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Des éditions cartoneras à la cyberculture

Miyo Van Stenis : cyber artiviste dénonçant les non-dits du gouvernement vénézuélien

Miyo Van Stenis est une jeune artiste vénézuélienne de 29 ans. Elle apprend à codé dès son plus jeune.  Lors de son inscription dans une école d’art de Caracas, sa mère lui conseille de se diriger vers le monde numérique, les nouveaux médias car elle n’est pas très douée en dessin. Dans ses œuvres elle utilise le Net.Art ainsi que le glitchart. Le premier mode de création n’est autre qu’une production crée pour et par internet. Le deuxième mode de production consiste en la création d’une imperfection dans l’image.

Lorsqu’elle commence à créer le président au pouvoir au Venezuela est Hugo Chavez. Il avait alors beaucoup de partisans et les opposants étaient réduits au silence.  Elle consacre une grande partie de ses œuvres à dénoncer cette censure qu’exerce la classe politique.

“Mon travail consistait à montrer comment la classe politique censure les activistes. Comment on peut collecter des informations à partir d’Internet. Mon but, c’est de comprendre et de penser le gouvernement comme un terroriste”.

En 2012 Hugo Chavez décide de mettre en place de grandes restrictions qui limitaient la liberté d’expression de ses citoyens. La télé nationale était victime de censure et toutes personnes qui critiquaient le gouvernement que ce soit artistiquement ou à travers les réseaux sociaux étaient considérés comme une personne ennemi à la patrie. Ce qui place Myio Van Stenis et son art dans une position délicate. En 2014, elle fait une exposition en France, et en vue de la situation au Venezuela qui empire, elle décide de rester et de demander l’asile politique. La même année elle crée aussi le groupe activiste : Dismantling the Simulation. Elle se considère comme une artiste curatrice.

Elle s’associe avec Helena Acosta et Violette Bule avec qui elle créa son groupe activiste. Miyo Van Stenis explique dans une interview qu’elles souhaitent “utiliser l’art et les nouveaux médias pour motiver et mobiliser, et pour casser l’hégémonie de la communication construite par notre gouvernement ces 18 dernières années”.  Avec Violette Bule elle crée en 2013 Venezuelan Dukha Levitaiton qui n’est autre qu’une vidéo “parodie des ‘valeurs’ du Venezuela socialiste”. C’est en inspirant du film They live de John Carpenter, qu’a été créé Hack de Patria.

Un projet à long terme :

Son projet est un travail à long terme puisqu’il consiste ni plus ni moins de divulguer toute les petites mascarades du gouvernement, il ne s’agit ni plus ni moins que de pirater les informations que le gouvernement refuse de montrer et de les transformer en une forme d’art qui révèle la vérité.

Sur son site internet : http://miyovanstenis.com/blog/, on peut y voir ses différents œuvres. Elle possède aussi une page Facebook et un compte Instagram, sur lesquels elle est plus active et poste ses différents projets en cours. Elle créa par exemple une application qui répertorie toutes les personnes assassinées par le gouvernement lors de manifestation d’opposition entre février 2014 et février 2018.

Lorsque la répression se fit sentir plus fort à partir de l’année 2012, elle décida de garder son art et toutes ses informations dans un drone. Elle ne souhaitait pas que son art, ses données soient confisquées par l’Etat. Ce drone en cas de danger devait s’envoler avec une clé contenant toute les informations de manière cryptées.  Il donnerait par la suite sa position par un message crypté lui aussi, c’est pour elle “un symbole de liberté”. Elle exposera ce drone lors d’une de ses expositions à Paris. Miyo Van Stenis est une artiste qui explore réellement tous les modes numériques pour s’exprimer. Elle fait aussi bien des applications que des vidéos, des drones ou encore de la réalité virtuelle.

La première réalité virtuelle quelle créa fut Immigrant dungeon. Il retrace son parcours à travers des images  jusqu’à  sa demande d’asile en France. Il s’agit d’une visite virtuelle durant laquelle on peut apercevoir différents éléments. On y retrouve bien évidement des images du Venezuela aussi bien de son dirigeant que de la violence qu’elle subit. On peut aussi y voir certaines de ses œuvres. Lieux dans lequel sont d’exposer ces différents élément est un lieu fermé. Il est muni d’un sol bleu et de brique grise, comme si l’on se trouvait dans un bâtiment. Le choix de ce décor crée une sensation d’enfermement. Les différentes grilles qui séparent les œuvres renforce se sentiment d’emprisonnement, et pourtant l’espace est grand et presque vide. Le fait de créer cette emprisonnement virtuellement et non physiquement, de manière plus réelle, comme si l’on souhaitait que ce lieu n’existe pas vraiment et ne soit jamais réellement habiter.

Elle recommença cet expérience récemment en recréant l’une des prisons les plus célèbres et les plus craintes de Caracas. Elle appela cet œuvre Tumba qui signifie « Tombeau ».  Un titre rempli de sens puisse que très peu de personnes sorte de cette prison. C’est grâce à des témoignages qu’elle réussit à recréer une version, qui parfois contient des éléments imaginaire, cette prison construite dans une ancienne station de métro par Hugo Chavez. Elle expose cette œuvre à Aubervilliers en France du 7 mars au 23 mars 2019.

Bibliographie :

https://www.facebook.com/mvanstenis/

http://miyovanstenis.com/blog/about/

http://cheekmagazine.fr/geek/miyo-van-stenis-artiste-activiste/

https://usbeketrica.com/article/glitch-art-l-imperfection-parfaite

https://fr.wikipedia.org/wiki/Net.art

https://anti-materia.org/eyecandy-1

1 Comment

  1. Le titre de ton billet a attiré mon attention car il a de résonances avec le billet que j’ai écrit de Fabian Rodriguez. Il est intéressant de voir comment les artistes vénézuéliens, dans un contexte de crise de liberté d’expression, trouvent les moyens pour s’exprimer et quelle meilleure façon que de le faire à travers les réseaux sociaux. Il est intéressant comment Miyö mélange ses connaissances technologiques (interfaces, systèmes d’exploitation, logiciels et périphériques impliqués dans l’Internet) l’art afin de montrer son point de vue de la crise socio-politique au Venezuela.

    Ce que je trouve extrêmement innovant dans les travaux de Miyö Van Stenis et qu’elle utilise la réalité virtuelle comme un instrument de protestation transformant son travail en Cyber Artivisme. Nous savons que l’art a été toujours un moyen pour protester et comme le montre l’Histoire de l’art, les œuvres ont servi à dénoncer un fait ou une injustice mais comment faire de l’Artivisme dans un contexte de répression aussi violent et intolérant que celui du Venezuela ? Quand les chiffres de la répression et des prisonniers politiques augmentent chaque jour et le gouvernement considère les artistes indépendantes comme descennemies de la patrie ? Et bien, je pense qu’aussi bien Miyö que Fabian ont trouvé dans les réseaux sociaux un refuge et un espace qui leur donne une infinité d’options et surtout de la liberté, car la toile est si vaste qu’il est difficile pour l’État de la contrôler.

    Aussi, après avoir lu ton article je suis allée regarder le blog de Miyö afin de mieux connaître ses œuvres et ce qui a attiré mon attention est la façon dont l’artiste recrée une sorte de visite virtuelle à son imaginaire. Par exemple, dans l’œuvre “La tombe”, l’artiste utilise la technologie de la réalité virtuelle pour ouvrir et réexaminer une architecture de pouvoir connue dans la société vénézuélienne : une prison où les dissidents politiques sont arrêtés et torturés par des agents du gouvernement. Le fait de pouvoir recréer des lieux auxquels personne a accès est très innovant et important afin de montrer leur existence et le quotidien des victimes. C’est un moyen de dénonciation importante et unique.

    J’espère que son travail pourra être partagé au maximum sur les réseaux sociaux et je te laisse ci-dessous l’information sur Fabian Rodriguez et son travail d’Artivisme sur Instragram et Facebook. Tel que Miyö, Fabian utilise les réseaux sociaux pour dénoncer et exposer la problématique autour des extrémismes dans la politique. Plus spécifiquement j’ai travaillé sur une série de photos qui s’appelle “Mi Hija y yo” où l’auteur mélange des éléments symboliques pour montrer une situation de la vie quotidienne dans le contexte politique et social actuel. Aussi, il montre comment le contexte politique affecte sa quotidienneté en tant qu’artiste, citoyen et membre de la communauté LGBT. Les seules remarques que je dois faire par rapport à ce type d’activité artistique est qu’elle atteint seulement ceux qui ont les moyens technologiques et n’est donc pas accessible pour tous, mais peut-être que les deux artistes veulent arriver à un certain public, qu’est-ce que tu en penses ?

    Barbara Montoya

    Youtube/Fabianrodm

    Vimeo.com/fabianrodriguez

    Instagram.com/firulderiul ( mi hija y yo)

    Exposition collective d’auteurs vénézuéliens dans l’«Espacio GAF » Cartografia politica de Venezuela : https://www.espaciogaf.com/exposicion-colectiva-de-autores-venezolanos-ven-cartografias-politicas/295658#jp-carousel-295696

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