Des éditions cartoneras à la cyberculture

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Cristina Chiquin, photojournaliste et incarnation du Colectivo Lemow : un individu peut-il représenter, parler au nom de tout le groupe qu’il prétend défendre ?

Cristina Chiquin, photojournaliste guatemaltèque.

Qu’est-ce que le collectif Lemow ?

Le mot Lemow vient de la langue Cakchiquel. Elle est liée au peuple maya éponyme (Cakchiquel), qui vit majoritairement dans le département de Chimaltenango (sud-ouest du pays).

Carte du Guatemala.

Il peut se traduire par reflet ou miroir, et c’est sous ce concept que le collectif s’identifie, parce qu’il cherche à refléter différentes réalités à travers les différentes formes d’art. Le Colectivo Lemow est un collectif crée par des femmes (principalement cinéastes) qui cherchent à rendre visible les droits de l’Homme, la réflexion critique et l’égalité femmes-hommes à travers du contenu artistique et culturel. De cette façon, elles autonomisent, divertissent et créent du lien entre les publics défavorisés du Guatemala (dont la majorité sont des femmes).

Crée en 2013, Lemow se consacre à la création et au partage des expressions culturelles à travers le point de vue des femmes. Elles ont survécu à l’épreuve du temps, aux épreuves de la vie et représentent la culture et les femmes guatémaltèques dans leur pays mais aussi dans le reste du monde. Le collectif est un agent du changement au Guatemala qui cherche à décentraliser le cinéma et en faire un art plus inclusif. Cela donne aux femmes les moyens d’explorer leurs expressions artistiques, reflétant leurs expériences et guérissant leurs émotions à travers l’art. Elles se spécialisent dans les ateliers de photographie, peintures murales, graffitis, musique, communication et cinéma. Elles créent également des ateliers en fonction des besoins des communautés qu’elles rencontrent et soutiennent.            Elles ont, à leur actif plusieurs projets, comme Reflejos (2016) ou encore Origenes (2017).

Reflejos est une exposition itinérante créée en 2016 sur le cinéma de genre, qui a parcouru onze départements du Guatemala avec un total de 22 expositions réalisées dans des écoles, des associations, des espaces publics et des centres culturels. L’exposition comprenait les projets cinématographiques réalisés par le collectif et les courts métrages de cinéastes guatémaltèques invités.

Origenes est une exposition de cinéma itinérante réalisée en 2017 et développée en collaboration avec Ixmayab Producciones. Avec un parcours à travers six départements du Guatemala et un total de 28 expositions présentant le portrait de 28 citoyens venant de tout le pays, l’exposition incluait des propositions audiovisuelles de cinéastes émergents/indépendants. En plus, des courts métrages de réalisateurs invités ont été diffusés.

Portraits de femmes, de leurs histoires et de leurs combats

            Projet de communication, Seres de Niebla (2018) cherche à travers la photographie et l’audiovisuel (principalement des capsules documentaires) à projeter et rendre visible la lutte de nombreuses femmes guatémaltèques qui, à travers leurs espaces de travail, obtiennent de meilleures conditions de vie. Rendre visibles les luttes des femmes, c’est reconnaître leur travail et contribuer au développement d’une société plus tolérante.

Il est composé de six courts métrages/capsules documentaires (allant de 4 à 7 minutes). Chacun d’entre eux est introduit, puis conclu par la chanson Tzk’at, de la chanteuse guatémaltèque Rebeca Lane, issue de son album « Obsidiana », sorti en 2018. C’est une artiste engagée ; et ses combats sont partagés par le Colectivo Lemow, ce qui explique l’association artistique entre toutes ces actrices. Les films n’ont pas vraiment de titre. Il y a seulement le nom des personnages principaux, suivi de leur métier. Tout simplement, ces films/ capsules présentent des femmes qui racontent leurs vies et leurs parcours.

L’équipe des films reste similaire sur les six parties. Veronica Sacalxot est la productrice ; Teresa Jimenez s’occupe de la photographie et de la post production ; Yanira Ixmucane gère la direction artistique.

Le premier film est centré sur la photojournaliste Cristina Chiquin        . Le deuxième raconte l’histoire de la chanteuse Aurora Chaj. Le troisième présente le parcours de Galilea Bracho, activiste et défenseuse des droits humains et droits LGBT. Le quatrième met en scène Gilberta Jimenez, activiste Xinca (tribu maya) qui milite pour la protection de la Terre, de la Nature ; la réappropriation et la défense de leur territoire.    Le cinquième montre le parcours de Manuela Xocol, présentatrice radio et communicante. Le sixième film dresse le portrait de la rappeuse Cat Monzon, d’origine Kʼicheʼ (un peuple du sud du pays).

Toutes ces femmes, et les histoires dont elles sont les héroïnes, ont plusieurs points communs. Le principal est que pour chacune d’entre elles, leur moyen d’expression est quelque chose qu’elles pratiquent depuis leur jeunesse, et surtout qu’elles ont toutes grandi dans ces milieux militants ou artistiques.

Cristina Chiquin : incarnation des valeurs du collectif, égérie de Lemow            

  Le premier des court-métrages met en scène Cristina Chiquin. Elle est photojournaliste. Elle explique qu’elle tient cette passion de son père. « Desde pequeña, me gustó mucho la fotografía. Mi papá le gustaba hacer fotografía de paisajes. Le gustaba siempre tener una cámaray en mi casa, al baúl lleno de fotos porque a mi papá le encanta tomar fotos. Creo que ahí me empezó también como las ganas de querer hacer fotografía”. Elle a toujours été engagée dans la défense des droits de l’Homme, et particulièrement les droits des femmes. Alors qu’elle pratiquait la photographie de manière ludique ; en 2012-2013 – à l’occasion de la commémoration des massacres du Rio Negro (1980-1982) –  elle a décidé de devenir photojournaliste, afin de lier ensemble ses deux passions.

En 1980-1982, en pleine guerre civile guatémaltèque, des Mayas Achis protestent contre l’expulsion de leurs terres natales vers des régions plus difficilement cultivables.  Le gouvernement guatémaltèque de l’époque voulait construire dans cette région (département de l’Alta Verapaz) un grand barrage hydro-électrique.  Plus de 400 d’entre eux sont tués par l’armée guatémaltèque.

En 2012, 30 ans après les exécutions, des avocats ont déposé un recours en justice devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme pour obtenir un procès. C’est à cette occasion que Cristina s’est engagée.

Au-delà d’être un moyen d’expression comme les autres, et permettre aux personnes de s’exprimer ; pour Cristina, la photographie permet aussi de véhiculer des émotions. Elle permet de mettre des images sur ce que ressentent les gens – des sentiments qui ne peuvent pas forcément être transmis avec des mots. Comme la photographie reflète le regard de son autrice, c’est comme si la photographe s’exprimait avec des mots. Avec une photographie, il est possible de dire bien plus de choses, qu’avec un texte. Si les photos véhiculent des émotions, elles peuvent aussi plus facilement toucher le cœur des spectateurs. C’est aussi une démarche personnelle, car pour Cristina ; la photographie, c’est son moyen de s’exprimer, à elle, en tant que citoyenne.   

En revenant à la capsule documentaire, elle peut se diviser en deux parties. La première moitié présente Cristina dans son atelier, caractérisé par le mur tapissé de photographies. L’œuvre de Cristina semble la surplomber, comme pour symboliser tout le chemin parcouru par la photojournaliste. La capsule alterne tour à tour entre des prises de vue montrant Cristina qui s’exprime face caméra, qui montre certains de ses clichés ou encore qui contemple le mur de son œuvre.  

La seconde partie suit Cristina dans l’environnement dans lequel elle se sent la plus à l’aise : le milieu urbain. Elle se décrit elle-même comme une journaliste urbaine. Ici, son outil de travail – son appareil photo – illustre la métaphore du regard. Si Cristina pointe son objectif dans une direction pour saisir un instant, un moment ; la photographie qui en résulte est son regard (à elle) sur le monde qui l’entoure.  C’est une manière pour elle de se réapproprier le regard sur le monde. Pour cela, elle propose aux spectateurs son propre regard sur son monde, grâce à ses photographies. Ce n’est qu’un regard de plus : un parmi les autres.

Pour Cristina ; une image vaut mieux qu’un long discours (peut-être parce qu’elle est plus émouvante et plus personnelle, intime).

Linda Vellejo – Make ‘Em All Mexican

Qui est Linda Vallejo ?

Linda Vallejo est une artiste Chicana dont l’importance des œuvres a été soulignée dans de nombreux articles témoignant des expériences de vie des personnes d’origine mexicaine habitant aux États-Unis.  L’artiste raconte avoir été influencée par les nombreux voyages auxquels elle prit part lors de son enfance, l’emmenant à un questionnement sur l’identité américano-mexicaine. Née à Boyle Heights en 1951, elle a passé ses premières années à East L.A. avant de vivre en Allemagne, en Espagne pour finir par s’installer en Alabama – des déménagements motivés par un père qui était colonel dans l’armée de l’air comme nous l’apprend sa biographie présente sur le site de l’Université de Californie. Ce n’est que lorsqu’elle est retourne dans le sud de la Californie à la fin des années soixante qu’elle s’immerge a nouveau dans son héritage chicano. Ayant grandi dans un milieu où la culture dominante était blanche et états-unienne de l’Alabama dans les années soixante au début du mouvement Chicano, il était important pour elle de retravailler, mettre en avant et célébrer des symboles traditionnels et indigènes mexicains. Ces questions précédemment mentionnées emmenèrent une réflexion de la part de l’artiste sur l’importance de la couleur de la peau des individus dans la société états-unienne ainsi que dans la culture populaire et filmique du pays.  

The crux of the matter, it seemed to me, was that visual representations of the American Dream did not include me, or my loved ones. I had never seen the golden images of Americana with familiar “brown” faces. Friendly faces, sure—but not familiar ones. The yearning for familiar faces sent me on a quest for images that I could call my own.

Linda Vallejo

Elle décrit elle-même ses intentions dans la vidéo suivante, provenant de la chaîne Youtube de l’artiste:  

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DANY GOUTTIÈRE- Artiviste colombien, transactiviste, non-binaire

Le contexte et la lutte pour les droits de la population LGTB en Colombie

Comme en Amérique Latine, en Colombie, la population LGTB est l’objet de plusieurs violences et de vulnération de leurs droits. Certains articles affirment même qu’être trans en Colombie est une sentence de mort (DW.Historias Latinas, 2021). Pour comprendre le complexe panorama colombien en termes de violence, il faut partir du nombre moyen d’homicides depuis l’année 2011 et jusqu’à l’année 2020 : 110 par an. Cependant, dans l’année 2020, marquée par la pandémie, ce chiffre est monté à 226, le double de la moyenne. De même, les menaces verbales sont passées de 106 en 2019 à 337 en 2020, les victimes de violence policière sont passées de 109 en 2019 à 175 en 2020. Il est très difficile de déterminer les raisons qui expliquent cette augmentation de la violence car plusieurs facteurs sont à considérer. En premier lieu, les mécanismes de dénonciation ont été diversifiés de sorte que les plaintes ont augmenté.

En deuxième lieu, la hausse de violence est aussi un résultat des mesures de confinement mises en place en raison de la pandémie. Les groupes les plus affectés ont été les femmes trans et les hommes gays. Pour les trans, la forme de violence la plus exercée a été la menace ainsi que pour les hommes gays, l’homicide. Ces statistiques sont partagées par l’organisation de société civile Colombia Diversa, qui travaille autour de la lutte pour les droits de la communauté LGBT. Les formes de violence catégorisées sont les menaces, les homicides et la violence policière. Cependant, d’autres droits sont bafoués constamment. Par exemple, l’accès à la santé, á l’éducation, à un travail et un logement digne, entre autres.

Figure 1 : Types de violence. Colombia Diversa. http://www.colombia-diversa.org/p/que-hacemos.html

Bien qu’actuellement, la législation colombienne ait montré une progression considérable en termes de droits pour la population LGTB, il y a encore plusieurs barrières administratives et de discrimination sociale qui ont ralenti l’application des lois et politiques publiques. La discrimination sociale dans des espaces éducatifs et de travail poussent principalement la population trans à bouger vers des quartiers pauvres, arrêter les études et choisir des professions qui sont transsexualisées telles que le travail sexuel. Ainsi, des problématiques comme la pauvreté, la consommation et le trafic de drogues ainsi que l’accès restreint à la santé sont développées à l’intérieur de cette minorité.  Un autre élément important à considérer est la situation dans laquelle a vécu la population LGTB pendant les années de conflit en Colombie, étant reconnus en tant que victimes du conflit dans l’accord de paix avec la guérilla des FARC. (Colombia diversa, 2019)

Les progressions sur le plan législatif ont pris un certain retard dans le pays. Par exemple, en 1992 l’avocat Germán Rincón Perfetti a présenté pour la première fois une action de tutelle pour réaliser un changement de nom devant la cour constitutionnelle. C’est n’est qu’en 1998 que l’homosexualité n’a plus été une raison pour nier les droits à l’éducation grâce à l’annulation du décret qui signalait que l’homosexualité était une mauvaise conduite de la part des enseignants des écoles. Dans la même période, la cour constitutionnelle a confirmé que l’orientation sexuelle des élèves des écoles ne constituait pas une raison pour nier le droit à l’éducation. Ce n’est qu’en 2007 que le pacs pour les couples du même sexe a été approuvé, de même qu’en 2015 l’adoption d’enfants par des couples du même sexe et en 2016 le mariage égalitaire est devenu légal.

En tenant compte des violences provoquées par le long conflit armé dans le pays, en 2014 la première décision de Justice et Paix est prise, donnant à la population LGTB la condition de victimes des groupes armés. En 2016 l’accord de paix Colombien est devenu pionnier au niveau mondial grâce aux reconnaissances de la population LGTB en tant que victime du conflit armé. Finalement, en 2018 le pays a connu une politique publique LGTB au niveau national. Pour la population trans, quelques progressions arrivent en 2013 avec l’approbation de la cour constitutionnelle des procédures chirurgicales pour des modifications corporelles des personnes trans et pour la première fois, en 2018 l’assassinat d‘une femme trans a été reconnu comme un féminicide. 

Le travail artistique de Danny Gouttière

Danny Gouttière est un artiste colombien de 26 ans qui s’autodéfinie en tant qu’artiviste, transactiviste et non-binaire. Iel est né dans une municipalité proche de la ville de Medellín appelée La Ceja à Antioquia. Sa production artistique est très variée, iel est chanteur·e, peintre, dessinateur·e, écrivain·e, compositeur·e, performeur·se et mannequin. Parmi ses objectifs artistiques nous pouvons trouver la dénonciation de la violence contre les femmes et la population trans ainsi que les impacts du conflit armé sur les territoires colombiens.

Figure 2 : Danny Gouttière. https://danygouttiere.com/
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ACTRICES

Affiche publicitaire de la série sur instagram. Disponible sur: https://www.instagram.com/p/CMkAdDQpsSO/

En 2016, la bombe #MeToo a explosé avec la dénonciation du harcèlement sexuel par différents collectifs féministes à travers le monde. Ce mouvement a eu son plus grand impact lorsque les actrices, notamment à Hollywood, ont commencé à faire ce genre d’ accusation. Lorsque les plaintes de différentes actrices qui ont été harcelées, abusées physiquement et psychologiquement, principalement par des hommes en position de pouvoir ont été révélées, les réseaux sociaux se sont emballés et ont commencé à faire émerger de partout dans le monde ce type de dénonciations, la guilde des actrices étant celle qui a le plus attiré l’attention, car pour l’opinion publique il était inimaginable de penser que des personnalités publiques d’un tel statut aient dû passer par cette terrible situation.

Ce grand mouvement était également présent en Colombie, mais dans ce cas, son impact s’est fait sentir plus tard. L’une des allégations les plus notoires s’est produite en 2020, lorsque le cas d’actrices colombiennes en formation victimes de harcèlement sexuel dans le théâtre « El Trueque » de Medellin a été révélé. Ces allégations ont été formulées à l’encontre du directeur Jose Felix Londoño, accusé d’abus physiques et psychologiques, d’attouchements, de pelotages et de baisers sans le consentement des élèves. Ces plaintes ont été publiées par différents médias du pays, mais aucune solution juridique n’a jamais été trouvée, malgré le fait que 9 des 16 plaintes contre ce directeur ont été ouvertes au parquet.

À peu près à la même époque, en mai 2020, le collectif artistique féministe Casa Ovella Blava, à travers une web-série intitulée « Actrices », a publié une série d’épisodes qui racontaient le quotidien d’un groupe d’actrices qui se présentaient à un casting pour faire partie de la distribution du feuilleton « La pasion de maria ». L’objectif principal de cette web-série était de montrer et de dénoncer les mauvais traitements physiques et psychologiques que subissent certaines actrices lors des castings et des tournages, ainsi que la pression de travail et les stéréotypes de beauté qui existent dans ce milieu du divertissement. Grâce au travail de ce collectif féministe créé en 2011 dans la ville de Bogota-Colombie, ces questions de harcèlement et d’abus sexuels ont été mises en lumière de manière artistique et bien réelle.


Logo du collectif féministe
Disponible sur: https://www.instagram.com/casaovellablava/
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Le raptivisme et le féminisme en Amérique Latine

Qu’est-ce que le rap ? C’est un mouvement musical et culturel issu du hip-hop, il est apparu aux États-Unis dans les années 1970. Le principe de ce courant musical repose sur une diction rythmée et rimée d’un texte. Le principal enjeux du rap est de scander des rimes audacieuses dans le rythme de la musique qui accompagne le.a rappeur.euse.

Le raptivisme

Ces rimes audacieuses sont à la croisée du rap et de l’activisme et donnent un nouveau mouvement : le raptivisme. Le hip-hop a une composante fondamentale de genre. La simple occupation de cette scène par les femmes remet en question leur féminité. Ce questionnement produit une série d’obstacles matériels, familiaux et institutionnels pour les jeunes femmes que ne rencontrent pas les hommes qui, au contraire, voient leur identité masculine renforcée. La scène hip-hop valorise une série de qualités attribuées principalement aux hommes, telles que la capacité à monter sur scène, à sortir la nuit, à investir les espaces publics, à écrire des textes stimulants et à rivaliser avec ses pairs. Les femmes s’approprient ces qualités, les reproduisent, les remettent en question, les subvertissent, ou les redéfinissent à leur manière. On peut penser que le hip-hop, en particulier le rap, est une arène dans laquelle le genre est « fabriqué » dans le sens où, en plus des représentations et des discours qui créent des effets de style dans la production de sujets masculins et féminins, le genre a un caractère performatif (Butler, 1998). Penser l’identité de manière non essentialiste implique de considérer les possibilités d’agencement, car si le genre est le résultat d’une répétition stylisée d’actes, les différentes manières dont cette répétition peut être réalisée ouvrent les possibilités de rupture par des actions subversives tendant à la transformation du genre (Diana Alejandra Silva Londoño, 2017).

Les femcee

Le milieu du rap a l’habitude de se réunir pour organiser des batailles présidées par des « maîtres de cérémonie » plus communément appelés « MC ». Les rappeuses désireuses de casser les codes de ce milieu s’affirment alors comme « femcee » (fem + MC) (Segas, 2018). En 1979, Sylvia Robinson, une femme noire dotée d’un sens aigu des affaires, a contribué à construire les bases de Sugarhill Records, une maison de disques pionnière dans la commercialisation et l’expansion du rap. La culture hip-hop était en train de se construire, cherchant sa forme définitive dans des arrondissements de la ville de New York qui avaient été malmenée par une longue chaîne de politiques sociales, économiques et urbaines dévastatrices. Dans ces territoires, devenus des laboratoires d’idées fertiles, les jeunes noir.e.s et latinxs se sont aventuré.e.s dans la recherche d’un langage commun qui permettrait de transformer la violence en une opportunité créative de jeu subversif en marge du système dominant. Les femcee apparaissent à cette période, d’abord en groupe puis certaines se sont également lancées en solo. Au Guatemala nous retrouvons Rebeca Lane (questions de genre et de féminicides), au Mexique la femcee Mare Advertencia Lírica (violence de genre, “empoderamiento” de la femme), Krudas Cubensi à Cuba (genre, sororité et thèmes liés aux luttes LGBT+). Nakury au Costa Rica (thèmes sociaux et luttes féministes) est présente sur la scène du raptivisme, comme Ana Tijoux au (luttes sociales et contre le patriarcat) et Miss Bolivia en Argentine (luttes féministes et LGBT+)


Un point commun entre toutes ces femmes : elles se revendiquent toutes comme artistes autonomes et scandent leur féminisme. Leurs luttes convergent néanmoins chacune a son domaine spécifique. Elles diffusent ces revendications sur des plateformes faciles d’accès (Youtube, Spotify, Deezer…) pour toucher le plus grand nombre dans un désir de rééduquer pour l’égalité des genres.

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Ana Mosquera : transmédialité et artivisme à l’heure de la Big Data.

Ana Mosquera et son œuvre, ou comment représenter l’espace virtuel à travers des medias artistiques ?

Les œuvres d’Ana Mosquera, artiste vénézuélienne, s’ancrent dans des espaces bien délimités comme Caracas, Macuto (Vénézuela) ou encore Antofagasta (Chili), mais ces espaces socio-historiques sont toujours mis en relation avec le cyberespace mondialisé. Elle explore cette nature hybride de l’espace urbain tel que nous le connaissons aujourd’hui, en proposant de nouvelles représentations de ces espaces, entre le matériel et l’immatériel, l’empirique et le virtuel, se superposant l’un et l’autre dans une alchimie complexe encore peu interrogée. En effet, il est difficile, à titre d’exemple, de mesurer l’impact des réseaux sociaux, son étendu, sur notre manière d’habiter l’espace, de l’apprivoiser et de l’organiser. L’ensemble de son travail scientifique et artistique s’appuie sur une formation transdisciplinaire qui aborde d’une part, la géographie, l’urbanisme et l’architecture et d’autre part, la photographie, les médias et la communication. L’homme d’aujourd’hui, l’homo protesis dont le corps biologique s’allie continuellement avec la technologieest sans cesse inscrit dans un espace hybride où l’empirique interagi avec le numérique.

« El placer de tinderizar » : la tinderization de l’espace 

Installation présente dans le Musée d’art contemporain de Zulia (collection permanente). Triptyque en papier, dimensions 45 X 200 X 45 cm.
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Fabian Rodriguez et la crise actuelle vénézuélienne

Suite à l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez en 1998 et tout au long de 18 ans de la Révolution Bolivarienne le gouvernement vénézuélien a essayé d’instaurer un courant de pensée révolutionnaire. Au début de la révolution ce mouvement avait gagné la sympathie du peuple vénézuélien et des artistes. En 2005,  le gouvernement a pris la décision de centraliser l’activité artistique ayant comme conséquence la disparition des grands programmes de culture et laissant sans financement un grand nombre de festivals, concours, journaux, musées régionaux, bibliothèques et librairies.  Selon plusieurs artistes, cette mesure a aussi affecté la souveraineté des institutions et a créé une division dans le secteur artistique donnant lieu à un secteur « officiel » et un secteur indépendant. Alberto Barrera Fyszka, écrivain exilé au  Mexique, affirme qu’au Venezuela le secteur officiel artistique est le seul qui reçoit un financement de l’État. En même temps, il accuse le gouvernement d’exiger la loyauté acritique à ceux qui reçoivent du financement. En conséquence, ce panorama a permis l’apparition d’un mouvement artistique né de la nécessité d’exprimer leur mécontentement envers ces politiques répressives et face à l’actuelle crise politique, économique, sociale et humanitaire que vit le pays.

Fabian Rodriguez et son travail

Dans le cadre de ce mouvement indépendant intervient Fabian Rodriguez, cinéaste et directeur créatif du producteur audiovisuel « Cometa Negra ». Fabian est né à Mérida, au Venezuela. Continue reading

Difficile à avaler : la dernière intervention artistique censurée dans un Brésil de moins en moins démocratique

Le travail du collectif « És uma maluca » a été reproduit dans la rue à Rio, après être interdit par le gouvernement

Performance faite en janvier dans une rue du centre de Rio (Julio Cesar Guimarães/UOL)

Pendant deux mois, une recette indigeste de gâteau a résonné parmi les quatre murs de l’un des centres culturels les plus importants de Rio de Janeiro. Loin de stimuler les visiteurs de la Casa França Brasil dans les aventures gastronomiques, l’audio qui a été reproduit en boucle et qui énumérait les étapes nécessaires à la préparation du gâteau visait à accentuer une manifestation très familière au Brésil.

Nous nous permettons d’ouvrir une rapide parenthèse pour expliquer la raison de la recette présentée dans le musée : pendant la dictature militaire (1964-1985), chaque fois qu’un article était censuré par l’État, les journaux publiaient une recette culinaire. L’idée était de manifester contre l’interdiction.

Au fil des années, ce qui était une routine est devenue une anecdote du journalisme, et les brésiliens nés après les années 1980 se sont habitués à penser qu’ils jouissaient de toute la liberté d’expression du monde, en particulier à l’époque d’Internet. Continue reading

B a s t a r d i l l a : la street artiste qui envahit le monde de fresques féministes

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source: http://www.bastardilla.org/hogardepapel/*lxssnm

En Colombie, le street art explose dans les années 2000 envahissant les rues de couleurs, cet art est souvent un outil de dénonciation du système politique ainsi que de la violence régnant dans le pays. Bastardilla est une street artiste venant de Bogota, elle tapisse la capitale colombienne d’images de femmes, mais on retrouve aussi son travail dans d’autres pays tels que la Belgique, l’Allemagne ou l’Italie où elle travaille avec de nombreux artistes.

Le blog

Le blog de Bastardilla est une arme poétique et un hommage à la résistance et à l’empoderamiento des femmes, on y retrouve des dessins revendiquant la place de la femme dans la société colombienne ; comme sur ce dessin ou une femme déracine des godets de pelleteuses dont les racines sont des crânes humains, tandis que sa fille porte dans ses bras un arbre à replanter. Les femmes et la nature sont des thèmes récurrents de ses œuvres et marquent notamment son opposition au machisme, au capitalisme et ici à l’exploitation de la terre.

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Miyo Van Stenis : cyber artiviste dénonçant les non-dits du gouvernement vénézuélien

Miyo Van Stenis est une jeune artiste vénézuélienne de 29 ans. Elle apprend à codé dès son plus jeune.  Lors de son inscription dans une école d’art de Caracas, sa mère lui conseille de se diriger vers le monde numérique, les nouveaux médias car elle n’est pas très douée en dessin. Dans ses œuvres elle utilise le Net.Art ainsi que le glitchart. Le premier mode de création n’est autre qu’une production crée pour et par internet. Le deuxième mode de production consiste en la création d’une imperfection dans l’image.

Lorsqu’elle commence à créer le président au pouvoir au Venezuela est Hugo Chavez. Il avait alors beaucoup de partisans et les opposants étaient réduits au silence.  Elle consacre une grande partie de ses œuvres à dénoncer cette censure qu’exerce la classe politique.

“Mon travail consistait à montrer comment la classe politique censure les activistes. Comment on peut collecter des informations à partir d’Internet. Mon but, c’est de comprendre et de penser le gouvernement comme un terroriste”.

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