sont des « incidents » (et non des « constituants ») de la phrase.

Pour Céline Vaguer, saisir l’identité en langue de ces constructions permet des avancées en matière de traitement automatique des données langagières (traduction automatique, lexiques multilingues, moteur de recherche, dictionnaires de spécialité…), mais aussi et surtout en ce qu’elle transpire la culture d’une langue. Car les interjections, comme les expressions figées (sur lesquelles elle a également travaillé), reflètent la culture d’une langue ; elles permettent de révéler ce qui est propre à une communauté donnée et ce qui est commun à toutes les communautés. Maîtriser une langue, c’est maîtriser une culture. Pour nous en convaincre, notre linguiste nous a proposé une petite analyse de quelques faits extraits d’un album « Astérix et Obélix ». Rien de mieux qu’une bande dessinée pour interpeler l’auditoire, évoquer les interjections, les enjeux liés à la traduction et à la culture d’une langue ! Elle n’a pas eu le temps d’aborder les émoticônes (ce n’est que partie remise) !

En guise d’ouverture, Céline Vaguer nous a interpelés sur l’attitude du traducteur, de l’interprète lorsqu’il se trouve confronté à ces constructions/mots. Que fait-il ? Peut-il et doit-il les traduire ? Si oui, dispose-t-il d’outils (lexique, dictionnaire) des interjections, des marqueurs discursifs les plus usuels ? traduit-il ou reformule-t-il ? Est-ce qu’il y a des consignes pour ces mots « incidents » (traduire, ne pas traduire, reformuler…) ?

La cloche a sonné, le temps a manqué !

Rendez-vous est pris pour répondre à toutes ces interrogations, observer/décoder les stratégies mises en place par les traducteurs et interprètes lorsqu’ils se trouvent confrontés aux interjections ou autres incidents. Céline Vaguer souhaite donner un éclairage sur la (non)-prise en charge / (non)-traduction des mots « incidents » et souhaite pour ce faire s’entourer des acteurs du domaine et qu’ensemble ils puissent proposer des outils précieux tant pour le linguiste que pour le technicien de la langue.

Le+ : Céline Vaguer reste encore quelques jours à Strasbourg. Elle sera présente au colloque « CLAP19 » (qui se tient à la MISHA les 3-4 octobre). Un autre programme : explorer les faces cachées de « genre » : décrypter sa catégorisation (ou un truc dans le genre) ; ce sera ce jeudi 3 octobre à 15h30. Les étudiants et collègues qui le souhaitent peuvent s’y rendre et poursuivre les échanges…

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