Arts et innovations en Amérique latine

Médias contre-hégémoniques et représentations audio-visuelles

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Colectivo Catalejo y mediactivismo

Le Colectivo Catalejo est un collectif uruguayen autogéré fondé en 2012, qui se considère comme « médiactiviste » centré sur les droits humains. À ce titre, il développe des produits audiovisuels, très principalement des vidéos, dans le but de sensibiliser aux problèmes sociaux qui affectent la population, enrichir le débat citoyen et promouvoir la participation sociale et culturelle.

Le collectif s’intéresse à des thématiques récurrentes depuis sa création, comme la mémoire, le féminisme, la sécurité, ou les droits des jeunes. C’est d’ailleurs autour de cette thématique que le Colectivo Catalejo a vu le jour en 2012, lorsqu’un référendum proposait de baisser l’âge de la responsabilité pénale en Uruguay (de 18 à 16 ans). Les membres fondateurs s’étaient d’abord réunis autour de la réalisation d’un documentaire visant à donner la parole aux principaux concernés par le référendum, mais qui étaient absents du débat public : les jeunes de 15 à 18 ans. Suite à ce premier documentaire intitulé Dieciséis, le collectif s’est formé puis consolidé, élargissant son champ d’action à d’autres thématiques sociales. L’ensemble de leurs productions est diffusé via le site web du collectif et hébergées sur YouTube.

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Curve, les 30 ans d’un magazine lesbien

Deneuve/Curve, a lesbian magazine

Curve est le magazine lesbien le plus ancien et le plus vendu des Etats-Unis. Fondé en 1991 par Frances “Franco” Stevens sous le nom de Deneuve, il a représenté un phare de visibilité lesbienne, à une époque où ceux-ci étaient rares. Un documentaire intitulé Ahead of the Curve, sorti en juin 2021 à l’occasion des 30 ans du magazine (et de la pride), revient sur l’incroyable histoire de Franco, et particulièrement sur les dix premières années du magazine.

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Mujeres creando – Le féminisme Bolivien

Mujeres Creando est un collectif militant créé en 1992 suite à l’élection d’Evo Morales à la tête de la Bolivie. La cause des femmes est vivement utilisée dans sa campagne électorale puis abandonnée ensuite lorsque ce dernier devient président de la Bolivie. C’est dans la rue que Mujeres creando naît, en réunissant des jeunes et notamment des femmes qui soutiennent des manifestations, blocages et événements de contestation dans la rue. Un collectif de femmes se crée et met en place des assemblées générales afin de discuter de la situation politique du pays et de s’organiser pour le futur. Cette assemblée féministe prend forme sous l’impulsion de Maria Galindo, Julieta Paredes et Monica Mendoza et se met en place dans la rue, dans un café de la Paz, ainsi que dans une maison artistique nommée “ la virgen de los deseos”. 

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Mariquismo Juvenil : un.e artiste engagé.e pour un changement social au-delà de la binarité

La Zay

La question du genre a toujours été un sujet récurrent dans le travail de Zallary Cardona (La Zay), artiste graphique non binaire, née à Medellin et fondatrice de la bande dessinée digitale Mariquismo Juvenil qui est diffusée principalement en ligne. Considérant que l’exploration du genre et de la sexualité chez une personne constitue un processus intime et individuel, qui permet à chaque personne de développer sa propre personnalité, La Zay utilise sa propre construction identitaire comme outil de lutte sociale.

1. La question de la diversité en Colombie

Qu’est-ce que le « Mariquismo » ? La Zay suit une tendance de plus en plus présente dans la communauté LGBT+, qui consiste à reprendre l´insulte « Marica », signifiant “pédé” en français ou “faggot” en anglais, afin de se la réapproprier. A partir de la déconstruction de ce mot, il se reconnait fièrement comme « Marica », expression qui devient alors une arme contre la discrimination que ce soit dans son discours ou dans son art. C’est donc dans ce contexte, qu’en 2017, La Zay a créé Mariquismo Juvenil, un espace artistique qui utilise Instagram, plateforme permettant de rendre visible les luttes LGBT+ qui sont censurées et invisibilisées par les médias traditionnels.

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Linda Vellejo – Make ‘Em All Mexican

Qui est Linda Vallejo ?

Linda Vallejo est une artiste Chicana dont l’importance des œuvres a été soulignée dans de nombreux articles témoignant des expériences de vie des personnes d’origine mexicaine habitant aux États-Unis.  L’artiste raconte avoir été influencée par les nombreux voyages auxquels elle prit part lors de son enfance, l’emmenant à un questionnement sur l’identité américano-mexicaine. Née à Boyle Heights en 1951, elle a passé ses premières années à East L.A. avant de vivre en Allemagne, en Espagne pour finir par s’installer en Alabama – des déménagements motivés par un père qui était colonel dans l’armée de l’air comme nous l’apprend sa biographie présente sur le site de l’Université de Californie. Ce n’est que lorsqu’elle est retourne dans le sud de la Californie à la fin des années soixante qu’elle s’immerge a nouveau dans son héritage chicano. Ayant grandi dans un milieu où la culture dominante était blanche et états-unienne de l’Alabama dans les années soixante au début du mouvement Chicano, il était important pour elle de retravailler, mettre en avant et célébrer des symboles traditionnels et indigènes mexicains. Ces questions précédemment mentionnées emmenèrent une réflexion de la part de l’artiste sur l’importance de la couleur de la peau des individus dans la société états-unienne ainsi que dans la culture populaire et filmique du pays.  

The crux of the matter, it seemed to me, was that visual representations of the American Dream did not include me, or my loved ones. I had never seen the golden images of Americana with familiar “brown” faces. Friendly faces, sure—but not familiar ones. The yearning for familiar faces sent me on a quest for images that I could call my own.

Linda Vallejo

Elle décrit elle-même ses intentions dans la vidéo suivante, provenant de la chaîne Youtube de l’artiste:  

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ImillaSkate “Le pouvoir de l’identité faite poésie”

Producciones, Q. (2021, Summer 9). Cortometraje Imillaskate Cochabamba. Youtube

La présidence d’ Evo Morales a marqué un tournant dans la revalorisation des cultures des indigènes boliviennes. Un des aspects les plus visibles de ce changement est la reconsidération les cholas, les femmes andines en jupes, bottes, mantilles et manteaux. La stigmatisation qui leur était associée a changé un peu avec l élection de 2005. Il y a un véritable trésor symbolique dans ces femmes indigènes. “Les Cholitas vont continuer à porter leurs gilets et chapeaux parce qu’elles portent leur culture dans leurs vêtements, leur identité.” Sous le mandat de Morales, premier président autochtone de Bolivie, les électeurs ont adopté une nouvelle constitution qui reconnaissait officiellement 36 langues autochtones et donnait aux autochtones de la nation des droits plus étendus, comme la propriété foncière communale.

Mais la discrimination et le racisme envers la culture chola ne sont pas des problèmes que la société bolivienne conservatrice a réussi à surmonter. Il n’y a pas si longtemps, il était mal vu et quasi impossible qu´une chola entre dans un studio ou un hôtel cinq étoiles. Les autochtones aymaras et quechuas – facilement reconnaissables à leurs vêtements distinctifs – se voyaient refuser l’accès à certains restaurants, taxis et même certains bus publics. Pendant des générations, ils n’ont pas été autorisés à marcher librement sur la place centrale de la ville, ni dans les banlieues riches. Ségrégation incompréhensible dans un pays où plus de la moitié de la population se considère comme autochtone.

D’après les données de la CEPALC, la Bolivie compte la plus forte proportion d’autochtones de la région. Plus de la moitié de la population bolivienne est d’ascendance autochtone. L’aymara et le quechua sont les deux langues autochtones les plus parlées dans le pays

Carte de l ‘ État plurinational de la Bolivie.

On dit souvent que Cochabamba est la région métisse par excellence. Les vallées cochabambinos ont été le lieu de contacts historiques entre différents groupes, ce qui a donné naissance à une dynamique régionale dans laquelle les femmes rurales jouent un rôle important mais ont une identité incertaine. Pendant des siècles, les femmes rurales ont participé à la production agricole, au commerce, à la production de chicha (boisson qui provient de l’empire Inca et est faite à base de maïs fermenté) et à d ‘ autres activités, contribuant ainsi à la survie de leurs familles et communautés dans des conditions difficiles. Cependant, leurs contributions au développement régional ne sont pas reconnues en termes d’avantages sociaux et économiques.

Les principales institutions boliviennes et cochabambines sont patriarcales. Dans les zones rurales, les femmes ont de fortes responsabilités au sein de leur foyer, les hommes étant nettement plus nombreux dans toutes les institutions juridiques, politiques, religieuses et syndicales. Dans ce pays, un certain nombre d ‘ indicateurs sociaux restent bien en deçà des moyennes régionales et des inégalités marquées subsistent entre les régions, entre les zones rurales et les zones urbaines, entre les hommes et les femmes et entre les autochtones et les non-autochtones.

Naissance d’ImillaSkate

Les Imillas patinent dans la rue de Cochabamba.
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Bebé tamal: la mise en récit des cultures autochtones

Au cours de XXe siècle, diverses campagnes de promotion de la lecture et d’alphabétisation se sont déroulées en fonction du projet de l’État mexicain visant à promouvoir l’éducation au Mexique. Les nuances qu’ont pris cette politique d’éducation a fin de la traduire dans les réalités concrètes du pays ont varié d’un gouvernement à l’autre. Cependant, cela a intensifié l’impression et la distribution de matériels d’appui pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, ainsi que de matériels de lecture. Par conséquent, l’État mexicain et le Ministère de l’éducation publique sont devenus deux acteurs avec un fort pouvoir de décision sur le contenu, l’aspect visuel, les lieux de distribution et la langue dans laquelle les livres étaient publiés.

À l’heure actuelle, des campagnes d’alphabétisation et de promotion de la lecture sont menées dans le cadre des efforts visant à renforcer les langues indigènes. Le matériel de soutien pour l’enseignement a été fourni à la suite de la prise en compte des besoins spécifiques des communautés. Un exemple illustrant cela a été l’atelier du Laboratoire d’éducation et de médiation interculturelle donné par Eduardo Vicente à San Blas Atempa, Oaxaca, au Mexique. Il a utilisé le modèle numérique d’un livre intitulé Bebé tamal, traduit par lui-même dans la variante linguistique du zapotèque de cette région.

Atelier à San Blas, Atempa, Oaxaca. Source: Laboratoire
d’éducation et de médiation interculturelle (LEMI-UAQ)

Origine et motivations du modèle numérique de Bebé tamal

Fragment du modèle numérique de Bebé tamal. Source : Site web XospaTronic

Sur son site web, Éditions XospaTronic a mis en ligne deux fichiers avec des dessins en noir et blanc, avec des espaces vides et des instructions pour le pliage et le découpage des pages. Il s’agit de l’invitation à créer un petit livre numérique avec la narration bilingue d’une recette pour faire des tamales, un plat typique du Mexique et d’autres pays d’Amérique latine fait de maïs, auquel on ajoute différents ingrédients. La recette peut varier géographiquement et culturellement.

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