Des éditions cartoneras à la cyberculture

Étiquette : Féminisme (Page 1 of 3)

Cristina Chiquin, photojournaliste et incarnation du Colectivo Lemow : un individu peut-il représenter, parler au nom de tout le groupe qu’il prétend défendre ?

Cristina Chiquin, photojournaliste guatemaltèque.

Qu’est-ce que le collectif Lemow ?

Le mot Lemow vient de la langue Cakchiquel. Elle est liée au peuple maya éponyme (Cakchiquel), qui vit majoritairement dans le département de Chimaltenango (sud-ouest du pays).

Carte du Guatemala.

Il peut se traduire par reflet ou miroir, et c’est sous ce concept que le collectif s’identifie, parce qu’il cherche à refléter différentes réalités à travers les différentes formes d’art. Le Colectivo Lemow est un collectif crée par des femmes (principalement cinéastes) qui cherchent à rendre visible les droits de l’Homme, la réflexion critique et l’égalité femmes-hommes à travers du contenu artistique et culturel. De cette façon, elles autonomisent, divertissent et créent du lien entre les publics défavorisés du Guatemala (dont la majorité sont des femmes).

Crée en 2013, Lemow se consacre à la création et au partage des expressions culturelles à travers le point de vue des femmes. Elles ont survécu à l’épreuve du temps, aux épreuves de la vie et représentent la culture et les femmes guatémaltèques dans leur pays mais aussi dans le reste du monde. Le collectif est un agent du changement au Guatemala qui cherche à décentraliser le cinéma et en faire un art plus inclusif. Cela donne aux femmes les moyens d’explorer leurs expressions artistiques, reflétant leurs expériences et guérissant leurs émotions à travers l’art. Elles se spécialisent dans les ateliers de photographie, peintures murales, graffitis, musique, communication et cinéma. Elles créent également des ateliers en fonction des besoins des communautés qu’elles rencontrent et soutiennent.            Elles ont, à leur actif plusieurs projets, comme Reflejos (2016) ou encore Origenes (2017).

Reflejos est une exposition itinérante créée en 2016 sur le cinéma de genre, qui a parcouru onze départements du Guatemala avec un total de 22 expositions réalisées dans des écoles, des associations, des espaces publics et des centres culturels. L’exposition comprenait les projets cinématographiques réalisés par le collectif et les courts métrages de cinéastes guatémaltèques invités.

Origenes est une exposition de cinéma itinérante réalisée en 2017 et développée en collaboration avec Ixmayab Producciones. Avec un parcours à travers six départements du Guatemala et un total de 28 expositions présentant le portrait de 28 citoyens venant de tout le pays, l’exposition incluait des propositions audiovisuelles de cinéastes émergents/indépendants. En plus, des courts métrages de réalisateurs invités ont été diffusés.

Portraits de femmes, de leurs histoires et de leurs combats

            Projet de communication, Seres de Niebla (2018) cherche à travers la photographie et l’audiovisuel (principalement des capsules documentaires) à projeter et rendre visible la lutte de nombreuses femmes guatémaltèques qui, à travers leurs espaces de travail, obtiennent de meilleures conditions de vie. Rendre visibles les luttes des femmes, c’est reconnaître leur travail et contribuer au développement d’une société plus tolérante.

Il est composé de six courts métrages/capsules documentaires (allant de 4 à 7 minutes). Chacun d’entre eux est introduit, puis conclu par la chanson Tzk’at, de la chanteuse guatémaltèque Rebeca Lane, issue de son album « Obsidiana », sorti en 2018. C’est une artiste engagée ; et ses combats sont partagés par le Colectivo Lemow, ce qui explique l’association artistique entre toutes ces actrices. Les films n’ont pas vraiment de titre. Il y a seulement le nom des personnages principaux, suivi de leur métier. Tout simplement, ces films/ capsules présentent des femmes qui racontent leurs vies et leurs parcours.

L’équipe des films reste similaire sur les six parties. Veronica Sacalxot est la productrice ; Teresa Jimenez s’occupe de la photographie et de la post production ; Yanira Ixmucane gère la direction artistique.

Le premier film est centré sur la photojournaliste Cristina Chiquin        . Le deuxième raconte l’histoire de la chanteuse Aurora Chaj. Le troisième présente le parcours de Galilea Bracho, activiste et défenseuse des droits humains et droits LGBT. Le quatrième met en scène Gilberta Jimenez, activiste Xinca (tribu maya) qui milite pour la protection de la Terre, de la Nature ; la réappropriation et la défense de leur territoire.    Le cinquième montre le parcours de Manuela Xocol, présentatrice radio et communicante. Le sixième film dresse le portrait de la rappeuse Cat Monzon, d’origine Kʼicheʼ (un peuple du sud du pays).

Toutes ces femmes, et les histoires dont elles sont les héroïnes, ont plusieurs points communs. Le principal est que pour chacune d’entre elles, leur moyen d’expression est quelque chose qu’elles pratiquent depuis leur jeunesse, et surtout qu’elles ont toutes grandi dans ces milieux militants ou artistiques.

Cristina Chiquin : incarnation des valeurs du collectif, égérie de Lemow            

  Le premier des court-métrages met en scène Cristina Chiquin. Elle est photojournaliste. Elle explique qu’elle tient cette passion de son père. « Desde pequeña, me gustó mucho la fotografía. Mi papá le gustaba hacer fotografía de paisajes. Le gustaba siempre tener una cámaray en mi casa, al baúl lleno de fotos porque a mi papá le encanta tomar fotos. Creo que ahí me empezó también como las ganas de querer hacer fotografía”. Elle a toujours été engagée dans la défense des droits de l’Homme, et particulièrement les droits des femmes. Alors qu’elle pratiquait la photographie de manière ludique ; en 2012-2013 – à l’occasion de la commémoration des massacres du Rio Negro (1980-1982) –  elle a décidé de devenir photojournaliste, afin de lier ensemble ses deux passions.

En 1980-1982, en pleine guerre civile guatémaltèque, des Mayas Achis protestent contre l’expulsion de leurs terres natales vers des régions plus difficilement cultivables.  Le gouvernement guatémaltèque de l’époque voulait construire dans cette région (département de l’Alta Verapaz) un grand barrage hydro-électrique.  Plus de 400 d’entre eux sont tués par l’armée guatémaltèque.

En 2012, 30 ans après les exécutions, des avocats ont déposé un recours en justice devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme pour obtenir un procès. C’est à cette occasion que Cristina s’est engagée.

Au-delà d’être un moyen d’expression comme les autres, et permettre aux personnes de s’exprimer ; pour Cristina, la photographie permet aussi de véhiculer des émotions. Elle permet de mettre des images sur ce que ressentent les gens – des sentiments qui ne peuvent pas forcément être transmis avec des mots. Comme la photographie reflète le regard de son autrice, c’est comme si la photographe s’exprimait avec des mots. Avec une photographie, il est possible de dire bien plus de choses, qu’avec un texte. Si les photos véhiculent des émotions, elles peuvent aussi plus facilement toucher le cœur des spectateurs. C’est aussi une démarche personnelle, car pour Cristina ; la photographie, c’est son moyen de s’exprimer, à elle, en tant que citoyenne.   

En revenant à la capsule documentaire, elle peut se diviser en deux parties. La première moitié présente Cristina dans son atelier, caractérisé par le mur tapissé de photographies. L’œuvre de Cristina semble la surplomber, comme pour symboliser tout le chemin parcouru par la photojournaliste. La capsule alterne tour à tour entre des prises de vue montrant Cristina qui s’exprime face caméra, qui montre certains de ses clichés ou encore qui contemple le mur de son œuvre.  

La seconde partie suit Cristina dans l’environnement dans lequel elle se sent la plus à l’aise : le milieu urbain. Elle se décrit elle-même comme une journaliste urbaine. Ici, son outil de travail – son appareil photo – illustre la métaphore du regard. Si Cristina pointe son objectif dans une direction pour saisir un instant, un moment ; la photographie qui en résulte est son regard (à elle) sur le monde qui l’entoure.  C’est une manière pour elle de se réapproprier le regard sur le monde. Pour cela, elle propose aux spectateurs son propre regard sur son monde, grâce à ses photographies. Ce n’est qu’un regard de plus : un parmi les autres.

Pour Cristina ; une image vaut mieux qu’un long discours (peut-être parce qu’elle est plus émouvante et plus personnelle, intime).

ImillaSkate “Le pouvoir de l’identité faite poésie”

Producciones, Q. (2021, Summer 9). Cortometraje Imillaskate Cochabamba. Youtube

La présidence d’ Evo Morales a marqué un tournant dans la revalorisation des cultures des indigènes boliviennes. Un des aspects les plus visibles de ce changement est la reconsidération les cholas, les femmes andines en jupes, bottes, mantilles et manteaux. La stigmatisation qui leur était associée a changé un peu avec l élection de 2005. Il y a un véritable trésor symbolique dans ces femmes indigènes. “Les Cholitas vont continuer à porter leurs gilets et chapeaux parce qu’elles portent leur culture dans leurs vêtements, leur identité.” Sous le mandat de Morales, premier président autochtone de Bolivie, les électeurs ont adopté une nouvelle constitution qui reconnaissait officiellement 36 langues autochtones et donnait aux autochtones de la nation des droits plus étendus, comme la propriété foncière communale.

Mais la discrimination et le racisme envers la culture chola ne sont pas des problèmes que la société bolivienne conservatrice a réussi à surmonter. Il n’y a pas si longtemps, il était mal vu et quasi impossible qu´une chola entre dans un studio ou un hôtel cinq étoiles. Les autochtones aymaras et quechuas – facilement reconnaissables à leurs vêtements distinctifs – se voyaient refuser l’accès à certains restaurants, taxis et même certains bus publics. Pendant des générations, ils n’ont pas été autorisés à marcher librement sur la place centrale de la ville, ni dans les banlieues riches. Ségrégation incompréhensible dans un pays où plus de la moitié de la population se considère comme autochtone.

D’après les données de la CEPALC, la Bolivie compte la plus forte proportion d’autochtones de la région. Plus de la moitié de la population bolivienne est d’ascendance autochtone. L’aymara et le quechua sont les deux langues autochtones les plus parlées dans le pays

Carte de l ‘ État plurinational de la Bolivie.

On dit souvent que Cochabamba est la région métisse par excellence. Les vallées cochabambinos ont été le lieu de contacts historiques entre différents groupes, ce qui a donné naissance à une dynamique régionale dans laquelle les femmes rurales jouent un rôle important mais ont une identité incertaine. Pendant des siècles, les femmes rurales ont participé à la production agricole, au commerce, à la production de chicha (boisson qui provient de l’empire Inca et est faite à base de maïs fermenté) et à d ‘ autres activités, contribuant ainsi à la survie de leurs familles et communautés dans des conditions difficiles. Cependant, leurs contributions au développement régional ne sont pas reconnues en termes d’avantages sociaux et économiques.

Les principales institutions boliviennes et cochabambines sont patriarcales. Dans les zones rurales, les femmes ont de fortes responsabilités au sein de leur foyer, les hommes étant nettement plus nombreux dans toutes les institutions juridiques, politiques, religieuses et syndicales. Dans ce pays, un certain nombre d ‘ indicateurs sociaux restent bien en deçà des moyennes régionales et des inégalités marquées subsistent entre les régions, entre les zones rurales et les zones urbaines, entre les hommes et les femmes et entre les autochtones et les non-autochtones.

Naissance d’ImillaSkate

Les Imillas patinent dans la rue de Cochabamba.
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ACTRICES

Affiche publicitaire de la série sur instagram. Disponible sur: https://www.instagram.com/p/CMkAdDQpsSO/

En 2016, la bombe #MeToo a explosé avec la dénonciation du harcèlement sexuel par différents collectifs féministes à travers le monde. Ce mouvement a eu son plus grand impact lorsque les actrices, notamment à Hollywood, ont commencé à faire ce genre d’ accusation. Lorsque les plaintes de différentes actrices qui ont été harcelées, abusées physiquement et psychologiquement, principalement par des hommes en position de pouvoir ont été révélées, les réseaux sociaux se sont emballés et ont commencé à faire émerger de partout dans le monde ce type de dénonciations, la guilde des actrices étant celle qui a le plus attiré l’attention, car pour l’opinion publique il était inimaginable de penser que des personnalités publiques d’un tel statut aient dû passer par cette terrible situation.

Ce grand mouvement était également présent en Colombie, mais dans ce cas, son impact s’est fait sentir plus tard. L’une des allégations les plus notoires s’est produite en 2020, lorsque le cas d’actrices colombiennes en formation victimes de harcèlement sexuel dans le théâtre « El Trueque » de Medellin a été révélé. Ces allégations ont été formulées à l’encontre du directeur Jose Felix Londoño, accusé d’abus physiques et psychologiques, d’attouchements, de pelotages et de baisers sans le consentement des élèves. Ces plaintes ont été publiées par différents médias du pays, mais aucune solution juridique n’a jamais été trouvée, malgré le fait que 9 des 16 plaintes contre ce directeur ont été ouvertes au parquet.

À peu près à la même époque, en mai 2020, le collectif artistique féministe Casa Ovella Blava, à travers une web-série intitulée « Actrices », a publié une série d’épisodes qui racontaient le quotidien d’un groupe d’actrices qui se présentaient à un casting pour faire partie de la distribution du feuilleton « La pasion de maria ». L’objectif principal de cette web-série était de montrer et de dénoncer les mauvais traitements physiques et psychologiques que subissent certaines actrices lors des castings et des tournages, ainsi que la pression de travail et les stéréotypes de beauté qui existent dans ce milieu du divertissement. Grâce au travail de ce collectif féministe créé en 2011 dans la ville de Bogota-Colombie, ces questions de harcèlement et d’abus sexuels ont été mises en lumière de manière artistique et bien réelle.


Logo du collectif féministe
Disponible sur: https://www.instagram.com/casaovellablava/
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Le raptivisme et le féminisme en Amérique Latine

Qu’est-ce que le rap ? C’est un mouvement musical et culturel issu du hip-hop, il est apparu aux États-Unis dans les années 1970. Le principe de ce courant musical repose sur une diction rythmée et rimée d’un texte. Le principal enjeux du rap est de scander des rimes audacieuses dans le rythme de la musique qui accompagne le.a rappeur.euse.

Le raptivisme

Ces rimes audacieuses sont à la croisée du rap et de l’activisme et donnent un nouveau mouvement : le raptivisme. Le hip-hop a une composante fondamentale de genre. La simple occupation de cette scène par les femmes remet en question leur féminité. Ce questionnement produit une série d’obstacles matériels, familiaux et institutionnels pour les jeunes femmes que ne rencontrent pas les hommes qui, au contraire, voient leur identité masculine renforcée. La scène hip-hop valorise une série de qualités attribuées principalement aux hommes, telles que la capacité à monter sur scène, à sortir la nuit, à investir les espaces publics, à écrire des textes stimulants et à rivaliser avec ses pairs. Les femmes s’approprient ces qualités, les reproduisent, les remettent en question, les subvertissent, ou les redéfinissent à leur manière. On peut penser que le hip-hop, en particulier le rap, est une arène dans laquelle le genre est « fabriqué » dans le sens où, en plus des représentations et des discours qui créent des effets de style dans la production de sujets masculins et féminins, le genre a un caractère performatif (Butler, 1998). Penser l’identité de manière non essentialiste implique de considérer les possibilités d’agencement, car si le genre est le résultat d’une répétition stylisée d’actes, les différentes manières dont cette répétition peut être réalisée ouvrent les possibilités de rupture par des actions subversives tendant à la transformation du genre (Diana Alejandra Silva Londoño, 2017).

Les femcee

Le milieu du rap a l’habitude de se réunir pour organiser des batailles présidées par des « maîtres de cérémonie » plus communément appelés « MC ». Les rappeuses désireuses de casser les codes de ce milieu s’affirment alors comme « femcee » (fem + MC) (Segas, 2018). En 1979, Sylvia Robinson, une femme noire dotée d’un sens aigu des affaires, a contribué à construire les bases de Sugarhill Records, une maison de disques pionnière dans la commercialisation et l’expansion du rap. La culture hip-hop était en train de se construire, cherchant sa forme définitive dans des arrondissements de la ville de New York qui avaient été malmenée par une longue chaîne de politiques sociales, économiques et urbaines dévastatrices. Dans ces territoires, devenus des laboratoires d’idées fertiles, les jeunes noir.e.s et latinxs se sont aventuré.e.s dans la recherche d’un langage commun qui permettrait de transformer la violence en une opportunité créative de jeu subversif en marge du système dominant. Les femcee apparaissent à cette période, d’abord en groupe puis certaines se sont également lancées en solo. Au Guatemala nous retrouvons Rebeca Lane (questions de genre et de féminicides), au Mexique la femcee Mare Advertencia Lírica (violence de genre, “empoderamiento” de la femme), Krudas Cubensi à Cuba (genre, sororité et thèmes liés aux luttes LGBT+). Nakury au Costa Rica (thèmes sociaux et luttes féministes) est présente sur la scène du raptivisme, comme Ana Tijoux au (luttes sociales et contre le patriarcat) et Miss Bolivia en Argentine (luttes féministes et LGBT+)


Un point commun entre toutes ces femmes : elles se revendiquent toutes comme artistes autonomes et scandent leur féminisme. Leurs luttes convergent néanmoins chacune a son domaine spécifique. Elles diffusent ces revendications sur des plateformes faciles d’accès (Youtube, Spotify, Deezer…) pour toucher le plus grand nombre dans un désir de rééduquer pour l’égalité des genres.

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Andrea Murcia une photojournaliste au service des combats féministes.

Andrea Murcia est une jeune photojournaliste de 29 ans originaire de Guadalajara. Elle a commencé la photo là-bas en capturant des moments de la vie quotidienne ainsi que des éléments architecturaux.

“Empecé en la fotografía perdiéndome en las calles del Centro Histórico de la Ciudad de Guadalajara. Su arquitectura y la manera en que las personas hacen suyas las calles sin notarlo me atrapó”

Elle travaille aujourd’hui pour la revue photographique Cuartoscuro qui est l’une des agences de photojournalisme la plus importante du pays. De ce fait, elle travaille sur de nombreux sujets bien qu’elle soit reconnue principalement pour son travail auprès des mouvements féministes.

Elle a d’ailleurs reçu le prix allemand de photojournalisme Walter Reuter pour sa photo Barbara 8M prise lors de la journée des femmes le 8 mars 2021.

Barbara 8M
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Que sea Ley, un documentaire féministe retraçant les luttes pour la dépénalisation de l’avortement en Argentine

Un documentaire engagé et féministe :

Femmes d’Argentine est un documentaire réalisé par Juan Solanas, d’une durée de 86 minutes, sorti en salle en 2020 et produit par les Films du Sud. Ce film a été présenté hors compétition au Festival de Cannes 2019.

Ce documentaire relate les manifestations féministes inscrites dans le cadre de manifestations lancées par la Campagne Nationale pour le droit à l’avortement légal, sûr et gratuit, campagne qui réclame l’approbation d’un projet de loi pour dépénaliser l’interruption volontaire de grossesse en Argentine. Ce projet de loi a été soumis depuis 2005 au Congrès et au Sénat de la Nation Argentine, et a été systématiquement refusé jusqu’en mars 2020. Ces manifestations ont été appelées la ola verde, en raison des foulards verts brandis pendant les manifestations. 

La Campagne nationale pour le droit à l’avortement légal, sûr et gratuit est une alliance fédérale large et diversifiée, qui met en valeur l’histoire des luttes en Argentine pour le droit à l’avortement légal, sûr et gratuit. La Campagne a été lancée le 28 mai 2005, lors de la Journée internationale d’action pour la santé des femmes, et depuis lors, elle met en place et coordonne des activités dans différentes parties du pays sous le slogan: « L’éducation sexuelle pour décider, les contraceptifs ne pas avorter, avortement légal pour ne pas mourir” : “Educación sexual para decidir, anticonceptivos para no abortar, aborto legal para no morir”.

Ce slogan représente des années de travail et de lutte pour des modifications dans le système éducatif, de santé, et de justice ainsi que de profonds changements socio culturel dans le pays, de manière à ce que les droits sexuels et reproductifs soient reconnus comme des droits fondamentaux pour tous.

La Campagne Nationale pour le droit à l’avortement : http://www.abortolegal.com.ar/objetivos/#:~:text=Nuestro%20lema%2C%20as%C3%AD%20como%20nuestro,por%20supuesto%2C%20profundos%20cambios%20culturales.

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Le mouvement féministe pour l’avortement légal Marea Verde à travers les photographies du Colectivo Manifiesto

Le contexte argentin et l’IVG

En Amérique latine, seul trois états autorisent l’avortement sans conditions. En Argentine, qui est un pays très catholique, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) n’était possible qu’en cas de danger pour la vie de la femme ou qu’en cas de viol et ce depuis 1921. Si l’IVG était pratiquée dans un autre cadre, le code pénal argentin punissait cet acte médical. Les femmes qui y avaient recours risquaient d’être emprisonnées pour une durée allant jusqu’à quatre ans. C’est dans ce contexte là que les avortements clandestins ont commencé à se rependre. On parle ici de pratiques bien plus risquées que l’IVG classique qui concernaient jusqu’à 500 000 femmes par an et conduisaient une grande partie d’entre elles à se faire hospitaliser ensuite. 

Marea Verde, c’est le nom qui a été donné à un ensemble d’énormes manifestations (d’où le nom “marée”) féministes qui ont eu lieu à Buenos Aires en 2018. Ce mouvement est associé à la campagne “Campana nacional por el derecho al aborto legal, seguro y gratuito” qui a débuté en 2015 et qui se démarque par sa couleur verte. Des centaines de milliers de femmes de tout âge se sont réunies dans les rues pour manifester et se rencontrer et par-dessus tout réclamer leur droit à l’avortement sans conditions et sans être pénalisées. On les entend crier en coeur “Ahora que estamos juntas y ahora que si nos ven…Abajo el patriarcado, se va a caer, se va a caer.”

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Cohuiná Cartonera – déconstruire l’édition depuis le centre et les marges

Généalogie des cartoneras latinoaméricaines

La maison d’édition Cohuiná Cartonera : Libros Libres, est créée en novembre 2009 à San Cristobal de las Casas, dans l’Etat du Chiapas, au Mexique. Cette cartonera autogérée n’est pas née du néant, elle est partie intégrante d’un essor de ces maisons d’édition d’un nouveau genre, en Amérique Latine, ces vingt dernières années. Enfant mexicain de la première cartonera née en Argentine en 2003 – Eloísa Cartonera – elle voit le jour dans un contexte d’effervescence de ces maisons d’édition dans le pays.  

exemples d’œuvres éditées par la cartonera

Bien que chaque cartonera ait son propre mode de fonctionnement et sa propre ligne éditoriale, à partir de 2008 au Mexique, elles fleurissent dans divers endroits du pays et ont en commun la volonté de rendre la littérature plus accessible.  En effet, en 2009, le pays est traversé par des épisodes de violence extrême dues à la guerre contre le narcotrafic initiée par le présidente de centre-droit Felipe Calderón, une politique agressive se mue alors en une lutte intestine à laquelle est mêlée la population et n’est, par ailleurs, pas accompagnée au niveau fédéral, de programmes sociaux ou culturels. L’offre en librairie et/ou en bibliothèque étant très restreinte en dehors de la capitale et de certaines grandes villes, et le prix des livres étant prohibitif par rapport au niveau de vie et au salaire moyen, des alternatives à la production, la vente et la consommation de littérature traditionnelles voient alors le jour un peu partout dans le pays

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Linn Da Quebrada : la « terroriste du genre » qui met à mal le cis-tème patriarcal brésilien

Linn Da Quebrada's Visual Album Is Like 'Lemonade' for Brazil's Femmes

Source : https://remezcla.com/releases/music/linn-da-quebrada-pajuba-album/. Photo de Nu Abe

Comprendre la division binaire du masculin/féminin et ses termes pour pouvoir mieux y désobéir : telle est la ligne de conduite de la chanteuse funk/hip-hop et performeuse brésilienne.

Une artiste au-delà des canons binaires

Linn Da Quebrada, performeuse, actrice et chanteuse funk/hip-hop, s’inscrit comme dissidente du genre binaire à travers sa musique et ses performances. Née en 1990 dans la périphérie de São Paulo (Zona Leste), d’une mère célibataire et élevée par sa tante jusqu’à ses 12 ans dans un cadre très religieux, affiliée au courant des Témoins de Jéhovah, la chanteuse va rapidement se rendre compte que son identité dépasse les pôles du masculin et du féminin. Linn va découvrir l’expression de soi par la musique et la performance, va créer ses propres vérités, et se rapprocher de ce corps non-assujetti à cette dualité des corps. Déclarant elle-même que cette question n’est toujours pas réglée, c’est par l’expérimentation dans ses performances et de son propre corps que l’artiste se découvre pleinement. Dans une rencontre pour le magazine Têtu, Linn déclarera à ce sujet : « Mon expression artistique ne se réduit pas à être une chanteuse. Je chante parce que j’ai quelque chose à dire. Et je fais de mon corps et de mon existence une œuvre d’art. »

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Des mots teints en rose : la lutte féministe au pays où la polarisation économique, politique et sociale règne.

Dans un pays où la crise économique, la polarisation politique et les tabous sociaux règnent, la lutte féministe semble être en arrière-plan des priorités des Vénézuéliens. La Constitution de 1999 se démarquait en tant que cadre juridique ayant pour but de visibiliser, protéger et honorer les femmes et leur participation politique. Cependant, 20 ans plus tard, le Venezuela reste un pays où les problématiques dont l’accès restreint aux contraceptifs, l’IVG clandestine, la violence conjugale et le machisme sont à l’ordre du jour, quoique la législation dicte. Certes, diverses initiatives ont été créés et suivies par le gouvernement dans le cadre de l’idéologie de Hugo Chávez, « le président féministe » pendant que d’autres ont surgit à l’écart du régime, indépendantes de la scène politique. Mais, aujourd’hui…

La réalité du pays et de ses femmes sont-elles reflétées dans la production médiatique vénézuélienne disponible en ligne ?


Le spectre politique se répand-il dans le champ médiatique ?


Les cybermédia ayant une perspective de genre sont-ils soumis à la censure gouvernementale ?

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