Arts et innovations en Amérique latine

Des éditions cartoneras à la cyberculture

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Eloísa cartonera

Couverture de l’anthologie Nuevos borders argentinos, 2013

Le projet de Fernanda Laguna, qui cofonde en 2003 aux côtés de Washington Cucurto et de Javier Barilano la première maison d’édition cartonera, est exemplaire de ce processus qui se développe à l’origine en marge des circuits commerciaux et académiques. Située aux antipodes de la logique néolibérale qui préside alors à la restructuration du champ littéraire argentin et en réaction à l’exclusivité des milieux académiques, Eloísa cartonera est la première coopérative autogérée sans but lucratif de fabrication artisanale d’objets littéraires élaborés à partir de textes cédés par les autrices et auteurs selon le principe du copy left (encore appelé « gauche d’auteur ») et dont la couverture est faite de carton, acheté aux cartoneros de Buenos Aires, lesquels participent également de la confection des ouvrages. Un concept qui s’est par la suite largement développé en Argentine, en Amérique Latine et jusqu’en France puisqu’on compte aujourd’hui environ 150 maisons d’édition de ce type dans le monde. Continue reading

Résultats de recherche d'images pour « cartongrafias Colombia »

L’État colombien reconnaît aujourd’hui un nombre de victimes du conflit armé s’élevant à 6 millions de personnes. Bien que ce chiffre en lui-même remplisse d’effroi les plus aguerris, il est bien loin du compte… Le coût social d’un conflit de 53 ans, qui prend ses racines dans l’inégalité cinglante d’un pays qui n’a jamais connu de réelle réforme rurale, ne se mesure pas par des chiffres mais par l’intensité des traumatismes individuels et collectifs des expériences vécues.

En conséquence du conflit, près de 7 millions de déplacés cherchent refuge dans des ceintures urbaines déjà saturées et se retrouvent dans le plus grand dénuement. Nombre d’entre eux voyagent longuement avant d’arriver à la froide et hautaine Santafé de Bogotá sans l’ombre d’un espoir, vivants dans les souvenirs d’un passé détruit par l’horreur des affrontements armés et des bombardements. Sous des ponts, dans la rue, abrités de carton, ils s’emparent du seul travail qui leur reste, la récupération de ce même carton les protégeant si peu, la nuit, contre un froid qu’ils n’ont jamais connu auparavant.

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Murcielagario Kartonera : la périphérie dissidente de la poésie.

Atelier de fabrication des livres dans la maison de Agústin Guambo [page facebook de Murcielagario Kartonera].

Après un voyage à Buenos Aires, Agustín Guambo (1985), s’est retrouvé par hasard devant les portes de  Eloisa Cartonera . Impressionné par cette idée, il se demande pourquoi des initiatives comme celles-là sont inexistantes à Quito et, à l’âge de 23 ans, il rentre dans sa ville natale, déterminé à exporter ce concept.
Agustín n’était pas encore au courant de l’existence d’autres cartoneras en Équateur, et il l’a découvert seulement une fois que son initiative a commencé à se concrétiser. En effet, la petite histoire de cartoneras en Équateur avait déjà commencé à son insu dans les années 2000 avec la fondation de Matapalo Cartonera en 2004 au cœur de la ville de Riobamba, dans la Provence du Chimborazo, seulement un an après la création de Eloisa Cartonera.

L’idée avait été transportée en Équateur par Víctor Vimos, poète et directeur culturel de Riobamba, qui, lors d’une conversation avec l’écrivain Edwin Madrid, apprend ce que faisaient les Argentins à Buenos Aires. Un contact plus direct a été établi avec Sarita Cartonera de Lima. Là-bas, à travers Gabriela Falconí, Victor Vimos a connu les ateliers et la dynamique du travail de Sarita Cartonera. Vimos et Falconi ont donné vie ensuite à la première Cartonera en Équateur.

La création de cette maison d’édition alternative fut suivie par trois autres cartoneras dans les villes de Guayaquil (Camareta et Dadaif) et Cuenca (Ninacuro). Mais dans la capitale équatorienne, Murcelagario Kartonera est la maison d’édition qui représente encore aujourd’hui la première et seule cartonera. Murcielagario Kartonera a ainsi vu le jour à Quito en 2009, grâce à l’initiative du poète Augustin Guambo. Conçue initialement comme projet individuel, cette initiative s’est ensuite élargit avec l’aide et la participation d’un cercle d’amis-poètes, se transformant en projet collectif.

“Siempre esta rotando gente , no es que soy yo, es colectivo y es un entidad bien evanescente a la vez, […] cada vez que entra alguien va dejando su huella.” [5]

Les fondateurs des quatre cartoneras équatoriennes [2].

Bien que quantitativement restreint, il est intéressant de noter que dans le contexte cartonero équatorien, il existe une diversification qualitative de projets.
Par exemple, la cartonera Matapalo est conçu principalement comme un projet social et de production participative de textes ; cette maison d’édition forme des garçons (aux faibles revenus) à la peinture et à la confection de livres afin d’obtenir une petite rétribution économique. Matapalo construit un processus d’écriture avec ces garçons pour promouvoir également des espaces sociaux de créativité.

Quant à Murcielagario Kartonera, si son inspiration découle directement de Eloisa Cartonera, en tant que forme révolutionnaire de diffusion et de littérature, celle-ci s’en écarte au niveau du choix des publications.
En effet, si Eloisa Cartonera publie déjà des auteurs possédant une certaine réputation dans le monde littéraire, Agustín et son cercle d’amis préfèrent parier seulement sur des personnes inconnues au grand public. De cette manière, ces nouveaux écrivains pourront avoir un premier élan et être encouragés dans leurs recherches artistiques.

La ligne directrice de ces deux maisons d’édition est dictée en partie par la différence entre le contexte argentin et équatorien. Eloisa Cartonera naît au moment de la crise économique la plus intense de l’histoire de l’Argentine, dans un environnement très politisé, pour pallier les difficultés du pouvoir d’achat. À l’inverse Murcielagario émerge à partir d’un sentiment d’impuissance et d’absence d’accès à la littérature dans le pays. Pour Agustín, l’Équateur se trouve dans une position périphérique par rapport au champ littéraire latino-américain, un lieu où il est difficile que « les choses arrivent » [5]. C’est pourquoi il y a une nécessité imminente de diffuser la littérature depuis l’Équateur pour qu’il arrive au centre de ce champ [5].

La décision de publier uniquement des poésies, et plus particulièrement des poésies de jeunes auteurs inconnus, est étroitement liée à ce sentiment de se trouver dans un espace marginal ; si la poésie est relayée en périphérie dans le monde de la marchandisation de l’art, Murcielagario Cartonera trouve sa vocation et son potentiel en se liant à un espace doublement périphérique.
Agustín lui-même écrit des poésies employant langues et langages diversifiés, tel que l’anglais, l’espagnol-équatorien, le kichwa, pour revendiquer à la fois les identités et les spécificités culturelles locales et à la fois ce mélange qui représente le monde d’aujourd’hui.
Pour cela, le projet de Murcielagario consiste à soutenir “la littérature depuis la périphérie et de générer des espaces dans la périphérie” (6).

Accessibilité, horizontalité et chaine de soutien artistique.

« Creemos firmemente en romper la idea de que la gente no lee porque no le interesa la literatura, sino por el contrario, la gente no lee porque el sistema capitalista ha logrado en su juego segregacionista que los libros queden fuera del alcance de ciertas clases menos privilegiadas.”[6]

« Nous croyons fermement qu’il faut briser l’idée que les gens ne lisent pas parce qu’ils ne s’intéressent pas à la littérature, mais au contraire, ils ne lisent pas parce que le système capitaliste a réussi dans son jeu ségrégationniste à ce que les livres soient hors de portée de certaines classes moins privilégiées. »

(traduction propre)

Les principaux objectifs s’adaptent ainsi à cette réalité : diffuser et créer un public de base. Objectifs depuis lesquels des pratiques connotées politiquement découlent quasi logiquement.
En premier lieu, le coût du livre est très accessible : 3 dollars en moyenne jusqu’à 7 pour les livres les plus élaborés, en considérant que dans une librairie équatorienne un livre coûte en moyenne 20-30 dollars.
Dans des cas exceptionnels, pour ceux qui sont vraiment intéressés par un livre, mais qui n’en ont pas les moyens, Murcielagario accepte des câlins ou d’autres formes de soutien en échange d’un apport financier pour le livre !

“El derecho de autor puede ser debatible porque al fin y al cabo lo que esta haciendo es lanzar conocimiento al mundo y el conocimiento se supone que no debe tener precio” [5]

Entretien avec Agustin Guambo dans son atelier, 01.03.19.

En deuxième lieu, Murcielagario Kartonera rejette le concept du copyright à part entière. Agustín nous explicite de manière très direct et simple le choix du copyleft : “sería muy tonto de mi parte si estoy haciendo una cuestión de difusión decirle a alguien que no puedes publicarle este libro porque tiene mis derechos, no pues no funciona así mejor de bacan imprímelo sácale copias, quieres el PDF?” [5]

Comment rémunère-t-on l’auteur dans ce cas ? Avec un “trueque literario” (ou troc littéraire).
L’auteur prête son œuvre et en échange Murcielagario lui donne des livres. Cette procédure est rendue possible par le fait que personne ne gagne de l’argent. Par conséquent, il s’agit d’une dynamique horizontale et en quelque sorte, d’une chaîne : l’auteur offre son œuvre, Murcielagario lui retourne des livres et grâce à l’argent généré par la vente de cette œuvre, la Kartonera va pouvoir supporter le tirage d’un autre auteur.
Le “trueque literario” et la chaîne horizontale de soutien créatif représentent un positionnement d’opposition fort par rapport à l’idée de l’art vue comme bien économique.
L’option du troc se reflète également dans l’absence voulue de financements extérieurs, choix nécessaire selon Agustín, pour maintenir l’horizontalité entre chaque relation, car “cuando entra el dinero entra el diablo también, cuando hay dinero ya la gente te ve de otra forma”.
Le questionnement de la dimension marchande du livre est explicite dans le processus de Murcielagario : le livre est une œuvre d’art, non un simple produit de marché. L’activité de la Kartonera ne représente pas la seule activité que ses membres possèdent car, pour le moment, elle ne fournit pas les moyennes économiques suffisantes pour vivre de celle-ci. Bien sûr, l’argent n’est pas rejeté en soi, mais il ne doit pas se transformer en priorité.

Murcielagario va partout !

Dadaif Cartonera et Murcielagario Kartonera avec leur stand de vente dans le Centre Culturel de la « Pontificia Universidad Católica del Ecuador » (page facebook Murcielagario Kartonera).

Finalement, la pluralité des espaces exploités reflète également cette volonté de diffusion de la poésie, qui est très souvent le premier genre à succomber au processus de néo-libéralisation de la littérature. Murcielagario ne possède pas de lieux de vente fixe mais un sac à dos rempli des dernières publications, et se déplace d’un évènement artistique à une foire, d’une maison culturelle à un centre social. Le collectif, en effet, trotte volontiers là où il est invité, mot d’ordre : diffuser, diffuser, diffuser !

Les centres sociaux, les maisons culturelles indépendantes, mais également les centres culturels institutionnels et les universités ont été des espaces de collaboration ; par exemple cette collaboration s’est déjà matérialisée sous forme de rencontres informatives concernant le processus de création et de fonctionnement d’une maison cartonera à l’Université “Andina Simon Bolivar” de Quito.

Tous ces aspects permettent de définir le processus de Murcielagario Cartonera comme autogéré , anti-systémique et indépendant.
Murcielagario se connote également par son essence collective de tous points de vue : depuis la sélection des poèmes jusqu’à la production matérielle du livre.
L’atelier de fabrication de livres se trouve dans la maison du fondateur où ils se retrouvent entre amis pour discuter des possibles et futures publications, car la décision finale est toujours prise collectivement.
En outre, les membres de Murcielagario tentent d’interagir avec le public, en les conseillant et en essayant qu’ils prennent partie prenante au processus. Pour la Cartonera, ils ne sont pas des clients dans le sens conventionnel du terme, mais plutôt de futurs passionnés de poésie. Pour cela, il est fondamental qu’ils achètent un livre qui leur soit adapté pour qu’il puisse en profiter.

Et pour stimuler les réseaux des poètes…le festival « Kaníbal Urbano ».

Affiche de la troisième édition du Festival « Kanibal Urbano », photo pris dans l’Atelier d’Agustín.

 

 

Depuis 2016, Murcielago Kartonera est à l’initiative du « Festival international de la poésie “Kanibal Urbano” » à Quito.

« Se desarrollará con el fin de consolidar a la capital como una plataforma de encuentro y debate de las diversas voces contemporáneas del quehacer literario mundial y crear un documento de intercambio artístico desde el sentir andino, urbano y mestizo latinoamericano, a partir de la poesía y sus múltiples expresiones. » [1]

« Il sera développé dans le but de consolider la capitale en tant que plate-forme de rencontre et de débat des différentes voix contemporaines de l’œuvre littéraire mondiale et de créer un document d’échange artistique depuis le ressentir andin, urbain et latino-américain métis, à partir de la poésie et ses plusieurs expressions. »

(traduction propre)


Conçue avec un groupe d’amis pendant la semaine littéraire de Lima, l’idée du festival reprend l’envie de créer un point de rencontres pour réunir des poètes provenant de différentes parties d’Amérique latine. Ainsi, ils peuvent se connaître et créer un réseau afin d’échanger sur les différentes conceptions d’art et sur les différentes formes de création, permettant un dialogue inspirateur.
Le festival est alors une manière d’amener le centre à la périphérie.

 

Bibliographie :

[1] Anonyme, III Festival Internacional de poesía se desarrollarà en Quito”, Quitoinforma, 20.02.18,
http://www.quitoinforma.gob.ec/2018/02/20/iii-festival-internacional-de-poesia-se-desarrollara-en-quito/ (consulté le 05.03.19)

[2] Anonyme, « Las cartoneras con sus impulsadores, in El Comercio, 18.11.2012, disponible en ligne :
https://www.elcomercio.com/tendencias/cultura/cartoneras-son-impulsadores.html (consulté le 07.03.19)

[3] Centurión R., “Agustín Guambo y el paisaje de los rinocerontes”, in El Telegrafo, 07.09.15, disponible en ligne,
https://www.eltelegrafo.com.ec/noticias/carton/1/agustin-guambo-y-el-paisaje-de-los-rinocerontes (consulté le 04.03.19)

[4] De la Vega P., “Cartoneras: un rostro que muestra varias expresiones”, El Telegrafo, 09.02.2015, disponible en ligne,
https://www.eltelegrafo.com.ec/noticias/carton/1/cartoneras-un-rostro-que-muestra-varias-expresiones (consulté le 01.03.19)

[5] Guambo A., Entretien personel, 01.04.19, Quito.

[6] Guambo A., Murcielagario publicaciones [en ligne], disponible sur:
https://murcielagario.blogspot.com/?fbclid=IwAR203_gPiLS_EpBUX68zhBCeGDM0V-nentsNLjIgvs6G_D4ZzVcxUBt52Cg (consulté le 01.03.19 )

[7] Zambrano F.A., Sánchez González M., “Editoriales Cartoneras , una actividad cultural que sobrevive”, in El Universo, 20.09.18, disponible en ligne,
https://www.eluniverso.com/entretenimiento/2018/09/20/nota/6962363/editoriales-cartoneras-actividad-cultural-que-sobrevive?&utm_source=facebook&utm_medium=social-media&utm_campaign=addtoany&fbclid=IwAR1zL-zRnQ2CLXmH3_puDWzMSgj-zxI-shnPAqFXJiJS-N6uB5aVGuciQGs, (consulté le 05.03.19).

Difficile à avaler : la dernière intervention artistique censurée dans un Brésil de moins en moins démocratique

Le travail du collectif « És uma maluca » a été reproduit dans la rue à Rio, après être interdit par le gouvernement

Performance faite en janvier dans une rue du centre de Rio (Julio Cesar Guimarães/UOL)

Pendant deux mois, une recette indigeste de gâteau a résonné parmi les quatre murs de l’un des centres culturels les plus importants de Rio de Janeiro. Loin de stimuler les visiteurs de la Casa França Brasil dans les aventures gastronomiques, l’audio qui a été reproduit en boucle et qui énumérait les étapes nécessaires à la préparation du gâteau visait à accentuer une manifestation très familière au Brésil.

Nous nous permettons d’ouvrir une rapide parenthèse pour expliquer la raison de la recette présentée dans le musée : pendant la dictature militaire (1964-1985), chaque fois qu’un article était censuré par l’État, les journaux publiaient une recette culinaire. L’idée était de manifester contre l’interdiction.

Au fil des années, ce qui était une routine est devenue une anecdote du journalisme, et les brésiliens nés après les années 1980 se sont habitués à penser qu’ils jouissaient de toute la liberté d’expression du monde, en particulier à l’époque d’Internet. Continue reading

Los Zopilotes, accès et ouverture du genre littéraire au Guatemala.

Logo Los Zopilotes

Suite aux graves conflits armés entre les guérillas d’extrême-gauche et l’armée de 1960 à 1996 et à la guerre civile, le Guatemala a subi une grande pauvreté.

En effet le nombre de morts fut important et les coups d’états à répétition fragilise la société tant au niveau économique que social (en particulier à cause de l’hyper violence). La population guatémaltèque possède le deuxième taux d’alphabétisme le plus faible dans l’espace latino-caraibéen (82% Guatemala, 61% Haiti en 2015). L’accès donc à l’œuvre littéraire reste limité car le capital culturel et économique d’une large part de la population, au sens de Bourdieu, ne possède pas les ressources nécessaires à sa lecture.

Plus largement, le champ culturel guatémaltèque s’avère majoritairement représenté selon les codes dominants, issus de la colonisation espagnole. Cependant, la population étant en grande partie d’origine maya, la production intellectuelle s’inspire également de la lutte contre l’oppression subie par les communautés et des traditions culturelles indigènes.

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Sarita Cartonera, « ma foi au-delà de ma propre foi »

La maison d’édition alternative péruvienne Sarita Cartonera, propose des ateliers et programmes très particuliers qui touchent aux secteurs plus jeunes pour les sensibiliser et les approcher  à la culture, à l’art,  à l’écologie et à la littérature. Sarita Cartonera travaille avec les institutions publiques qui lui permettent une meilleure visibilité et un financement économique pour atteindre un but en commun : la démocratisation de la littérature et de la culture. Continue reading

Yiyi Jambo: pour un portunhol salvagem

Première maison d’édition cartonera du Paraguay

Yiyi Jambo est une coopérative d’édition alternative paraguayenne qui s’insère dans le mouvement des maisons d’édition cartoneras impulsé par Eloisa cartonera en 2003 à Buenos Aires, Argentine.

Page Facebook officielle de Yiyi Jambo Cartonera. Posté le 29/06/11.

La maison d’édition paraguayenne a été créée en 2007 à la capitale Asunción, et fait partie de la première génération de cartoneras née à la suite d’Eloisa cartonera, aux côtés de six autres éditoriales latinoaméricaines : Animita, Dulcinéia, Sarita, Mandrágora, Yerba Mala, et Matapalo. Elle est également la première maison d’édition cartoneras du Paraguay.

Deux hommes sont à l’origine de cette initiative: Douglas Diegues, poète et peintre paraguayo-brésilien et Cristino Bogado, poète paraguayen. Il s’agit de deux figures de la scène littéraire et artistique paraguayenne, également reconnus au Brésil et en Argentine. Dans la réalisation de leur projet, ils ont été aidé par Javier Barilaro, un membre d’Eloisa cartonera.

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CIENEGUITA CARTONERA L’engagement collectif au service des mots

« Somos mujeres comunes con responsabilidades excepcionales »

« Nous sommes des femmes normales avec des responsabilités exceptionnelles »

En juin 2011 à Las Heras, le projet Cieneguita Cartonera voit le jour à l’initiative d’un groupe de femmes (Gabi, Rosi, Patricia, Raquel, Stella, Silvia, Nancy, Raquel, María, Fabiana, Lucy, Andrea et Adriana) inspiré par le mouvement cartonero déjà largement présent dans le paysage latino-américain. Cette maison d’édition alternative autogérée se donne pour but de proposer de nouvelles formes de communication au travers de la publication de livres artisanaux au contenu engagé socialement. Le local de la maison d’édition se transforme donc en centre culturel qui voit fleurir de nombreux projets sociaux, culturels et politiques au travers d’une expérience collaborative.

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Kodama cartonera – L’art des frontières

Kodama est la première maison d’édition cartonera fondée à Tijuana, en novembre 2010. Son nom désigne des esprits de la forêt dans la mythologie japonaise, qu’on retrouve notamment dans les films d’Hayao Miyazaki comme Princesse Monoke. C’est déjà un élément significatif d’ouverture sur le monde et sur les cultures. De plus, la culture japonaise, et notamment la part qui est liée aux animés et aux mangas, est très populaire chez les jeunes dans beaucoup de pays développés. Le fait de reprendre cette culture et de s’en servir par exemple pour illustrer certaines couvertures des œuvres qu’ils éditent participe d’une popularité possible au niveau international. Kodama Cartonera possède un blog tumblr, une page facebook et un compte twitter, ce qui montre aussi son intégration aux canaux de diffusion modernes, présents sur toute la planète, et là encore très populaires chez les jeunes.

Le lieu de fondation, Tijuana, est aussi un élément important, puisqu’il s’agit d’une ville frontière, d’une ville jumelle avec San Diego aux États-Unis. On comprend ainsi qu’une des clés pour analyser cette maison d’édition est la bonne compréhension du contexte social et économique de cette zone. Tijuana tout comme les autres villes frontières avec les États-Unis compte énormément de maquiladoras, ces usines appartenant à des firmes américaines, et qui emploient énormément de mexicains, en particulier des femmes, en les rémunérant très peu alors même que les conditions de travail sont extrêmement difficiles. Cette source d’emploi, même précaire, attire beaucoup d’immigrés notamment des régions rurales et montagneuses du Sud du pays. Les femmes subissent énormément de violences, notamment de la part de leurs employeurs mais pas uniquement. Les violences envers les femmes, pour le seul motif qu’elles soient femmes, sont tellement courantes qu’elles entraînent des milliers de mortes, et qu’on en vient à utiliser le terme féminicide pour qualifier le phénomène. Pour Kodama Cartonera, la lutte contre ces violences, la lutte féministe émancipatrice est très importante, et s’accompagne de manière logique d’une critique du capitalisme et du néo-libéralisme, à l’origine de la situation économique et sociale difficile.

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La Ratona Cartonera: Le palais des histoires

« La ratona construye moradas para las historias que otras mentes inventan con la imaginacion » 

C’est en 2009, que Raúl Silva, éditeur et journaliste culturel, crée cette maison d’édition La Ratona Cartonera, s’alignant sur le principe d’une production de livres en carton telle que l’a initié Eloísa Cartonera. « La souris construit des palais pour les histoires que d’autres esprits inventent avec leur imagination ».  Cette petite phrase imagée et métaphorique vient clore chaque ouvrage issu de cette production alternative telle une marque de fabrique, exprimant ce qui tient à cœur à La Ratona (dont le nom fait référence au conte de Kafka Joséphine cantatrice du peuple des souris): la poésie et les contes. Située dans la ville de Cuernavaca, capitale de l’état de Morelos, non loin de México, la maison d’édition a pour projet d’ensemble de promouvoir la littérature infraréaliste et d’établir un dialogue avec les populations indigènes au quatre coins du Mexique.

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