Professeur émérite de littératures romanes à l’Université de Vienne, Autriche

Pourquoi relire Joan Bodon/Jean Boudou ?

Dans une conférence publiée dans les Actes du Colloque de Naucelle sur l’écrivain rouergat, Félix Castan rapprochait Bodon narrateur des grands romanciers internationaux tels que Faulkner et Kafka, tout en prétendant que « Le roman français en genéral ne l’influence pas, sinon antinomiquement ».1 Dans la présente communication, on s’interroge sur l’antinomie mentionnée par Castan en se demandant dans quelle mesure l’opposition qu’il souligne ne comporte pas des aspects de complémentarité permettant de mieux comprendre chacune des deux littératures en question, la française et l’occitane. Dans les œuvres narratives de Jean Boudou, notamment dans le roman inachevé Las Domaiselas, la peinture d’une humanité aux abois semble annoncer l’inspiration apocalyptique allant de pair avec une critique acerbe de la civilisation occidentale qui compte parmi les traits les plus caractéristiques de la littérature française et européenne d’aujourd’hui. Dans ce contexte, on pourrait entamer, par exemple, une étude comparée des œuvres de Michel Houellebecq et de Jean Boudou.

1. Félix Castan, Jean Boudou (conférence prononcée le 19 juin 1986 à Rodez), in : Jean Boudou (1920-1975), Actes du Colloque de Naucelle 1985, réunis par Christian Anatole, Béziers, Centre International de Documentation occitane, 1987, 263-273.

Fritz-Peter Kirsch. Philologue et romaniste, formé à la diversité romane selon la tradition universitaire spécifique aux pays de langue allemande, s’est d’abord spécialisé en littérature française (thèse d’habilitation sur les romans de Victor Hugo) et a sans cesse élargi son horizon de chercheur. Ses centres d’intérêt scientifique se constituent en premier lieu dans les situations de contacts et de conflits entre majorités et minorités linguistico-culturelles. Ses publications concernent la littérature française, les littératures des francophonies du Maghreb, de l’Afrique occidentale et de l’Amérique du nord, la littérature occitane (médiévale et moderne), la littérature italienne, la littérature catalane, la littérature roumaine et la littérature rhéto-romane des Grisons. Pendant dix ans, Fritz Peter Kirsch a dirigé le Département d’Études Romanes de l’Université de Vienne.