Des éditions cartoneras à la cyberculture

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Journal en ligne colombien « La Silla Vacia » et son onglet « Red de Mujeres » : Une indépendance journalistique nécessaire face à une supposée « idéologie de genre »

  1. Le contexte colombien

La Silla Vacia est un journal en ligne indépendant crée en 2009 par Juanita Leon. Son but était de créer un média de communication entièrement digital qui s’intéresse à la politique colombienne. Aujourd’hui le journal frôle les 400 000 abonnés, et atteint près de 1,5 millions de vues par mois et est considéré comme le premier journal politique en ligne colombien. La Colombie est un pays en proie à un conflit armé depuis les années soixante qui, à la base, implique l’armée colombienne et la guérilla révolutionnaire des FARC et a particulièrement touché les civils. De 2002 à 2010, Alvaro Uribe, conservateur de droite issu de l’oligarchie colombienne a gouverné le pays, et s’est toujours opposé à négocier avec la guérilla. C’est en 2010 que Juan Manuel Santos lui succède et met en place des négociations de paix. Le journal, créé en 2009, prospère donc dans un pays évoluant vers la voie des négociations de paix après une décennie militariste. En ce qui concerne la liberté de la presse, la Colombie est tout de même classée 130ème selon le classement établi par RSF en 2020.

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Zinebutch, Un Fanzine destiné à représenter l’identité Butch

Zine Butch / 2016 / hehozines.wordpress.com 
Le Fanzine Butch publié sur le webzine He!Ho!Zine! en 2016, donne une représentation de ce qu’est la vie d’une Butch dans le monde hétéronormé.

L’origine du terme Butch

Le terme Butch apparaît dans les années 40 aux états-Unis pour désigner les lesbiennes masculines et fait partie du duo Butch/Fem, couple lesbien dont l’une est féminine et l’autre masculine. Cet intitulé peut faire référence aux garçonnes des années 20 en France. Les Butchs permettent de rendre visibile l’identité lesbienne mais souffrent d’autant plus de discrimination et de stigmatisation. Cette discrimination se retrouve dès l’adolescence, avec les “garçons-manqués” et les style Tomboy. Jack Halberstram, professeur d’anglais et d’études de genre à l’Université de New York Columbia, étudie la notion de “Tomboyism” et de masculinité chez les femmes. 

Le “Tomboyisme” de l’anglais “Tomboyism” est souvent vu comme un signe d’indépendance et de mode vie généralement naturel chez les garçons et apprécié chez les filles si elle garde une identité de fille. Mais à l’adolescence et en grandissant, le Tomboyisme sera révoqué, souvent par la famille et l’entourage et la jeune fille devra abandonner ces “manières” et tendre à devenir une femme féminine. Halberstam montre que l’adolescence pour une fille est une période de répression et de restriction au niveau de son développement personnel. Ainsi la jeune fille devra être conforme à ce que la société attend d’elle comme devenir. Halberstam indique également qu’il est plus simple pour une jeune fille tomboy et/ou lesbienne de s’affirmer et de s’assumer dès lors qu’elle est au courant de l’existence d’une communauté lesbienne ou qu’elle a dans son entourage un exemple de femme masculine et/ou lesbienne.

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La Cartonera, entre production artistique et action communautaire

Apparue à Buenos Aires en 2003, les éditions cartoneras se sont développés en réponse à la crise économique argentine et au manque de matière première pour l’élaboration des livres. On considère Eloísa Cartonera comme la première maison d’édition de ce type. Ce modèle d’éditions s’est rapidement répandu dans toute l’Amérique Latine et dans d’autres  pays à travers le monde comme le Mozambique, l’Espagne et la Finlande.

La première maison mexicaine cartonera «La Cartonera » est apparue sur scène en 2008. Cette maison d’édition indépendante à but non lucratif est basée à Cuernavaca, à 80 km au sud de Mexico. Cette maison cartonera a publié plus de 60 titres, par 170 auteurs, dans 7 langues, et a fabriqué plus de 10 000 livres fait main. Ses fondateurs sont Nayeli Sánchez et Dany Hurpin. L’édition cartonera « La Cartonera » a pris de l’ampleur depuis 2008, et on compte aujourd’hui une trentaine d’éditeurs de ce type à travers le pays. Les années précédant sa fondation, le Mexique s’est retrouvé submergé par l’éruption de maison cartonera.

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Cartonera EquiZZero : une éditoriale indépendante au Salvador

Le contexte  de fondation de EquiZZero

EquiZZero est une éditoriale cartonera en ligne basée à San Salvador (El Salvador), créée en 2010, sous la présidence de Mauricio Funes. Il fut le 1er président élu appartenant au parti Farabundo Marti de Liberacion Nacional (FMLN) depuis la fin de la guerre civile en 1992. Le FMLN était la guérilla opposée au gouvernement Salvadorien entre 1980 et 1992. Tous les présidents entre 1992 et 2009 étaient issus de l’ARENA, le parti de la droite conservatrice, lié au gouvernement durant la guerre civile. De fait, la création de cette cartonera se fait dans une période de changement politique. Mauricio Funes est lui-même un ancien journaliste réputé au Salvador, ce qui a pu permettre un certain espoir dans la liberté d’expression salvadorienne.

GIS Research and Map Collection
Carte du Salvador

La décennie 2010, au Salvador, est marquée par les violences liées à la criminalité organisée et aux réponses violentes apportées par l’Etat afin d’y mettre un terme ; le pays a l’un des taux d’homicides parmi les plus élevés au monde. A cela s’ajoute des problèmes socio-économiques ayant pour conséquences de pousser une partie des Salvadoriens à émigrer.  De plus, l’alternance politique qui débuta avec l’élection de Funes ne permit pas de résoudre les problèmes nationaux tandis que les affaires de corruption et la gestion de la politique anticriminalité reste critiquée et inefficace. Sous le mandat de Mauricio Funes fut mis en place une nouvelle politique vis-à-vis des pandillas, la « Tregua ». Cette trêve entre l’Etat et les gangs étaient et restent mal perçue, malgré sa fin en 2016. Les échecs politiques, sociaux et économiques ont engendré un désenchantement vis-à-vis du système politique en vigueur depuis 1992.

En outre, il convient de replacer El Salvador dans son contexte régional. Situé dans le Triangle Nord de l’Amérique Centrale, ce pays ainsi que ces voisins centraméricains restent marginalisés, que ce soit politiquement ou culturellement. A l’inverse, la couverture médiatique extérieure de cette région se centre principalement sur les problèmes de sécurité et de migrations, sans toutefois s’interroger sur les causes et les dynamiques de sociétés.

Il peut sembler intéressant de voir cette initiative éditoriale centrée sur les auteurs Centraméricains, comme une tentative d’émancipation et de mise en valeur de leur littérature, vis-à-vis du Mexique, influent culturellement.

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Magnolia Cartonnera : une incitation à la lecture communautaire et collective

Logo Magnolia Cartonera

La maison Magnolia Cartonnera voit le jour en 2014 – à Curitiba au Brésil – sous l’impulsion de Daniele Carneiro et Juliano Rocha, deux jeunes artistes indépendants (images des deux fondateurs ci-dessous). La fondation de Magnolia Cartonnera est l’aboutissement de plusieurs projets ayant pour vocation de facilité l’accès à la lecture. La genèse de ces différents projets remonte à 2012, avec la création de la Biblioteca Comunitaria do Sitio Vanessa localisée dans la partie rurale de l’État du Paraná, au sud du Brésil. Cette bibliothèque communautaire permet aux personnes issues des régions reculées d’avoir un meilleur accès aux productions littéraires, incitant dès lors les communautés locales à la lecture et à l’échange culturel. Le blog de la Biblioteca Comunitaria do Sitio Vanessa parait la même année et met à disposition de sa communauté diverses publications littéraires ainsi que celles à venir.

Source : @Magnoliacartonnera

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La Santa Muerte Cartonera : une maison d’édition rebelle et marginale

La délinquance et le terrorisme comme forme d’écriture littéraire

La Santa Muerte Cartonera, ville de Mexico, 2008-2010.

La maison d’édition Santa Muerte Cartonera a été fondée dans la ville de Mexico en 2008 par deux poètes : le chilien Héctor Hernández Montecinos et le mexicain Yaxkin Melchy.

C’est la deuxième Cartonera à voir le jour au Mexique après la Cartonera de Cuernavaca née la même année dans un contexte de conservatisme politique et d’explosion des maisons d’édition Cartonera dans le pays. Le pays compte aujourd’hui près d’une trentaine de Cartoneras. Elle fait ainsi partie de la première « génération » de cartoneras mexicaines et a inspiré les cartoneras mexicaines de la seconde génération notamment les Cartonera Kodama, Cohuiná, Tegus et Orquestra Eléctrica.

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La Santa Muerte Cartonera, ville de Mexico, 2008-2010.

La maison d’édition Santa Muerte Cartonera a été fondée dans la ville de Mexico en 2008 par deux poètes : le chilien Héctor Hernández Montecinos et le mexicain Yaxkin Melchy.

C’est la deuxième Cartonera à voir le jour au Mexique après la Cartonera de Cuernavaca née la même année dans un contexte de conservatisme politique et d’explosion des maisons d’édition Cartonera dans le pays. Le pays compte aujourd’hui près d’une trentaine de Cartoneras. Elle fait ainsi partie de la première « génération » de cartoneras mexicaines et a inspiré les cartoneras mexicaines de la seconde génération notamment les Cartonera Kodama, Cohuiná, Tegus et Orquestra Eléctrica.

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