Le Canon

Johannes Tinctoris, un théoricien du XVe siècle, définit le canon comme « Une règle indiquant d’une manière symbolique certain dessein du compositeur. » Il se base sur un texte court et simple, sans qu’il y ait obligatoirement une transcription en notation musicale. Il s’agirait de signes en vue d’une exécution conforme à son dessein. Le texte est ensuite traité de façon plus ou moins complexe. Dans le cas le plus simple, on produit  une polyphonie en chantant une même mélodie en décalage (ex Frère Jacques). Dans le cas plus compliqué, on chante une mélodie dans un sens rétrograde, en modifiant ses rythmes, etc. Autrement dit, le canon est une énigme et il y a sur le parchemin (la partition) une petite phrase ou indication (indices) qui permet de résoudre l’énigme de la partition, afin de pouvoir la lire et l’interpréter correctement.

  • Exemple 1 : canon de proportions : l’Homme armé, Agnus dei 2 Pierre De La Rue:

L’agnus Dei 2 de l’Homme Armé de Pierre De La Rue  est un canon à 4 voix. Or ici, il n’y a qu’une ligne de mélodie. Cependant il y a, à la clef, 4 indications de mesure : O, C, C et C3. Cela indique que la basse chantera 2 fois plus lentement que le soprano, que le ténor chantera 1.5 fois plus lentement que le soprano et l’alto chantera 1 fois plus lentement. Les chanteurs partent en même temps et chantent la même chose mais à des vitesses différentes. Nous appelons cela un canon de proportion.

Dufay donne pour indication : « Que le crabe s’avance entier, mais revienne de moitié » Le ténor à chanter le thème en rétrograde (en crabe), puis à l’endroit mais deux fois plus vite. Ce type de jeux intellectuels est caractéristique de la génération de Busnoys et Ockeghem. Le premier composa un motet dont le ténor, indiqué par un canon qui n’a été résolu que récemment, consiste simplement à alterner neuf mesures de silence et neuf mesures de répétition de la note Ré ! Le second réalisa un des tours de force contrapuntique les plus complexes de l’histoire. Dans sa Messe des Prolations, les chanteurs doivent lire les deux seules voix notées dans des mesures différentes pour obtenir, par décalage progressif, une splendide polyphonie à quatre voix.

Pour les intéressés vous pouvez avoir un autre exemple de canon en cliquant sur : Canon de Baude CordierTout par compas  :

 

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